Anna Göldin

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Anna Göldin ou Anna Göldi (1734-1782) était une servante dans le canton de Glaris en Suisse. Elle fut la dernière femme exécutée pour sorcellerie en Suisse, le 18 juin 1782. Elle est aussi probablement parmi les dernières en Europe : deux Polonaises auraient été exécutées en 1793 pour sorcellerie.

En France, le 28 juillet 1826 une sorcière fut brûlée par des paysans à Bournel, une autre jetée dans un four en 1856 à Camalès canton de Vic-en-Bigorre[1]

Une procédure de réhabilitation a été entamée en novembre 2007 par le Grand Conseil du canton de Glaris[2], avant qu'Anna Göldin ne soit définitivement innocentée en août 2008[3].

Un musée lui est consacré à Mollis, il a été inauguré en septembre 2007.

Histoire[modifier | modifier le code]

Née à Sennwald en 1734, Anna Göldin venait d'une famille pauvre. Avec Jakob Rhodurner puis le Dr Zwicky, elle eut au total trois enfants mais le deuxième mourut peu après la naissance.

Après ses déboires avec la justice, elle rejoint la famille du médecin Johann Jacob Tschudi (1747-1800) et s'occupa de ses cinq filles. Anna Goldi avait déposé une plainte contre son employeur pour harcèlement sexuel (et peut-être viol), le docteur Tschudi. On l'accusa alors d'avoir ensorcelé sa deuxième fille du docteur, Anne-Miggeli, alors âgée de huit ans. En effet, la rumeur prétendait que des aiguilles avaient été trouvées à plusieurs reprises dans le bol de lait de la petite. On en trouva également dans son pain et dans le bol de Susanna, l'autre fille des Tschudi. Anne-Miggeli tomba malade après que Göldin fut renvoyée de la maison. Selon les témoins, elle était comme possédée avec des convulsions et de la fièvre. On affirma que la jeune fille avait même craché du sang avec une aiguille, son état empira et de nouvelles aiguilles sortaient chaque jour de sa bouche.

Accusée de pratiquer la magie noire sur l'enfant, Göldin fut arrêtée, et envoyée le 21 février 1782 à Glaris pour être soumise à la torture, (suspendue par les pouces, les mains attachées dans le dos, des poids attachés à ses chevilles), et avoua sous la torture avoir fait un pacte avec le diable. En prison, Anna donna naissance à un bébé (vraisemblablement de Tschudi) qui mourut très vite, et dont la mort sera ajoutée aux accusations contre elle. Le témoignage de la fille des Tschudi était accablant aux yeux des juges : au cours d'une journée, Göldin aurait donné à l'enfant une sucrerie et lui aurait demandé de ne pas le dire à ses parents.

Le procès fut rapide. Anna Göldin ne pouvant expliquer la présence des corps étrangers dans le corps de Anne-Miggeli. Pendant ce temps, la fille des Tschudi était en convalescence. Pour les juges, cette amélioration de son état prouvait que la "sorcière" n'avait plus d'emprise sur sa victime. La cour décidant de son sort était composée de proches et amis du docteur Tschudi, et la condamna à la décapitation sur la place publique. Le 13 juin 1782, elle fut exécutée et ses restes furent enfouis au pied de l’échafaud.

Le verdict fut en partie censuré dans la presse : le tribunal voulait éviter la mention de sorcellerie, une accusation qui commençait à être dépassée à cette époque. Certains dossiers furent détruits et on la qualifia d'empoisonneuse pour limiter la portée de cette affaire.

Condamnée par le tribunal de Glaris à être décapitée, elle fut exécutée le 18 juin 1782.

Avis de recherche publié dans le Neue Zürcher Zeitung du 25 janvier 1782[modifier | modifier le code]

Article du NZZ

L'article parait avant le procès alors qu'elle est recherchée par les autorités qui offrent une récompense élevée. L'avis de recherche décrit en détail Anna Göldin, la quarantaine avec une stature imposante, "des yeux quelque peu malades et grisâtres" et parlant dans son dialecte de Sennwald.


Löblicher Stand Glarus, evangelischer Religion, anerbietet sich hiermit demjenigen, welcher nachbeschriebene Anna Göldin entdecken, und der Justitz einbringen wird, Einhundert Kronenthaler Belohnung zu bezahlen; womit auch alle Hohe und Höhere Obrigkeiten und Dero nachgesezte Amtsleuth ersucht werden, zu Gefangennehmung dieser Person all mögliche Hülfe zu leisten; zumahlen solche in hier eine ungeheure That, vermittelst geheimer und fast unbegreiflicher Beibringung einer Menge Guffen [Nadeln] und anderen Gezeug gegen ein unschuldiges acht Jahr altes Kind verübet hat.
Anna Göldin, aus der Gemeind Sennwald, der Landvogthey hohen Sax und Forstek zugehörig, Zürchergebiets, ohngefähr 40. Jahr alt, dicker und grosser Leibsstatur, vollkommnen und rothlechten Angesichts, schwarzer Haaren und Augbraunen, hat graue etwas ungesunde Augen, welche meistens rothlecht aussehen, ihr Anschauen ist niedergeschlagen, und redet ihre Sennwälder Aussprach, tragt eine modenfarbne Jüppen, eine blaue und eine gestrichelte Schos, darunter eine blaue Schlingen- oder Schnäbeli-Gestalt, ein Damastenen grauen Tschopen, weis castorin Strümpf, ein schwarze Kappen, darunter ein weisses Häubli, und tragt ein schwarzes Seidenbettli.
Datum, den 25. Jenner St. v. 1782.
Kanzley Glarus evangelischer Religion.

Traduction libre, certains mots font partie du dialecte et leur traduction est parfois difficile :

Le méritant État glaronais, de confession évangélique, offre par la présente, pour la découverte d'Anna Göldin décrite plus loin, une récompense de cent couronnes; de même est demandé aux hautes et plus hautes autorités et à leurs représentants officiels, de procurer toute l'aide possible à la capture de cette personne; ajoutons qu'elle a commis l'acte incroyable, d'apporter une quantité d'épingles et autres choses par des moyens secrets et presque incompréhensibles contre une petite fille innocente de huit ans.
Anna Göldin, de la commune de Sennwald, appartenant au district de Haute-Saxe et Forstegg, dans la région zurichoise, environ 40 ans, stature large et grande, à l'allure épanouie et rougie, des cheveux et des sourcils noirs, avec des yeux gris un peu malsains, qui sont d'habitude passablement rougis, son apparence est négligée, et elle parle dans son dialecte sennwaldois, porte une jupe moyennement colorée, un haut de corps bleu avec des rayures, en dessous un corset bleu, une veste damassée et grise, des bas blancs, un bonnet noir, en dessous une coiffe blanche et elle porte un foulard en soie noir.
Date, le 25 janvier 1782
La chancellerie de Glaris, de confession évangélique

Inspiration[modifier | modifier le code]

Son histoire a fait l'objet d'un film sorti en 1991 : Anna Göldin, die letzte Hexe (titre français : Anna Göldin, la dernière sorcière) de Gertrud Pinkus.

Plusieurs livres lui sont consacrés dont celui de Eveline Hasler (ISBN 2-88-108128-2)

Une pièce de musique pour orchestre d'harmonie a été écrite par le compositeur fribourgeois Jean-Claude Kolly en 1996

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Le musée de Mollis a inauguré en septembre 2007, des salles d'exposition sur Anna Göldin avec des documents liés à son procès, des extraits du film Anna Göldin, la dernière sorcière et sa cellule de l'hôtel de ville de Glaris a été reconstituée avec exposition d'instrument de torture qui permettait les aveux[4].

Le journaliste Walter Hauser, auteur d'un livre-enquête sur Anna Göldi, estime que cette dernière a été victime d'un jugement arbitraire et estime qu'il est temps pour les autorités de Glaris de reconnaître l'erreur judiciaire[4]. Le député de Glaris au Parlement fédéral, Fritz Schiesser, a demandé la réhabilitation officielle d'Anna Göldin[5]. Mais la demande de réhabilitation a été refusée par le gouvernement cantonal et ce contre l'avis du parlement. Cette réhabilitation a aussi été rejetée par l'Église protestante glaronaise, qui à l'époque avait pris part au procès et à l'exécution[4]. Toutefois, le 7 novembre 2007, le Grand Conseil glaronnais débat de la question et malgré des demandes de rejet de la motion en raison de l'ancienneté de l'affaire, 37 députés contre 29 décident de réhabiliter Anna Göldin[2],[6].

La "dernière sorcière d'Europe" a été réhabilitée le 27 août 2008. Le parlement glaronais a innocenté Anna Göldin, 226 ans après sa condamnation par l'Église et sa décapitation. Il a qualifié son procès de "meurtre perpétré par la justice".

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sorcières et Démons - page 219- Édouard Brasey - Pygmalion - Paris - 2000 - ISBN 978-2857046585.
  2. a et b Reportage du 19:30 de la TSR sur la réhabilitation d'Anna Göldin (7 novembre 2007)
  3. (fr) swissinfo.ch
  4. a, b et c TSR.ch, 22 septembre 2007, "La dernière sorcière d'Europe s'expose"
  5. Marianne, le 6 octobre 2007, "La dernière sorcière exécutée en Europe réhabilitée"
  6. Ordre du jour de la session du Grand Conseil, 7 novembre 2007

Liens externes[modifier | modifier le code]