Madone Litta

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La Madone Litta
Image illustrative de l'article Madone Litta
Artiste Giovanni Antonio Boltraffio
Date vers 1490
Technique Détrempe sur bois transposée sur toile
Dimensions (H × L) 42 × 33 cm
Localisation Musée de l'Ermitage

La Madone Litta (Madonna Litta) (v. 1490) est un tableau représentant une Vierge à l'Enfant allaitant (Madonna del latte). Il est attribué à Giovanni Antonio Boltraffio, d’après un dessin préparatoire de Léonard de Vinci. Il est conservé dans les collections du Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg[1].

Données historiques[modifier | modifier le code]

La Madone Litta est gravée dès le XVIe siècle par Zoan de Andrea. Marcantonio Michiel parle en 1543 d’une Vierge allaitant de Léonard de Vinci qu’il aurait vu dans la collection Contarini, à Venise. Peut-être s’agit-il du tableau de Saint-Pétersbourg ou de La Madone de Laroque, tableau récemment découvert dans le sud de la France (1998). On peut suivre avec certitude l’histoire de la Madone Litta à partir de 1784, quand le prince Alberico Belgioioso d’Este l’achète à Giuseppe Rho. En 1813, à la mort du prince, elle entre dans les collections de la famille Litta (d’où elle tire son nom) à Milan. En 1865, le duc Antonio Litta la vend au tsar Alexandre II. À cette occasion, elle est transposée sur toile, ce qui a altéré son état[2].

Fortune critique[modifier | modifier le code]

L’attribution du tableau a toujours fait problème.

La composition montre une grande familiarité avec toute l'œuvre de Léonard. Le visage de la Vierge reprend l’idéal de beauté féminin créé par son maître Andrea del Verrocchio, « les mêmes paupières tombantes, le même visage délicatement modelé[3] ». Le visage de la Vierge est presque de profil, donnant ainsi l'impression qu'il se tourne vers l'Enfant. Le paysage, avec les montagnes dans le lointain, est typique des recherches de Léonard. La complexité de la coiffe, son mouvement annonce les études de Léonard pour la Sainte Anne et la Léda. Mais l’exécution générale diffère de la main du maître.

En effet, la réalisation dans son ensemble, plus sensible au finito que Léonard, l’exécution du paysage, plus sèche, trahissent la main d’un élève de Léonard plutôt que celle du maître lui-même.

Trois études préparatoires, l’une au Louvre attribuée à Léonard de Vinci et les deux autres, à l‘Institut néerlandais de Paris et au Staatliche Museum de Berlin attribuées à Boltraffio[4] confortent la théorie qui s’est dessinée ces dernières années : Léonard aurait conçu le cadre général de la composition, et l’un de ses élèves aurait été chargé de peindre le tableau. On ne retrouve pas en effet dans le tableau « l'intériorité de l'expression, ni l'extraordinaire économie du tracé[5] » de l'étude du Louvre.

Le nom le plus souvent proposé est celui de Giovanni Antonio Boltraffio[6], mais David Alan Brown préfère y voir un travail de Marco d'Oggiono[7].

Analyse[modifier | modifier le code]

Le thème de la Vierge allaitant se retrouve aussi bien dans les lieux de culte publics (Andrea Pisano pour l'église Santa Caterina de Pise, Ambrogio Lorenzetti pour le couvent augustinien de Lecceto) que pour un usage votif privé (toute la série de médaillons peints par l‘atelier de Hans Memling « qui étaient suspendus dans la chambre ou dans le lit à baldaquin comme un talisman religieux[8]. »). Pour la Madonna Litta, il est difficile de trancher faute de documents, mais le petit format du tableau fait plutôt penser à un usage privé.

Comme souvent dans les Madonne del latte, L’Enfant Jésus tient dans sa main gauche un chardonneret captif, symbole de la Passion. L’expression de la Vierge a été travaillée avec une attention toute particulière comme le montre le dessin préparatoire de Léonard de Vinci[9] du musée du Louvre. Elle est empreinte à la fois de tendresse maternelle et de gravité. C’est qu’elle traduit la double nature du Christ, que la Vierge regarde à la fois comme son enfant et comme le fils de Dieu.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Des copies de l’œuvre se trouvent au Fogg Art Museum de Cambridge (Massachusetts), et à Milan, au Castello Sforsesco et au Musée Poldi Pezzoli.
  2. F.Zöllner, Léonard de Vinci, tout l’œuvre peint et graphique, Taschen, 2003, p.  27.
  3. E. Gombrich, « Ideal and type in italian Renaissance Painting, »(1982) dans New light on Old Masters, On the Renaissance, IV Phaedon, 1986
  4. Sur ces 3 dessins, voir les notices 21, 110 et 111 rédigées par Françoise Viatte dans le catalogue de l’exposition Léonard de Vinci, dessins et manuscrits, RMN, 2003.
  5. Françoise Viatte, notice 21 du catalogue de l’exposition Léonard de Vinci, dessins et manuscrits, RMN, 2003
  6. Celui des élèves de Léonard de Vinci dont le style est, pour reprendre la formule de Martin Kemp dans The Marvellous Works of Nature and man, 1981, the most polished (« le plus lisse »). 
  7. D.A Brown, Madonna Litta, XXIX Lettura Vinciana, Florence, 1990
  8. Dirk de Vos, cat. exp. Bruges Hans Memling, 1994, p.  136-137
  9. Il s'agit d'un dessin très poussé du visage de la Vierge, tracé à la pointe de métal sur du papier bleu pâle avec des rehauts de blanc.