La Madone de Laroque

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
La Madone de Laroque
Image illustrative de l'article La Madone de Laroque
Artiste attribué sous réserve à Léonard de Vinci ou à son atelier
Date 1480-1500
Technique tempera sur toile de lin sur bois

La Madone de Laroque est un tableau peint a tempera sur un panneau de peuplier (48 cm × 59 cm) recouvert d'une toile de lin très fine. L'image en est assez altérée en surface par les nombreux repeints, les différents vernis devenus opaques et les salissures incrustées. Il fut exécuté, selon les différentes analyses effectuées, entre 1480 et 1500[1]. Son attribution à Léonard de Vinci reste contestée cependant, quand bien même Daniel Arasse, en 2003, l'attribuait au moins à l'atelier milanais du peintre, ainsi que l'atteste par exemple le jaune de plomb et d'étain de la manche de la Vierge identique à celui qu'utilisait le maître dans ses tableaux.

Depuis l’automne 2013, La Madone de Laroque est en cours de restauration dans l’atelier parisien de Cinzia Pasquali.

Histoire[modifier | modifier le code]

La Madone de Laroque a été retrouvée le 10 octobre 1998 à Laroque en France par trois amateurs d'art[2].

Analyse[modifier | modifier le code]

Le tableau représente la Sainte Vierge allaitant l'Enfant-Jésus (Galaktotrophousa) au côté de l'Enfant-saint Jean, dit le Baptiste, tenant un fuseau. Le motif de la vierge allaitante est attesté par des esquisses de la main de Léonard de Vinci, notamment un dessin conservé à Windsor.

Une lecture moins classique et plus subtile pourrait voir dans cette composition une allégorie à peine voilée de l'antique déesse-Mère. La porte basse aux allures de porte de caveau située en arrière-plan à gauche serait ainsi la porte de l'Occident encore appelée par les Anciens la porte des Hommes, et la percée en forme de mandorle ou porte étroite en arrière-plan à droite serait quant à elle la porte de l'Orient encore appelée la porte des Dieux. Dès lors, si l'enfant se trouvant sous cette dernière porte est bien l'enfant-saint Jean, dit le Baptiste, l'autre enfant, celui se trouvant sous la porte basse et allaité par la déesse-Mère ne doit plus être considéré comme l'enfant-Jésus, mais comme l'autre saint Jean : saint Jean, dit l’Évangéliste. Cette deuxième lecture plus initiatique dans sa philosophie est largement confortée par le stade de développement similaire et donc l'âge apparent identique de ces deux enfants nouveau-nés. Qui plus est, La saint Jean d'Hiver, célébrée en décembre à l'équinoxe d'hiver et la saint Jean d’Été, célébrée quant à elle en juin à l'équinoxe d’Été, constituaient les deux fêtes majeures du culte de saint Jean dont on sait à présent que Léonard de Vinci s'était indéniablement rapproché, notamment par la version première de la Vie de Léonard de Vinci par Giorgio Vasari qui disait de lui « qu’il se forma dans son esprit une doctrine si hérétique qu’il ne dépendait plus d’aucune religion, tenant peut-être davantage à être philosophe que chrétien ».

La Vierge à l'Enfant et le prophète Balaam (catacombe de Priscille-Rome, IIe siècle)

Daniel Arasse dans son ouvrage consacré à Léonard de Vinci suggère que la pose agenouillée de l'une des ses trois versions ébauchée sur le thème de " Léda et les disocures " aurait pu être inspirée par une « Vénus anadyomène » relevée sur un sarcophage romain vu à Rome lors d’un possible voyage effectué par le maître peu après 1500. Il ne serait donc pas du tout déraisonnable de penser que lors de ce très bref séjour de Léonard de Vinci à Rome, il ait également pu trouver dans la " Catacombe de Priscille " la source d'inspiration de sa Vierge à l'Enfant-Jésus et à l'Enfant-saint Jean. Cette Vierge allaitante à l'Enfant aux côtés du prophète Balaam qui est par ailleurs la plus ancienne version connue de ce motif, peinte sur les murs des catacombes de Rome par les premiers chrétiens au IIe siècle, présente ainsi de très remarquables similitudes avec La Madone de Laroque telle qu'elle nous est parvenue.

Attribution[modifier | modifier le code]

Après plus de quinze ans d'études, il n'y a pas encore de véritable consensus au niveau de l'attribution définitive de cette œuvre. En effet, en mai 2003, l'historien de l'art Daniel Arasse est le premier à attribuer la peinture à l'atelier de Léonard de Vinci. En août de la même année, Carlo Pedretti, spécialiste de Léonard, l'attribue à Giampietrino, un des plus proches élèves du maître. Pour l'historienne d'art Maïke Vogt-Lûerssen[3], quant à elle, ce tableau est bien de la main de Léonard de Vinci, ainsi qu'elle le certifie en mars de l'année 2007. Selon ce dernier expert, la peinture reproduirait même le visage d'Isabelle d'Aragon, l'une des proches du peintre.

En juillet et août 2009, le tableau a été exposé au Japon (siège de la Fuji TV) attirant près d'un demi-million de visiteurs en 45 jours. L'année suivante, en mai, il a été examiné par les professeurs Hidéhiro Ikégami, Takayasu Kijima et Hidémi Toriumi à l'université de Kokougakouin à Tokyo. Leurs rapports n'ont pas encore été publiés à ce jour.

La Madone de Laroque a été déjà exposée plusieurs fois depuis sa découverte :

  • En novembre 2006 : à Vinci dans l'église Santa Croce.
  • En 28 novembre au 3 décembre 2007 : à Chieti au musée des Sciences médicales.
  • En 18 juillet au 31 août 2009 : à Tokyo au Siège de la Fuji TV.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. . Les analyses scientifiques ont été effectuées par le docteur Dominique Fromageot (CNEP/CNRS), dirigées par le professeur Jacques Lemaire (entre 1999 et 2001 et en janvier 2005). En Italie, à Florence, des analyses complémentaires ont également été réalisées par Maurizzio Seracini. À Chieti, à la demande d'Alessandro Vezzosi, des empreintes digitales éventuelles ont été recherchées : ces recherches ont été réalisées en décembre 2007 par le Pr Luigi Capasso (anthropologue) et le colonel Gianfranco di Fulvio et son équipe de la police scientifique de Rome (Carabinieri)
  2. Jacques Proust, Guy Fadat et François Leclerc
  3. Historienne spécialiste de l’héraldisme et de la symbolique.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]