Machine à traire

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Pots trayeurs Alfa Laval de 1950 et 1924.

La machine à traire (ou trayeuse ou robot de traite) est un appareil permettant d'effectuer la traite mécanique des animaux en élevage laitier.

Des machines à traire sont surtout utilisées chez la vache, mais aussi dans d'autres types d'élevages (chèvres et brebis, selon l'aptitude à la traite des mamelles[1],[2] et les caractéristiques génétiques en lien avec le débit maximum de lait pouvant être produit[3]) et parfois à des fins de recherche sur la lactation (une machine à traire les lapines, alors traitées par une hormone (ocytocine injectée dans les 6 à 8 minutes précédant la traite), a ainsi été mise au point sur le modèle des trayeuses pour vaches, mais avec 10 gobelets trayeurs, avec une pulsation de 45 aspirations à la minute et une dépression de 30 à 50 mm de mercure[4], permettant de retirer de la femelle 10 fois plus de lait (100 à 300 gr) que ce que l'on arrivait à obtenir par une traite manuelle, soit autant de lait que ce que tétaient les lapereaux « voire plus ». Dans cette machine, la lapine est suspendue dans le vide par un harnais durant la traite[4]).

Histoire[modifier | modifier le code]

Les premiers essais pour faciliter la traite manuelle, assez astreignante, datent d'environ 400 av. J.-C., en Égypte, avec l'utilisation de pailles de blé introduites dans le trayon pour l'écoulement du lait[5].

Les sondes trayeuses[modifier | modifier le code]

Vers 1830, l'idée de mécanisation apparait devant le constant développement de l'élevage[5].
En Angleterre, le 26 mars 1836, William Blurton dépose un brevet de Méthode et appareil pour extraire le lait des vaches et autres animaux[6], un siphon à traire (de petits tubes métalliques munis d'un siphon sont introduits dans le canal trayon de chaque pis de la vache)[7]. Ce système entraînant à l'usage répété des infections de la mamelle, la recherche se dirige vers d'autres moyens ; il sera tout de même vendu en France sous le nom de sondes Davies (ou David) jusque dans les années 1930[5].

Les appareils par dépression[modifier | modifier le code]

Invention d'Anna Baldwin, 1879[8]
Pot trayeur électrique portatif, 1910

Le 1er janvier 1860, l'américain Leighton O. Colvin invente une machine à traire composée de 4 « gobelets » en métal placés sur les trayons, le lait se trouvait aspiré par 2 pompes à vide à membrane de caoutchouc[9], actionnée par 2 manettes, et s'écoulait dans un seau. Il chercha à améliorer sa machine qui était très douloureuse pour les vaches. Il s'est vendu 1 500 machines en Europe[10],[8].

Le 8 septembre 1879, Anna Corey Baldwin invente un bol de succion relié à une pompe à air manuelle, le lait s'écoulant dans un seau[8].

Le 4 mai 1892, l'américain William Marshall Mehring dépose son premier brevet, s’inspirant des inventions des deux précédents, sa machine se compose de 4 gobelets et d'une pompe manuelle[11]. Il continuera à la perfectionner, déposant un brevet de pulsateur en 1915[12].

En 1895, l'écossais Alexander Shields brevète un système qu'il appelle « pulsateur » et créé la Thistle Mechanical Milking Machine Company.
La machine de Shield introduit malheureusement une bactérie qui contamine le lait, le directeur de la Thistle Company Robert Kennedy démissionne et contacte l'ingénieur écossais William Lawrence afin de réaliser un système amélioré. Ce sera la machine Lawrence-Kennedy en 1897[13].

Le 1er juin 1903[14], l'australien Alexander Gillies dépose le premier brevet de gobelet trayeur pneumatique à deux chambres (« manchons »), du caoutchouc à l'intérieur d'un gobelet rigide. Un pulsateur créé les procédures d'aspiration et de massage. Il installe son invention sur la machine Lawrence-Kennedy qui sera commercialisée sous le nom de Lawrence-Kennedy-Gillies (LKG). Exportée aux États-Unis, elle devient la Burrell-Lawrence-Kennedy (BLK)[5].

En 1906, la machine à traire à double chambre de J. et K. Wallace, présentée par les établissements Chalifour et Cie à Paris, reçoit la médaille d'argent au concours général agricole. Un pulsateur commande les 4 gobelets reliés par un tuyau à un pot à lait posé sur le sol[15].

En France, de 1922 jusqu'au début des années 1970, l'entreprise belge Mélotte commercialise le « pot suspendu », un pot trayeur en inox fixé à une sangle ventrale autour de la vache[5].

Vers 1930, Robert Fleury, qui sera directeur général de la Société des Caves de Roquefort, met au point la première machine à traire les brebis, avec Alfa Laval[16].

Description[modifier | modifier le code]

L'élément principal d'une machine à traire est le gobelet trayeur qui est appliqué sur le trayon de l'animal et imite la succion exercée par sa progéniture. Les pulsations du gobelet trayeur, agissant comme une suite régulière de phases d'aspiration et de massage, sont obtenues au moyen d'un pulsateur.

La machine à traire étant en contact direct avec l'animal doit être réglée précisément pour lui éviter toute blessure et ne pas provoquer l'apparition de mammites. Par ailleurs, toutes les parties qui recueillent le lait, liquide biologique fragile, doivent être nettoyées et désinfectées soigneusement.

Jusqu'à la fin du XXe siècle, la machine à traire nécessitait la présence d'un opérateur humain pour laver les trayons de la vache et installer les gobelets trayeurs. Le retrait des gobelets trayeurs s'automatise de plus en plus (par détection de l'arrêt de descente de lait) et on voit apparaître vers les années 2000 des machines à traire entièrement automatisées.

Ces « robots de traite », sont capables d'alerter automatiquement l'éleveur d'une baisse suspecte de lactation d'une vache, voire d'analyser en temps réel la qualité du lait. L'éleveur peut alors utiliser ces informations pour adapter la ration alimentaire fournie à l'animal, ou procéder à un examen sanitaire approfondi pour analyser les causes des variations observées.

Galerie[modifier | modifier le code]

De la machine mécanique dans l'étable, à la salle de traite automatique

 :

La traite à l'extérieur[modifier | modifier le code]

Elle est en usage au pâturage dans les zones de montagne lorsque les animaux sont en alpage, et est effectuée à l'aide de chariots de traite mobile, ou de machines remorquées ou automoteurs. Ces systèmes de traite sont également robotisés[17].

La traite entravée[modifier | modifier le code]

Elle est effectuée à l'intérieur dans l'étable et en chèvrerie avec :

  • Le pot trayeur : une trayeuse automatique posée sur les trayons alimente un pot à lait. Travail fastidieux dans le nettoyage et la manipulation. Avec 2 pots trayeurs, la moyenne de traite est de 10 vaches par heure[18].
  • Le lactoduc : la trayeuse est reliée directement au tank à lait. Pour 3 emplacements pour les animaux, la moyenne de traite est de 15 vaches par heure. Et pour 6 places, la moyenne est de 30 vaches par heure, avec une automatisation en fin de traite, et un personnel de 2 trayeurs[19].

Ces deux méthodes sont largement répandue dès 1945[5].

Les différentes salles de traite[modifier | modifier le code]

1. Parallèle : 50 vaches/h
2. Swing over : 60 vaches/h
3. Épi : 75 vaches/h
4. Rotative : 250 vaches/h

Les animaux sont amenés dans une aire d'attente, avant de se déplacer vers la salle, en stabulation.

Parallèle[modifier | modifier le code]

Première salle de traite inventée, elle est adaptée aux petits à très grands troupeaux mais nécessite une grande salle. Elle était d'usage courant dans les années 1930 et 1950, elle n'est plus sur le marché français[5].

Tunnel[modifier | modifier le code]

Très utilisée également dans les années 1930 et 1950 pour les vaches[5], elle est maintenant principalement utilisée pour les chèvres pour des troupeaux de moins de 200 têtes (h 30 de traite). Les animaux sont alignés serrés en file indienne sur un quai (ou plusieurs) de faible largeur.

Tandem ou côte à côte[modifier | modifier le code]

La salle est destinée à de petites à moyennes exploitations possédant jusqu'à 60 vaches. La traite est effectuée par l'arrière. Largement en activité aux années 1960, elle est délaissée causant des troubles musculosquelettiques aux trayeurs, puis début 1980 se voit de nouveau d'actualité grâce au « tandem automatisé »[5].
Ce système, composé d'un ou plusieurs quais, est également utilisé en chèvrerie.

Épi ou herringbone[modifier | modifier le code]

Plan de salle de traite rotative en épi

D'origine australienne, cette salle est utilisée depuis les années 1950[5]. Elle est recommandée à partir de 15 vaches.
Elle est très utilisée en chèvrerie, où les animaux sont disposés en arête de poisson sur deux quais, le trayeur circulant au centre.

Installation de traite simple équipement (swing over)[modifier | modifier le code]

Ce système automatisé, de traite alternée en ligne haute, est installé dans les salles de traite classiques, en épi ou en traite par l’arrière, munies d'une fosse et de deux quais. Les faisceaux-trayeurs suspendus circulent dans l'allée centrale, manipulés par un opérateur, le lait étant évacué par lactoduc.

Rotative[modifier | modifier le code]

Elle est aussi appelée roto de traite, manège de traite ou carrousel.

Traite des chèvres[modifier | modifier le code]

Une étude rendue par la chambre d'agriculture des Deux-Sèvres, en décembre 2009, conclut qu'il faut h 41 pour traire un troupeau de 737 chèvres, à une cadence de 445 chèvres par heure, soit s par chèvre, avec 1,6 litre de lait chacune, sur la traite du matin[20].

Traite des vaches[modifier | modifier le code]

Pour 24 places et un personnel de 2 trayeurs, le rendement de traite est en moyenne de 100 l de lait par heure[21].

Depuis 2010, il existe un roto de traite entièrement automatisé, l'AMR™, qui fut présenté au salon EuroTier (de) à Hanovre par la société DeLaval[22]. Il permet la traite de 90 vaches par heure, soit 540 bêtes trois fois par jour ou 800 deux fois par jour[23].

Le robot de traite[modifier | modifier le code]

Unité automatique Fullwood Merlin, années 1990, Deutsches Museum

Le robot est une unité de traite entièrement automatique qui peut fonctionner 24h/24, pilotée par un ordinateur. Il contrôle l'installation de la vache dans la stalle en distribuant un aliment, le nettoyage et la détection des trayons, adapte le débit de la traite, désinfecte les trayons, et effectue le rinçage des manchons des gobelets.
Les données informatisées renseignent le comportement de chaque vache, dont le niveau de production laitière, détecté par un compteur interne agréé par le contrôle laitier[17].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Labussière, J., Dotchewski, D., & Combaud, J. F. (1981). Caractéristiques morphologiques de la mamelle des brebis Lacaune. Méthodologie pour l’obtention des données. Relations avec l’aptitude à la traite. Ann. Zootech, 30(2), 115-136.
  2. J. Le Du, B. Benmederbel, Y. Dano, J.F. Combaud, R. Tessonnière (1984). Aptitude des chèvres de race Saanen à la traite mécanique. Relations avec les caractéristiques physiques du trayon, 33 (3), pp.375-384.<hal-00888293>
  3. Ricordeau, G., Bouillon, J., LeRoy, P., & Elsen, J. M. (1990). Déterminisme génétique du débit de lait au cours de la traite des chèvres. Inra Productions Animales, 3(2), 121-126.
  4. a et b Lebas, F., SARDI, G., & Le Coz, Y. (1970). Description d’une machine à traire les lapines. Ann. Zootech., 19, 223, 228 ; PDF de 7 pages.
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Traite des vaches laitières : matériel, installation, entretien Par l'Institut de l'élevage, p. 55 et suivantes
  6. (en) Subject-matter index of patents of invention Par Great Britain, Patent Office, 2e éd., part 1 (A to M), 1857 - p. 268
  7. (en) The farmer's magazine vol. 4, january to june, 1836 - p. 477
  8. a, b et c (en) American Artifacts, Cow Lilker Patents, A Selection of Cow Milker Patent Drawings : L.O. Colvin 1860, A. Baldwin 1879…
  9. [PDF] École nationale vétérinaire d'Alfort, La machine à traire : recherches et innovations depuis les années 1980 en vue d'améliorer la qualité du lait et la santé de la mamelle chez les vaches laitières, thèse de doctorat de Cécile Enault, 2008
  10. L.O. Colvin invents Vacuum Milker, 1860
  11. Google Brevets, Patent William Marshall Mehring, brevet no 488282
  12. Google Brevets, W. M. Mehring, pulsator, brevet no 1355839
  13. Noelle Foster Feliciano, Contingent Mechanization : The Case of American Dairying, ProQuest, 2008, p. 72
  14. Googles Brevets, Alexander Gillies, no 947156
  15. Pierre-Olivier Fanica, Le lait, la vache et le citadin, du XVIIe au XXe siècle, Éditions Quae, 2008, p. 358 à 360
  16. [PDF] Association Française pour la Production Fourragère, Aperçu d'ensemble des problèmes zootechniques, agronomiques et fourragers de la zone jurassique des Causses, J. Bosc, Fourrages no 12, 1962, p. 5[28]
  17. a et b Isabelle Cauty, Jean-Marie Perreau, La conduite du troupeau laitier, éditions France Agricole, 2003, p. 79 à 88
  18. Traite des vaches laitières : matériel, installation, entretien. Par l'Institut de l'élevage, p. 235
  19. Traite des vaches laitières : matériel, installation, entretien. Par l'Institut de l'élevage, p. 239
  20. [PDF] Roto de traite caprin : le temps de traite dans 12 élevages Par Christophe Béalu, avec la collaboration de Charlotte Gerard - Chambre d'agriculture des Deux-Sèvres, décembre 2009
  21. Traite des vaches laitières : matériel, installation, entretien. Par l'Institut de l'élevage, p. 267
  22. Lancement du premier roto de traite automatique
  23. Site officiel DeLaval France, AMR™ DeLaval, À propos de DeLaval/l'innovation chez DeLaval

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Du, J., MOHAER, J., & LAMBION, P. (1977). Machine à traire: paramètres physiques caractérisant le fonctionnement du manchon trayeur. Ann. Biol. Anim. Bioch. Biophys, 17(6), 971-985.
  • Le Du, J., Richard, J., de la CHEVALERIE, F. A., Corre, C., & MOLLE, D. (1977). Influence du manchon trayeur sur les caractéristiques de traite des vaches de race française frisonne pie noire. In Annales de zootechnie (Vol. 26, No. 4, pp. 503-512).