La Chartreuse de Parme

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La Chartreuse de Parme
Image illustrative de l'article La Chartreuse de Parme
Édition de 1846 avec l’étude de Balzac.

Auteur Stendhal
Genre Roman
Pays d'origine France
Éditeur Ambroise Dupont
Date de parution 1839
Chronologie
Précédent Le Rouge et le Noir Lucien Leuwen Suivant

La Chartreuse de Parme est un roman publié par Stendhal. Cette œuvre majeure, qui lui valut la célébrité, fut publiée en deux volumes en mars 1839, puis refondue en 1841, soit peu avant la mort de Stendhal, à la suite d'un article fameux de Balzac et prenant de fait un tour plus « balzacien » : aujourd’hui, c’est le texte stendhalien d’origine que l’on lit encore.

L’œuvre sera, jusqu’au début du XXe siècle, relativement inconnue en dehors de quelques cercles d’esthètes, de critiques littéraires, ou de personnalités visionnaires (Nietzsche), ce que Stendhal semblait appeler de ses vœux, dédicaçant son roman To the Happy Few.

Résumé[modifier | modifier le code]

Le roman s’ouvre avec un Avertissement au statut trouble : le narrateur du roman y explique que l’histoire qu’il conte lui a été relatée par le neveu d’un chanoine, le chanoine Borda, qui est un personnage du roman (il apparaît au chapitre V du livre I). Cet Avertissement n’est pas du ressort de l’auteur : il suit le titre du roman, il y est donc intégré. La Chartreuse débute ainsi sous les auspices les plus ironiques, l’auteur feignant d’écrire un avertissement qui lui éviterait des ennuis politiques ou judiciaires pour le contenu de l’œuvre, mais, en attribuant cet avertissement à son narrateur, il brouille toutes les pistes, à commencer par le statut du narrateur, mais aussi les pistes spatio-temporelles. Cette ironie pure, ce « rire absolu » selon Michel Crouzet, marque l’œuvre, qui ne peut jamais se lire d’une façon dualiste si on veut l’analyser sérieusement (voir à ce sujet la préface de Michel Crouzet dans l’édition du Livre de Poche').

L’action du roman commence à Milan en 1796, par les confidences d’un lieutenant français dénommé Robert, qui conte l’arrivée dans Milan des armées de la Révolution, menée par le jeune Bonaparte. Ces armées réveillent, dans un peuple lombard anesthésié par la tutelle autrichienne, un vieux fond héroïque, et sont accueillies avec une gaieté folle par les Milanais dans leur majorité.

Le marquis Del Dongo, farouche et grotesque réactionnaire, partisan de l’Autriche, se voit contraint d’accueillir les soldats français vainqueurs, dont le lieutenant Robert fait partie. À mots couverts, le romancier suggère une idylle entre Robert et la jeune marquise Del Dongo, dont le fruit sera Fabrice. Celui-ci passe sa jeunesse dans la tourmente napoléonienne. Installé à Grianta, sur le lac de Côme, avec toute sa famille, le jeune homme resserre les liens entre sa mère et sa tante, Gina Del Dongo, laquelle épouse un général italien partisan des Français, qui trouve la mort en 1814. Pendant ce temps, son père (officiel) et son frère (demi-frère) sont espions pour le compte de l’absolutisme autrichien, et triomphent quand, en 1813-1814, les armées napoléoniennes sont vaincues, et que Milan retombe sous la coupe de l’empereur d’Autriche.

Fabrice trouve en un abbé nommé Blanès une sorte de père de substitution : Blanès lui apprend à lire les signes qui permettent de comprendre l’avenir, mais toutefois il omet de lui apprendre à les analyser, ce qui fait que Fabrice s’en tiendra à un rapport très naïf au monde. Stendhal dit lui-même de Blanès qu’il « jette Fabrice sur la route de Waterloo ». Apprenant le débarquement de Napoléon, enfui de l’île d'Elbe, Fabrice, poussé justement par des signes favorables, décide de se mettre à son service et part pour la France. Il espère pouvoir ainsi devenir le héros chevaleresque dont il rêve.

Après des péripéties qui le font passer pour un jeune aristocrate naïf, et montrent en comparaison un peuple français (républicains compris, voire républicains avant tout) roublard et bien peu héroïque, Fabrice, alors âgé de 17 ans, arrive enfin à Waterloo, le jour de la bataille. Celle-ci constitue pour lui une sorte d’apprentissage, pour le moins raté, comme le reconnaît le narrateur : « il faut avouer que notre héros était fort peu héros en ce moment ». La guerre moderne n’est pas faite pour le héros chevaleresque, ce que Fabrice apprendra à ses dépens. Il passe son temps à ne rien comprendre à la bataille qui, loin des grandes fresques épiques, est narrée du seul point de vue de Fabrice : Stendhal, qui a été soldat de Napoléon, montre ainsi mieux que quiconque l’absurdité de la guerre moderne. Il s’agira pour Fabrice d’être héros autrement que par les armes.

Entre temps, sa tante, la belle Gina, devenue veuve depuis l’assassinat du général Pietranera, faisait la rencontre du comte Mosca, Premier ministre du prince de Parme, s’installait avec lui en cette dernière villégiature, et, par commodité et faisant fi des convenances, épousait le duc de Sanseverina sans le voir plus de deux fois. Fabrice, chassé de la maison paternelle du fait de son engagement, rejoint sa tante à la cour de Parme. La carrière militaire lui étant fermée, il se tourne du côté des affaires ecclésiastiques et devient coadjuteur de l’archevêque Landriani.

Pour autant son naturel fougueux reprend le dessus, et le jeune coadjuteur s’implique dans quelques intrigues amoureuses. L’une d’entre elles le pousse à tuer le piètre acteur comique Giletti, qui l’attaque le premier, près de la frontière autrichienne. Cet acte bénin dans un État monarchique (un aristocrate se défend et pourfend un « coquin »), comme cela sera souvent rappelé dans le roman, revêt une importance capitale car il confirme la prédiction de l’abbé Blanès, et voue Fabrice à la prison (la tour de Parme), son sort étant fixé par les intrigues politiques de la cour.

La cabale montée par les adversaires du comte Mosca et de la belle Gina se saisit de l’occasion. De vagues promesses d’immunité judiciaire sont faites à Fabrice, qui s’est enfui. Promesses qu’il commet l’erreur de prendre au sérieux : il se retrouve alors emprisonné dans une forteresse, au sommet de la tour Farnèse. Bien que menacé de mort, il tire de son emprisonnement une douceur particulière en tombant amoureux de Clélia Conti, fille du gouverneur de la prison (les deux jeunes gens communiquant par des moyens aussi ingénieux que variés). Avec l’aide de Clélia et celle de la Sanseverina, Fabrice parvient à s’évader. Mais la dose de laudanum administrée au gouverneur de la prison pour permettre l’évasion se révèle trop forte, et celui-ci semble en danger de mort. Rongée par le remords, Clélia fait un vœu à la Madone, celui de ne plus jamais revoir Fabrice, et d’épouser le riche marquis de Crescenzi, union désirée par son père. Le gouverneur se remet, et Clélia réalise son vœu. Entre-temps le prince de Parme décède officiellement d’une maladie. Un décès quelque peu « aidé », en vérité, par le poison que lui a administré le poète révolutionnaire républicain Ferrante Palla, envoyé par Gina.

Le successeur du prince défunt, Ernest-Ranuce V, est sous le contrôle du comte Mosca, qui se sent désormais assez fort pour ramener Gina et Fabrice à Parme, mais aussi de Gina elle-même dont il est follement amoureux. Fabrice ayant appris le mariage de Clélia, se livre volontairement à la prison de la tour Farnèse, au lieu de la prison de la ville, afin de pouvoir retrouver Clélia. Il est à nouveau menacé d’empoisonnement, et Gina doit promettre de se donner au jeune prince s’il intervient pour sauver Fabrice. Ce dernier est sauvé, la tentative d’empoisonnement confirmée, ce qui aboutit à l’exil du général Conti, gouverneur de la citadelle.

Gina et Mosca se marient, tandis que Fabrice devient un célèbre prédicateur. Son amour pour Clélia est cependant toujours vivant. Tous deux finissent par se retrouver, toujours dans l’obscurité, pour respecter le vœu de Clélia de ne plus voir Fabrice. Un fils, Sandrino, naît cependant de leur union. Fabrice, pour le voir plus souvent, le fait enlever et passer pour mort, mais l’enfant tombe vraiment malade et meurt, en effet, quelques mois plus tard, bientôt suivi au tombeau par sa mère. Fabrice se retire alors en une chartreuse, où il meurt à son tour. Minée par le chagrin de ce deuil, Gina s'éteint, elle aussi. Parmi les personnages principaux du roman, seul Mosca survit, dans une fin en forme d’hécatombe et d’ironie relativement désabusée sur l’avenir de l’Europe du Congrès de Vienne (la richesse et la politique dominent).

Analyse[modifier | modifier le code]

Place Garibaldi à Parme.

Paul Morand indique, dans la présentation de la Chartreuse de Parme, en collection Le livre de poche, la raison du choix de cette ville. Stendhal l’explique dans une réponse à Balzac : « il a choisi Parme parce qu’en 1838 ce petit grand-duché était le moins dangereux entre tous les cadres, pour une action qui se déroulait en Italie ». Le choix de Stendhal se porte sur Parme en raison du contexte politique propre au duché de Parme et Plaisance. Parme est alors sous la régence de Marie-Louise, la seconde épouse de Napoléon Ier, que Stendhal surnomme « a poor woman », et doit à son décès revenir à la Maison de Bourbon-Parme. Par conséquent, le duché ne constitue plus un élément de rivalité entre les grandes puissances et il bénéficie d’une certaine autonomie bien que Marie-Louise ait du mal à maintenir les élans révolutionnaires qui se déclarent dans sa ville, ce qui affaiblit son autorité interne et diplomatique. Stendhal s’est rendu à plusieurs reprises dans la ville qu’il jugeait « assez plate ». Le roman est en bonne partie imaginaire, d’abord par les personnages ainsi que par le décor qui met en scène une citadelle avec une immense tour Farnèse[1]. En outre, dans les années où se déroule l'histoire, Parme est gouvernée par Marie-Louise de Habsbourg-Lorraine (fille de François II et deuxième épouse de Napoléon Ier) et non par Ernest-Ranuce IV Farnèse, qui d'ailleurs n'a jamais existé (la dernière des Farnèse ayant épousé le roi Philippe V au début du XVIIIe siècle).

Selon l’avis commun, la fin, jugée expédiée, voire arbitraire, serait un défaut de l’œuvre, qui fut d'ailleurs écrite , ou plus exactement dictée, en seulement sept semaines. Les dernières amours de Clélia et de Fabrice manqueraient en effet de crédibilité. Sans doute ce défaut est-il caractéristique de Stendhal, qui éprouve des difficultés à finir ses ouvrages (on le retrouve entre autres dans le Rouge et le Noir). Cependant, le personnage principal de son roman meurt dans une proposition relative, performance littéraire qui, pour beaucoup, frise le génie, et aurait une grande part dans ce que l'on considère comme la modernité de la Chartreuse.

La plus grande caractéristique de La Chartreuse, pour certains, est de mettre l’aventure, omniprésente dans ce roman d’action, au service d’un idéal poétique et littéraire.

Personnages (par ordre d’apparition)[modifier | modifier le code]

  • Le lieutenant Robert, que l'on comprend être le père illégitime de Fabrice del Dongo.
  • Le marquis del Dongo, homme acariâtre.
  • Gina del Dongo - la comtesse Pietranera, la duchesse Sanseverina, la comtesse Mosca. Tante de Fabrice, éprise de lui.
  • La marquise del Dongo
  • Fabrice del Dongo, héros du roman, jeune homme d'une grande beauté.
  • Son frère aîné, Ascagne del Dongo, qui le hait.
  • L’abbé Blanès, astrologue et ami de Fabrice.
  • La cantinière, aide le jeune Fabrice.
  • Fabio Conti, directeur de la forteresse où est enfermé Fabrice: la tour Farnèse.
  • Clélia Conti, sa fille, véritable amour de Fabrice.
  • Le comte Mosca, fin politique épris de Gina.
  • La Fausta, chanteuse d'opéra capricieuse.
  • Le fiscal général Rassi, arriviste de mauvaise réputation.
  • Ernest-Ranuce IV, prince de Parme.
  • L’archevêque Landriani
  • Marietta, comédienne.
  • L’acteur Giletti, grand et maigre, rival de Fabrice par rapport à Marietta.
  • Ludovic, ancien cocher des del Dongo, fidèle serviteur de Fabrice.
  • Ferrante Palla, le poète républicain (« homme des bois » qui balance entre le génie et la folie)
  • Ernest-Ranuce V, fils d'Ernest-Ranuce IV, lui succède à sa mort.

Adaptations au cinéma ou à la télévision[modifier | modifier le code]

Adaptations musicales[modifier | modifier le code]

Références dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

  • La chanson La Ballade de Fabrice et Clélia de Théo Hakola s'inspire de La Chartreuse de Parme.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Peut-être Stendhal fait-il référence à la tour de Parme qui s'écroule en 1606, qui n'est pas construite par les Farnèse et se trouve en un lieu différent de la citadelle.
  2. 情熱のバルセロナ (ja).
  3. Site officiel de la Revue Takarazuka (ja).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Amedeo Benedetti, Il Principe moderno, o La Certosa di Parma di Stendhal, en « Rivista di Studi Politici Internazionali », vol. 77, fasc. 306, aprile-giugno 2010, Florence, F. le Monnier, p. 292-298 (OCLC 654485979).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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