Proposition relative

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En grammaire, la proposition relative est une proposition subordonnée complexe servant le plus souvent d'expansion nominale. Dotée obligatoirement d'un verbe, elle est reliée à sa proposition principale (le cas échéant) au moyen d'un pronom relatif.

Toutes les langues ne possédant pas de propositions relatives, leur existence ou leur non existence peut donc constituer un critère pertinent pour la typologie linguistique. On étudiera ci-après plusieurs cas notables.

Français[modifier | modifier le code]

On détaillera ici quelques spécificités des relatives en français. Il va de soi que d'autres langues connaissent des procédés similaires.

Généralités[modifier | modifier le code]

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

  • Le pronom relatif exerce toujours une fonction à l'intérieur de la proposition subordonnée relative.
  • La proposition subordonnée relative est toujours complément de l'antécédent.
  • Le pronom relatif complète toujours un nom. (exemple : J'adore les gâteaux au chocolat /que ma mère fait chaque dimanche/.)

Fonctions du pronom relatif :

  • sujet : qui
  • COD : que
  • CDN : dont
  • COI : à qui, de qui, à laquelle, auquel, duquel, de laquelle
  • CC : sur lequel, dans lequel, avec lequel, à laquelle, où

Autonomie[modifier | modifier le code]

En tant qu'expansion du nom, la proposition relative n'est pas un complément essentiel : on peut la supprimer sans rendre la phrase agrammaticale, même quand elle est enchâssée dans la principale : [Ce chat, [<qui> est énorme], se nomme Boubou] ~ [Ce chat se nomme Boubou]. Inversement, on ne peut la conserver seule : qui est énorme n'est pas autonome.

Il existe cependant des propositions relatives non supprimables, qui ne sont pas des expansions d'un nom :

Modes du verbe de la relative[modifier | modifier le code]

Le mode non marqué dans la relative est l'indicatif. Le subjonctif peut cependant être employé. Il apporte dans ce cas une valeur subjective ou hypothétique à la relative :

  • Je voudrais un médicament qui guérisse la touxqui guérisse rend l'idée de but (pour guérir) et fait intervenir l'hypothèse : il n'est pas sûr qu'un tel médicament existe (actualisation incomplète). Dans ce type d'emplois, le subjonctif dans la relative s'utilise principalement pour des antécédents indéfinis. On peut opposer ce tour à Je voudrais ce médicament qui guérit la toux, dans lequel le locuteur sait qu'un tel médicament existe (actualisation complète).
  • C'est le chat le plus intelligent que je connaisse : c'est un tour courant après un superlatif. L'indicatif rendrait la phrase plus objective : dans C'est le chat le plus intelligent que je connais, le locuteur marque qu'il n'y a aucun doute quant à l'extension des chats intelligents.

Pour étudier les différents types de relatives, il convient d'opérer au préalable une distinction entre les relatives avec antécédent et les relatives sans antécédent.

Ce tour rapide de l'utilisation des relatives en français ne se veut bien sûr pas exhaustif. Il cache en effet par sa brièveté de nombreuses difficultés d'analyse.

Relative sans antécédent (substantive)[modifier | modifier le code]

Une relative sans antécédent (ou relative substantive) est une proposition subordonnée relative dont le pronom relatif est employé sans antécédent, et qui équivaut à un nom (un substantif) ou un élément nominalisé :

  • Qui aime bien ne châtie jamais.
    • La relative substantive équivaut à « L'homme aimant ne châtie jamais ».
  • Une relative substantive est exclusivement introduite par les pronoms « qui », « quoi », «  », ou « quiconque » (donc, jamais par « que », « dont » ou « lequel »), qui dans ce cas, ne sont plus des anaphores mais des représentants référentiels permettant un accès direct au référent.
  • Une relative substantive constituant un élément syntaxique essentiel de la phrase, elle n'est jamais supprimable :
    • [<Qui> aime bien] [ne châtie jamais]
      • Il n'est pas possible de retirer la relative (la principale « ne châtie jamais » n'est pas autonome) car c'est le sujet du verbe « châtier ».
  • Le relative substantive est moins fréquente que la relative avec antécédent. On la trouve souvent dans les proverbes ou les expressions plus ou moins figées. Sa fonction syntaxique au sein de la phrase est l'une des différentes fonctions du nom :
    • Où tu iras, j'irai.
      • La relative substantive « Où tu iras » est C.C. de lieu du verbe « irai ».
    • Rira bien qui rira le dernier.
      • La relative substantive « qui rira le dernier » est sujet du verbe « rira ».
    • J'aime qui m'aime.
      • La relative substantive « qui m'aime » est C.O.D. du verbe « J'aime ».
    • Sois reconnaissant envers qui te rend service.
      • La relative substantive « envers qui te rend service » est C.O.I. du verbe « Sois reconnaissant » (ou complément de l'adjectif « reconnaissant »).

Relative avec antécédent[modifier | modifier le code]

Une relative avec antécédent est une proposition subordonnée relative dont le pronom relatif est employé avec un antécédent. Plus communes que les précédentes, les relatives avec antécédent sont de deux sortes, selon qu'elles participent ou non à l'actualisation de cet antécédent : elles sont appelées déterminatives dans le premier cas et explicatives dans le second. Les relatives attributives constituent un cas un peu à part.

Relative déterminative[modifier | modifier le code]

Une relative déterminative (ou relative restrictive) est une proposition subordonnée relative avec antécédent, permettant d'identifier (partiellement ou totalement) le référent désigné par l'antécédent du pronom relatif introducteur :

  • Il cherche un maçon qui sache travailler à l'ancienne.
    • Le maçon en question n'est pas totalement déterminé (on n'est même pas sûr qu'il existe), mais on est sûr d'une chose : il ne peut s'agir de n'importe quel maçon, mais d'un « maçon qui sache travailler à l'ancienne ».
  • Permettant de spécifier une sous-classe dans un ensemble donné, une relative déterminative a donc un caractère indispensable et ne peut être supprimée (sa suppression, possible d'un point de vue purement syntaxique, ne permettrait pas l'actualisation du référent, celui-ci ne pourrait donc plus être identifié). Elle a la valeur d'une épithète liée :
    • La rue qui longe la mairie est barrée pour cause de travaux.
      • Si l'on supprime la relative (« La rue est barrée pour cause de travaux. »), il devient impossible d'identifier le référent, c'est-à-dire, de dire de quelle rue il s'agit (sauf, bien sûr, si l'on sous-entend qu'il s'agit de la rue dans laquelle se déroule l'énonciation).

Relative explicative[modifier | modifier le code]

Une relative explicative (ou relative non déterminative) est une proposition subordonnée relative avec antécédent, ne jouant aucun rôle dans l'identification du référent :

  • Tu devrais changer les pneus de ta voiture, qui me paraissent bien usés.
    • Le destinataire n'a qu'une seule voiture, laquelle ne possède que quatre (ou cinq) pneus. Les pneus en question sont parfaitement identifiés même en l'absence de la relative (« Tu devrais changer les pneus de ta voiture. »).
  • La relative explicative apporte donc un certain nombre d'informations complémentaires non indispensables à l'identification du référent. Elle est souvent séparée de son antécédent par une pause syntaxique (des virgules à l'écrit). Elle peut plus facilement être supprimée qu'une déterminative. Sa suppression consiste donc en une simple perte sémantique, ne modifiant pas l'actualisation du référent. Souvent porteuse de valeurs circonstancielles et logiques, elle a la valeur d'une épithète détachée :
    • Mon voisin, qui est une personne sympathique, m'a souvent rendu service.
      • La relative sert à ajouter une information logique et à expliquer le contenu de la principale (« C'est parce que mon voisin est une personne sympathique, que celui-ci m'a souvent rendu service »). Elle équivaut à un C.C. de cause du verbe « a rendu ».
  • La différence sémantique entre la relative explicative et la relative déterminative mérite quelques observations. Toutes deux sont supprimables d'un simple point de vue syntaxique, mais seule la suppression de la subordonnée déterminative met en péril l'actualisation de l'antécédent. Du coup, un même énoncé n'aura pas le même sens selon qu'il prend la forme d'une relative explicative ou d'une relative déterminative :
    • Les soldats qui étaient fatigués se sont mal battus. / Les soldats, qui étaient fatigués, se sont mal battus.
      • La première phrase signifie que tous les soldats n'étaient pas fatigués, et que tous ne se sont pas mal battus. La relative (déterminative) restreint l'extension de l'antécédent « soldats » (le référent) : ne sont considérés, parmi tous les soldats, que ceux qui étaient fatigués et non la totalité de l'ensemble. « Certains » soldats étaient fatigués et, par conséquent, se sont mal battus.
      • La deuxième phrase signifie tout au contraire que « tous » les soldats étaient fatigués, et que par conséquent, « tous » se sont mal battus. La relative (explicative) ne fait qu'apporter une explication subsidiaire : l'antécédent « soldats » (le référent) ne subit aucune restriction, ce sont bien tous les soldats qui se sont mal battus « parce qu'ils étaient fatigués ». On dit que la relative explicative a une « valeur généralisante ».
  • En français, les relatives explicatives sont obligatoirement distinguées des déterminatives par la mise en incise entre virgules : en effet, « les soldats, qui étaient fatigués, se sont mal battus » et « les soldats qui étaient fatigués se sont mal battus » n'ont strictement pas le même sens.

Relative attributive[modifier | modifier le code]

Une relative attributive est une proposition subordonnée relative avec antécédent, dont la fonction est attribut, du sujet réel ou de l'objet. Elle constitue un cas particulier s'apparentant aux relatives déterminatives. Elle ne peut exister qu'au sein d'un certain nombre d'expressions figées (quoique très courantes), et constituant le thème de la phrase, pour des raisons purement syntaxiques, elle ne peut jamais être supprimée et elle peut être substituable à un attribut du COD :

  • [Boubou a les poils] [<qui> frisent].
    • La relative est attribut de l'objet « poils ». La phrase entière équivaut à : « Les poils de Boubou sont frisants ».
  • Il n'y a que toi qui mérites de réussir.
    • La relative est attribut du sujet réel « toi ». La phrase entière équivaut à : « Toi seul mérites de réussir ».
  • J'ai les cheveux qui grisonnent.
    • La relative est attribut de l'objet « cheveux ». La phrase entière équivaut à : « Mes cheveux grisonnent. »
  • Je la vis qui s'approchait.
    • La relative est attribut de l'objet « la ». La phrase entière équivaut à : « Je vis qu'elle était "en train" de s'approcher  »
  • Ils sont là qui attendent.

La relative est attribut du sujet « Ils ». La phrase entière équivaut à : « Ils sont "en train" d'attendre là  »

Latin et grec ancien[modifier | modifier le code]

Une proposition relative au subjonctif équivaut à une proposition circonstancielle. Le pronom relatif est alors l'équivalent :

  • De la conjonction ut + subjonctif (= afin que, de telle sorte que, (tel…) que)
  • Ou de la conjonction cum + subjonctif (= alors que, bien que, puisque) suivie, le cas échéant, d'un pronom de rappel is, ea,id : qui(+subj.)=cum/ut in eis(+subj.)

Grec moderne[modifier | modifier le code]

À l'opposé des langues décrites précédemment, le système relatif du grec moderne apparaît très simple : en effet, il existe un pronom relatif, που pou, invariable, qui sert à tous les emplois. Il ne faut pas le confondre avec πού poú, marqué de l'accent aigu, pronom interrogatif de lieu (« où ? »). C'est d'autant plus notable que le grec moderne est une langue bien plus flexionnelle que le français, par exemple, qui, lui, utilise un pronom relatif composite aux nombreuses formes empruntées à des mots différents.

Voici quelques exemples, tous empruntés au poète grec Odysséas Elýtis (l'antécédent est souligné ; on a adopté, contrairement aux usages dans cette encyclopédie propres au grec ancien, une transcription et non une translittération)

  • Λένε με τα φιλιά τους την αυγή / Που αρχίζει (Léne me ta filiá tous tin avyí / Pou archízi ; Orientations « De la mer Égée II ») : « Annoncent avec leurs baisers l'aube / qui commence » (που pou est sujet de αρχίζει archízi, « commence ») ;
  • Στην αρχαία εκείνη θάλασσα που εγνώριζα (stin archéa ekíni thálasa pou eghnóriza ; Journal d'un avril invisible, « Samedi 11 ») : « Dans cette ancienne mer que j'ai connue » (που pou est COD de εγνώριζα eghnóriza, « j'ai connu »)

Il existe cependant d'autres pronoms relatifs, déclinables en genre, ambiguïtés, ou d'emploi limité, comme όσος, -η, -ο, qui ne sert qu'à la comparaison de quantité (« aussi »), ou όποιος, -α, ο (remplaçables par l'indéclinable ό,τι, avec virgule), pronom relatif indéfini (« qui que ce soit »).

Anglais[modifier | modifier le code]

Comme en français, on place une proposition relative anglaise après son antécédent, et entre des parenthèses s'il s'agit d'une proposition non restrictive (c'est-à-dire servant non pas à identifier précisément l'antécédent, mais plutôt à fournir des informations supplémentaires).

Le choix d'un pronom relatif repose sur quatre distinctions :

  • antécédent animé (une personne ou un objet personnifié) ou non animé
  • proposition restrictive ou non restrictive
  • registre soutenu ou non soutenu
  • l'antécédent
    • est le sujet du verbe de la proposition relative,
    • ou est l'objet du verbe,
    • ou est précédé d'une préposition,
    • ou a une preposition détachée,
    • ou est au cas possessif.

Dans une proposition restrictive, lorsque le pronom relatif sert d'objet au verbe, ou est précédé d'une préposition, ou a une préposition détachée, le « pronom relatif zéro » (zero relative pronoun) peut être utilisé, c'est-à-dire le pronom relatif peut être omis. Dans le tableau ci-dessous il est indiqué par Ø.

Résumé des formes[modifier | modifier le code]

Restrictive Non restrictive
Antécédent animé Antécédent non animé Antécédent animé Antécédent non animé
Sujet who, that
the person who saw me
the person that saw me
that, which
the tree that fell
the tree which fell
who
the person, who saw me,
which
the tree, which fell,
Objet du verbe who, whom, that, Ø
the person who I saw (non soutenu)
the person whom I saw (soutenu)
the person that I saw
the person I saw
that, which, Ø
the tree that I saw
the tree which I saw
the tree I saw
who, whom
the person, who I saw, (non soutenu)
the person, whom I saw, (soutenu)
which
the tree, which I saw,
Complément d'une préposition attaché whom
the person of whom I spoke (soutenu)
which
the tree of which I spoke (soutenu)
whom
the person, of whom I spoke, (soutenu)
which
the tree, of which I spoke, (soutenu)
Complément d'une préposition détaché who, whom, that, Ø
the person who I spoke of (non soutenu)
the person whom I spoke of (soutenu)
the person that I spoke of
the person I spoke of
that, which, Ø
the tree that I spoke of
the tree which I spoke of
the tree I spoke of
who, whom
the person, who I spoke of, (non soutenu)
the person, whom I spoke of, (soutenu)
which
the tree, which I spoke of,
Cas possessif whose
the person whose tree is there
the person whose tree I saw
whose
the tree whose leaves fell
the tree whose leaves I saw
whose
the person, whose tree is there,
the person, whose tree I saw,
whose
the tree, whose leaves fell,
the tree, whose leaves I saw,

Relatives sans antécédent[modifier | modifier le code]

En anglais les relatives sans antécédent (fused relative pronouns ou compound relative pronouns) comprennent tant les antécédente et la relative. Ils sont what (=that which, « ce qui », « ce que »), whatever ou whatsoever (=anything that, « quelque chose qui », « quelque chose que »), et whoever ou whosoever ou whomever (=anyone who(m), « quelqu'un qui », « quelqu'un que », « quiconque ». Par exemple:

  • I did what he desired
  • I do what(so)ever I want
  • Who(so)ever treats me well is my friend
  • I talk to who(m)ever I want to talk to

Mandarin[modifier | modifier le code]

En Mandarin il n'y a pas de pronoms relatifs ; le rôle de l'antécédent dans la proposition relative (sujet, objet du verbe, etc.) est implicite par le contexte. La proposition relative est placée avant son nom et elle est suivie directement de la particule de.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]