Jean Eudes

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Jean Eudes
Image illustrative de l'article Jean Eudes
Prêtre français, Fondateur et Saint
Naissance
Ri, Orne, France
Décès   (à 78 ans)
Caen, Calvados, France
Nationalité Flag of France.svg Française
Canonisation 1925
par Pie XI
Vénéré par catholiques
Fête 19 août

Saint Jean Eudes, né le à Ri, en Normandie (France) et décédé le à Caen (France), est un prêtre français oratorien, fondateur d'un institut religieux consacré à la formation des prêtres, et d'un ordre religieux voué à la réhabilitation des "filles repenties".

À l'origine de plusieurs séminaires dans sa Normandie natale, il fut un artisan de l'introduction du Concile de Trente, en France, ainsi qu'un acteur majeur de l'École française de spiritualité.

Il est, au XVIIe siècle, avant Marguerite-Marie Alacoque, le grand propagandiste du culte au Sacré-Cœur de Jésus et au saint Cœur de Marie.

Biographie[modifier | modifier le code]

L'ancien séminaire des Eudistes à Caen

Formation[modifier | modifier le code]

Frère de l'historien François Eudes de Mézeray, Jean Eudes est né le 14 novembre 1601 (la même année que Louis XIII), à Ri, près d'Argentan, en Normandie. Après avoir accompli ses humanités au collège des Jésuites de Caen, il entre, le 23 mars 1623, dans la toute récente Société de l'oratoire de Jésus de France, rue Saint-Honoré, à Paris, où il est accueilli par le fondateur, le cardinal Pierre de Bérulle. Ordonné prêtre le 20 décembre, il célèbre le 25 de ce mois, sa première messe, avant de poursuivre ses études théologiques dans la communauté oratorienne d'Aubervilliers[1].

Fondation de la congrégation de Jésus et Marie[modifier | modifier le code]

La "Vieille Mission" : première maison des Eudistes à Caen, où mourut Jean Eudes

Revenu en 1627 dans sa Normandie natale, il est d'abord envoyé dans la région de Vrigny (diocèse de Sées), qui était touchée par la peste. Il réchappe à l'épidémie et découvre l'abandon matériel et spirituel dans lequel vivent les campagnes. De ce constat, il tire une priorité pour son apostolat : si l'on veut rechristianiser la société, il faut former des prêtres, capables de tenir une paroisse rurale ou de prêcher des missions populaires. Rencontrant ainsi les directives du concile de Trente concernant la formation du clergé, il quitte, le 19 mars 1643, la communauté de l'Oratoire de Caen, dont il était le supérieur, pour ouvrir un séminaire dans cette même ville. A cet effet, il regroupe sept prêtres chevronnés, des missionnaires capables de devenir des formateurs, et fonde, le 25 mars de la même année, avec l'approbation de l'évêque de Bayeux, une société de prêtres voués tant à la formation des séminaristes et du clergé qu'aux prédications populaires dans les paroisse : la congrégation de Jésus et de Marie, dite des Eudistes[2]. De Caen, les séminaires eudistes essaimeront, du vivant de leur fondateur, à Coutances, Lisieux, Rouen, Évreux et Renne[3].

Fondation de l'ordre de Notre-Dame de la Charité[modifier | modifier le code]

Le couvent de Notre-Dame-de-la-Charité à Caen

Dès 1634, Jean Eudes songe à établir à Caen un "refuge" pour les "filles repenties", c'est-à-dire des femmes désireuses de quitter le libertinage ou la prostitution. C'est chose faite en 1641, grâce à l'assistance de membres de la Compagnie du Saint-Sacrement, avec la création de Notre-Dame du Refuge[4]. Quelque temps plus tard, il décide de confier cette œuvre à des religieuses, et crée, non sans l'assistance des visitandines de Caen, un institut, qui deviendra l'Ordre de Notre-Dame de Charité, reconnu le 8 février 1651, par l'évêque de Bayeux, Mgr Molé, et par une bulle pontificaled'Alexandre VII, le . Du vivant du fondateur, s'établiront, en plus de celui de Caen, les monastères bretons de Renne (1673), Hennebont et Vannes (1676)[5].

Prédication[modifier | modifier le code]

A sa mort, le 19 août 1680 à Caen, Jean Eudes aura prêché cent dix missions, entre 1632 et 1676, dont quatre-vingt-dix en Normandie, principalement dans le diocèse de Coutances. Ces missions populaires avaient pour but de rallumer la foi ou la ferveur catholique dans les paroisses. Chacune d'entre elles durait à peu près un mois et demi. Les matinées étaient consacrées à la prédication, les après-midis au catéchisme ou à des conférences. En plus de ces activités, le missionnaire confessait la population[6]. D'autre part, Jean Eudes a également prêché devant Anne d'Autriche, qui l'appréciait beaucoup. Quant à Louis XIV, après avoir soutenu la fondation de la congrégation de Jésus et Marie, il suspectera le saint d'hostilité à sa politique gallicane, entre 1674 et 1679[7]. Enfin, il convient encore de souligner l'activité liturgique et littéraire de Jean Eudes en faveur du culte des Cœurs de Jésus et de Marie : en 1648, au cours d'une mission à Autun, il fait célébrer, avec l'approbation de l'évêque, la messe et l'office du Cœur de Marie, dont il a composé la structure; il fait de même, à Caen et dans quatre autres de ses séminaires, en 1672, pour la messe et l'office du Cœur de Jésus[8].

Postérité[modifier | modifier le code]

Reliquaire de saint Jean Eudes à Notre-Dame-de-la-Charité (Caen)

Culte[modifier | modifier le code]

Après sa mort, le corps de Jean Eudes est inhumé dans l'église des Très-Saints-Cœurs-de-Jésus-et-Marie du séminaire des Eudistes de Caen[9]. En 1810, les ossements de Jean Eudes ont été transférés à Notre-Dame-de-la-Gloriette. Depuis le , ils se trouvent dans la crypte sous le transept sud de cette ancienne église des Jésuites[10].

Jean Eudes a été béatifié par Pie X en 1909, et canonisé par Pie XII en 1925. Sa fête se célèbre le 19 août.

Le 8 novembre 2014 à l'occasion de la session plénière de la conférence des évêques de France, Mgr Michel Dubost a annoncé le soutien de la conférence pour la cause de Saint Jean Eudes comme Docteur de l'Église[11].

Spiritualité[modifier | modifier le code]

Au centre de la spiritualité de Jean Eudes : le Coeur de Jésus et de Marie

Comparé à son maître, Bérulle, Jean Eudes est un missionnaire, plus qu'un métaphysicien. D'ailleurs, lorsqu'il s'agit de choisir des formateurs pour son séminaire, il ne recrute pas des docteurs en Sorbonne, mais des patriciens aguerris[12]. Dès lors, s'il reprend les caractéristiques fondamentales de la mystique bérullienne, il les réélabore toutefois dans une perspective pastorale, et se concentre sur ce qui lui paraît essentiel : l'engagement baptismal, l'humilité dans la disposition à Dieu, l'union spirituelle aux intentions de Jésus (les "états" chez Bérulle), la piété mariale, l'empreinte sacerdotale[13]. De plus, ces différents éléments se condensent dans une image accessible et évocatrice : la dévotion au Cœur de Jésus et de Marie. "Dévotion" ne désigne pas ici un exercice de piété purement personnel : Jean Eudes milite pour un culte liturgique, c'est-à-dire une célébration collective; de plus, le terme doit être pris au sens premier d'obéissance et d'engagement. Quant au "cœur", il ne désigne ni l'organe ni le siège des sentiments, mais bien, au sens biblique, l'intériorité spirituelle et morale, porteuse de l'énergie de la volonté. C'est pourquoi Jean Eudes utilise une expression qui ne dissocie pas, sur ce point, Jésus et Marie, puisque leurs dispositions intérieures convergent au service de la Trinité. En ce sens, peut-être est-il également possible d'y voir une allusion ecclésiologique : les Actes des Apôtres n'affirment-ils pas que les premiers chrétiens ne formaient qu'un seul cœur ? Quelques années avant Marguerite-Marie Alacoque, Jean Eudes propage ainsi, dans ses prédications comme dans ses ouvrages, le culte du Sacré-Cœur, sans exploiter, cependant, l'idée de réparation victimaire, qui sera centrale dans les apparitions de Paray-le-Monial[14].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Souvenir d'une Mission de saint Jean Eudes
Pierre de Bérulle, fondateur de l'Oratoire et maître de Jean Eudes
  • L'exercice de piété (1636)
  • La vie et le royaume de Jésus (1637)
  • Le testament de Jésus (1641)
  • Le catéchisme de la mission (1642)
  • Avertissements aux confesseurs missionnaires (1644)
  • La dévotion au très saint Cœur de la bienheureuse vierge Marie (1648)
  • Offices (1652)
  • Contrat de l'homme avec Dieu par le saint baptême (1654)
  • La manière de bien servir la messe (1660)
  • Le Bon confesseur (1666)
  • Manuel à l'usage d'une communauté ecclésiastique (1668)
  • Constitutions pour les Sœurs de Notre-Dame-de-Charité (1670)
  • L'enfance admirable de la très sainte Mère de Dieu (1676)
  • Le mémorial de la vie ecclésiastique (1681)
  • Le prédicateur apostolique (1685)
  • Constitutions de la Congrégation de Jésus et Marie (1865)
  • Regulae congregationis Jesu et Mariae (1872)
  • Lettres (1909)
  • Memoriale beneficiorum Dei (1911)

Eudistes[modifier | modifier le code]

Après avoir combattu le jansénisme au XVIIIe siècle, l'institut des Eudistes est supprimé lors de la Révolution française, puis reconstitué en 1826. La maison généralice est à Rome. Les Eudistes sont présents en Amérique du Nord (Collège Jean-Eudes à Montréal et l'Externat Saint-Jean-Eudes à Québec), Amérique centrale et Amérique du Sud, ainsi qu'en Afrique.

L'actuel séminaire de Basse Normandie, à Caen, porte le nom de Séminaire Saint-Jean Eudes[15].

A Québec, Charlesbourg, il existe aussi une école secondaire "Saint-Jean-Eudes".

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Présence de saint Jean Eudes à Caen

Œuvres de saint Jean Eudes[modifier | modifier le code]

  • Saint Jean Eudes, Lettres choisies - lettres inédites, (présentées par Ch. Berthelot du Chesnay), Namur, Editions du Soleil Levant, 1958

Etudes sur saint Jean Eudes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ch. Berthelot du Chesnay, in Saint Jean Eudes, "Lettres choisies - lettres inédites", Namur, Editions du Soleil Levant, 1958, pp. 6-7
  2. Ch. Berthelot du Chesnay, op. cit., pp. 7-8
  3. Ch. Berthelot du Chesnay, op. cit., p. 57
  4. Ch. Berthelot du Chesnay, op. cit., p. 88
  5. Ch. Berthelot du Chesnay, op. cit., p. 7
  6. Ch. Berthelot du Chesnay, op. cit., p. 41
  7. Ch. Berthelot du Chesnay, op. cit., p. 143
  8. Ch. Berthelot du Chesnay, op. cit., p. 130
  9. René Herval, Caen, Caen, Ozanne, 1946, 1944, p. 158
  10. Ministère de la Culture (base Palissy - Référence PM14000170
  11. Bruno Bouvet, « L’Église de France soutient la cause de Saint Jean Eudes comme Docteur de l’Église », sur la-croix.com,‎ (consulté le 9 novembre 2014)
  12. Ch. Berthelot du Chesnay, op. cit., p. 57
  13. Ch. Berthelot du Chesnay, op. cit., p. 106
  14. P. Cochois, "Bérulle et l'Ecole française de spiritualité", coll. "Maîtres spirituels", 31, Paris, Editions du Seuil, 1963, p. 162.
  15. http://www.seminaire-caen.fr/