Parti républicain du peuple (Turquie)

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Cumhuriyet Halk Partisi
Image illustrative de l'article Parti républicain du peuple (Turquie)
Logo officiel
Présentation
Président Kemal Kılıçdaroğlu
Fondation 9 septembre 1923
Siège No: 38 Cankaya, Ankara
Députés (2011)
135 / 550
Idéologie Kémalisme, social-démocratie
Affiliation internationale Internationale socialiste
Couleurs rouge
Site web www.chp.org.tr

Le parti républicain du peuple, Cumhuriyet Halk Partisi ou CHP en turc, est un parti politique turc, de type républicain, social-démocrate et laïc. Il est membre de l'Internationale socialiste et membre associé du Parti socialiste européen.

Brève présentation[modifier | modifier le code]

1923-1945[modifier | modifier le code]

Le parti est fondé par Mustafa Kemal en 1923 sous la dénomination de Parti du peuple (Halk Fırkası), rebaptisé en 1924 Parti républicain du peuple (Cumhuriyet Halk Fırkası) suite à la création d'un parti d'opposition, le Parti républicain progressiste; Représentant historique du kémalisme, le symbole du Parti républicain du peuple est composé des six flèches qui rappellent les six principes de cette idéologie.

De 1923 à 1945, il est le parti unique en Turquie, mises à part deux brèves périodes (1924-1925 et août-novembre 1930) où un parti d'opposition a été toléré, d'abord le Parti républicain progressiste, puis le Parti républicain libéral.

1945-1960[modifier | modifier le code]

En 1945, un premier parti d'opposition est toléré, le Parti du développement national, et en 1946 un deuxième, le Parti démocrate. Tous deux sont autorisés à participer aux élections législatives de 1946, un scrutin non secret encore largement contrôlé par l'administration kémaliste. En 1950, le Parti démocrate gagne les élections et son dirigeant Adnan Menderes devient premier ministre jusqu'au coup d'état militaire kémaliste de 1960, au terme duquel il est exécuté en 1961 et le Parti démocrate dissout.

1960-1971[modifier | modifier le code]

(du coup d'État de 1960 au coup d'État de 1971)

1971-1980[modifier | modifier le code]

(du coup d'État de 1971 au Coup d'État de 1980)

1981-1992[modifier | modifier le code]

(de l'interdiction des anciens partis suite au Coup d'État de 1980 au rétablissement officiel du Parti républicain du peuple)

1992-2002[modifier | modifier le code]

2002-[modifier | modifier le code]

Le CHP est, depuis 2002, le principal parti d’opposition en Turquie, s’opposant à l’AKP (Parti de la Justice et du Développement) de Tayyip Erdoğan.

Laïque et historiquement social-démocrate, le CHP a évolué sous Deniz Baykal, pendant 20 ans son président avant de devoir démissionner en mai 2010 suite à une affaire de mœurs[1]. Baykal avait placé ses soutiens aux postes-clef du parti; selon Le Figaro:

« Sous la tutelle de Deniz Baykal, le Parti républicain du peuple n'avait plus aucun lien avec la social-démocratie dont il se revendiquait, avait glissé vers un nationalisme extrême et une laïcité rigide et s'opposait à toutes les réformes libérales[2]. »

Après avoir perdu le pouvoir en 2002, il a été laminé par l'AKP lors des élections anticipées de juillet 2007 en perdant 66 sièges. Il en a regagné 35 aux élections législatives de 2011, restant de loin devancé par l'AKP (135 contre 327).

Depuis le changement de direction et le départ de Baykal, le CHP a renoué avec ses origines idéologiques pour redevenir un parti social-démocrate. Son programme des dernières élections est ainsi revenu sur de nombreuses revendications sociales que le parti avait auparavant délaissé.

Le CHP et l'Internationale socialiste[modifier | modifier le code]

Sur la base d'un rapport de son Comité d'Éthique, le Conseil de l'Internationale socialiste, réuni le 30 juin 2007 à Genève a décidé de la mise en place d'une procédure de contrôle du CHP. Ce rapport, adopté à l'unanimité, réclamait une enquête pour vérifier l'attachement du CHP aux principes de la démocratie[3].. Deniz Baykal n'est pas venu à Athènes à la réunion de l'Internationale Socialiste du 2 juillet 2008, le CHP reprochant "à certains partis en Europe, (comme les partis socialistes), de ne pas partager la même sensibilité que le CHP concernant l'indépendance de la justice". Le différend avec l'IS a éclaté en raison du procès d'interdiction à l'encontre du parti au pouvoir AKP[4].

Changement de cap politique du CHP en vue des élections régionales de 2009[modifier | modifier le code]

Revirement de Deniz Baykal vis-à-vis du port du foulard islamique[modifier | modifier le code]

Alors que le CHP s'était de manière virulente opposé à la levée de l'interdiction du foulard dans les universités, souhaitée par l'AKP au pouvoir, Deniz Baykal a effectué fin novembre 2008 une volte-face complète en épinglant lui-même publiquement des badges de membres du parti à des femmes portant le tchador au cours d'un meeting électoral. Il a ensuite déclaré que « considérer l'habillement des gens comme un "défi pour l'État" est le résultat d'une obsession », « c'est une mentalité de régime de parti unique », « considérer que "tu n'es pas une des nôtres si tu portes un foulard est inacceptable, allons-nous être ceux qui divisent une partie des gens qui aiment la Turquie? »[5].

Cette prise de position résulterait des efforts du dirigeant provincial stambouliote du CHP, Gürsel Tekin, ayant pour but d'affaiblir l'AKP en attirant les déçus de son électorat religieux[6] Ce revirement a suscité de vives critiques de Devlet Bahçeli, dirigeant du parti nationaliste d'extrême droite MHP (Parti d'action nationaliste), accusant Baykal de se ranger derrière le « projet américain » de transformer la Turquie en un état islamique modéré, ce à quoi l'intéressé lui a répondu par courrier que le MHP avait voté avec l'AKP pour la levée de l'interdiction du turban dans les universités[7]. Si la traduction de cette nouvelle position donnera la possibilité aux femmes voilées d'adhérer au CHP, Deniz Baykal a réaffirmé quelques jours après que la ligne du parti ne changerait pas quant au port du foulard dans les universités[8].

Soutien à la liberté syndicale[modifier | modifier le code]

Le CHP a annoncé début décembre 2008 qu'il prendrait contact avec les membres anti-AKP des syndicats DISK (Confédération des syndicats révolutionnaires de Turquie), KESK (Confédération des syndicats de fonctionnaires) ainsi qu'avec des courants anti-AKP du syndicat Türk-Iş (Confédération des syndicats turcs), réputé être sous le contrôle de l'AKP. Le CHP a l'intention d'offrir la liberté d'association aux deux syndicats de gauche DISK et KESK dans les régions qu'il espère remporter lors des scrutins régionaux de mars 2009[9].

Dérapage raciste toléré[modifier | modifier le code]

Une députée smyrniote du CHP, Canan Aritman, a déclaré le 17 décembre 2008, lors d'une réunion de la Commission des affaires étrangères du parlement turc, à des journalistes que l'attitude réservée du président Abdullah Gül dans l'affaire de la pétition des intellectuels demandant pardon pour le génocide arménien était peut-être à rechercher du côté de sa mère, faisant clairement allusion à une rumeur selon laquelle celle-ci serait d'origine arménienne. Ces propos, relayés par les médias turcs, ont provoqué un tollé, même de la part d'éditorialistes qui ne soutiennent pas la pétition mais condamnent sans réserve cette « manifestation d'une mentalité fasciste » dans des quotidiens comme Zaman (musulman), Bugün (ex-Tercüman, droite conservatrice), Milliyet ou Radikal. Des demandes ont été publiquement adressées à la direction du CHP, y compris d'élus ou de cadres du parti, pour que cette députée soit sévèrement rappelée à l'ordre et sanctionnée mais aucune mesure sérieuse n'a été prise à son encontre[10].

Plusieurs eurodéputés socialistes ont vivement réagi, notamment Hannes Swoboda, un des vice-président du Groupe socialiste au Parlement européen, qui a qualifié la déclaration de Canan Aritman de « raciste, nationaliste et inacceptable », ajoutant que « Tout ceci montre que le CHP et sa présente direction sont loin des standards européens ». Jan Marinus Wiersma, également vice-président du Groupe socialiste, a estimé que les déclarations de la députée CHP avait une connotation raciste. Selon le président de la délégation du Parlement européen à la commission parlementaire mixte UE-Turquie Joost Lagendijk, tout parti politique devrait avoir honte de telles déclarations[11].

Sources[modifier | modifier le code]

  1. http://www.youtube.com/watch?v=-2bfeo1o-u8&feature=related
  2. Laure Marchand, Le chef de l'opposition turque piégé par une vidéo d'alcôve, Le Figaro, 12 mai 2010
  3. Marine Copin, « Le CHP « dans le collimateur » de l'Internationale Socialiste… », Observatoire de la vie politique turque (OVIPOT),‎ 20 juillet 2007
  4. Stéphane, « Le CHP boycotte l'Internationale Socialiste », Armenews,‎ 1er juillet 2008
  5. (en) Main opposition CHP leader makes a historical self-criticism (Le leader du principal parti d'opposition CHP fait une autocritique historique), Yeni Şafak (Yeni Şafak (en)), 4 décembre 2008, traduit du turc vers l'anglais par MEMRI
  6. (en) Mümtaz'er Türköne, CHP's dilemma (Le dilemme du CHP), Zaman, 22 novembre 2008
  7. (en) Tension grows over CHP’s chador act (La tension monte après la prise de position du CHP sur le tchador), Hürriyet, 12 décembre 2008, traduit du turc vers l'anglais par MEMRI
  8. (en) New polls, old AKP faces (Nouvelles élections, anciens visages de l'AKP), Hürriyet, 18 décembre 2008
  9. (en) Turkey's CHP targets support of working class, after veiled women (Le CHP vise le soutien de la classe ouvrière après celui des femmes voilées), Hürriyet, 11 décembre 2008, traduit du turc vers l'anglais par MEMRI
  10. (en) Fatma Disli, Deputy's 'fascist' remarks met with criticism, Today's Zaman, 20 décembre 2008
  11. Stéphane, Des députés européens exigent que Canan Aritman s'excuse ou démissionne, Armenews, 26 décembre 2008

Lien externe[modifier | modifier le code]