Patriarcat œcuménique de Constantinople
| Patriarcat œcuménique de Constantinople (Oικουμενικό Πατριαρχείο Kωνσταντινουπόλεως) |
|
| Fondateur(s) | Saint André |
|---|---|
| Autocéphalie/Autonomie déclarée | Traditionnelle |
| Autocéphalie/Autonomie reconnue | Traditionnelle |
| Primat actuel | Patriarche Bartholomée Ier |
| Siège | İstanbul, Turquie |
| Territoire primaire | Turquie, Nord de la Grèce, Crète |
| Extension territoriale | Diaspora grecque, pays non traditionnellement orthodoxes |
| Rite | byzantin |
| Langue(s) liturgique(s) | Koinê |
| Tradition musicale | byzantine |
| Calendrier | grégorien / julien révisé |
| Population estimée | 3 500 000 |
| modifier |
|
Le Patriarcat œcuménique de Constantinople (en grec : Oικουμενικό Πατριαρχείο Kωνσταντινουπόλεως, en Turc Fener Rum Ortodoks Patrikhanesi, Patriarcat des Romains orthodoxes du Phanar) est la première juridiction autocéphale de l'Église orthodoxe. Cette situation est liée au statut de capitale de l'Empire romain d'Orient dont jouissait autrefois Constantinople. La ville est aujourd'hui située en Turquie et appelée Istanbul. Le patriarcat est un titre et une fonction de présidence attachée à un siège épiscopal, l'Archevêché orthodoxe de Constantinople. Les orthodoxes considèrent que le Patriarche de Constantinople n'a qu'une prééminence honorifique sur les autres Églises autocéphales orthodoxes, comme les Papes d'avant le schisme de 1054. Sa titulature complète est Archevêque de Constantinople, nouvelle Rome et Patriarche œcuménique, avec résidence au Phanar (en turc : Fener), ancien quartier grec d'Istanbul (titulaire actuel : Bartholomée Ier[1] depuis le 2 novembre 1991).
Sommaire |
Nom[modifier]
Le patriarcat œcuménique de Constantinople est également connu sous d'autres noms :
- Église orthodoxe grecque de Constantinople (dénomination surtout usitée par les catholiques) ;
- Église romaine de Constantinople (dénomination surtout usitée par les autres orthodoxes, en référence à l'Empire romain d'orient dont le nom officiel était Ρωμανία ("Romania").
Histoire[modifier]
Au contraire des 4 autres sièges patriarcaux de la Pentarchie (Jérusalem, Rome, Antioche, Alexandrie) le siège de Constantinople n'est pas un siège apostolique, bien que la tradition lui attribue une fondation par André. Cependant, suite à la refondation de la ville comme Nouvelle Rome par Constantin, le premier concile de Constantinople, en 381, lui reconnaît une "prééminence d'honneur après l'évêque de Rome, car Constantinople est la Nouvelle Rome".
Cette décision est confirmée dans le canon 28 du concile de Chalcédoine en 451, mais avant même cette époque, les Patriarches de Constantinople prirent le tire de Patriarche Œcuménique, sans préciser ce que cela recouvre précisément en termes de juridiction. Les papes Léon Ier et Grégoire Ier, revendiquant pour leur siège la juridiction sur l'ensemble des églises, refusèrent de cautionner cet usage.
Le maintien de la partie orientale de l'Empire Romain fait que le Patriarche resta sous la tutelle du pouvoir impérial, dans un système de partage des pouvoirs qui a pu varier avec les époques. L'accusation de césaro-papisme, souvent formulée par les Occidentaux, est infondée car aucun empereur d'Orient n'a réussi à imposer à l'Église la moindre décision doctrinale, et ce n'est pas faute d'avoir essayé de le faire. Plus encore que le schisme de 1054, c'est la chute de Constantinople, d'abord aux mains des Croisés en 1204, puis des Turcs en 1453, qui affaiblit considérablement de l'autorité du Patriarche, encore diminuée ensuite par l'érection de Moscou en patriarcat autocéphale en 1589, puis par la multiplication des églises orthodoxes nationales (autocéphalie) pendant le XIXe siècle.
Cependant, les sultans de l'Empire ottoman lui accordaient encore une certaine autorité sur les chrétiens orthodoxes de l'Empire, dans le cadre du système des milliyets. En 1923, avec la République turque, le système des milliyets étant aboli, cette fonction cessa complètement, et les autorités turques mirent en place une Église orthodoxe turque, non canonique.
Organisation[modifier]
Sur le territoire turc, seule l'Église orthodoxe turque, non canonique, est reconnue par les autorités en dehors de l'archevêché de Constantinople lui-même et de ses quatre métropoles de Dercon (à Büyükdere), de Chalcédoine (à Kadiköy), des îles des Princes (îles Kızıl en mer de Marmara) et des îles d'Imbros et Ténédos (Gökceada et Bozcaada en mer Égée), qui ne représentent pas plus de 9000 fidèles. En Grèce en revanche, le Patriarcat de Constantinople conserve son autorité sur les territoires ottomans jusqu'en 1913 (nord du pays, îles de l'Égée et Crète) ou italiens jusqu'en 1946 (Dodécanèse). Cela représente des dizaines de milliers de paroisses et 3,1 millions de fidèles : c'est sa principale source de revenus[2].
Structure territoriale[modifier]
en Turquie :
- Archevêché orthodoxe de Constantinople (une partie de la partie européenne d'Istanbul)
- Métropole de Chalcédoine (Kadiköy dans la partie asiatique d'Istanbul)
- Métropole d'Imbros et de Ténédos (Gökceada et Bozcaada en mer Égée)
- Métropole du Principonèse (Îles des Princes, Kiziladalar, en mer de Marmara)
- Métropole de Dercos (Büyükdere, dans la partie européenne d'Istanbul)
L'ensemble de ces juridictions de Turquie groupe moins de 9 000 fidèles.
en Grèce :
- Crète (Église de Crète, semi-autonome, neuf métropoles ; siège à Héraklion) :
- Archevêché de Crète (siège à Héraklion)
- Métropole de Gortyna et Arkadia (siège à Moirai)
- Métropole de Rethymna et Avlopotamos
- Métropole de Kydonia et Apokoronos (siège à La Canée)
- Métropole de Lambi, Syvritos et Sfakia
- Métropole de Ierapytna et Siteia (siège à Ierapetra)
- Métropole de Petra et Herronisos (siège à Néapoli)
- Métropole de Kisamos et Selinos
- Métropole d'Arkalochorion, Kastéllion et Viànnos
- État monastique autonome de la Sainte-Montagne (20 monastères du Mont Athos, capitale à Karyès)
- Dodécanèse
- Exarchat patriarcal de Patmos (Patmos, Lipsos, Aghathonisi, Arki)
- Métropole de Rhodes
- Métropole de Kos et Nisiros
- Métropole de Leros, Kalimnos et Astipalea
- Métropole de Karpathos et Kassos
- Métropole de Simi
- « Terres Neuves » (ces territoires, ottomans jusqu'en 1913, grecs depuis, relèvent nominalement toujours du patriarcat de Constantinople, mais leurs évêques, à la suite d'un accord entre les deux Églises, participent pour l'instant aux synodes de l'Église de Grèce) :
- Métropole de Langada
- Métropole de Polyani et Kilkis
- Métropole de Philippi, Neapolis et Thasos
- Métropole de Néa Krini et Kalamaria
- Métropole de Maroneia et Komotini
- Métropole de Thessalonique
- Métropole de Paramythia, Philiata et Giromerion
- Métropole d'Ioannina
- Métropole de Grevena
- Métropole de Chios
- Métropole de Nikopolis et Preveza
- Métropole d'Iérissos, de la Sainte-Montagne et d'Ardaméri
- Métropole de Mithymna (siège à Kaloni, Lesvos)
- Métropole de Kitron et Katerini
- Métropole de Didymotichon et Orestiada
- Métropole de Mytilini
- Métropole de Limnos
- Métropole de Goumenissa, Axiopolis et Polykastron
- Métropole de Veria et Naoussa
- Métropole de Dryïnoupolis, Pogoniani et Konitsa
- Métropole de Xanthi
- Métropole d'Elassóna
- Métropole de Samos et Ikaria
- Métropole de Kastoria
- Métropole de Florina
- Métropole de Cassandrie
- Métropole de Serres et Nigriti
- Métropole de Sidérokastro
- Métropole d'Edessa et Pella
- Métropole de Zichna et Nevrokopi
- Métropole d'Eleftheropolis
- Métropole de Servia et Kozani
- Métropole d'Alexandropolis
- Métropole de Néapolis et Stavroupolis
- Métropole de Drama
- Métropole de Sisanion et Siatista
L'ensemble de ces juridictions de Grèce groupe environ 3,1 millions de fidèles.
en Amérique :
- Archevêché orthodoxe grec d'Amérique (siège à New York)
- Métropole de Chicago
- Métropole du New-Jersey
- Métropole d'Atlanta
- Métropole de Denver
- Métropole de Pittsburgh
- Métropole de Boston
- Métropole de Détroit
- Métropole de San Francisco
- Métropole du Canada (siège à Toronto)
- Archevêché de Buenos Aires et d'Amérique du Sud (siège à Buenos Aires)
- Métropole de Panamá, d'Amérique centrale et des Caraïbes (siège à Mexico)
- Église orthodoxe carpato-ruthène américaine
- Église orthodoxe ukrainienne des USA
- Église orthodoxe ukrainienne du Canada
- Évêché orthodoxe albanais d'Amérique
L'ensemble de ces juridictions d'outre-Atlantique groupe environ 350 000 fidèles.
en Europe occidentale :
- Archevêché orthodoxe grec de Thyatire et de Grande-Bretagne (siège à Londres)
- Archevêché orthodoxe grec d'Italie (siège à Venise)
- Métropole de France (siège à Paris)
- Métropole d'Allemagne et exarchat d'Europe centrale (siège à Bonn)
- Métropole d'Autriche et de Hongrie (siège à Vienne)
- Métropole de Belgique et exarchat des Pays-Bas et du Luxembourg (siège à Bruxelles)
- Métropole de Suède et de toute la Scandinavie (siège à Stockholm)
- Métropole de Suisse (siège à Genève-Chambésy)
- Métropole d'Espagne et du Portugal (siège à Madrid)
- Archevêché orthodoxe russe en Europe occidentale (siège à Paris)
L'ensemble de ces juridictions d'Europe hors Grèce groupe environ 120 000 fidèles.
en Asie :
en Océanie :
- Archevêché orthodoxe grec d'Australie (siège à Sydney)
- Métropole de Nouvelle-Zélande (siège à Wellington)
L'ensemble de ces juridictions d'Asie et d'Océanie groupe environ 50 000 fidèles.
Relations avec les autres Églises[modifier]
Relations avec les autres Églises orthodoxes[modifier]
Le Patriarche de Constantinople exerce une primauté d'honneur (premier parmi ses égaux) parmi les chefs des Églises orthodoxes. Il est en quelque sorte le garant des valeurs de l'orthodoxie.
Relations avec l'Église catholique romaine[modifier]
Le contentieux millénaire datant du schisme de 1054, principale source du mishellénisme occidental, a fait l'objet, au XVe siècle et dans les années 1960 et 1970, de plusieurs tentatives d'apaisement dont les étapes essentielles sont :
- 1437-1442 : Concile de Florence et projet d'Union des Églises ;
- 1964 : Rencontre entre le patriarche œcuménique Athénagoras Ier et le pape Paul VI ;
- 1965 : Le patriarche œcuménique et le pape lèvent les excommunications mutuelles de 1054.
Ces tentatives ont abouti à des résultats partiels, les plus importants étant la reconnaissance mutuelle des sacrements administrés par les deux églises, mais ils ont été partiellement remis en question depuis la fin du XXe siècle, sinon au niveau du Vatican et du Patriarcat œcuménique, du moins au niveau de beaucoup d'Évêchés catholiques et d'Églises autocéphales orthodoxes.
Relations avec la Turquie[modifier]
La Turquie en tant qu'État ne reconnait pas le caractère œcuménique du Patriarcat. Elle rejette également le terme de Constantinople pour celui d'Istanbul. En 1922 le gouvernement turc a soutenu la mise sur pied d'un Patriarcat turc orthodoxe comme moyen de pression pour obtenir la démission d'un patriarche œcuménique jugé trop pro-héllenique, mais cette nouvelle institution n'a pas séduit les fidèles et ne compte plus de membres aujourd'hui, à part la famille élargie de son fondateur, soit une quarantaine de personnes. Les autorités turques tolèrent donc le Patriarcat œcuménique en tant qu'Évêché des orthodoxes d'Istanbul, Büyükdere, Kadiköy, Kızıladalar, Gökceada et Bozcaada, mais limitent sa capacité d'initiative et d'action, en imposant au Patriarche des gardes du corps turcs qui ne le lâchent pas d'une semelle, et en empêchant le renouvellement des cadres, leur recrutement étant ouvert uniquement aux citoyens turcs nés en Turquie, alors que le séminaire de Halki (Heybeli) dans les Îles des Princes a été fermé sine die sans explication. L'amélioration du sort de l'Église orthodoxe de Constantinople est un des enjeux de l'adhésion éventuelle de la Turquie à l'Union européenne.
Références[modifier]
Voir aussi[modifier]
Articles connexes[modifier]
- Archevêché orthodoxe de Constantinople
- Liste des patriarches œcuméniques de Constantinople
- République monastique du Mont Athos
- Organisation de l'Église orthodoxe en Grèce
- Institut de théologie orthodoxe de Halki
- Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge
- Micrasiates
- Pontiques
- Église orthodoxe turque
Liens externes[modifier]
- (en) Site officiel du Patriarcat œcuménique
- (fr) Centre orthodoxe du Patriarcat œcuménique à Chambésy (CH)
- (en) OrthodoxWiki - Church of Constantinople
- OrthodoxWiki - Prerogatives of the Ecumenical Patriarchate
Bibliographie[modifier]
- Samim Akgönül, Le Patriarcat grec orthodoxe : de l'isolement à l'internationalisation de 1923 à nos jours, Institut français d'études anatoliennes / Maisonneuve & Larose, Paris, 2004 (ISBN 2706818077)
- Dr. Bestami Sadi Bilgic, The Greek Orthodox Patriarchate and the Turkish-Greek Relations, 1923-1940, in : Turkish Week, 15 juin 2005 (article en ligne)
- Alban Doudelet, Les Orthodoxes grecs, Brepols (col. Fils d'Abraham), Turnhout, 1996 (ISBN 2503504671)
- Lina Murr Nehmé, 1453 : Mohamet II impose le Schisme Orthodoxe, François-Xavier de Guibert, Paris, 2003 (ISBN 2868398162)
- Harry J. Psomiades, The Ecumenical Patriarchate Under the Turkish Republic : The First Ten Years, Balkan Studies 2, 1961, pp. 47-70 [2]
- Jean-Pierre Valognes, Vie et mort des Chrétiens d'Orient, Fayard, Paris, 1994 (ISBN 2213030642)
