Crise économique asiatique

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La crise économique asiatique est une crise économique qui a touché les pays de l’Asie du Sud-Est à partir de juillet 1997, puis qui s’est propagée, avec une moindre ampleur, à d’autres pays émergents : Russie, Argentine, Brésil.

Les bourses asiatiques bénéficient d'abord d'un afflux massif de capitaux étrangers qui se retirent ensuite, destabilisant la monnaie puis l'économie des pays, et amenant la fin du système de change fixe.

Le surinvestissement, un important déficit de la balance financière, des niveaux de dette extérieure très élevés sont les causes sous-jacentes de cette crise[1], qui a débuté sous la forme d’une crise monétaire (forte dépréciation des monnaies asiatiques).

La crise est initiée par la chute du baht thaïlandais, et se propage à très grande vitesse ; la dépréciation des monnaies touche l'Asie du Sud-Est et tout particulièrement Taïwan dont la monnaie est dépréciée de plus de 45 % par rapport au dollar en l'espace de trois semaines.

Le développement économique fulgurant des pays asiatiques de 1950 à 1997[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Dragon asiatique et Tigres asiatiques.

La situation économique de ces pays dans les années 1950 n’est guère florissante à part pour le Japon. La décennie suivante voit progressivement les « Dragons » se développer, puis les « Tigres » à partir des années 1970, la Chine en 1980, le Vietnam et l’Inde dans les années 1990. Les stratégies de développement sont souvent les mêmes. Les pays pratiquent un modèle d’industrialisation par substitution des importations, protecteurs pour les industries naissantes, et une fois compétitifs, exportent (modèle IPE= promotion des exportations), tout en effectuant une remontée de gamme dans leur production. La Banque mondiale a jugé en 1993 les politiques asiatiques vertueuses, encourageant à l’épargne (crédit à la consommation, taux d’intérêts élevés pour éviter l’inflation, préservation de l’agriculture[2], effort de formation de la main d’œuvre) (88 % de la population coréenne passée par le cycle secondaire). L’État intervenait et soutenait l’économie, notamment dans les secteurs de l’énergie et des transports[3].

Dans les années 1990, ces économies prospères et en pleine croissance attirent les investissements étrangers. Sous la pression de l’OMC et du FMI, ces pays acceptent de déréglementer leurs marchés financiers, ce qui facilite les mouvements de capitaux, dans les deux sens[4].

Une crise presque imprévisible[modifier | modifier le code]

Un rapport de la Banque mondiale (BM) estimait en mai 1997 que l’Asie du Sud Est entretenait une croissance saine et forte (9 % sur les 10 dernières années), et notait qu’elle avait divisé par trois son taux de pauvreté en 30 ans (cas marquant de l’Indonésie).[réf. nécessaire]

Une tempête monétaire[modifier | modifier le code]

L’éclatement de la bulle financière en Thaïlande provoque une chute de la bourse début 1997. Le déficit de la BPC (Balance des paiements courants) (8 % du PIB) et la dette externe croissante (endettement à court terme) du pays font fuir les investisseurs et acteurs financiers de plus en plus méfiants. La forte présence de capitaux a aussi entretenu l’inflation, alors que le baht et le dollar restaient liés (peg), le baht devenant donc surévalué. Face à la fuite des capitaux et aux ventes de bahts, les autorités tentent de défendre leur monnaie (23 milliards de dollars épuisés par la Banque centrale thaïlandaise), mais le 2 juillet, cette dernière décide de laisser flotter sa monnaie. La défiance des spéculateurs se reporte alors sur les autres monnaies de la zone (peso philippin, ringgit malais, roupie indonésienne) et les capitaux fuient le continent (« fly to security »).

Cette défiance est encore aggravée par les experts économiques internationaux. La plupart réclament que les mécanismes du marché jouent seuls, et qu’aucune institution n’intervienne pour juguler ou limiter les effets de la crise. C’est entre autres le cas de Milton Friedman, de la banque Morgan Stanley[5], l’administration Clinton considérant la crise comme « de menus écueils »[6] et refusant à ces pays l’aide du Trésor américain, comme celle proposée au Mexique lors de la crise tequila en 1994.

La perte de confiance dans les monnaies asiatiques s'étend et entraîne la dépréciation de la roupie indonésienne, du ringgit malais et du peso philippin. À l'automne, la crise s’étend à la Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong. Cette perte de confiance rapide est accentuée par le rapprochement dans les mêmes produits financiers des valeurs de toute la région[7]. La situation financière des banques et des entreprises locales, qui étaient fortement endettées à court terme en dollars et en yens, s'est détériorée rapidement.

L'insolvabilité d'un grand nombre d'entre elles ainsi que la fuite des capitaux ont entraîné un collapsus du crédit et de l'activité économique entre la fin de l'année 1997 et le début de l'année 1998, empêchant les pays concernés d'exploiter les avantages de compétitivité procurés par la dépréciation de leur monnaie.

La crise se transmet aux bourses[modifier | modifier le code]

Les flottements des monnaies laissent alors penser à leur dévaluation ou dépréciation rapide, les investisseurs récupèrent donc leurs actifs libellés en ces mêmes monnaies devenues trop volatiles.

Évolution des indices boursiers et des taux de change des devises par rapport au dollar américain de janvier à octobre 1997[réf. nécessaire]
Malaisie Indonésie Thaïlande Philippines
Monnaie 25 % 50 % 43 % 27 %
Indice boursier 35 % 18 % 36 % 36 %

Amplification de la crise fin 1997[modifier | modifier le code]

Pays les plus fortement touchés par la crise économiques en orange.

Après les Tigres, la crise s’étend aux Dragons (Hong Kong, Corée du Sud), le won perd 50 % face au dollar au mois de novembre. Fin 1997, 12 pays émergents sont touchés (Tigres, Dragons, Brésil, Argentine, Inde). En octobre 1997, l'autorité monétaire de Hong Kong soutient sa bourse en achetant massivement des actions pour soutenir les cours ; ceci n'était pas permis dans ses statuts mais a été exceptionnellement autorisé par le gouvernement chinois : les hedge funds subissent de lourdes pertes[8]. On observe une accalmie début 1998, puis un redémarrage. L’Indonésie s’enfonce sous Suharto qui augmente le déficit budgétaire (32 %) pendant la politique d’austérité du FMI (aide de 40 milliards de dollars). La crise devient politique et Suharto doit démissionner.

Au printemps, la crise passe de la sphère financière, qui a détruit en quelques mois un total de 600 milliards de dollars[7], à la sphère de l’économie réelle. L’effondrement monétaire et financier réduit considérablement le pouvoir d’achat des populations qui n’ont plus accès au crédit (manque de liquidités des banques, taux d’intérêts élevés).

Durant l’été, la contagion internationale se confirme, le risque est systémique, et aboutit au krach russe : le rouble se déprécie fortement, la hausse des prix à la consommation pourtant maitrisés en 1997 (11 %) explose à 80 % l’année suivante. La crise est aussi politique et le remboursement de la dette externe du pays se fait par l’émission de GKO (bons du Trésor russe), dont le service occupe par la suite 35 % des dépenses budgétaires. L’État russe se met en cessation de paiement en 1998.

Les économies asiatiques alimentant fortement la demande mondiale en biens d’équipements mais aussi en matières premières (hydrocarbures), la crise de 1997 provoque une baisse de la demande mondiale et donc une chute du cours des matières premières et des hydrocarbures. La crise devient mondiale. Si les bourses du monde entier subissent le contrecoup de la crise, il n’est pas pour autant évident qu’elle ait eu un impact sur l’économie réelle des grandes puissances industrielles. La chute des exportations est certes touchée par la diminution des importations asiatiques, le commerce international ne croît que de 3,8 % entre 1997 et 1998 (10 % sur l’année précédente), mais ce ralentissement est de courte durée. Avant tout, les grandes puissances industrielles se sont appuyées sur leur demande interne et un pays comme la France a enregistré un taux de croissance de 3,2 % en 1998. En outre, la dévaluation des monnaies asiatiques entraine la dépréciation des actifs de ces pays, et offre donc des opportunités de rachats d’entreprises pour les puissances industrielles à monnaie forte. Alors que le monde occidental craignait un déferlement des exportations asiatiques sur leurs marchés (du fait de la dévaluation des monnaies de la zone, les exportations asiatiques gagnaient en compétitivité), c’est le contraire qui s’est produit, les exportations des dragons et tigres n’augmentant guère, du fait de la faiblesse de l’investissement due à l’assèchement des liquidités disponibles dans ces pays (« credit crunch » dû à la fuite des capitaux), ne permettant pas une hausse de la production. L’impact de la crise asiatique sur le monde demeure donc tout relatif.

Les « aides » des institutions financières internationales[modifier | modifier le code]

Alors que les NPI étaient en crise depuis plusieurs mois, le FMI commença tardivement par négocier son aide, imposant la suppression de tous les dispositifs d’intervention de ces États dans leurs économies, interventions qui avaient permis la forte croissance des décennies précédentes, et dont le FMI reconnut plus tard qu’elles ne jouaient en rien un rôle néfaste dans la crise[9]. Cette baisse des budgets entraîna de très nombreux licenciements de fonctionnaires. Le FMI exigea de plus une épuration drastique de certains secteurs (la Corée du Sud devait supprimer 50 % des emplois de son secteur bancaire[10]).

Mais la destruction aussi massive des structures économiques de ces pays provoqua une panique supplémentaire dans les milieux financiers. En effet, l’ampleur des réformes demandées par le FMI à des économies jugées saines jusqu’alors (et qui l’étaient) firent croire que la situation était réellement catastrophique aux investisseurs, et ceux-ci amplifièrent le mouvement de retrait, au lieu de revenir dans la zone (« Au lieu d’éteindre les flammes, le FMI a crié « Au feu ! » en plein théâtre », Jeffrey Sachs[11]).

L’audit du Bureau indépendant d’évaluation du FMI a jugé ces demandes mal avisées, exagérées et ne touchant pas au cœur du problème[12].

Conséquences sur les économies des pays asiatiques[modifier | modifier le code]

Les Dragons résistent mieux à la crise[modifier | modifier le code]

La Corée du Sud a fondé son développement industriel sur les grands conglomérats[modifier | modifier le code]

Le capitalisme privé est étroitement lié à l’État. Les banques bien que privées sont ainsi sous tutelle. L’industrie coréenne repose sur de grands conglomérats (Chaebols) qui recherchent plus la conquête de parts de marché que le profit. Les résultats ont souvent été exceptionnels (hausse des capacités de production dans la sidérurgie, l’automobile, la construction navale et les composants électroniques). Toutefois, la Corée subit une perte de compétitivité (hausse des salaires, appréciation du won par rapport au dollar) dans les années 1980. La politique d’IPE jusqu’alors justifiée par l’étroitesse du marché trouve ses limites, les exportations diminuent avec des importations grandissantes et la balance commerciale devient négative. Malgré une forte épargne intérieure, l’État et les entreprises s’endettent considérablement. Les capitaux affluents à court terme, les banques de plus en plus autonomes fournissent en outre des crédits insoucieux. Les entreprises ne se soucient pas de la rentabilité de leurs investissements. Malgré ces indicateurs, le pays reste une destination profitable des investissements et cent milliards de dollars sont investis de l’étranger en Corée du Sud en 1996[7].

Quand la crise touche le pays, la fuite des capitaux (20 milliards sur l’année 1997[7]) et la chute de la monnaie sont catastrophiques (Kia Motors fait faillite, manque d’emmener avec elle la First Bank of Korea). Malgré les appels aux dons, les particuliers donnant près de 200 tonnes d’or[13], la monnaie sud-coréenne continue de chuter.

La situation est maitrisée grâce à l’aide internationale (57 milliards de dollars prêtés par le FMI, la BM et la BAD). Des restructurations drastiques ont lieu : élimination des créances douteuses des banques, règles prudentielles ainsi que recapitalisation, licenciements massifs (un tiers des employés du secteur des banques au total, par exemple).

Taïwan : la résistance à la crise[modifier | modifier le code]

Avec une croissance de 8 % au cours des 40 années précédant la crise, la politique de Taïwan a été un succès. Ce succès est dû à une association privé/publique intelligente, à un financement de l’investissement prudent (dette maitrisée : ratio de la dette de 80 % face aux 300 % coréens), et la politique de change de la Banque centrale a freiné intelligemment l’appréciation de la monnaie. Outre cela Taïwan a presque échappé à la crise, les risques étant mieux répartis (95 % des entreprises sont des PME, seuls deux grands groupes Evergreen et Acer), l’ouverture financière y était de plus mieux maitrisée (privilège des IDE, et contrôle des investissements de portefeuille).

Hong Kong[modifier | modifier le code]

À Hong Kong le dollar de Hong Kong a gardé son lien fixe ('peg') avec le dollar américain (depuis 1983) et n'a pas été dévalué, la banque centrale de Hong Kong n’émettant de la monnaie nationale qu'en proportion de ses réserves en devises et en or. Durant l'année 1997 le PIB de Hong Kong a augmenté de 5 %, a baissé de 5,3 % en 1998 et est reparti vigoureusement à la hausse durant les années suivantes[14].

Les Tigres ou la croissance trop rapide et mal maîtrisée[modifier | modifier le code]

La Thaïlande : une croissance déséquilibrée, présage de la crise[modifier | modifier le code]

Si la croissance tourne aux alentours de 10 %, elle souffre de nombreux déséquilibres et d’un déficit de la balance des paiements courants de 8 % du PIB. Industriellement, faute de main d’œuvre qualifiée, le pays est l’exemple type du pays atelier (textile et montage électronique), la valeur ajoutée des exportations est donc faible, les FMN ne transfèrent aucune technologie, et le pays va souffrir de la concurrence chinoise. Financièrement, la Thaïlande a mis en place en 1993 la Bangkok International Banking Facilities, centre financier offshore chargé de concurrencer Singapour. Il devait servir aux investisseurs étrangers désireux de faire des affaires dans toute l’Asie. Cependant, les Thaïlandais s’en sont servis pour investir chez eux, ce qui a déclenché une bulle financière et immobilière dans le pays (la moitié des logements créés ne trouvèrent pas acquéreurs). Les banques thaïlandaises se sont chargées de créances douteuses. La collusion entre l’État et les milieux des affaires a été malsaine et a été une entrave à la mise en place de mesures efficaces. La crise éclate dans ce contexte en été 1997…

L’Indonésie ou la faillite du plan Suharto[modifier | modifier le code]

Malgré une croissance de 7 % et la rente pétrolière, le succès indonésien est à relativiser. Certains groupes sont privilégiés par un État mou, lié à la corruption, pratiquant le clientélisme. Camdessus parle de « relations incestueuses entre l’État, les banques et les entreprises » (bad governance selon le consensus de Washington). En outre, la réglementation financière n’existe pas, la réforme agricole autrefois triomphante s’essouffle dans les années 1990, le pays souffre d’une explosion démographique, et la place économique dominante des Chinois pourtant minoritaires provoque le mécontentement de la population… Le bilan de la crise y est très lourd, avec un endettement de 138 milliards de dollars (rééchelonnement aux clubs de Paris et de Londres), une inflation de 60 %, un PIB en chute de 15 % sur un an. Les plans Suharto incohérents et catastrophiques font de l’Indonésie le pays le plus touché par la crise.

Les pays épargnés[modifier | modifier le code]

Certains pays ont été relativement épargnés par la crise, la Chine et le Vietnam par exemple. La Chine avait déjà fortement dévalué en 1994, avait (et a toujours) un très important excédent de sa balance des paiements, et n’avait pas aboli les contrôles des mouvements de capitaux.

Conséquences humaines et sociales[modifier | modifier le code]

Évolution des taux de chômage dans les pays concernés
Corée du Sud Indonésie
Chômage (1997) 2,6 % 4 %
Chômage (1999) 7,6 % 12 %

Selon l’Organisation internationale du travail, vingt-quatre millions de personnes se retrouvent au chômage du fait de la crise. Vingt millions se retrouvent pauvres. Le désespoir pousse les populations à toutes les extrémités : suicide, mais aussi prostitution infantile (+ 20 % en un an en Thaïlande), phénomène condamné par les États-Unis, responsables pourtant en partie de la crise selon Naomi Klein[15]. Le désespoir est tel et les sociétés tellement marquées, que les conséquences se font encore sentir dix ans après[16].

À l’autre bout de l’échelle sociale, on constate au contraire un enrichissement et un divertissement nés de la crise. La volatilité des marchés asiatiques pendant cette période est considérée comme divertissante par les investisseurs[17]. Les entreprises de ces pays furent vendues à très bas prix immédiatement après le lancement du plan du FMI, permettant ainsi d’enrichir les multinationales les rachetant[18]. Les entreprises publiques furent aussi privatisées, ce qui était le but visé par le Trésor américain, les entreprises américaines étant parmi les principales bénéficiaires de ces privatisations[19].

Émeutes et pillages[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Émeutes de Jakarta de mai 1998.

La panique et le bouleversement économique sont tels que dans plusieurs villes, des centres commerciaux sont pillés. L’un d’eux, à Jakarta, est la proie d’un incendie pendant le pillage et plusieurs centaines de personnes y meurent brûlées vives[7]. Dans plusieurs pays, la diaspora chinoise est jugée responsable, et victime de massacres, et les Chinoises de viols collectifs. Ces émeutes causèrent la mort d’environ 1200 personnes[20].

Suicides[modifier | modifier le code]

La crise, faisant perdre leur emploi à des millions de personnes, provoqua des vagues de suicide, particulièrement chez les personnes de plus de 60 ans, se sentant un fardeau pour leur famille. L’emploi tenant une place beaucoup plus importante dans la détermination du statut social dans ces pays, le choc est d’autant plus grand. La Corée du Sud connaît ainsi une hausse de 50 % du nombre de suicides entre 1996 et 1997, les autorités affirmant sous-estimer les chiffres (le suicide collectif d’une famille compte pour un suicide, les autres morts sont des meurtres)[13]. Une hausse des faits de délinquance, crimes et de la délinquance juvéniles a aussi été constatée[21].

En 2008, la Corée du Sud conserve le taux de suicide le plus élevé des pays de l’OCDE (36 suicides pour 100 000 habitants par an[22]). C’est devenu la quatrième cause de mortalité du pays, et chaque année depuis 1997, 10 à 13 000 personnes se suicident en Corée, et un tiers de ces suicides sont imputables à la crise[23].

Conséquences politiques[modifier | modifier le code]

Pour les tenants du consensus de Washington, cette crise fut considérée comme la démonstration que le capitalisme libre et non-régulé était la seule possibilité, sans alternative, de développement économique, après la disparition du communisme et l’effondrement de ces pays asiatiques qui pratiquaient une troisième voie[24]. Michel Camdessus et Alan Greenspan estimaient que la crise était positive, car elle permettait d’imposer rapidement un modèle où l’État n’intervenait pas dans l’économie[25].

En Corée du Sud, la crise provoqua un épisode de politique vaudou. Les négociations avec le FMI eurent lieu pendant les élections présidentielles, et les quatre principaux candidats durent signer une promesse de suivre le traitement de choc du FMI pour que la Corée du Sud puisse obtenir son aide. Cet engagement incluait une clause de diminution de la réglementation relative aux licenciements, alors que des grèves massives en 1996 avaient empêché le gouvernement d’adopter une mesure similaire[26]. Ainsi, le vote du peuple coréen n’eut aucune influence sur la politique économique suivie par le gouvernement qu’il élisait[27].

En Indonésie, la réforme de Suharto fut si brutale qu’elle provoqua des manifestations qui le chassèrent du pouvoir.

Cette crise, son déroulement pendant lequel les institutions financières internationales s’abstinrent de jouer leur rôle, et ses conséquences jouèrent un rôle important dans le développement de l’altermondialisme. C’est aussi elle qui poussa les pays du Sud à refuser les nouvelles mesures de libéralisation des marchés mondiaux proposées par l’OMC à Seattle en 1999[28].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Ten years after: Revisiting the Asian Financial Crisis, Woodrow Wilson International Center, octobre 2007 [lire en ligne] [PDF]
  • Naomi Klein (trad. Lori Saint-Martin et Paul Gagné), La Stratégie du choc : la montée d’un capitalisme du désastre [« The Shock doctrine. The rise of disaster capitalism »], Paris, Léméac/Actes Sud,‎ 2008, 669 p. (ISBN 978-2-7427-7544-6)
  • Jean-Pierre Paulet, L'Asie et la mondialisation – Croissance et crise, éd. Ellipses, coll. « Histégé », Paris, 1999, 192 p. (ISBN 2729849912 et 978-2729849917)
  • Jean-Pierre Paulet, L'Asie : nouveau centre du monde ?, éd. Ellipses, coll. « Histégé », Paris, 2005, 208 p. (ISBN 2729820566 et 978-2-7298-2056-5)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hirst, Paul et Thompson, Grahame, 1999, Globalisation in Question 2nd edition, Cambridge, Polity Press, pp.134-162.
  2. l’Indonésie réinvestit sa rente pétrolière dans la modernisation de son agriculture et se rapproche de l’autosuffisance alimentaire
  3. Naomi Klein (trad. Lori Saint-Martin et Paul Gagné), La Stratégie du choc : la montée d’un capitalisme du désastre [« The Shock doctrine. The rise of disaster capitalism »], Paris, Léméac/Actes Sud,‎ 2008, 669 p. (ISBN 978-2-7427-7544-6), p. 322
  4. Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 323
  5. Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 321-322
  6. Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 322
  7. a, b, c, d et e Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 320
  8. Irène Inchauspé, L'Union doit prendre les hedge funds à revers, Challenges, n°200, 18 février 2010, page 42.
  9. Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 325
  10. Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 326
  11. cité par Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 32
  12. audit paru en 2003, Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 32
  13. a et b Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 321
  14. ATLASECO 2002, page 132
  15. Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 329-330
  16. Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 334-335
  17. Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 331
  18. Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 332-333
  19. Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 333-334
  20. Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 335
  21. Bernard Gazier et Rémy Herrera, Politique de l’emploi et protection contre le chômage en Corée du Sud depuis la crise asiatique, 2000, disponible en ligne [1], consulté le 21 novembre 2008
  22. Taux de suicide 1980-2004, Panorama de la Santé 2007 : les indicateurs de l’OCDE, ISBN 978-92-64-02733-6, p. 33, disponible en ligne [2], consulté le 21 novembre 2008.
    Note : le graphique est faux
  23. KBS World, Effet Werther, [3], consulté le 21 novembre 2008
  24. Déclarations de José Piñera et d’Alan Greenspan, citées par Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 323-324
  25. Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 324
  26. Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., note 22 p. 603
  27. Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 327
  28. Naomi Klein, La Stratégie du choc, op. cit., p. 336-337