Couronnement de la Vierge

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Par Enguerrand Quarton (1454).

Le Couronnement de la Vierge est un des thèmes de l'iconographie chrétienne consistant à représenter la Vierge Marie, couronnée dans les cieux. Le thème est présent à partir du Moyen Âge mais ne fait pas l'objet d'un dogme reconnu par l’Église.

Références religieuses[modifier | modifier le code]

L'épisode du Couronnement de la Vierge est inconnu des Écritures, il est évoqué dans les textes apocryphes et est probablement lié à l’approfondissement du culte marial vers l'an Mil, au développement des idées d'Immaculée Conception - qui ne sera reconnue comme un dogme que par le premier concile du Vatican en 1870 - et d'Assomption, combinées au thème traditionnel, voire païen, du couronnement de la mariée virginale. Le Couronnement implique que la Vierge, mère de Dieu, sans être elle-même divine, est placée par Dieu au-dessus de toutes les créatures, anges, démons et hommes.

L'épisode du Couronnement de la Vierge est évoqué dans les écrits suivants :

Les premières représentations datent du XIIe siècle.

Historique[modifier | modifier le code]

Le Couronnement de la vierge, château de La Ferté-Millon

Le thème du Couronnement de la Vierge apparut tardivement dans l'art occidental. Il devint immensément populaire aux XIIe et XIIIe siècles. Les premiers monuments identifiables se situent en Angleterre avec le tympan du portail sud de l'église de Quenington, dans le Gloucestershire, peut-être dès 1140, et le chapiteau de Reading, dans le Berkshire. Mais ce furent les grandes cathédrales gothiques qui le portèrent à son apogée, sur les façades notamment (dans les tympans des portails), à Laon, à Notre-Dame de Paris, à Amiens. À Reims, le tympan est évidé et le couronnement figure dans le grand gâble du portail central. Sévèrement abîmé par les bombardements allemands de 1914, il est aujourd'hui conservé au Palais du Tau, près de la cathédrale, et remplacé sur la façade par une copie. Pratiquement toutes les cathédrales gothiques française du XIIIe siècle comportaient un Couronnement de la Vierge généralement sculpté sur le tympan d'un portail, et le thème s'étendit bien au-delà des cathédrales, parfois jusque dans de modestes églises. Il est même représenté sur certains châteaux laïcs dont, en général, les thèmes religieux sont absents (La Ferté-Milon, Aisne).

Il fut également repris en dehors des sculptures monumentales des cathédrales, par exemple dans les ivoires comme en témoigne le magnifique Couronnement polychrome détenu par le Louvre (vers 1250-1275), issu d'un atelier parisien. Le thème figure aussi dans le vitrail du XIIIe siècle à Bourges par exemple, bien qu'il y soit un peu moins répandu que dans la sculpture.

Ivoire parisien, 13e siècle
Le Couronnement de la Vierge Reims 020208

Il demeura populaire au XVe siècle mais se transposa alors souvent dans la miniature ou la peinture (fresques, retables) avec des exemples fameux, tels Fra Angelico au couvent de San Marco à Florence ou le chef-d’œuvre d'Enguerrand Quarton conservé à Villeneuve-les-Avignon (musée Pierre de Luxembourg). Le Père et le Fils y sont représentés de façon parfaitement symétrique, affirmation de leur égalité intégrale. Le couronnement par le Père et le Fils n'est pas le plus fréquent mais il se retrouve parfois, par exemple dans un groupe du musée national du Moyen Âge (Paris), du XVIe siècle, où l'égalité n'est pas totale (le Père est un peu plus "vieux" que le Fils). Ce thème fit aussi l'objet de représentations de Fouquet, comme dans le Livre d'heures d'Étienne Chevalier dont les miniatures, découpées et présentées comme des tableaux, sont visibles au musée Condé à Chantilly.

Jehan Fouquet, Le Couronnement de la Vierge


Il déclina à partir du XVIe siècle. Il fut logiquement récusé par les protestants lesquels détruisirent un grand nombre de sculptures, peintures murales, tableaux, objets, aux Pays-Bas (nord et sud), en Angleterre, mais aussi en France dans les régions acquises à la Réforme (l'Aunis et la Saintonge - aujourd'hui les Charentes - par exemple). Le thème fut aussi moins présent dans l'art catholique, sans disparaître pour autant. Rubens par exemple le traita (Musée royal d'art ancien à Bruxelles ) ainsi que Velázquez (Couronnement de la Vierge, musée du Prado), mais il resta très minoritaire par rapport aux thèmes de la Crucifixion, de la Déposition de la Croix, de la Mise au tombeau, voire de l'Adoration des Mages (ou des Bergers).

Pierre Paul Rubens - Le couronnement de la Vierge, Bruxelles

On le trouve au XVIIIe siècle aussi chez des peintres mondains tels que Tiepolo. Il demeura présent sur les vitraux des XVIe et XVIIe siècles, par exemple à la collégiale de Guérande et dans de nombreuses églises bretonnes. On le retrouve au XIXe siècle chez les disciples d'Ingres. Mais ce fut surtout le vitrail du XIXe siècle (particulièrement en France), largement méconnu[1] qui reprit massivement ce thème, . Au XXe siècle , il connut une nouvelle faveur chez les peintres auteurs d'un renouveau de l'art religieux, tel Maurice Denis.

Il ne semble pas faire partie de l'iconographie du christianisme oriental, orthodoxe en particulier, qui voue pourtant un culte important à Marie, la Mère de Dieu, la Theotokos en grec.

Traitement iconographique[modifier | modifier le code]

La Vierge Marie est représentée dans les cieux, de Jésus ou de Dieu qui la couronne ; l'assemblée est entourée d'anges, de personnages saints, de figures bibliques. Ceux-ci sont parfois disposés de façon à ce que la composition générale forme un cœur (Vélasquez, Rubens).

Traditionnellement elle ne doit pas être comprise dans le triangle limité par les trois déités de la Sainte-Trinité, car elle reste humaine, étant montée aux cieux avec son corps terrestre lors de l'Assomption.

Certaines représentations de la Vierge ont reçu tardivement, en vertu de cette iconographie, l'ajout d'une couronne, en signe de gratitude (ainsi, L'Assomption de Charles Mennin fut transformée par Manno, au XIXe siècle, en un Couronnement de Marie, dans l'église Saint-Louis-des-Français de Rome).

Artistes du thème[modifier | modifier le code]

Par Fra Angelico.

Certaines représentations situent l'événement dans une pièce d'un édifice selon le style flamand.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. Méconnu, et méprisé à tort

Bibliographie[modifier | modifier le code]