Colonisation russe des Amériques

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Carte de 1860.
La chapelle orthodoxe (reconstruite) de fort Ross, en Californie.

L'Amérique russe est le nom donné aux territoires que l'Empire russe possédait en Amérique du Nord, principalement l'Alaska, avant la vente de cette dernière aux États-Unis en 1867. Mais les marchands et trappeurs russes, dans le but de trouver des fourrures de loutres de mer, touchèrent également le nord de la Californie, entrant ainsi en compétition avec les Espagnols établis au sud.

Alaska[modifier | modifier le code]

La bataille de Sitka (1804) a joué un rôle important dans l'histoire des Indiens Tlingits et dans la formation de l'Alaska russe. Le site de la bataille forme maintenant le Sitka National Historical Park, le plus vieux parc national de l'Alaska.

Après la découverte du nord de l'Alaska par Ivan Fedorov en 1732, puis des îles Aléoutiennes, du sud de l'Alaska et des côtes nord-ouest de l'Amérique du Nord en 1741 durant l'exploration russe menée par Vitus Béring et Aleksei Chirikov, il s'écoula 50 ans avant la création de la première colonie russe en Alaska en 1784 par Grigori Chelikhov. La Compagnie russe d'Amérique fut fondée en 1799 par Nikolai Rezanov pour la chasse aux loutres de mer et la vente de leur fourrure. Le but était en effet d'effectuer la traite des fourrures, et des postes de traite ainsi que des comptoirs et des forts se répandirent alors assez vite tout le long de la côte du Pacifique, depuis le nord-ouest de l'Alaska jusqu'au nord de la Californie. Ce commerce des fourrures procura d'abord aux trappeurs russes de bons profits, mais, très vite, la chasse aux fourrures engendra également une plus grande rareté des mammifères ainsi que la presque disparition des loutres de mer des eaux d'Alaska (ce qui fut une des causes de l'expansion vers le sud des Russes), et donc une perte de profits et de rentabilité.

Les conflits avec les Amérindiens quant à eux ne furent pas rares. Les premiers survinrent dès les années 1760, quand les Aléoutes entrèrent en rébellion contre les Russes qui essayaient d'occuper les îles Aléoutiennes. Après la fondation de la première colonie permanente d'Alaska, ce fut au tour des Indiens Tlingits de détruire la plupart des postes et forts russes de l'Alaska, reprochant à la Compagnie russe d'Amérique et aux colonisateurs d'avoir empiété sur leur territoire. De 1802 à 1804, la colonie russe fut tellement menacée par les Tlingits que son existence devint très précaire. Mais le conflit, commencé en 1799, se termina finalement par la défaite des Tlingits en 1804 face à la marine et à une force d'expédition russe à la bataille de Sitka.

Le maxima des populations des colonies russes tourna autour de 40 000 personnes mais la quasi-totalité d'entre elles étaient des autochtones. Le nombre de colons (Russes, Ukrainiens, Finnois, Tatares, personnes issues de toutes les minorités ethniques de l'Empire ou autochtones sibériens immigrés en Amérique) ne dépassa jamais 900 colons vivant en Alaska tous à la fois.

Les colonies ne furent jamais vraiment rentables, surtout à cause des coûts de transports vers la Russie. À l'initiative du Secrétaire d'État William Seward, le Sénat des États-Unis approuva l'achat de l'Alaska à la Russie pour 7 200 000 dollars américains le .

L'Église orthodoxe en Amérique a conservé les traces de ses activités depuis les premiers missionnaires russes. Les saints Germain de l'Alaska, Innocent de Moscou et Pierre l'Aléoute ont contribué à la création d'une forte communauté orthodoxe en Alaska.

Dans les médias de la Russie actuelle, suivant ceux de l'ancienne Union soviétique, perdure la croyance, sans fondement juridique, que l'Alaska n'avait pas été vendue mais seulement louée pour un bail de 99 ou 150 ans et devait donc à terme être restituée à la Russie. Le traité de 1867 est cependant très clair sur la cession complète de la région. Cette spéculation peut sans doute être expliquée par le fait que, peu après la révolution de 1917 en Russie, tous les accords secrets internationaux signés par le Tsar ont été dénoncés par le nouveau gouvernement soviétique.

Une série de pièces commémoratives furent frappées par l’URSS en 1990-1991 pour commémorer le 250e anniversaire de la découverte de l'Amérique russe.

Au-delà de l'Alaska[modifier | modifier le code]

Les explorateurs et les colons russes continuèrent d'établir des postes avancés pour le commerce en Alaska, dans les îles aléoutiennes et dans ce qui est aujourd'hui la Colombie-Britannique, l'État de Washington, l'Oregon et jusqu'au nord de la Californie, créant le Fort Ross, à 80 km au nord de San Francisco en 1812, poste abandonné en 1841.

Une cloche d'une cinquantaine de kilos fut retrouvée enterrée dans un bois près de la Mission San Fernando Rey de España dans la Californie du Sud en 1920. Elle portait l'inscription russe : « En ce mois de janvier de l'année 1796, cette cloche fut apportée de l'île de Kodiak par sa sainteté l'Archimandrite Joaseph, durant le séjour d'Alexandre Baranov ». Il est maintenant reconnu que cet objet d'art orthodoxe russe de Kodiak, a réellement fait le trajet vers les missions catholiques espagnoles du sud de la Californie, prouvant l'existence d'une diaspora russe sur l'ensemble de la côte pacifique nord-américaine et de ses contacts avec les Espagnols et les cultures indiennes locales.

En 1818, le docteur Schäffer, entrepreneur russe, occupa Kauai, une des îles d’Hawaï, et négocia un traité de protection avec le chef de l'île Kaumualii, vassal du roi Kamehameha d'Hawaï. Mais le tsar russe refusa de ratifier ce traité.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Oleg Kobtzeff La Colonisation russe en Amérique du Nord : 18 - 19 ème siècles, Paris, Université de Panthéon-Sorbonne (Paris 1), 1985.

Lien externe[modifier | modifier le code]