Bois du Cazier

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Bois du Cazier
Châssis à molette du bois du Cazier
Châssis à molette du bois du Cazier
Présentation
Type Industrie
Destination initiale Charbonnage
Destination actuelle Musée
Protection Icône du bouclier bleu apposé sur un immeuble classé de la Région wallonne Patrimoine classé (1990, 2011, no 52011-CLT-0080-01)
Icône du bouclier bleu apposé sur un immeuble classé de la Région wallonne Patrimoine exceptionnel (2013, no 52011-PEX-0003-01)
 Patrimoine mondial (2012, Sites miniers majeurs de Wallonie)
Site web www.leboisducazier.be
Géographie
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région wallonne Région wallonne
Localité Charleroi
Localisation
Coordonnées 50° 22′ 51″ N 4° 26′ 34″ E / 50.38075, 4.44277850° 22′ 51″ Nord 4° 26′ 34″ Est / 50.38075, 4.442778  

Géolocalisation sur la carte : Charleroi

(Voir situation sur carte : Charleroi)
Bois du Cazier

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(Voir situation sur carte : Belgique)
Bois du Cazier
Châssis à molette du bois du Cazier. À l'avant plan: rotor d'un moteur de compresseur
Châssis à molette du bois du Cazier
topographie des puits
L'entrée du site

Le bois du Cazier est un ancien charbonnage situé à Marcinelle, actuellement section de Charleroi, en Belgique.

Le site est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2012 lors de la 36e session du Comité du patrimoine mondial[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Les origines du charbonnage remontent au 30 septembre 1822, lorsque la concession houillère fut accordée par arrêté royal à une certaine Eulalie Desmanet de Biesme, née Propper de Hun. Ladite Eulalie avait hérité du baron Jean-Baptiste De Cazier, entre autres choses, de deux bois, nommés respectivement Bonbois et Hublinbut, situés sur la commune de Marcinelle, ainsi que la houille qu'ils pouvaient contenir. Ce dernier, mort sans descendance en 1812, avait légué ses biens à Mme Desmanet, famille par alliance, et à un neveu, René-Albert De Cazier. Ils se partagèrent l'héritage par un acte notarié daté du 1er mai 1813. Les bois prirent le nom de "Bois De Cazier", en souvenir du baron. C'est peut-être suite à une erreur de transcription que "de Cazier" devint "du Cazier".

La concession, pourtant bénéficiaire, fut abandonnée en 1898, en raison de nombreux dégagements de grisou. Elle fut rachetée par les charbonnages d'Amercœur et exploitée par la Société anonyme du Charbonnage du Bois du Cazier.

On y creusa deux puits (765 et 1 035 mètres) au début du XXe siècle. Un troisième puits à 1 175 mètres, dit "Foraky", était en cours de creusement lors de la catastrophe de 1956.

L'exploitation reprit huit mois après le drame. La société fut mise en liquidation en janvier 1961. Mais la fermeture définitive n'intervint qu'en décembre 1967[2].

La catastrophe du 8 août 1956[modifier | modifier le code]

Le 8 août 1956, ce charbonnage fut le théâtre de la plus importante catastrophe minière en Belgique causée par un incendie, avec 262 victimes (dont 136 Italiens, 95 Belges, huit Polonais, six Grecs, cinq Allemands, trois Hongrois, trois Algériens, deux Français, un Anglais, un Néerlandais, un Russe et un Ukrainien) sur les 274 hommes présents dans la mine.

Le drame a un impact considérable en particulier pour la communauté italienne : les mineurs calabrais étaient souvent engagés par villages entiers et les veuves sont ainsi nombreuses dans certaines régions du sud de l'Italie. C’est toutefois la région des Abruzzes qui sera la plus lourdement endeuillée et tout particulièrement Manoppello, avec 22 victimes pour ce seul village. De plus, l'Italie venait à peine de sortir d'une autre catastrophe, le naufrage du transatlantique Andrea Doria.

Le puits Saint-Charles de la SA des Charbonnages du Bois du Cazier était une concession de plus de 875 hectares sous Marcinelle, Couillet, Loverval et Gerpinnes. L'entreprise occupait alors 700 travailleurs de fond et de surface, l'extraction du charbon se répartissant en trois pauses journalières.

À l'époque, l'Italie échange de la main-d'œuvre contre du charbon. En 1956, sur un total de 142 000 mineurs, 44 000 Italiens travaillent dans les mines de Belgique, constituant à eux seuls plus de 30 % des mineurs du pays et plus de 50 % de ceux de la région de Charleroi[3].

Actuellement, la mine est un musée consacré à la catastrophe, ainsi qu'à l'histoire de la région à travers la révolution industrielle et, bien sûr, aux charbonnages en général.

Topographie des puits[modifier | modifier le code]

  • 1 Soubassement de la machine d'extraction du puits I
  • 2 Molette "au repos". Au sol on apprécie mieux leurs impressionnantes dimensions
  • 2bis Molettes à leur vraie place
  • 3 Châssis à molette du puits I, le puits accidenté
  • 4 Châssis à molette du puits II
  • 5 Cheminée d'évacuation de l'air aspiré dans le charbonnage
  • 6 Local technique (ventilation, compresseurs, cabine électrique)
  • 7 À cet endroit se situait, approximativement, le puits III, le puits "Foraky" du nom de la firme qui le creusait.

Déroulement[modifier | modifier le code]

La journée du 8 août commence par la pause du matin à 7 h[4].

De 7 h à 7 h 45 par les 2 puits on descend le personnel.

Vers 7 h 45 tous les ouvriers sont au fond et on configure les ascenseurs en mode extraction en enlevant les barrières de sécurité obligatoires quand les cages transportent du personnel.

De 7 h 45 à 7 h 56 par le puits d’extraction Antonio Iannetta (à l’étage 975 m) et Oscar Mauroy (en surface), chargent et déchargent les wagonnets dans les cages.

Peu avant 7 h 56, Mauroy informe par téléphone Gaston Vausort, l’adjoint de Iannetta, qu’ils doivent laisser le dernier étage de la cage vide. En effet cette cage, en remontant, doit reprendre du personnel attardé à l’étage 835 m.

À 7 h 56 la dernière cage chargée par Iannetta de 7 wagonnets part vers la surface.

À 7 h 57 cette cage s’arrête à l’étage 835 m et les 3 ouvriers attardés y prennent place.

À 8 h 00 cette cage arrive à la surface. Pendant ce laps de temps (7 h 57 – 8 h 00) il s’est passé trois choses

  • L’autre cage est partie de la surface et est arrivée à 975 m.
  • Mauroy a reçu un appel de l’étage 765 m, à cet étage Alphonse Caillart a besoin de 2 cages car il a des wagonnets pleins à charger.
  • Iannetta qui n’a plus de wagonnets à charger, a quitté son poste de travail et va à la recherche d’autres wagonnets pleins. Par contre, son adjoint Vaussort reste sur place.

À 8 h 00, à l’étage 975 m, Vaussort, par le signal convenu de 3 coups de sonnette, prévient Mauroy qu’eux n’ont plus rien à charger, ils n’ont plus besoin des cages.

À 8 h 00, en surface, Mauroy fait sortir les 3 ouvriers de la cage qui vient d’arriver, décharge les 7 wagonnets pleins. Mais Mauroy fait aussi autre chose, il change l’affectation des cages. Jusqu’à présent il avait travaillé exclusivement avec l’étage 975, à partir de cet instant il travaillera exclusivement avec l’étage 765 m. Mais il doit impérativement prévenir Vaussort de ce changement par téléphone, c’est ce qu’il fait. Mauroy et Vaussort prennent un accord prévu par les protocoles de travail mais qui par la suite se révélera fatal.

L’accord est le suivant, pour 2 voyages les cages seront « libres ». Cet accord implique plusieurs choses :

  • Que Mauroy travaillera exclusivement avec l’étage 765 m.
  • Que Mauroy peut démarrer les cages sans attendre le signal permissif de l’étage 975 m.
  • Que, jusqu’à nouvel ordre, l’étage 975 m ne peut plus charger la cage qui se présentera à eux.

Au cours de cet accord Vaussort a signalé à Mauroy qu’il quittera son poste de travail et qu’il reprendra contact par téléphone dès son retour.

À 8 h 1 minute et 40 secondes Mauroy sonne le départ de la cage de surface (pour la facilité de la discussion nous appellerons cette cage A et l’autre B)

À 8 h 04 la cage A arrive chez Caillart en descendant. La cage B se retrouve dans le puits vers 350 m.

À 8 h 07 Caillart a terminé son chargement et sonne le départ de la cage A vers la surface. Pendant la remontée de cette cage il se passe 3 choses :

  • Iannetta est revenu à son poste de travail.
  • Des wagonnets pleins sont arrivés à l'étage 975 m
  • La cage B redescend vers l’étage 975 m.

À 8 h 10 la cage A cage arrive en surface, immanquablement la cage B arrive à 975 m. À partir de cet instant les deux témoignages de Mauroy et Iannetta divergent complètement. Selon Iannetta ; Iannetta demande à Vaussort s’il pouvait encager, et Vaussort lui aurait répondu que oui. Selon Mauroy ; Vaussort était toujours absent, et par conséquent il ne pouvait ni autoriser Iannetta a encager, ni le prévenir qu’il ne pouvait plus charger la cage. Aucune de ces deux version n’est totalement satisfaisante. Quant à Vaussort il sera retrouvé mort et ne pourra rien confirmer. Mais quelle que soit la version le travail continue. À l’étage 975 m Iannetta commence le chargement de l’ascenseur B. Mais l’encagement se passe mal, le système de sécurité qui bloque le wagonnet pendant les translations des cages fait défaut. Ce système aurait dû se retirer complètement pour laisser sortir le wagonnet vide. Mais ce n’est pas le cas, et les deux wagonnets (un plein et un vide) se retrouvent bloqués et dépassant de chaque coté du compartiment de la cage. Pour Iannetta la situation est fastidieuse mais pas dangereuse. Lui est dans son mode de chargement habituel, il est certain que la cage ne partira pas sans son signal de départ. En surface Mauroy ignore totalement la situation de l’étage 975 m. Mauroy est en mode « cage libre » et fera partir la cage de surface (la cage A) dès que lui aura fini de décharger.

À 8 h 11 Mauroy a terminé son déchargement et sonne le départ de la cage A, ce qui inévitablement entraîne le départ de la cage B. Cette cage B avec ses deux chariots dépassant de chaque côte, remonte brusquement. En remontant, les deux chariots arrachent une poutre métallique qui sectionne deux câbles électriques à haute tension (525 volts), le câble du téléphone, une conduite d'huile sous pression et une tuyauterie d'air comprimé[5].

L'arc électrique enflamme l'huile sous pression pulvérisée jaillissant de la canalisation éventrée et les boiseries prennent feu instantanément. Cet incident survenant dans le puits d'entrée d'air, la fumée toxique se propage rapidement dans toute la mine, où des hommes sont enfouis jusqu'à 1 035 mètres sous terre. Le feu ne se propage pas dans les tailles. Par contre son action, limitée aux abords des puits, est déterminante. Une fois le second puits atteint par les flammes, les secours restaient bloqués en surface.

L'alerte est donnée à 8 h 25 par Antonio Iannetta lui-même (remonté par le second puits). Toutefois la surface savait en temps réel, c'est-à-dire à 8 h 10, que quelque chose de grave s'était produit à l'étage 975, car la machine d'extraction s'était bloquée. Le surveillant de surface Gilson avait couru annoncer un « Cassage de fosse » à l'ingénieur Calicis. La cage suivante remonte à la surface : Philippe Detobel, bouveleur à 1035, René Albert, Robert Barbieux, Carlo Fontaine, Onorato Pasquarelli et Attilio Zannin. Le départ de la cage tardant, un septième homme, Marceau Caillard, était redescendu pour redemander le départ de la cage : La cage remonta sans lui. Cette « Cage de la dernière chance » arrive en surface entre 8 h 30 et 8 h 35.

À 9 h 10, l’incendie se communique au puits d’aérage qui devient à son tour inutilisable. Les câbles de ses cages cèdent l’un après l’autre, le premier vers 9h30 le second vers 10h15 et les deux cages tombèrent dans le puits[6].

Vers 9 h 30[7], par le puits en construction, sans équipement, deux personnes tentent vainement de se frayer un chemin dans un tunnel latéral. Le trou d'homme n'est élargi que 4 h 30 plus tard, pour découvrir les premiers cadavres. Vers cette même heure (9h 30) les responsables présents décident d'arrêter le ventilateur de surface.

À 10 h, sur le diagramme des cordées [8] apparait le début de la manœuvre de la séparation des cages du puits 1.

À 12 h, apparaît la première tentative de descente dans le puits 1, qui s'arrête à 170 m de profondeur à cause de la chaleur.

Vers 14 h , on décide de remettre la ventilation en marche.

Vers 15 h 00, une expédition de 3 hommes( Calicis, Galvan et un sauveteur), atteint l'étage 715 m et découvrent trois survivants abrités sous un wagonnet. Les trois derniers rescapés seront découverts ensuite par une autre équipe.

Les secours parviennent à sauver quelques vies le jour même et poursuivent leurs efforts pendant deux semaines. Le 23 août 1956 à 3 h, les sauveteurs déclarent en remontant « tutti cadaveri » (tous morts).

Les sauveteurs de la centrale de Frameries, créée en 1905 au charbonnage du Grand Trait, ont participé aux opérations de sauvetage.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Seule une dizaine de mineurs ont survécu à la tragédie. L'immigration italienne s'en ressent et la réglementation de la sécurité du travail est renforcée, tant au niveau belge qu'européen.

La catastrophe a ouvert les yeux de la population belge sur les conditions de vie des immigrés italiens, littéralement parqués au pied des terrils, dans des baraquements hérités de la Seconde Guerre mondiale. L'émotion fut intense, tant en Belgique qu'en Italie.

Une commission d'enquête est créée conjointement par le ministre de l’économie Jean Rey et Léon-Éli Troclet ministre du travail et de la prévoyance sociale, elle rédige son Rapport d'Enquête publié en juin 1957. L'administration des mines et la fédération charbonnière de Belgique lancent, chacune de leur côté, une enquête administrative. La Justice commence son enquête le jour même de la catastrophe. Trois ans après, le procès en première instance débouche sur un acquittement général. En appel, une seule peine est prononcée, celle du directeur des travaux du Bois du Cazier, Adolphe Calicis, condamné à six mois de prison avec cinq ans de sursis et à 2 000 francs d'amende. La S.A. Charbonnages du Bois du Cazier est condamnée à payer certains frais et une somme de 3 millions aux héritiers des deux victimes ne faisant pas partie de son personnel. Dans leur arrêt, les juges rappellent que « l'économie, quelle que soit son importance pour le bien général, ne peut prétendre étouffer les autres valeurs, la vie étant le plus grand bien de tous les biens et devant être protégée jusqu'aux limites les plus extrêmes. »

Le site du Bois du Cazier ferme ses portes onze ans plus tard, en 1967. Il a depuis été transformé en musée relatif au passé charbonnier de la région.

Les rumeurs[modifier | modifier le code]

Comme dans toute catastrophe, elles sont nombreuses. Certaines sont anecdotiques, d'autres graves dans la mesure où elles peuvent conduire sur de fausses pistes :

  • la tension des câbles : la tension nominale sur les câbles était de 525 volts pour les câbles électriques et de 24 volts pour le câble du téléphone. Le rapport d'enquête ne permet pas de doute à ce sujet ;
  • les fonctions de Jan Stroom : Stroom était bien employé par la firme Lebrun mais de Liège et non pas de Nimy (témoignage de F. Lebrun). Le personnel travaillant sous ses ordres était du personnel employé par Le Bois du Cazier et non pas par la firme Lebrun ;
  • les mineurs foudroyés le pic à la main : la liste des victimes publiée dans le rapport d'enquête est formelle, un seul est mort sur son lieu de travail. Tous les autres ont été retrouvés souvent bien loin de leur lieu d'affectation ;
  • le premier jour de travail des frères Gonet : le registre du personnel conservé à l’Écomusée Regional du Centre à Bois du Luc donne comme date d'engagement le 3 juillet 1956 pour Willy et le 4 juillet 1956 pour Michel ;
  • les cercueils chargés de pierres en lieu et place des cadavres : les corps ont été mis en bière en surface ; pour qu'une telle chose soit possible, il aurait fallu la complicité de tout le personnel de surface y compris un gendarme de garde.
  • La catastrophe serait en fait due à une explosion de grisou : deux arguments techniques infirment cette hypothèse. Le premier est que, dans le puits d'entrée d'air, il n'y avait en principe pas de grisou. Le second étant que s'il y avait eu explosion de grisou, Iannetta, au minimum, n'en serait pas sorti indemne. Mais le plus important est évidemment le témoignage de Iannetta lui-même, qui a toujours confirmé l'accident mécanique.
  • L’accident provoqué par une difficulté de langage: Les communications entre les deux principaux protagonistes Mauroy et Iannetta (qui maîtrisait mal le français) étaient de type non verbal, c’était des simples coups de sonnette qui prenaient une signification grâce à un code pré-établi [9]. Les communications verbales (par téléphone) se faisaient pendant les translations des cages entre Mauroy et Vaussort.

Les omissions[modifier | modifier le code]

Si les rumeurs sont nombreuses, les omissions sont encore plus nombreuses mais aussi plus insidieuses car ces omissions, volontaires ou pas, peuvent donner un éclairage autre à ce drame.

  • Les explosifs. 5 boutefeux avaient pris des explosifs le matin du 8 août 1956. Les experts ont établi que tous les explosifs ont été retrouvés et remontés au jour, mais nul ne signale quand et qui a retrouvé ces explosifs.
  • Le treuil de secours. Les puits étaient équipés d’un treuil de secours. L’administration des mines répondant à une question d'Andrée Grandjean (avocat des parties civiles) en donne les caractéristiques techniques principales. Ce treuil, actionné à la vapeur, pouvait desservir les deux puits. La cagette unique pouvait descendre dans le compartiment du puits malgré la présence du câble de la cage bloquée dans ce même compartiment. Le câble de ce treuil de secours faisait 17,5 mm de diamètre et 1 200 m de longueur utile. La cagette pouvait contenir 3 personnes et un guide, mais sa vitesse de translation était faible. C’est cette faible capacité de transport qui aurait fait renoncer les ingénieurs à se servir de cette cagette. Cet argument n’est que partiellement valable, entre 9 h et 12 h les responsables n’avaient que le treuil de secours comme moyen de descente, malgré cela ils l’ont laissé de côté. Après le drame l’Administration des Mines rappelle à ses ingénieurs que les câbles des treuils de secours doivent être déroulés régulièrement même si la chose présente des inconvénients précise-t-elle. Il est possible que le treuil de secours n’était pas en état de fonctionner le 8 août, soit par défaut mécanique, soit par défaut de savoir-faire de la part du personnel.
  • Les réserves d’eau. Le plan du site mentionne deux réservoirs d'eau pour une capacité totale de 920 m³ . Pourtant les secours indiquent avoir manqué d’eau. Le responsable de la Centrale de Secours dut faire appel aux pompiers de la ville de Charleroi pour les approvisionner en eau [10]
  • Les chambres abris. Les veines à dégagement instantané devaient être équipées de chambres abris. C’était le cas à l’étage 1 035 m, les abris existant à cet étage étaient pourvus de bonbonnes d’oxygène (témoignage de Dassargues devant la commission d’enquête). Or à cet étage il y a eu des explosions inexpliquées.
  • Arrosage des puits. Les responsables du Bois du Cazier ont toujours affirmé que le 8 août ils n’avaient pas arrosé le puits dès le début par crainte d’explosions. Pourtant, l'ingénieur du Corps des Mines Logelain, dans une note du 27 août 1956 adressée à ses supérieurs, propose d’équiper les puits de mines secs (ce qui était le cas à Marcinelle) d’un système d’arrosage systématique en cas d’incendie, en contradiction avec les arguments présentés le 8.
  • Séparation des cages. La séparation des cages a commencé à 10 heures et a nécessité 2 heures de travail. La solution consistant à couper le câble de la cage accidentée au moyen d’un chalumeau oxy-coupeur a cependant été ignorée par les responsables. La chose est d’autant plus incompréhensible que dans le passé, le Bois du Cazier avait demandé et obtenu des dérogations successives pour pouvoir employer cet appareil dans le puits d’entrée d’air.
  • Assurances. Le charbonnage était assuré auprès d’un consortium de 3 compagnies. Le contrat avait été signé le 19 juillet 1956 soit seulement 21 jours avant la catastrophe. Toute la problématique inhérente aux dégâts matériels et donc aux assurances a été complètement ignorée.
  • Les diagrammes des cordées. La machine du puits I était équipée d’un enregistreur graphique (Rockel). Le « Rockel » traçait sur une feuille de papier quadrillé les montées et descentes d’une cage, celle du pied (c'est-à-dire la cage occupant le compartiment est du puits). Le magistrat instructeur Castelyn avait compris l’importance de ce graphique et l’avait mis sous séquestre avec l’appareil enregistreur lui-même en date du 9 août 1956. Étrangement cette pièce à conviction (donc secrète) a été d’un côté ignorée de tous et d’un autre côté publiée en page 74 du rapport d’enquête. Comment est-il possible que le seul témoignage certain en ce qui concerne la chronologie des faits ait été tout bonnement mis de côté ?
    Pour la machine du puits II la chose est encore plus opaque. Le machiniste Gouvart, devant la commission d’enquête dit qu’il n’y avait pas de « Rockel » sur sa machine. Par contre le magistrat instructeur rédige un procès-verbal de descente en date du 17 août 1956 qui stipule "...Nous nous rendons dans la salle des machines du puits de retour d'air et y saisissons la bande enregistreuse du mouvement de la machine ainsi que l'appareil enregistreur lui-même" . La pièce no 196 du dossier d’instruction stipule que les deux « Rockel » ont été remis aux responsables de charbonnages. Nous savons maintenant que le second diagramme des cordées existe bel et bien dans le dossier judiciaire conservé aux Archives de l’État à Liège, alors que Gouvart a toujours nié son existence. Pourquoi Gouvart à nié l'évidence alors qu'il n'était en rien impliqué dans l'accident survenu dans l'autre puits? L’analyse de ce document répond en grande partie à cette question.
Position des wagonnets dans l'ascenseur avant le départ de la cage - ascenseur - arrêt avant "lolo" - arrêt arrière "climbiats" - éléments fixes (sol-poutres) - wagonnets - sens de roulement (déterminé par les "climbiats")
  • La remontée de la cage. La version officielle affirme que la cage est remontée avec les 2 wagonnets dépassant de chaque côté. Il y a une incohérence de taille dans cette affirmation, car il n’y avait pas de place pour 2 wagonnets dans le compartiment la cage. La cage mesurait 1,56 m et les wagonnets 1,35 m. La figure 17 du rapport d’enquête le confirme. Quand la cage est remontée, le wagonnet plein était 80 cm hors de la cage et 55 cm à l’intérieur de la cage. Le centre de gravité de ce wagonnet était hors de la cage. Un seul train de roues de ce wagonnet posait sur la cage, l’autre train de roues était 0,35 m hors de la cage. Ce wagonnet aurait donc dû basculer vers l’arrière et sortir de la cage. Après l’accident ce wagonnet a été retrouvé plein, à sa place dans la cage, miraculeusement (témoignage de Brulet René-P.V. no 5784). Aucune explication rationnelle n’a été fournie à ce sujet.
  • Vaussort. Le point clé dans cette affaire est la présence de Vaussort à l’envoyage de 975 m lors de l’encagement fatal par Iannetta. Iannetta a toujours affirmé que c’est Vaussort qui l’avait autorisé à charger les wagonnets. Mais aucune confirmation n’est possible, Iannetta étant seul témoin. Il y avait pourtant un élément matériel qui aurait pu confirmer les dires de Iannetta à ce sujet. En effet si Vaussort était présent à son poste de travail au moment de l’accident il a immanquablement été arrosé par l’huile giclant de la tuyauterie éventrée. Les vêtements de Vaussort auraient donc été imbibés d’huile. Quand le cadavre de Vaussort a été retrouvé, personne n’a songé à vérifier le seul élément matériel qui aurait permis de tirer la chose au clair, la présence d’huile sur les vêtements de Vaussort. Cette analyse est confirmée par le témoignage de Van Valsem Louis qui déclare au sujet d’un précédent incident en 1952 «...Presque aussitôt j’ai vu l’huile de la tuyauterie qui s’échappait à flots et se déversait dans le puits, j’ai eu mes vêtements remplis d’huile. ».
  • Absences. Un des facteurs qui a contribué au drame est le fait que Calicis s’est retrouvé seul le matin du 8 août (il y avait bien son adjoint Votquenne, mais celui-ci n’avait que 2 mois d’ancienneté et était encore stagiaire). L’absence de trois personnes est à relever.
    • J. Bochkolzt était le directeur de la centrale de sauvetage, appelé à 10 h 10 il n’arrivera sur place vers 10 h 20[11], soit dix minutes après l'appel mais plus de 2 heures après le début du drame alors que la centrale de sauvetage était à peine distante de 1,5 km. Au procès il témoignera que «...la situation était déjà dramatique à mon arrivée ». Toutefois aucune charge ne sera retenue contre lui.
    • P. Dassargues était l’ingénieur des mines qui était présent au Bois du Cazier le 8 août. Lui aussi était encore stagiaire. Vers 9 h il quitte le charbonnage pendant 45 minutes[12] pour aller chercher son supérieur qui n’avait pas de voiture ce jour-là. Dassargues sera inculpé pour cette absence (mais sera acquitté).
    • E. Jacquemyn était le directeur gérant du siège, lui aussi était absent ce matin là. Personne ne sait où il se trouvait. Lors de sa déposition devant la commission d’enquête Jacquemyn dit qu’il était arrivé au charbonnage à 7 h mais l’avait quitté de 7 h 45 à 13 h 30 pour une commission, il ne donne aucune explication au sujet de son absence et personne ne lui en demande[13]. Ce qui a valu une inculpation pour Dassargues a été totalement passé sous silence pour Jacquemyn. Il sera toutefois inculpé pour d’autres motifs (lui aussi sera acquitté).

Commémorations de la catastrophe[modifier | modifier le code]

Monument dédié aux victimes de Bois du Cazier
Monument dédié aux Italiens morts lors de la catastrophe

En 2006, à l’occasion du 50e anniversaire de la catastrophe, différentes manifestations commémoratives sont organisées au nom du devoir de mémoire sur le site du bois du Cazier, qui aujourd'hui classé et entièrement rénové est à la fois un mémorial et un musée de la mine.

  • La Poste, émet un timbre spécial réalisé d’après un dessin de Calisto Peretti, mis en vente pour la première fois le 5 août sur les lieux du drame.
  • La Monnaie royale de Belgique frappe une pièce d’une valeur faciale de 10 € sur laquelle est représenté le profil de mineur d’après Constantin Meunier anciennement utilisé sur les pièces de 50 centimes de franc belge, sur fond d’une représentation du charbonnage.
  • Un livre, Cazier judiciaire de Alain Forti et Christian Joosten est spécialement édité chez Luc Pire.
  • Quatre expositions sont organisées :
    • Cazier judiciaire, plonge le visiteur au cœur de la catastrophe de ses prémisses à son déroulement et à ses suites.
    • La mémoire en images retrace les réalités de la mine au travers de documentaires et de films de fictions traitant du sujet.
    • Augusto Murer, la mine en dessins, 60 dessins sur le thème de la mine réalisé entre 1950 et 1962.
    • Dans l’intimité de la mémoire, expositions de photographies de l’artiste italienne Marina Cavazza ayant pour sujet l’immigration italienne dans les charbonnages.
  • Un spectacle, Gueules Noires, conçu et mise en scène par Luc Petit(metteur en scène de renommée internationale: Parade Disney-Paris, Décrocher la Lune 1 2 & 3, Nocturnales, inauguration du Crown Macao, Zarabanda), donné sur le site le 7 août 2006 retrace au travers de tableaux vivants, de sons et de lumières, l’histoire et les réalités de la mine.
  • Différentes émissions, en radio et télévisions sont également programmées.
  • Le 8 août, une Journée du Souvenir est organisée à Marcinelle et sur le site du Bois du Cazier.
  • 2007 : Le sculpteur Giambra Giovanni résident à Marcinelle a fait don du symbole minier (sculpture en pierre), symbolisant la lampe, le pic et le casque de mineur. Exposés en permanence dans la salle des pas perdus, musée de l'industrie. (Bois du Cazier, Marcinelle).
  • En 2012, Mario Incudine rend hommage aux victimes dans sa chanson Escuse' mua' pur mon franze' tirée de l'album Italia Talia.


Les musées du site[modifier | modifier le code]

En plus de la visite du site des anciens charbonnages et du mémorial, les bâtiments du site du Bois du Cazier abritent les collections permanentes et les expositions temporaires de différents musées.

  • L’Espace 8 août 1956 est dédié à l’histoire de la mine et des mineurs, et en particulier au déroulement de la catastrophe.
  • Le Musée de l’industrie est consacré aux principaux secteurs industriels: les charbonnages, la sidérurgie, la verrerie, les fabrications métalliques, les constructions mécaniques et électriques, la chimie, l'imprimerie, il propose des collections d’objets, d’outillages et de machines qui s’y rapportent. La vie sociale et le monde ouvrier sont également représentés.
  • Dans les Ateliers, forges et marteaux-pilons permettent à des artisans de réaliser des créations originales et d’effectuer des démonstrations du travail de la forge à destination du public.
  • Depuis février 2007, l’ancienne lampisterie à laquelle a été adjoint un nouveau bâtiment de verre et d’acier, accueille le musée du verre de Charleroi dont les collections proposent non seulement un aperçu de l’importante production locale de l’industrie verrière belge du XIXe et du début du XXe siècle, mais aussi des pièces anciennes de toutes époques et provenance et des créations de maîtres verriers et d’artistes contemporains et actuels.

Les visiteurs en transports en commun accèdent au site depuis la gare de Charleroi-Sud par le bus 52 direction Nalinnes, arrêt Cazier à Marcinelle (dimanche et fêtes: bus 1 arrêt rue des Pommiers).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Les sites miniers wallons classés au patrimoine mondial », sur Le Soir,‎ 1er juillet 2012
  2. Françoise Ory, Marcinelle : Le 8 août 1956, 8h10…, Namur, Sud Presse, coll. « Les cahiers de Sudpresse »,‎ août 2006, A4, 52 p., p. 4-5
  3. d'après un document fédéchar publié dans "per un sacco di carbone" page 29
  4. Analyse chronologique/Rapport d'Enquête/page 74/figure 23
  5. Le Bois du Cazier - La catastrophe
  6. Rapport d'enquête/page 14
  7. Rapport d'enquête/page 91
  8. Rapport d'Enquête/page 74
  9. Rapport d'Enquête /page 22
  10. PV no 249 du magistrat instructeur/ Archives de l'État à Mons
  11. Police Judiciaire/ PV no 7165/ Archives de l'État à Mons
  12. CaZier Judiciaire/page 162
  13. Commission d'Enquête/ Auditions du 6 octobre 1956/ Archives de l’État à Mons

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marcinelle 1035m, par Willy Bourgeois, Gerard & Co Marabout junior 84 146p
  • Cazier judiciaire - Marcinelle, chronique d'une catastrophe annoncée, par Alain Forti et Christian Joosten, aux Éditions Luc Pire, 2006, (ISBN 287415606X).
  • Tutti cadaveri. Le procès de la catastrophe du Bois du Cazier à Marcinelle, par Marie Louise De Roeck, Julie Urbain et Paul Lootens aux Éditions EPO.
  • Bois du Cazier : l'histoire d'un symbole, par Nathalie Michel et Pierre-Philippe Poliart, Imprimerie Daune (Morlanwelz) 2006, 192 p, broché illustré en photos couleur et noir/blanc.
  • RAPPORT de la commission d'enquête chargée de rechercher les causes de la catastrophe survenue au charbonnage du Bois-de-Cazier, le 8 août 1956. Imprimerie Robert Louis 37-39 rue Borrens Bruxelles I. Juin 1957
  • Françoise Ory, Marcinelle : Le 8 août 1956, 8h10…, Namur, Sud Presse, coll. « Les cahiers de Sudpresse »,‎ août 2006, A4, 52 p.
  • Nathalie Vanmunster, "Le charbonnage du Bois du Cazier", dans Jean-Patrick Duchesne et Pierre Henrion (dir.), Patrimoine et réaffectation en Wallonie, Namur, Division du Patrimoine D.G.A.T.L.P., 2005, p. 81-84.
  • Gérard Detillieu, Il était une fois, le pays noir, Gérard Detillieu,‎ 1994 (ISBN 2-9600073-0-1)

Documents sonores[modifier | modifier le code]

  • 18 bandes magnétiques, témoignages devant la Commission d'Enquête, Archives de l'État à Mons

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]