Banyuls (VDN)

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42° 28′ 59″ N 3° 07′ 41″ E / 42.48306, 3.12806

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Banyuls
Collines de Banyuls.jpg
Vignoble de Banyuls sur les coteaux de Collioure.
Désignation(s) Banyuls
Appellation(s) principale(s) Banyuls
Type d'appellation(s) Vin doux naturel AOC
Reconnue depuis 1936
Pays Drapeau de la France France
Région parente Languedoc-Roussillon
Sous-région(s) Roussillon, Côte Vermeille.
Localisation Pyrénées-Orientales
Saison Vendanges d'août à octobre.
Climat Climat tempéré méditerranéen
Sol schiste
Nombre de domaines viticoles 2 coopératives alimentées par des vignerons indépendants, plusieurs caves particulières.
Cépages dominants grenache R, B, Rs ou Gris, mourvèdre, syrah, muscat, ... (B = blanc, N = noir, Rs = rose, G = gris).
Vins produits vin doux naturel blanc, rosé et rouge
Pieds à l'hectare minimum 4 000 pieds par hectare
Rendement moyen à l'hectare maximum 20 à 30 hectolitres par hectare[1]

Le banyuls est un vin doux naturel d'appellation d'origine contrôlée produit sur quatre communes du Sud de la France, dans le département des Pyrénées-Orientales : Banyuls-sur-Mer, Collioure, Port-Vendres et Cerbère. Il est issu de vieilles vignes cultivées en terrasses sur les coteaux pentus de la côte Vermeille, où la partie française du massif des Albères (extrémité orientale des Pyrénées) rejoint la mer Méditerranée.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Fondée par les phéniciens pendant le VIe siècle av. J.-C., Port-Vendres fut le premier port de commerce du Roussillon, utilisé pour relier le monde occidental au monde oriental[2]. Cette affirmation n'est démontré par aucune source historique fiable. Sur l’une des falaises, les Grecs élevèrent un temple à Vénus, datant du VIIe siècle av. J.-C., identique à tous ceux qu'ils possédaient en Grèce, au bord des flots. Vénus, qui venait d'émigrer aux grèves de la Gaule, devint la Vénus pyrénéenne, hommage rendu aux habitants qui peuplaient le versant nord de ces montagnes[3]. Là encore, cette affirmation se base sur un texte du géographe latin Poponius Mela. Cependant, le texte original mentionne la construction d'un temple à Vendres qui pourrait désigner Port-Vendres ou Vendres dans l'actuel département de l'Hérault. D'ailleurs, la table de Peutinger (carte antique recopiée au XIIIème siècle) ne permet pas de trancher cette incertitude. De plus, Georges Castellvi, archéologue spécialiste du sujet, explique dans ses nombreux écrits que le nombre important d'épaves antiques retrouvées à l'entrée de l'actuel port est du à la force du vent qui a projeté dans cette mauvaise passe, les bateaux qui entraient et sortaient du port de Collioure.

Ce n'est donc pas Port-Vendres qui a été fondé à l'Antiquité, mais bien Collioure. Au Vème siècle a.n.è., les Ibères passent les Pyrénées et viennent s'installer dans la plaine du Roussillon. Ils fondent une ville qu'ils nomment Ill (la ville)-Ibéris (des Ibères), l'actuelle ville d'Elne. Afin de pouvoir commercer avec les Grecs (installés notamment à Ampurias), ils fondent une nouvelle ville Kauko (le port ou la baie)-Illibéris (de la ville des Ibères), l'actuelle ville de Collioure.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

La cité de Banyuls est dénommée Bannils de Maritimo en 1074. L'organisation du vignoble, implanté par les Grecs et Phéniciens, va être radicalement modifiée, au cours du Moyen Âge, par les Templiers qui mettent en place un système de filtrage et d'écoulement des eaux pluviales qui est d'ailleurs toujours utilisé actuellement[3].. Cette double affirmation n'est étayée par aucune source historique. Le territoire de Banyuls-sur-Mer commence a être habité dès le VIIIème siècle, sous l'impulsion du système de l'apprisio mis en place par Charlemagne et du monastère Sant-Kirk de Colera (ses ruines sont visibles sur l'actuel municipi d'Espolla). Au Xème siècle est construite l'église paroissiale des Abeilles, preuve de l'existence d'une communauté villageoise constituée. Il semble donc peu crédible que les paysans installés aient attendu l'arrivée des templiers au XIIème siècle (soit 200 ans plus tard !!!!) pour comprendre comment mettre en valeur leurs terres et nourrir leurs familles. Et encore, les Templiers possèdent bien des terres, mais dans la vallée de Cosprons (qui appartient au village de Banyuls jusqu'en 1824 ; terres qu'ils afferment et dont ils exportent la production via leur maison installée dans la basse-cour du château royal de Collioure.

Période moderne[modifier | modifier le code]

Chaque année, les fêtes de la Saint Vincent se déroulent dans les rues de Collioure, du 14 au 18 août. Historiquement, la procession sur mer du 16 août constituait l’événement majeur des fêtes. La première eut lieu le 16 août 1701, afin de célébrer l’arrivée dans la ville des reliques de Saint Vincent. Cette célébration eut alors lieu chaque année jusqu’à l’instauration de la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905. 'Depuis 2001 (à l’occasion du tricentenaire des fêtes), la procession sur mer a lieu à nouveau ; un feu d’artifice est tiré à l’occasion. Mais il faut rappeler que le vin sous AOC Collioure fait bien partie de la géographie viticole qui réunit les vins de Banyuls et de Collioure. Port-Vendres et Cerbère complètent l'aire de production des vins doux naturels et des vins de table. Alors, signalons la Fête des Vendanges à Banyuls qui rassemble à la mi-octobre plus de 6000 personnes dans un évènement populaire, festif et patrimonial, autour des vins de Banyuls et de Collioure : c'est la fête des acteurs indispensables de la production de ces vins uniques : vendangeurs, vignerons, viticulteurs, caves particulières et coopératives, prescripteurs de nectars encore authentiques, ou simples consommateurs venus se ressourcer avant l'hiver pour un moment de simple bonheur.'. La période moderne s'étend de la fin du XVème jusqu'à la fin du XVIIIème siècle. Pourquoi parler ici de la Fête des Vendanges créée à la fin du XXème siècle ?

Période contemporaine[modifier | modifier le code]

Alors que jusque dans les années 1850, l'économie rurale du canton repose sur le triptyque méditerranéen (Vigne, olive et céréale), le paysage et l'économie sont radicalement bouleversés par la conjugaison de 2 phénomènes. D'une part, la fin des interdits royaux sur la vigne pousse les agriculteurs locaux à planter une plus grande superficie de vigne. D'autre part, l'ouverture conjuguée de la rade de Port-Vendres à la marine marchande (1851), de la route nationale n° 114 (1870-1871) et de la gare internationale de Cerbère (1878-1888), permettent aux paysans d'exporter à haut coût leur vin et d'importer à bas coût leur céréales. La polyculture vivrière est alors rapidement remplacée par la monoculture de la vigne. Par exemple, en 1864, le territoire de la commune de Port-Vendres produit 18 000 hectolitres de vin. 16 000 hectolitres (soit la quasie-totalité) sont exportés au Brésil et en Amérique via le port. La vigne très rentable économiquement, part à l'assaut de la moindre parcelle de terre, alors que disparaissent les céréales peu adaptées au sous-sol schisteux et au climat méditerranéen. Avec les pandémies (phylloxéra et oïdium) et la crise de mévente en 1907, le phénomène d'expension de la vigne décroît progressivement dès 1914, pour se stabiliser aux début des années 1930.

Les vendanges 1906 avaient été désastreuses dans tout le Roussillon. Ce qui n'empêchaient pas la chute des cours du vin. Des familles vigneronnes se heurtaient à des difficultés financières telles qu'elles ne pouvaient plus payer l'impôt. Informé, le gouvernement donna ordre de faire intervenir les huissiers. La village de Baixas fut le premier à se révolter au début de l'année 1907[4].

Le 18 février, il reçut le soutien de Marcelin Albert, qui envoya un télégramme à Georges Clemenceau. Quant à Joseph Tarrius, viticulteur et pharmacien à Baixas, il fait parvenir au gouvernement une pétition signée des habitants du village. Il y est précisé que le seul impôt que les contribuables puissent encore payer est celui du sang. Alors que les défilés de protestations s'étaient multipliés dans les villes et villages, préfectures et sous-préfectures accueillirent les manifestations viticoles. Le 19 mai, à Perpignan 170 à 200 000 personnes défilent dans la ville. La manifestation se déroule sans incidents graves[5],[4].

Dans les départements du Gard, de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales, les conseils municipaux démissionnent collectivement - il y en aura jusqu'à 600 - certains appellent à la grève de l'impôt. La situation devient de plus en plus tendues, les viticulteurs furieux attaquent perceptions, préfectures et sous-préfectures[6]. Le 20 juin, la tension monte encore. A Perpignan, la préfecture est pillée et incendiée. Le préfet David Dautresme doit se réfugier sur le toit[5].

Banyuls, décret de 1936. Banyuls grand cru, décret de 1962. Le nom de l'appellation peut être complété par les mentions « hors d'âge » et « rancio ».

Étymologie[modifier | modifier le code]

Situation géographique[modifier | modifier le code]

À l’est, la Méditerranée ; à l’ouest comme au sud, la montagne des Albères, derniers soubresauts des Pyrénées dont les pentes abruptes plongent dans la mer créant un multitude de petites criques dont celles abritant les quatre petits ports[3].

Orographie[modifier | modifier le code]

Les 1 750 hectares de vignes sont structurés en terrasses soutenues par plus de 6 000 km de murettes de pierres sèches. Elles constituent, associées à des canaux obliques et verticaux, un réseau de filtrage et de canalisation des rares mais violentes eaux de pluie. Cet ouvrage gigantesque, qui façonne tout un paysage, a été construit il y a plus de sept siècles et entretenu par les vignerons pour préserver de l’érosion la fine couche de terre et de schiste en décomposition qui recouvre le sol[3].

Géologie[modifier | modifier le code]

Vignes de Banyuls sur un terroir de schiste

Le sol y est presque exclusivement constitué de schiste en strates verticales dans les profondeurs desquelles la vigne plonge ses racines. Elle partage ce maigre et aride terroir avec les pins, les oliviers, les chêne-lièges et la garrigue aromatique et sauvage.

Climatologie[modifier | modifier le code]

Le climat de la région de Banyuls est de type méditerranéen. Les hivers y sont doux avec quatre jours de gelées par an, les étés sont souvent chauds et secs. La tramontane (Tramuntana) souffle fréquemment (un jour sur quatre ; moins depuis quelques années) et amène une certaine fraîcheur en période estivale. La température moyenne annuelle sur Perpignan est de 15,9 ℃. La température des mois les plus chauds atteint plus de 30 ℃. La plaine du Roussillon est en effet l'une des régions les plus chaudes de France. Avec plus de 300 jours d’ensoleillement par an, un vent fréquent, des pluies rares mais violentes qui permettent de ne réaliser que 3 à 4 traitements par an, les producteurs se sont engagés dans une viticulture respectueuse de son environnement.

Nuvola apps kweather.png  Relevés des précipitations, des heures d'ensoleillement et des phénomènes météorologiques de Perpignan-Banyuls 1961–1990 [7],[8]
Mois Janv. Fév. Mars Avr. Mai Juin Juil. Août Sept. Oct. Nov. Déc. Total année
Heures moyennes d'ensoleillement 147,5 153,2 206,2 214,2 240,1 270,6 313,9 270,7 217,7 182,3 147,7 141,9 2506
Moyennes mensuelles de précipitations (mm) 50,6 44,8 43,5 55,9 50,1 28,3 17,1 32,0 47,3 89,8 58,6 54,4 572,4
Nombre de jours de pluie ≥ 1 mm 5,2 4,7 4,5 5,9 5,5 4,1 3,0 3,9 4,2 5,1 5,1 5,3 56,5
Nombre de jours de brouillard 1,2 0,9 0,9 0,8 1,1 0,6 0,6 0,9 2,4 2,0 1,3 1,4 14,1
Nombre de jours d'orage 0,4 0,2 0,5 1,2 2,8 4,3 4,6 5,2 3,2 2,3 0,7 0,5 23,7
Nombre de jours de neige 0,9 0,6 0,4 0,2 0,4 2,6
Nombre de jours de gel 4,9 2,8 1,1 0 0 0 0 0 0 0 0,9 3,8 13,5
Nombre de jours de vent ≥ 57,6 km/h 14,4 11,5 15,6 12,9 8,1 7,0 9,0 7,3 6,8 9,4 11,6 13,4 127
Nombre de jours de vent ≥ 100,8 km/h 2,0 1,2 2,1 0,6 0,5 0,2 0,2 0,1 0,4 0,7 2,7 10,7

Vignoble[modifier | modifier le code]

Présentation[modifier | modifier le code]

L'aire de production est limitée aux quatre communes de la Côte Vermeille : Collioure, Port-Vendres, Banyuls-sur-Mer et Cerbère[3].

Encépagement[modifier | modifier le code]

Les cépages principaux sont grenache noir, minimum 50 % pour les banyuls et 75 % pour les banyuls grand cru, grenache gris et blanc, macabeu, malvoisie et muscat. Il peut être utilisé trois cépages complémentaires : carignan, cinsault et syrah[3].

Méthodes culturales[modifier | modifier le code]

Vignobles en terrasses au-dessus de Banyuls
Vendanges à Banyuls en 1920

Architecture en terrasses qui impose une viticulture traditionnelle sans recours à la mécanisation. Vendanges manuelles. Le rendement est limité à 30 hl par hectare. Les vins sont issus de moûts présentant une richesse naturelle minimale en sucres de 252 grammes par litre[3].

L'élevage est d'une durée minimale de 10 mois pour les banyuls et de 30 mois pour les banyuls grand cru. Il existe deux grandes méthodes d’élevage qui définissent les types de vin élaborés.

Élevage[modifier | modifier le code]

Pour les banyuls et banyuls grand cru traditionnels : en milieu oxydant.

Les vins sont élevés plus ou moins longtemps dans divers contenant de bois, foudres, cuves, barriques ou demi-muids. Ces pièces de bois sont généralement très anciennes. Le vin y est laissé au contact de l’oxygène. Cette oxydation est parfois accélérée par un élevage en plein air. Au fil du temps, les arômes de fruits murissent puis cèdent le pas à un complexe aromatique très riche de fruits secs, tabac, cuir, épices... C’est ainsi qu’apparait peu à peu l’arôme rancio caractéristique de cet élevage.

Pour les banyuls rimage et certains banyuls blanc : en milieu réducteur.

Les vins sont élevés en les préservant de toute oxydation. On peut procéder à une mise en bouteille précoce après conservation en cuve parfaitement ouillée, ou bien on souligne la structure du vin par un élevage plus ou moins long en barriques et une mise en bouteilles plus tardive. L’objectif est ici de préserver la fraîcheur aromatique et les qualités vineuses du Banyuls. Les spécificités de chaque millésime vont définir son évolution et son potentiel de garde.

Terroir et vins[modifier | modifier le code]

Structure des exploitations[modifier | modifier le code]

Type de vins et gastronomie[modifier | modifier le code]

Les Banyuls sont d'abord des vins de dessert qui se marient bien avec le chocolat. Ils accompagnent aussi les fromages bleus. Aussi: Civet de langouste.

Commercialisation[modifier | modifier le code]

Liste des Producteurs[modifier | modifier le code]

  • Cave de l'Abbé Rous[9]
  • Cave L'Etoile[10]
  • Cave Tambour[11]
  • Cellier des Dominicains
  • Cellier des Templiers[12]
  • Domaine Abbaye Sainte Eugénie
  • Domaine Berta Maillol[13]
  • Domaine de la Casa Blanca
  • Domaine de la Rectorie[14]
  • Domaine du Mas Blanc
  • Domaine du Traginer
  • Domaine Hugi
  • Domaine Le Casot des Mailloles
  • Domaine Madeloc[15]
  • Domaine Manya-Puig
  • Domaine Pietri-Géraud[16]
  • Domaine Saint-Sébastien[17]
  • Domaine Vial Magneres
  • Le Clos de Paulilles[18]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • G. Ferrer, Le vignoble de Banyuls-sur-Mer, Revue géographique des Pyrénées. Sud-ouest, n°1, pp. 185-192, 1930.
  • R. Furon, L'érosion du sol, conséquence de l'activité humaine. Application à la région du vignoble de Banyuls, Vie Milieu, n°1 (4), pp. 465-473, 1950.
  • F. Poirot, C. Rosas, A. Dourdan, J.M. Goyhenex et P. Palat, Les vignerons sculpteurs de montagnes, Terres catalanes, n° 5, 1974.
  • Jacques Maby, Terroirs agressés : de la nature des agressions, in Colloque sur la protection des terroirs du Comité interprofessionnel des Vins Doux du Roussillon, Perpignan, 1997.
  • F. Alcaraz, Feixes, agouilles et peus de gall : le dispositif anti-érosion du vignoble de Banyuls. Étude des pratiques d'entretien des terrasses de culture. Montagnes méditerranéennes, 5, 1997.
  • F. Alcaraz, Les terrasses méditerranéennes, entre terroirs et paysages (nord-ouest du bassin méditerranéen), Toulouse, Université de Toulouse Le Mirail, U.F.R. de Sciences humaines et sociales, Département de Géographie, thèse de doctorat de l'Université de Toulouse, Vol. I et II, 1999.
  • Roger Rull, Actes du Congrès international : Terroir, paysage et environnement méditerranéens en viticulture de montagne, Banyuls, mai 2002
  • Guy Olivier, Le paysage de terrasses du cru "Banyuls" (Pyrénées orientales) et son évolution, 1er novembre 2002, en ligne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]