Étienne-Émile Baulieu
Étienne-Émile Baulieu
| Naissance | 12 décembre 1926 Strasbourg (France) |
|---|---|
| Nationalité | |
| Champs | Médecine, endocrinologie |
| Institutions | INSERM |
| Renommé pour | Travaux sur le RU 486 et la DHEA |
| Distinctions | Prix Albert-Lasker Président de l'Académie des sciences |
Étienne-Émile Baulieu, né Étienne Blum le 12 décembre 1926 à Strasbourg, est docteur en médecine (1955) et docteur ès sciences (1963). Il a été directeur d'unité de recherche à l'INSERM et professeur de biochimie à l'Université de Paris XI. Il est professeur honoraire au Collège de France et a notamment été le président de l'Académie des sciences française en 2003 et 2004.
Sommaire |
Biographie[modifier]
Famille[modifier]
Originaire d'une famille juive alsacienne, Étienne-Émile Baulieu est né avec le patronyme d'Étienne Blum[1], fils de Léon Blum (1878-1930) — un médecin néphrologue et diabétologue strasbourgeois[2] — et petit-fils du rabbin Félix Blum (1847-1925). Après la mort de son père, il est élevé par sa mère, avocate[3], avec sa sœur Françoise Blum, née en 1930, qui deviendra elle aussi une chercheuse en endocrinologie et sera la mère de Vincent Peillon[4].
Jeunesse et études[modifier]
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s'engage dans la Résistance en 1944 au sein du Front patriotique de la jeunesse où il prend le nom d'Émile Baulieu[2],[5]. Il s'engage à partir d'août 1944 dans le bataillon Foges des Francs-tireurs et partisans et participe à la libération de la vallée de la Tarentaise[5]. À la Libération, il garde ce nom en y ajoutant son prénom de naissance et s'inscrit à la Faculté de médecine de Paris. Il suit tout d'abord l'enseignement de Max Fernand Jayle dans le domaine des hormones stéroïdes et en particulier de la DHEA à la Faculté de médecine de Paris, rue des Saints-Pères. Il rencontre ensuite Gregory Pincus, le père de la pilule, et Seymour Lieberman. Il travaillera avec eux en post-doc à l'Université Columbia de New York[2].
Carrière[modifier]
De retour en France, il travaille au sein de l'Unité 33 de l'Inserm. En 1965, sollicité par Jean-Claude Roussel[réf. nécessaire], il devient consultant pour l'industrie pharmaceutique Roussel-Uclaf pour laquelle il testera les effets physiologiques des molécules synthétisées par le groupe d'Édouard Sakiz, dont le célèbre RU 486[2]. Son équipe constituée de Paul Robel, Edwin Milgrom et Henri Rochefort déménage alors sur le campus du CHU Kremlin-Bicêtre et s'oriente vers la recherche en endocrinologie moléculaire. À la fin des années 1970, il publie en collaboration avec Roussel-Uclaf les résultats du RU486 et se bat durant de nombreuses années pour obtenir son autorisation de mise sur le marché, malgré la virulente opposition de divers groupes politiques et religieux[2]. Le mifépristone ou pilule abortive est autorisé en France en 1988, puis progressivement dans d'autres pays.
Il a été élu membre de l'Académie des sciences le 8 février 1982 et l'a présidée en 2003-2004. Professeur honoraire au Collège de France, Étienne-Émile Baulieu a été de 1996 à 2004 membre du Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé. Il est membre de l'Académie de médecine depuis 2002. Il est également membre de la National Academy of Sciences américaine depuis 1990 et fut récompensé en 1989 du prix Albert-Lasker.
Étienne-Émile Baulieu préside par ailleurs l'Institut de la longévité et du vieillissement, créé en 2002 sur sa proposition avec Françoise Forette. En juin 2008, il crée l'Institut Baulieu destiné à financer les recherches en vue de retarder le moment de la dépendance des personnes âgées[6]. Il est l'un des membres du Comité d’honneur de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité.
Étienne-Émile Baulieu est chevalier de l'ordre du Mérite et grand officier de la Légion d'honneur, et a reçu plusieurs prix et distinctions en France et à l'étranger.
Apports scientifiques[modifier]
RU 486 : une hormone pour l'interruption volontaire de grossesse[modifier]
Spécialiste des hormones stéroïdes, il est mondialement connu[1] pour la mise au point en 1981 de nouvelles antihormones comme l'anti-progestérone RU 486[7], ou pilule abortive, utilisable pour les interruptions précoces de grossesse, la facilitation des accouchements difficiles et le traitement de plusieurs types de tumeurs. Pour cela son équipe composée notamment de Paul Robel, Edwin Milgrom et Henri Rochefort, travaille avec celles de Roussel-Uclaf, et tout particulièrement avec le chimiste Georges Teusch, pour élaborer la structure moléculaire du RU-486 et tester son activité interruption de grossesse chez l'animal grâce notamment aux financements de la Fondation Ford[7]. Après des études de toxicité préalables, celles d'utilisation chez la femme sont réalisées à la demande de Roussel dans une société anglaise spécialisée[7]. Roussel a failli renoncer au développement de la molécule[8] car les études chez le singe à dose très élevée montraient des effets d'insuffisance surrénalienne[réf. nécessaire] comparables à la maladie d'Addison, alors que c’est la nature même anti-corticoïde associée du produit, préalablement démontrée, qui était observée.
En 1982, la publication des premiers résultats montre que le produit administré aux doses prévues est sûr, sans danger, et efficace[9]. Ces travaux suscitent des polémiques sur une « facilitation » de l'interruption volontaire de grossesse par une méthode qui évite aux femmes une chirurgie invasive et offre un avantage économique en évitant une intervention en milieu hospitalier, ainsi que l'avantage psychologique de la discrétion d'une décision prise par la femme seule. Devant les oppositions religieuses et politiques[10], le laboratoire Roussel-Uclaf renonce en 1988 à l'Autorisation de mise sur le marché du RU486 qu'elle venait d'obtenir[réf. nécessaire]. C'est grâce à l'intervention personnelle du Ministre de la Santé de l'époque, Claude Évin, affirmant que « le RU 486 est la propriété morale des femmes » et proposant de le confier à un autre laboratoire, que Roussel décide finalement d'assumer et d'exploiter le produit[11].
La DHEA[modifier]
Il est également connu, dès 1963, pour ses travaux sur la DHEA sécrétée par les glandes surrénales, et, avec Françoise Forette, il a mis en évidence certaines de ses propriétés, notamment par rapport à certains aspects secondaires du vieillissement (amélioration cutanée, augmentation de la densité osseuse et de la libido chez la femme ménopausée[12]).
Travaux sur les neurostéroïdes et les maladies neurodégénératives[modifier]
Étienne-Émile Baulieu découvre au début des années 1980 que le cerveau est aussi producteur d'hormones stéroïdes[13] qu'il dénomme « neurostéroïdes ». Cette découverte a ouvert la voie de ses recherches dans le domaine du vieillissement cérébral et en particulier de la mémoire et de la dépression[réf. nécessaire]. Il met en évidence à cette occasion un nouveau mécanisme d'action au niveau des microtubules dans le fonctionnement du système nerveux central, essentiel pour sauvegarder le fonctionnement des neurones en particulier dans le cas de traumatismes[réf. nécessaire].
Les travaux sur les microtubules ont par ailleurs conduit son équipe à s'intéresser ces dernières années à la protéine tau (Tubuline Associated Unit), dont le fonctionnement normal est très important dans l'activité des microtubules, et dont la forme pathologique, en particulier hyperphosphorylée, est délétère pour l'activité des neurones. Ce défaut provoque les troubles de la mémoire, de l'acquisition des connaissances et du comportement, caractéristiques de nombreuses maladies cérébrales dégénératives, dont la plus connue est la maladie d'Alzheimer. Ses travaux récents ont montré que la protéine tau interagissait avec une autre protéine cérébrale, une immunophiline dénommée FKBP52, notamment dans les maladies neurodégénératives de type Alzheimer[14], et que les taux protéiques de FKBP52, et non le niveau d'expression de son gène, étaient fortement diminués dans le cortex frontal de patients morts de maladies neurodégénératives[15],[16].
Ouvrages[modifier]
- Hormones: from Molecules to Diseases par Étienne-Émile Baulieu et Paul Kelly, éd. Hermann, 1990 (ISBN 978-2705660307).
- Génération pilule par Étienne-Émile Baulieu, éditions Odile Jacob, 1990, (ISBN 978-2738100719).
- Soi et non-soi ouvrage collectif par Étienne-Émile Baulieu, Jean Bernard, Marcel Bessis et Claude Debru, éditions du Seuil, 1990 (ISBN 978-2020116213).
- The Abortion Pill, par Étienne-Émile Baulieu, éd. Simon & Scuster, 1991, et Century, 1992.
- Contraception, contrainte ou liberté ? par Étienne-Émile Baulieu, Françoise Héritier et Henri Léridon, éditions Odile Jacob, 1999 (ISBN 978-2738107220).
- Longévité, tous centenaires ? par Étienne-Émile Baulieu, éd. Platyplus Press, 2003 (ISBN 978-2847040210).
- Libre Chercheur par Étienne-Émile Baulieu, entretiens avec Caroline Fourest, éditions Flammarion (2013) (ISBN 978-20812616)
Notes et références[modifier]
- Étienne-Émile Baulieu : monsieur «longue vie» dans Le Monde du 17 août 2007.
- Étienne-émile baulieu, sphinx des hormones dans La Recherche de 2005.
- Trois hommes de science au service des patients, émission La Tête au carré, sur France Inter le 3 mai 2013.
- Vincent Peillon, un candidat de longue date à l'éducation dans Le Monde du 16 mai 2012.
- Étienne-Émile Baulieu, un optimiste convaincu, documentaire de Bernard Jourdain de 52 minutes dans la série Empreintes diffusé sur France 5 le 9 novembre 2007
- Site de l'Institut Baulieu.
- Le jour où j'ai eu la preuve de l'activité médicale de la RU486 par Étienne-Émile Baulieu.
- Retrait de la pilule RU486 sur le site de l'INA.
- Effet d’un Stéroide anti-progestérone chez la femme : interruption du cycle menstruel et de la grossesse au début par W. Herrmann, R. Wyss, A. Riondel, D. Philibert, G. Teusch, E. Sakiz, E-E. Baulieu, in Compte-rendu des séances de l’Académie des Sciences (1982), 294, p. 933-938
- Inondé de lettres de menace de mort contre ses cadres, le groupe pharmaceutique Roussel Uclaf suspend la vente de la pilule RU sur le site de l'INA.
- Une mise en demeure du gouvernement à Roussel-Uclaf : la pilule abortive va être de nouveau distribuée, Le Monde du 29 octobre 1988.
- (en) Dehydroepiandrosterone (DHEA), DHEA sulfate, and aging: Contribution of the DHEAge Study to a sociobiomedical issue par Étienne-Émile Baulieu et al. PNAS 2000;97(8):4279-84.
- (en) Corpechot C, Robel P, Axelson M, Sjövall J, Baulieu EE. « Characterization and measurement of dehydroepiandrosterone sulfate in the rat brain » Proc. Natl. Acad. Sci. 1981;78:4704-4707
- (en) B. Chambraud, É. Sardin, J. Giustiniani, O. Dounane, M. Schumacher, M. Goedert, E.E. Baulieu « A role for FKBP52 in Tau protein function » PNAS 2010;107(6):2658-63.
- (en) J. Giustiniani, M. Sineus, É. Sardin, O. Dounane1, M. Panchal, V. Sazdovitch, C Duyckaerts, B Chambraud, E.E. Baulieu. « Decrease of the Immunophilin FKBP52 Accumulation in Human Brains of Alzheimer's Disease and FTDP-17 » Journal of Alzheimer's Disease 2012, (DOI:10.3233/JAD-2011-111895)
- « Des chercheurs français affûtent une nouvelle arme contre la maladie d'Alzheimer » dans Le Monde du 25 janvier 2012.
Liens externes[modifier]
- Étienne-Émile Baulieu sur le site de l'Académie des sciences
- Biologiste moléculaire
- Biologiste
- Biologiste français
- Endocrinologue
- Membre de l'Académie des sciences (France)
- Académie de médecine (France)
- Professeur au Collège de France
- Lauréat du Prix Albert Lasker
- Grand officier de la Légion d'honneur
- Naissance à Strasbourg
- Naissance en 1926
- Professeur des Universités et praticien hospitalier
- Membre de l'Académie européenne des sciences et des arts
- Histoire des Juifs en France