Troll (Internet)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Troll (internet et usenet))
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Troll et Troll (homonymie).
Une des deux origines possibles : Le troll, créature monstrueuse peu amicale ou agressive du folklore scandinave (ici tirant la queue d'une vache)

En argot Internet, un troll caractérise ce qui vise à générer des polémiques. Il peut s'agir d'un message (par exemple sur un forum), d'un débat conflictuel dans son ensemble[réf. nécessaire] ou de la personne qui en est à l'origine. Ainsi, « troller », c'est créer artificiellement une controverse qui focalise l'attention aux dépens des échanges et de l'équilibre habituel de la communauté[1].

Désigner un « troll » est un jugement subjectif, la désignation d'un élément sciemment perturbateur pour le discréditer et l'éviter. L’argumentation caricaturale et récurrente sont les « empreintes typiques d'un troll ». Ils sont la preuve d'une mécommunication, et d'une impossibilité d'échange dans la compréhension mutuelle, mais le « trollage »[2] présume en plus des provocations intentionnelles et le but de nuire.

Certains s'autorisent à distinguer deux formes de trolling : l'une "négative" et l'autre "positive". Le chercheur américain Jonathan Bishop[3] associe cette opposition à une évolution du phénomène, et notamment à la réappropriation du titre de troll par certains utilisateurs malveillants. « Il fut un temps ou le trolling se définissait par ‘trolling for the lol’, mais Anonymous a créé le ‘trolling for the lulz’. En d’autres termes, ils s’appelaient trolls pour justifier leurs tendances à harceler des individus pour leur propre plaisir malsain »[4].

Le troll est à distinguer du « flaming », qui consiste en l'envoi de messages délibérément hostiles et insultants avec l'intention de créer un conflit.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

Autre origine possible : La cuillère est un leurre pour attraper le poisson à la pêche à la traîne (trolling).

L'usage en français du verbe « troller » ou du nom commun « troll » est un emprunt à l'argot Internet de langue anglaise. L'usage de ce terme en anglais (sur Internet) est prétendu remonter aux années 1980[5], mais la première mention avérée daterait d'un message de 1992 sur le groupe Usenet alt.folklore.urban[6]. Deux origines distinctes sont généralement proposées pour ce troll Internet :

Selon la première hypothèse, le mot ferait référence au troll, une créature monstrueuse peu amicale ou agressive du folklore scandinave. Ce terme serait alors emprunté au troll des langues scandinaves (notamment suédois ou norvégien), lui-même emprunté au vieux norrois trǫll ou troll attesté dans la littérature nordique du Moyen Âge[7]. Au sens figuré, le troll désigne aussi dans les pays scandinaves un individu ayant un comportement inapproprié, violent ou agressif[réf. souhaitée].

Selon la deuxième hypothèse, le mot dériverait du verbe anglais « to troll » ou du mot « trolling », qui font références à des techniques de pêche à la traine et à la cuillère. Ce verbe anglais to troll dérive peut-être du moyen français « troller, trôler », qui fait référence à des déplacements au hasard ou en vagabondant et s'applique à des techniques de chasse ou pêche[8]. L'usage de trolling en anglais, avec le sens figuré de « chercher à provoquer des réactions » est attesté vers 1972 dans l'armée américaine[9].

Le substantif « troll » est un des 150 nouveaux « mots, sens et expressions » ayant fait leur entrée dans l'édition du Petit Larousse illustré, parue le [10]. Il y est défini comme « un internaute qui empoisonne les débats sur internet avec des remarques inappropriées ou provocantes »[10].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Question book-4.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (indiquez la date de pose grâce au paramètre date)
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.
Panneau d’interdiction de nourrir les trolls.

On dit qu’une discussion s’enflamme lorsque les échanges se multiplient entre les participants et que le ton monte. L’origine du conflit — si conflit il y a — n’est pas forcément un troll, ou tout du moins n’est pas forcément un troll « volontaire ». On ne parle de troll que lorsqu’on pense avoir décelé une volonté de polémiquer allant au-delà de la volonté d’avancer dans une discussion.

Les méthodes d’action du troll vont de la simple insulte au flood, en passant par diverses démarches, telles que :

  • ne jamais être d’accord sur quelque sujet que ce soit, ou à l’inverse l’être systématiquement. Le but n’est alors pas de donner son avis mais d’alimenter la polémique ;
  • ne jamais être d’accord avec un interlocuteur considéré comme gênant, le traitant de fake, d’inculte, de naïf, voire de troll ;
  • allusion à un débat voisin, mais hautement polémique (par exemple, allusion au conflit israélo-palestinien dans un débat sur la politique égyptienne) ;
  • attaques sur la forme (par exemple, commencer les réponses avec l’expression « c’est n’importe quoi », ou bien critiquer l'orthographe des autres pour les discréditer) ;
  • hors sujet ou argumentum ad hominem (attaques personnelles, détournement du fond du débat) ;
  • double discours ;
  • sous-entendus menaçants ;
  • insultes visant un groupe de personnes (définis par leur nationalité, religion, opinion politique, etc.) et permettant de déclencher de nouvelles interventions ;
  • procès d'intention ;
  • délation et/ou diffamation ;
  • bluff ;
  • sophisme ;
  • autodérision de façade pour camoufler des intentions malveillantes ;
  • moquerie fraternelle et private joke ;
  • mélange de flatterie envers les uns et injures envers les autres, pour s’attirer à la fois alliés et ennemis. Lorsque le but du troll est le jeu ou la provocation, il tente de maximiser son nombre d’adversaires. Au contraire, s’il est déterminé à nuire il va tenter d’avoir un maximum d’alliés et d’isoler sa victime ;
  • « parler par slogan » est aussi une méthode utilisée par le troll qui souhaite envenimer une discussion, la ramenant par là-même à une forme simpliste du débat de départ.

Le sujet « part en troll » si des participants au débat « tombent dans le piège » tendu par le troll et se lancent dans une discussion stérile éloignée du sujet initial. On a tendance à dire que l’unique solution se trouve dans la phrase « Don’t feed the Troll » (en français : « Ne nourrissez pas le troll »), c’est-à-dire : ignorez le troll ou ne lui donnez pas matière à polémiquer.

Un troll peut être perçu positivement ou négativement selon les situations et les personnes. Il est toujours pugnace, abandonne parfois le débat mais jamais le sujet qui l’obsède. Ainsi, un troll ignoré ou insatisfait tentera à plusieurs reprises d’enflammer la discussion. Le troll obsessionnel est attaché à un sujet et ramène toujours le débat à lui, en général un concept, une idée simpliste ou même un mot d’ordre. Généralement, si la discussion s’envenime suffisamment et que les arguments viennent à manquer, le troll ou l’un de ceux qui le nourrissent finit par atteindre le point Godwin. Mener leurs victimes jusqu’à ce point peut être vu par certains trolls comme l'aboutissement de leur action.

  • Il existe aussi le troll, comprenant une erreur (appelée fail en anglais), donnant naissance aux trolls faces (visages de trolls).

Limites[modifier | modifier le code]

Question book-4.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (indiquez la date de pose grâce au paramètre date)
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

Certaines personnes dénoncent les abus d’utilisation du terme « troll » qui pourrait parfois servir à couper court à toute discussion et débat. Ainsi, un intervenant à un débat pourrait utiliser ce terme afin de discréditer les personnes qui remettent en cause ses thèses, en les accusant de vouloir polémiquer.

Ainsi, dans des échanges en ligne, certaines personnes n'hésitent pas à traiter de troll toute personne n'étant pas d'accord avec l'avis majoritairement représenté pour la discréditer (par exemple, l'auteur d'un commentaire négatif sur une vidéo très populaire est rapidement caractérisé comme un troll). Le troll se détachant d’une simple opposition d’idées par l’aspect volontaire de la polémique, il est parfois extrêmement difficile à découvrir. Ainsi, parfois, ce peut être l’accusateur qui est en fait un troll (voir la méthode hypercritique).

Sujets de troll classiques[modifier | modifier le code]

Dans la tradition d'Usenet puis du Web, certains sujets polémiques sont réputés pour les débats sans fin qu’ils engendrent. Ceux-ci, généralement fondés sur des préférences personnelles sur lesquelles il est impossible de trouver un compromis, peuvent être utilisés afin de lancer un troll. Par exemple, parmi les utilisateurs de systèmes UNIX ou GNU, les sempiternelles querelles entre les partisans de l’éditeur de texte vi et ceux de l’éditeur de texte Emacs en font un sujet de troll classique.

Il en est de même pour les préférences en matière d’environnement de bureau pour systèmes X11 (par exemple, les débats comparant GNOME, KDE ou XFCE), pour les préférences en matière d’ordinateur, de console de jeux (par exemple, PS3 contre Wii ou contre Xbox 360), de système d’exploitation (par exemple, Windows contre GNU/Linux ou contre Mac OS ; ou encore iOS contre Android), de navigateurs (Internet Explorer contre Firefox ou Safari ou Opera ou Chrome), d’écoles (Supinfo, eXia, ou Epitech contre EPITA), voiture à essence contre diesel, etc.

Le phénomène n’est pas limité aux sujets relatifs à l’informatique, ainsi chaque grand thème (société, économie, politique, sciences, sexe, racisme…) possède sa panoplie de sujets à trolls, qui finissent par être bien connus des usagers des forums concernés.

La plupart des sites de discussion et des listes de diffusion ont leurs débats-types, tellement ressassés qu’il n’est pas rare de voir des participants crier au troll dès que le sujet est mentionné, prenant parfois au dépourvu un nouvel utilisateur.

Typologie des trolls[modifier | modifier le code]

Dans leur Encyclopédie de la Web Culture[11], Lecocq et Lisarelli résument synthétiquement différentes typologies du troll.

En premier, la forme de trolling la plus répandue et la plus anodine : celle du troll de base, dit de « troll bête ». C’est un internaute qui généralement ne lit pas les articles, messages du sujets et commente sans réfléchir. Il est d’autant plus idiot qu’il ne comprend aucune forme d’humour ou d’ironie et a tendance à prendre tout au premier degré, quand il n’a pas en plus un certain penchant pour les théories complotistes.

Ensuite, vient le troll « ontologique » ou troll intelligent. Celui-ci est clairement guidé par de mauvaises intentions et constitue la définition la plus généralement utilisée du troll, cet individu qui provoque pour faire déraper la discussion, soit pour le fun, parce qu’il s’ennuie ou même sans aucune raison particulière.

Un autre type de troll, plus difficile à déceler dans les commentaires sévit pourtant sur le web. Le troll « flatteur » ou « flagorneur », est cet internaute qui fait semblant de s’extasier devant le talent de divers journalistes ou intellectuels médiatiques sur les forums des sites d’actualité. Le problème avec ces derniers est qu’ils sont généralement pris au sérieux.

Enfin, un cas du trolling plus particulier et dérangeant ; celui du troll « chasseur ». Il s’agit d’un procédé de trolling qui consiste à ce que certains trolls se réunissent pour délibérément pourrir la vie d’une victime qu’ils auront choisi. Véritable cas de chasse à l’homme sur le net, le troll hunting est une dérive sérieuse du web qui tend vers le harcèlement systématique ou stalking. L’ouvrage donne ici une vision globale de la typologie du trolling et permet de mettre en lumière l’existence de différentes tendances au sein d’un même phénomène. Ils précisent d’autant plus que les différents types de trolling évoqués sont « combinables ».

Des conflits d'intérêt dans le trolling sponsorisé[modifier | modifier le code]

En général[modifier | modifier le code]

Sharyl Attkisson (en) est l'un des nombreux journalistes d'investigation à avoir dénoncé la tendance croissante qu'ont certaines institutions à utiliser les trolls pour manipuler l'opinion publique ceci étant une manifestation de l'Astroturfing. Des équipes de trolls sponsorisés arrivent en meute sur un site pour écraser n'importe quel honnête discours et dénigrer n'importe qui en désaccord avec eux[12].

« Utile » en temps de guerre[modifier | modifier le code]

Un rapport commandité par l'Organisation du traité de l'Atlantique nord pointe le fait que les trolls peuvent être un outil de guerre pour démoraliser la population et insinuer de fausses informations à travers blogs, médias, réseaux sociaux et commentaires. Cela a été le cas lors de l'intervention militaire de la Russie en Ukraine[13].

Le trolling « intelligent » sur Wikipédia[modifier | modifier le code]

Un troll sur Wikipédia utilise un design de message dans lequel aucune émotion ne transparaît et où le message doit paraître vrai, afin de ne pas être supprimé. Cependant, il utilise un faux contexte pour pousser le lecteur vers ses propres conclusions qui sont souvent à l'avantage d'une entité bien définie[13].

Psychologie[modifier | modifier le code]

Le psychisme des trolls est depuis peu un sujet d'étude. Il en ressort une corrélation entre le comportement de troll et le sadisme, la psychopathie et le machiavélisme. Parmi ces traits, le sadisme est celui qui est le plus fortement lié à l'activité de troll. Cela conduit les auteurs d'une étude à décrire les trolls comme une manifestation sur Internet du sadisme ordinaire[14].

Sociologie[modifier | modifier le code]

Pour Antonio Casilli, le trolling peut être analysé et pensé comme un acte social, étant causé par et ayant pour but de modifier des dynamiques sociales : « On est troll pour provoquer des changements dans le positionnements des individus dans les réseaux. [...] Ces trolls sont là pour faire émerger de nouveaux contenus. »[15]

Quand une société est attaquée par des trolls, les membres les mieux intégrés ont paradoxalement des réactions moins extrêmes que les membres plus isolés voire marginaux. Ce phénomène est expliqué par le fait que les personnes les plus riches en capital social ne sont pas beaucoup affectées à leur échelle par les petites fluctuations du champ social que sont une poignée de trolls. A contrario, pour une personne ne possédant qu'une dizaine de contacts, quelques individus malveillants peuvent suffire à durablement perturber son réseau[15].

Les trolls peuvent aussi avoir comme effet de mieux souder une communauté. Face à l’agression, les membres veulent activement défendre la norme, qui est alors explicitée, affirmée et renforcée. Le troll est alors l'ennemi objectif commun qui fédère par nécessité, on se définit facilement comme l'inverse de l'attaquant. On voit aussi que les acteurs ne vont pas attendre de la structure qu'elle se défende d'elle-même contre les trolls. Par exemple sur un forum de discussion, on ne va pas forcément attendre la modération pour dénoncer un message malveillant qui attaque les normes du site. La logique de la défense devient donc horizontale, et il en va donc de même pour l'affirmation des valeurs propres de la communauté. Pour Casilli, cette réaction a pour effet final d' «enrichir la qualité du web. »[15]

Politique[modifier | modifier le code]

Les trolls peuvent être utilisés à des fins politiques en agissant comme des lanceurs de débats polémiques ou en mettant en exergue des points sensibles des politiques à critiquer, parfois par le biais de mèmes ayant pour but d'être repris massivement. En cela certains partis politiques peuvent avoir intérêt à promouvoir des groupes de trolls pour orienter les discussions sur internet[16]. On peut citer par exemple :

  • Les trolls sur facebook sont souvent minoritaires, mais sont promus par des organisations politiques bien organisées[17].
  • Les internautes pro-Trump, connus sous le nom de Trump's Troll Army ont été actifs lors de la campagne présidentielle américaine en 2016.
  • Lors des élections présidentielles françaises de 2017, des communautés de trolls se sont organisées comme outil de militantisme internet de l'extrême droite[18]. Reprenant les méthodes des trolls de la Trump's Troll Army, ceux-ci se sont manifestés par des "raids" ciblés pour décrédibiliser certains opposants.

Exemples de cas de trolling[modifier | modifier le code]

David Thorne est un des trolls les plus célèbres du web. L’australien s’est vu affublé du surnom de « king of trolls » après une affaire on ne peut plus étonnante. Il publie son échange par mail avec un service client qui lui réclame le paiement d’une facture. Clamant d’abord qu’il ne peut pas payer cette facture, il envoie le dessin d’une araignée (qu’il a fait lui-même) qu’il estime au montant de la facture et qui devrait faire office de paiement. S’en suit une discussion de plusieurs messages sur le nombre de pattes de l’araignée jusqu’à ce que Thorne mette fin à la discussion. Le dessin finira par être mis aux enchères à 10 000 dollars sur le site ebay.com. En 2009, Thorne écrit un ouvrage intitulé « The Internet is a Playground »[19] où il expose les messages de sa discussion célèbre. Le titre parle de lui-même quant à la conception qu’a Thorne du trolling et de son usage personnel des dimensions connectées.

En 2006, Jason Fortuny publie une petite annonce sur le site web américain Craigslist. Il se fait passer pour une femme qui recherche des hommes pour des rapports sexuels dominants et violents. Il reçoit 150 réponses et publie les photos, mails, noms et numéros de téléphone de ces hommes sur son blog. Du jour au lendemain, la vie de ces individus et de leurs familles a été bouleversée. Une des victimes porta plainte et Jason Fortuny, fut l’un des premiers cas de troll poursuivi en justice. Il fût condamné à payer 74 000 dollars dont seulement 5000 dollars de compensation pour divulgation publique d’information privée. Il expliqua à l’époque au juge, sa passion pour le trolling, qu’il voit comme une forme d’expérimentation sociologique sur le comportement humain ; d’où le nom de son article sur son blog « The Craigslist experiment ». Le troll continuera à faire parler de lui dans de nombreux autres scandales.

Modération des commentaires[modifier | modifier le code]

Pour beaucoup de marques, d'entreprises ou d'organismes, la « chasse aux trolls » représente un enjeu considérable. En effet, alors que les plus grandes marques sont présentes sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, etc.) dans un but promotionnel et de publicité, certains de ces commentaires peuvent nuire à l'image de la marque[20], d'où l'utilité d'un système de modération des commentaires.

Le fonctionnement du système de modération des commentaires peut être de deux types. La modération a priori correspond à « un système où les commentaires d’internautes sont avalisés par le service de modération avant d’être publiés[21] ». Ainsi, il s'agit de vérifier de l'adéquation du commentaire aux règles fixées par l'entreprise ou autre organisme afin de le publier effectivement. Il s'agira pour le modérateur de décider, par exemple, de la non publication d'un commentaire ou partie de commentaire portant atteinte à la dignité humaine, à l'honneur, la pudeur ou la vie privée, aux droits d'auteur et de propriété intellectuelle, faisant acte de prosélytisme ou publicité, ou étant hors sujet et incompréhensible. Ce système de modération consiste ainsi à réserver un temps à la détection des trolls, dans le but de les empêcher d'agir. Ce système de modération a priori débouche alors sur une forme de censure, où il s'agit de « limiter l’interaction et de ralentir les échanges »[21].

Le système de modération peut fonctionner autrement, le « scrutage » des commentaires pouvant ainsi intervenir a posteriori, c'est-à-dire une fois le commentaire publié effectivement sur la plateforme. Ce système de modération a posteriori consiste donc en la suppression du message considéré comme indésirable et comporte ainsi, comme l'indiquent Degand et Simonson, des risques en termes d'image puisqu'il s'agit, durant un intervalle de temps plus ou moins long, de laisser des messages exagérés, insultant ou hors sujet polluer l'espace de discussion. Néanmoins, ce système de modération a posteriori est de plus en plus utilisé grâce aux solutions trouvées par les plateformes et entreprises pour limiter les commentaires de ce type. 

Au delà des systèmes de modération a priori et a posteriori développées par les plateformes et les community managers eux-mêmes, beaucoup de ces plateformes ont développé un système de modération collective dans lequel ce sont les internautes eux-mêmes qui peuvent juger du caractère indésirable d'un commentaire. Selon Antonio Casilli, « c’est plutôt (cette) « modération communautaire » qui est souhaitée, où les membres eux-mêmes veillent au respect des règles du service informatique »[22]

Enfin, l'une des solutions envisagées par certaines plateformes comme YouTube consiste à rendre possible, dans les paramètres de configuration, la désactivation des commentaires. Ainsi, il s'agit d'empêcher la possibilité pour n'importe quel internaute de s'exprimer sur le contenu diffusé. PewDiePie, dans sa vidéo publiée sur YouTube en aout 2014 « Goodbye Comments » et visionnée plus de 12 millions de fois, explique pour quelles raisons il souhaite désactiver les commentaires : « I make video everyday for you bros […] and I think that the main problem here is the comments. I know I complain about comments a lot but it's basically my main way to communicate with you bros. I go to the comments and it's mainly spam, it's people self-advertising, it's people who want to provoc […] I don't want to see it, I just don't care […] so i'm gonna turn the comments off for ever[23] »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Le troll [...] participe aux débats dans le but de perturber ceux-ci » « [...] le débat s’est focalisé sur lui pendant un certain moment, ce qui était son but. Le troll a donc pour effet de déstabiliser l’équilibre de la communauté, en poussant les gens à se détourner du sujet de discussion qui les rassemble dans ce groupe précis. » Anne Revillard, Les interactions sur l'Internet, Terrains & travaux 1/2000 (n° 1), p. 108-129.
  2. « Le trollage est une technique consistant à empêcher le bon fonctionnement d'un forum de discussion sur Internet en parlant de sujets provocateurs [...] »Définition de trollage sur L'Internaute.
  3. « Jonathan Bishop - Cyberstalking Expert », sur www.jonathanbishop.com (consulté le 10 décembre 2016)
  4. (en) Brown K.V, « From lol to lulz, the evolution of the internet troll over 24 years », Fusion.net,‎ (lire en ligne)
  5. Schwartz, Mattathias, « The Trolls Among Us », The New York Times, 2008.
  6. « Troll » dans Oxford English Dictionary, 2006
  7. Troll sur Online Etymology Dictionary ; voir aussi l'Troll#Étymologie pour détails et sources.
  8. Signification du français « troller » : « Troller », sur CNRTL
  9. L'expression « trolling for MiGs » utilisée par les pilotes de l'US Navy. John Saar, « Carrier War », Life, 1972 lire en ligne
  10. a et b Ch. G. (avec l'AFP), « Yuzu, wrap, troll... Les nouveaux mots du Petit Larousse 2017 », sur Le Parisien – Aujourd'hui en France, (consulté le 10 juin 2017).
  11. Titiou Lecocq et Diane Lisarelli, Encyclopédie de la web culture, Robert Laffont, , 264 p. (ISBN 2-221-12829-X), p. 153-157
  12. « Stonewalled: A NYT Best Seller | Sharyl Attkisson », sur sharylattkisson.com (consulté le 16 juin 2016)
  13. a et b « Internet Trolling as a hybrid warfare tool: the case of Latvia | StratCom », sur www.stratcomcoe.org (consulté le 16 juin 2016)
  14. (en) Erin E. Buckels, Paul D. Trapnell et Delroy L. Paulhus, « Trolls just want to have fun », Personality and Individual Differences, no Volume 67,‎ , p. 97–102 (lire en ligne)
  15. a, b et c admin, « Pour une sociologie du #troll », sur Antonio A. Casilli (consulté le 14 juin 2016)
  16. Bellanger, Aurélien (2013) Le trolling politique : Comment une pratique du web 2.0 s’est-elle immiscée dans le débat et l’arène politique ?. Master 1 dissertation, Science Politique, Université de Montpellier, France.
  17. « Migrants: «Certains de vos commentaires sont insupportables», réagit la rédaction de France 3 Midi-Pyrénées », 20minutes.fr,‎ (lire en ligne)
  18. William Audureau, « Les trolls sur Internet, nouveaux « colleurs d’affiches » du Front national », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  19. (en) Thorne D., The internet is a playground, Tarcher/Penguin, , 368 p. (ISBN 978-1585428816, lire en ligne)
  20. Emmanuel Blosh, Communication de crise et médias sociaux : Anticiper et prévenir les risques d'opinion - Protéger sa e-reputation - Gérer les crises, Paris, Dunod,
  21. a et b Degand et Simonnot, « La modération des fils de discussion dans la presse en ligne », Les Cahiers du Journalisme,‎ , p. 56-72
  22. Antonio Casilli, Les liaisons numériques. Vers une nouvelle sociabilité ?, Paris, Ed. du Seuil, , 319 p.
  23. https://www.youtube.com/watch?v=4_hHKlEZ9Go&t=266s

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]