Scandale Facebook-Cambridge Analytica

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Le scandale Facebook-Cambridge Analytica ou la fuite de données Facebook-Cambridge Analytica renvoie aux données personnelles de 87 millions d'utilisateurs Facebook[1] que la société Cambridge Analytica (CA) a commencé à exploiter à partir du début de l'année 2014. Ces informations ont servi à influencer les intentions de vote en faveur d'hommes politiques qui ont retenu les services de CA et en particulier une plate-forme logicielle dénommée « Ripon » créée par AggregateIQ[2]. À la suite de la révélation de la fuite, les publics américain et britannique ont exprimé leur indignation. Même si la société Facebook s'est excusée, la valeur de ses titres boursiers a sensiblement décliné[3].

Estimation d'utilisateurs touchés.

Voir l’image vierge

Selon Facebook[4], nombre de personnes touchées par la fuite de données. Elles sont réparties par pays. Par exemple :

Historique[modifier | modifier le code]

Prémices[modifier | modifier le code]

Début 2014, avec une autorisation spéciale de Facebook, pour une étude prétendument scientifique conduite par une Start-up créée par un chercheur de Cambridge (Aleksandr Kogan), 50 à 60 millions de comptes Facebook sont, en deux à trois mois, illégalement « siphonnés »[5].

L'année 2015[modifier | modifier le code]

  • Fin de 2015, quand un journaliste du Guardian interroge Facebook sur le fait que Kogan a partagé ses données avec Cambridge Analytica, le GAFA semble découvrir le problème. Facebook dit, après avoir appris ceci, avoir demandé à Cambridge Analytica de supprimer ces données, et a révoqué l'accès à l'API de Kogan. Facebook s'est contenté de croire sur parole Cambridge Analytica quand elle a dit avoir détruit ces données.
  • En , le journal The Guardian rapporte que l'homme politique américain Ted Cruz a utilisé les données de Cambridge Analytica, pour influencer des électeurs-clé (lesquels ignoraient, comme tous ceux qui ont fini été spoliés de leurs données personnelles, que des sociétés exploitaient ces informations[7].

L'année 2016[modifier | modifier le code]

En 2016, avec des données illégalement captées par Kogan et vendues à Cambridge Analytica le comité de campagne de Donald Trump semble avoir modifié les intentions de vote (ou provoqué l'abstention) d'un nombre suffisamment important d'électeurs-clé pour conquérir le pouvoir[8]. Selon Wylie, début 2014, en deux à trois mois, il disposait déjà de 50 à 60 millions de profils individuels[5].

Molly Schweickert, alors responsable du numérique chez Cambridge Analytica (vice-présidente « Global Media ») était mi-mai 2017 invitée en Allemagne au Salon « d3con ». Ce salon se présente comme l'événement mondial de l'année sur les thèmes de la publicité et de la propagandes utilisant les moyens numériques [« Programmatic Advertising »]. Il a rassemblé cette année là environ 1 500 participants. Sur la scène, Molly Schweickert y a expliqué durant près de 40 min[9], qu'avant le vote, les modèles élaborés par Cambridge Analytica (modèles croisant la base de données massive de l'entreprise avec les résultats des nouveaux sondages électoraux américains) ont aussi joué un double rôle déterminant dans la campagne de Trump. Ils ont aidé l'équipe de campagne à adapter quotidiennement ses choix de campagne, y compris le plan de déplacements du candidat Trump, mais ils ont aussi permis de mieux cibler les donateurs les plus à même de financer la campagne[10]. Selon elle, CA a commencé à s'investir dans cette campagne en juin 2016 et s'est aussi appuyé sur l'API de Google Civic Information API[11].

2018, l'année des révélations[modifier | modifier le code]

Le lanceur d'alerte canadien Christopher Wylie, ancien directeur de la Recherche chez Cambridge Analytica, plaidant ici contre le vote sous influence

En , The New York Times, The Guardian et Channel 4 News rapportent plus de détails sur la fuite de données. Ceci a pu se faire grâce aux révélations d'un lanceur d'alerte, ancien salarié de Cambridge Analytica :Christopher Wylie. Ce dernier a précisé la taille de la fuite, la rapidité d'acquisition des données personnelles, la nature de ces données et les échanges entre Facebook, Cambridge Analytica et des personnalités politiques qui avaient retenu les services de CA dans le but d'influencer les intentions de vote[12],[13]. Selon Christopher Wylie qui a décrit le fonctionnement du logiciel Ripon utilisé pour cela : « Sans Cambridge Analytica, il n'y aurait pas eu de Brexit[14]. »
La base de données des informations volées par Cambridge Analytica a été envoyées au Canada à AggregateIQ (ou AIQ, société sœur de Cambridge Analytica (et qui a le même actionnaire principal : Robert Mercer)[15]. Cette société AIQ a créé un logiciel permettant d'agréger ces données personnelles à d'autres données, d'intérêt électoral, de manière à ensuite pouvoir psychologiquement manipuler les électeurs par le biais de messages les ciblant spécifiquement, en fonction de leur profil psychologique sur les réseaux sociaux[16]. Plusieurs lanceurs d'alerte ayant travaillé chez Cambridge Analytica, dont Christopher Wylie, ont révélé qu'au moins 4 partis pro-Brexit ont agi de concert. AggregateIQ a reçu environ 3,5 millions de livres sterling de quatre groupes de campagne pro-Brexit (Vote Leave, BeLeave, Veterans for Britain et le Parti unioniste démocrate ou DUP pour Democratic Unionist Party d'Irlande du Nord) pour influencer l'opinion publique, via les réseaux sociaux, en faveur du Brexit.
AIQ, aurait été recommandé à Vote Leave (le groupe officiellement leader de la campagne pour le Brexit) par Darren Grimes, un jeune militant qui venait de créer un groupe de jeunes « brexiteurs » : BeLeave. En fin de campagne, Leave.EU a de plus contourné son « plafond légal de dépenses » en dépensant près d'un million de livres pour cibler des électeurs afin de rendre le Brexit désirable à leurs yeux) pour manipuler l'opinion publique en faveur du Brexit.

Selon Wylie, Cambridge Analytica, dans le cadre du Brexit n'a pas agi seule : « sans AggregateIQ, le camp du 'Leave' n'aurait pas pu gagner le référendum, qui s'est joué à moins de 2 % des votes »[14],[17].

Le , la société Facebook admet recueillir des données sur les internautes, qu'ils soient enregistrés ou non sur le site, et même s'ils naviguent sur d'autres sites[18].

Épilogue, et renaissance sous forme d'Emerdata et d'autres clones ?[modifier | modifier le code]

Faillites en série[modifier | modifier le code]

Le , la société Cambridge Analytica se déclare en faillite. : Selon un communiqué de Cambridge Analytica : « Au cours des derniers mois, Cambridge Analytica a fait l'objet de nombreuses accusations infondées et […] elle a été calomniée pour des activités qui non seulement sont légales, mais aussi largement acceptées comme faisant partie intégrante de la publicité en ligne dans les domaines politique et commercial”, dénonce l'entreprise, qui ajoute que “la couverture médiatique a éloigné presque tous [ses] clients et fournisseurs »[19]. La société annonce cesser immédiatement toutes ses activités, et confie sa liquidation à Crowe Clark Whitehill LLP, chargé d'agir en tant qu'administrateur indépendant de Cambridge Analytica. La société précise qu'en outre, des procédures parallèles de faillite seront bientôt engagées au nom de Cambridge Analytica LLC et de certaines des filiales américaines de la société devant le tribunal des faillites des États-Unis pour le district sud de New York[20].

Sa société-mère (SCL Elections, filiale de SCL Group.) et la plupart de ses filiales se déclarent également insolvable [20].

Devenir des données sensibles gérées par AggregateIQ ?[modifier | modifier le code]

Cambridge Analytica avait assuré en 2015 à Facebook avoir détruit ces données, mais on sait par les lanceurs d'Alerte que la base de données avait été envoyée au Canada à AggregateIQ, et que ces données ont ensuite été utilisées pour influencer plusieurs élections américaines et le référendum qui a abouti au Brexit.

Après publication du communiqué annonçant les mises en faillites, le New York Times se demande « qui conservera la propriété intellectuelle des fameux profils psychographiques des électeurs établis en partie grâce à des données récupérées auprès de Facebook » et se demande « si l'activité d'extraction de données de Cambridge Analytica ne va pas réapparaître sous de nouveaux auspices »[19].

Damian Collins (président du comité parlementaire britannique chargé des violations de données, et ancien President de l'« Oxford University Conservative Association »), interrogé par The Guardian, a exprimé sa crainte que la fermeture de Cambridge Analytica puisse entraver l'enquête sur l'entreprise[21].

Renaissance du groupe SCL sous d'autres noms ?[modifier | modifier le code]

Sans évoquer explicitement la faillite frauduleuse (Courrier international, par exemple, parle d'« une vraie fausse faillite »). Certains observateurs estiment que ces faillites en série cachent un simple changement de nom[22]. En effet presque tous les membres fondateurs et de la direction se regroupent dans le même temps au sein d'une autre société, Emerdata, fondée par la même société-mère (mais qui survit à la disparition de cette dernière)[23].
En outre, selon le registre officiel des entreprises et des organisations du Royaume-Uni (Companies House), Emerdata Limited, a son siège social dans les bureaux qui étaient ceux de SCL Elections. On y retrouve Alexander Nix comme administrateur, avec d'autres dirigeants du groupe SCL. Et ses investisseurs (filles du milliardaire Robert Mercer) sont à peu près les mêmes que ceux de Cambridge Analytica[22].

Emerdata se décrit de manière très floue, comme organisation « de traitement, d'hébergement et d'activités connexes », mais elle a récupéré les algorithmes et les bases de données de Cambridge Analytica (et son fichier-clients), sans préciser ce qu'elle comptait en faire[23]. Le personnel et les compétences d'Emerdata chevauchent nettement celles de Cambridge Analytica[24],[25],[26],[27].

Selon David Carroll, Emerdata a été créée pour subrepticement protéger les entreprises disparues du Groupe SCL contre les poursuites judiciaires. D. Caroll est Professeur agrégé de droit (et spécialiste dans le domaine du design de l'information) à l'Université de New York, et lanceur d'alerte. C'est le Personnage qui sert de fil conducteur au documentaire The Great Hack : l'affaire Cambridge Analytica ; Caroll a en 2017 demandé à Cambridge Analytica de lui fournir le « dossier » qu'elle détient sur lui, puis faute de réponse satisfaisante, il a le 16 mars 2018, déposé une plainte contre Cambridge Analytica, espérant « obtenir de la justice britannique l'intégralité de ces informations afin de mieux comprendre les conclusions auxquelles cette société a abouti à mon sujet et comment elle a pu s'en servir »)[28].

Cependant le devenir d'AggregateIQ n'est pas clair, cette entreprise-sœur de Cambridge Analytica, basée au à Victoria au Canada (autrefois présentée par le site internet de Cambridge Analytica comme sa filiale au Canada) semble être restée opérationnelle bien que ses bureaux aient déménagés. Elle a affirmé ne pas avoir de liens avec Cambridge Analytica devant le « Comité d’éthique de la Chambre des communes canadienne » (mobilisé car parmi les 87 millions d’utilisateurs Facebook, spoliés de leurs données personnelles, environ 622 000 étaient des Canadiens) ; ce à quoi Wylie a répondu, ironique : « Je ne sais pas comment on peut faire du ciblage si on n’a pas accès à la base de données »[29].

D'anciens cadres impliqués chez Cambridge Analytica[30],[25] créent (en juillet 2018) Auspex International une entreprise basée à Chalvington (Royaume-Uni) destinée à influencer la politique et la société en Afrique et au Moyen-Orient[27].

Une troisième entreprise, Data Propria (société d'analyse de données crée en mai 2018), reprend plusieurs employés de CA, dont avec l'ancien chef de produit, Matt Oczkowski, et son ancien chef de données scientifiques, David Wilkinson notamment[31],[32]. Ils travailleraient déjà à une tentative de réélection de Donald Trump, selon le Huffington Post[33].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Olivia Solon, « Facebook says Cambridge Analytica may have gained 37m more users' data », sur the Guardian, (consulté le 6 avril 2018)
  2. (en) « The Aggregate IQ Files, Part One: How a Political Engineering Firm Exposed Their Code Base », sur www.upguard.com (consulté le 21 mars 2021)
  3. (en) « Facebook scandal 'hit 87 million users' », BBC News,‎ (lire en ligne)
  4. (en) Mike Schroepfer (Chief Technology Officer), « An Update on Our Plans to Restrict Data Access on Facebook », Facebook,
  5. a et b (en-GB) Carole Cadwalladr Mustafa Khalili Charlie Phillips Marc Silver Ash Jenkins Jess Search Sandra Whipham et Oliver Rivers, « Cambridge Analytica whistleblower: 'We spent $1m harvesting millions of Facebook profiles' – video », sur The Guardian, (ISSN 0261-3077, consulté le 10 mars 2021)
  6. (en) Kenneth Vogel, « Cruz partners with donor's 'psychographic' firm », Politico,‎ (lire en ligne, consulté le 27 décembre 2015).
  7. (en) Harry Davies, « Ted Cruz campaign using firm that harvested data on millions of unwitting Facebook users » [archive du ], sur the Guardian,
  8. « Cambridge Analytica : 87 millions de comptes Facebook concernés », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  9. « Cambridge Analytica (Molly Schweickert) explains how the Trump campaign worked », (consulté le 11 mars 2021)
  10. (en-GB) Stephanie Kirchgaessner, « Cambridge Analytica used data from Facebook and Politico to help Trump », sur The Guardian, (ISSN 0261-3077, consulté le 11 mars 2021)
  11. « Cambridge Analytica explains how the Trump campaign worked (voir le moment 25:31) » (consulté le 11 mars 2021)
  12. (en) Matthew Rosenberg, Nicholas Confessore et Carole Cadwalladr, « How Trump Consultants Exploited the Facebook Data of Millions » [archive du ], The New York Times,
  13. (en) Emma Graham-Harrison et Carole Cadwalladr, « Revealed: 50 million Facebook profiles harvested for Cambridge Analytica in major data breach » [archive du ], sur the Guardian,
  14. a et b « "Sans Cambridge Analytica, il n'y aurait pas eu de Brexit", affirme le lanceur d'alerte Christopher Wylie », sur francetvinfo.fr, (consulté le 28 mars 2018).
  15. Katie DeRosa, « Victoria firm AggregateIQ denies link to data-miner at heart of Facebook controversy », sur Times Colonist (consulté le 26 janvier 2021)
  16. (en) Carole Cadwalladr, « Facebook suspends data firm hired by Vote Leave over alleged Cambridge Analytica ties », sur theguardian.com, (consulté le 26 janvier 2021).
  17. (en) Carole Cadwalladr, « The Cambridge Analytica files. ‘I made Steve Bannon's psychological warfare tool': meet the data war whistleblower », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  18. (en) « Facebook admits tracking users and non-users off-site », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  19. a et b « Cambridge Analytica : une vraie fausse faillite ? », sur Courrier international, (consulté le 31 janvier 2021)
  20. a et b « Cambridge Analytica ferme ses portes et déclare faillite », Ici.Radio-Canada.ca,‎ (lire en ligne).
  21. (en) « Cambridge Analytica closing after Facebook data harvesting scandal », sur the Guardian, (consulté le 10 mars 2021)
  22. a et b (en) Shaun Nichols in San Francisco, « Cambridge Analytica dismantled for good? Nope: It just changed its name to Emerdata », sur www.theregister.com (consulté le 30 janvier 2021)
  23. a et b « Cambridge Analytica est mort, vive Emerdata ? », sur france24.com, (consulté le 9 mai 2018)
  24. (en-GB) WIRED, « Friday briefing: Former Cambridge Analytica chiefs set up 'ethical' data analysis firm », sur Wired UK, (ISSN 1357-0978, consulté le 31 janvier 2021)
  25. a et b (en-GB) « Cambridge Analytica staff set up new firm », sur BBC News, (consulté le 31 janvier 2021)
  26. (en) « News », sur Trusted Reviews (consulté le 31 janvier 2021)
  27. a et b (en-US) Xeni Jardin, « Cambridge Analytica spawns creepy new spinoff: meet 'Auspex International.' », sur Boing Boing, (consulté le 31 janvier 2021)
  28. « Espionnage sur Facebook : "pourquoi je poursuis Cambridge Analytica en justice" », sur France 24, (consulté le 7 mars 2021)
  29. « Christopher Wylie ne croit pas la réfutation d’AggregateIQ », sur Le Devoir (consulté le 10 mars 2021)
  30. (en-US) Jesse Witt and Alex Pasternack, « The strange afterlife of Cambridge Analytica and the mysterious fate of its data », sur Fast Company, (consulté le 31 janvier 2021)
  31. (en-US) « Data Propria, heir to Cambridge Analytica, working for RNC, possibly Trump campaign », sur SC Media, (consulté le 31 janvier 2021)
  32. « CloudCommerce Launches Data Propria, Inc., Its New Data Analytics Division », sur www.accesswire.com (consulté le 31 janvier 2021)
  33. Gregory Rozieres, « Data Propria, la start-up où les anciens de Cambridge Analytica travailleraient déjà à la réélection de Trump », Huffington Post,‎

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Principaux lanceurs d'alerte ayant contribué à faire connaitre ce scandale :

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]