Astroturfing

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

L'astroturfing désigne des techniques de propagande manuelles ou algorithmiques utilisées à des fins publicitaires ou politiques ou encore dans les campagnes de relations publiques, qui ont pour but de donner une fausse impression d'un comportement spontané ou d'une opinion populaire sur Internet[1]. Cette tentative de manipulation fait référence à la pelouse artificielle de marque AstroTurf utilisée dans les stades. Elle consiste à simuler un mouvement citoyen, venu de la base (appelé « grassroots movement » en anglais américain).

L'astroturfing peut prendre de multiples formes, de la simple dissimulation de son appartenance à un parti ou de ses liens financiers avec une société, tout en prétendant apporter un témoignage indépendant, jusqu'à des formes plus complexes, utilisant des logiciels qui multiplient de fausses identités sur Internet.

Le but de ce type de campagne est de faire passer un message en le présentant comme spontané, en masquant son caractère commandité. Les astroturfers tentent d'orchestrer des actions qui semblent provenir d'individus divers et dispersés géographiquement et utilisent des méthodes de désinformation. L'astroturfing peut être pratiqué par une personne seule ou par des groupes professionnels organisés, avec des appuis financiers de grosses entreprises ou d'organisations activistes ou non lucratives. Très souvent, l‘organisation est gérée par des consultants politiques qui sont spécialisés dans la recherche en opposition.

Définition[modifier | modifier le code]

C'est une technique consistant en la simulation d'un mouvement spontané ou populaire à des fins d’ordre politique ou économique pour fabriquer l'opinion. Elle consiste à donner l’impression d'un sentiment majoritaire pour justifier une prise de position[2].

Exemples[modifier | modifier le code]

Chine[modifier | modifier le code]

Le 50 Cent Party (en) et l'Internet Water Army (en) sont les deux plus grandes communautés d'astroturfers en Chine.

La première est un groupe créé par le gouvernement chinois pour poster en grande quantité des messages favorables à sa politique[3] ; son nom viendrait des 50 centimes de yuan qui sont perçus par ses membres pour chaque message posté[4]. Les effectifs de ses agents sont évalués en 2008 à 300 000 personnes en Chine[5], dont la plupart seraient étudiants[6].

Le nom de la seconde rassemble l'ensemble des communautés issues d'intérêts privés, et engagées par les entreprises chinoises pour influencer les réseaux sociaux ; la police chinoise lutte d'ailleurs contre ces diffuseurs de « fake news »[7].

Corée du Sud[modifier | modifier le code]

L'astroturfing aurait été utilisé en décembre 2012 en Corée du Sud dans le cadre d'une campagne de diffamation visant à écarter un candidat, avec 24 millions de tweets[8].

États-Unis[modifier | modifier le code]

L'opération d'espionnage et de guerre psychologique Earnest Voice, visant les pays sous influence des États-Unis, ont alimenté massivement les forums et les blogs locaux d'opinions pro-américaines pour légitimer la présence de l'État[9],[10].

Cambridge Analytica, une entreprise Britannique, a travaillé sur la campagne présidentielle de Donald Trump en ayant récolté des données sur plus de 200 millions d'Américains dans le but d’influencer les scrutins de votes à travers des publicités ciblées[11].

France[modifier | modifier le code]

En France, le fonctionnement des techniques d'astroturfing est enseigné dans les instituts d'études politiques[12],[13],[14].

Libye[modifier | modifier le code]

L'opération Cyber Dawn en 2011 est un exemple d'astroturfing en Libye[15].

Russie[modifier | modifier le code]

Les web-brigades, des hackers volontaires ou des militants, fonctionnant en petites cellules coordonnés par le Kremlin, attaquent le web dans les intérêts nationaux de la Russie.

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Le guide Online Covert Action du GCHQ révélé par Edward Snowden détaille des techniques utilisées par les services du Royaume-Uni pour générer l'illusion de l'adhésion, notamment sur les réseaux sociaux[16].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Fake, manipulations et réseaux sociaux: pourquoi il faut vite comprendre ce qu'est "l'astroturfing" »
  2. « Astroturfing Enjeux pratiques et detection »
  3. (en) Michael Bristow, « China's internet 'spin doctors' », BBC,‎ (lire en ligne)
  4. (en) Zhang Lei, « Invisible footprints of online commentators », Global Times,‎ (lire en ligne[archive du ])
  5. David Bandurski, « China's Guerrilla War for the Web », Far Eastern Economic Review,‎ (lire en ligne[archive du ])
  6. (en) Malik Fareed, « China joins a turf war », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  7. (en) Emma Lee, « Guangzhou cracks down on "internet water army", China's version of fake followers », Technode,‎ (lire en ligne)
  8. « Le phénomène d’astroturfing ! »
  9. (en) Nick Fielding, « Revealed: US spy operation that manipulates social media », The Guardian,‎ , https://www.theguardian.com/technology/2011/mar/17/us-spy-operation-social-networks
  10. « Hacker la démocratie sur internet avec l’astroturfing », sur http://tendactu.fr
  11. (en-US) « Cambridge Analytica and Facebook: The Scandal and the Fallout So Far », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne)
  12. (en) « Sc po some-09-astroturfing »
  13. (en) « Sc po some-10-crowds »
  14. « Sorbonne Astroturfing »
  15. « CyberDawn : le dessous des cyber-cartes Libyennes »
  16. (en) « GCHQ’s Cyber Offensive: Online Covert Action »