Sacrement de pénitence et de réconciliation

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Le sacrement de pénitence, Pietro Antonio Novelli, 1779.

Le sacrement de pénitence et de réconciliation est, dans l'Église catholique romaine, dans les Églises orthodoxes et dans l'Église anglicane, l'un des sept sacrements. Il a pour objectif que Dieu puisse pardonner les péchés au pénitent.

Description[modifier | modifier le code]

C'est Dieu seul qui pardonne les péchés (Mc 2, 7). Parce que Jésus est le Fils de Dieu, Il dit de Lui-même : Le Fils de l'Homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre (Mc 2, 10). Le Christ a confié l'exercice du pouvoir d'absolution au ministère apostolique, qui est chargé du « ministère de la réconciliation » (2Co 5, 18)[1].

Le sacrement permet aussi au fidèle de se réconcilier avec l'Église.

Les actes du pénitent lors du sacrement comprennent quatre phases :

  1. L'examen de conscience par lequel on recherche ses péchés ;
  2. La contrition, ou repentir ; qui implique de regretter ses fautes et de prendre la résolution de ne plus les commettre ; Dans le catholicisme, elle s'exprime par l'acte de contrition : « Mon Dieu, je Te demande pardon pour mes péchés. Je regrette de T'avoir fait de la peine. Aide-moi, je ne veux plus recommencer. »
  3. La confession des péchés ;
  4. La satisfaction (ou pénitence).

Dans le catholicisme, elle s'exprime par l'acte de contrition :

« Mon Dieu, je Te demande pardon pour mes péchés. Je regrette de T'avoir fait de la peine. Aide-moi, je ne veux plus recommencer. »

Appellations[modifier | modifier le code]

Ce sacrement porte plusieurs noms[2] :

  • Sacrement de conversion, car il réalise sacramentellement l'appel de Jésus à la conversion (Mc 1, 15), la démarche de revenir au Père dont on s'est éloigné par le péché (Lc 15, 11-32, parabole du fils prodigue) ;
  • Sacrement de pénitence, parce qu'il consacre une démarche personnelle et ecclésiale de conversion et de repentir,
  • Sacrement de la confession, parce que l'aveu, la confession des péchés devant le prêtre est un élément essentiel de ce sacrement ;
  • Sacrement du pardon, parce que par l'absolution du prêtre, le pénitent s'ouvre au pardon et à la paix de Dieu.
  • Sacrement de la réconciliation, car il donne au pécheur l'amour de Dieu qui réconcilie : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Co 5, 20) et la réponse à un appel du Seigneur : « Va d'abord te réconcilier avec ton frère » (Mt 5, 24).

Références dans les Écritures[modifier | modifier le code]

Selon ces Églises, ce sacrement a été institué par le Christ, qui, selon les évangiles, a annoncé qu'il donnerait à l'Église, en l'espèce à Pierre et aux apôtres, le « pouvoir de lier et de délier » (Évangile selon Matthieu 16, 19).

Après la résurrection, apparaissant à ses disciples, le Christ leur a dit :

« Recevez le Saint Esprit. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » (Évangile selon Jean 20, 22-23).

Il existe également des références dans les épîtres de Paul, notamment :

« Tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par Jésus-Christ, et qui nous a confié le ministère de la réconciliation.
Car Dieu réconciliait le monde avec lui-même dans le Christ, n'imputant pas aux hommes leurs offenses, et mettant sur nos lèvres la parole de la réconciliation.
C'est donc pour le Christ que nous faisons les fonctions d'ambassadeurs, Dieu lui-même exhortant par nous : nous vous en conjurons pour le Christ, réconciliez-vous avec Dieu ! » (2Co 5, 18-20)

Historique[modifier | modifier le code]

C'est au IIIe siècle environ que le sacrement se répand, sous la forme d'un acte public, effectué après l'aveu de la faute à l'évêque. Le pécheur doit alors s'imposer une série d'interdits, généralement jusqu'au Jeudi saint. Ces contraintes sont la privation des sacrements (dont l'eucharistie), le jeûne, l'obligation de faire aumône ainsi que quelques interdits concernant la vie conjugale et sociale.

Selon saint Augustin, confesser, cela signifie " faire la vérité ", et implique surtout la discipline et l’humilité de la vérité.

Aux environs du VIIe siècle, une nouvelle discipline va se répandre à partir des monastères celtes et anglo-saxons : le prêtre entend la confession en privé, et requiert des pénitences adaptées à la faute. L'absolution n'est accordée qu'à l'issue de ces pénitences.

Vers la fin du XIIe siècle, l'aveu prend de l'importance : il tend à suffire pour permettre l'absolution, donnée immédiatement à l'issue de la confession. Le prêtre indique tout de même une pénitence légère, la satisfaction, dont le pécheur doit s'acquitter[3].

Le canon 21 du concile de Latran IV (1215) prescrit la confession annuelle : « Tout fidèle de l’un ou l’autre sexe parvenu à l’âge de discrétion doit lui-même confesser loyalement tous ses péchés au moins une fois l’an à son curé, accomplir avec soin la pénitence à lui imposée et recevoir avec respect, au moins à Pâques, le sacrement de l’eucharistie ».

Le ministre de ce sacrement[modifier | modifier le code]

Le Christ a confié aux apôtres le ministère de la Réconciliation (Jn 20, 23). C'est donc leurs successeurs les évêques, ainsi que les presbytres, qui continuent d'exercer ce ministère.

En célébrant le sacrement de la Pénitence, le prêtre accomplit le ministère du Bon Pasteur qui cherche la brebis perdue[4].

Évolution de la pratique du sacrement depuis Vatican II[modifier | modifier le code]

La promotion des célébrations collectives[modifier | modifier le code]

Le concile Vatican II a demandé de promouvoir une participation plus communautaire aux sacrements. En 1973, pour répondre à cet objectif, est édité le Rituel romain de la Pénitence (en 1978 pour la version en français) qui prévoit trois formes de célébration du sacrement de pénitence et de réconciliation :

  • soit une célébration classique à deux, le prêtre et le pénitent ;
  • soit une célébration préparatoire collective (notamment avant les grandes fêtes liturgiques) mais débouchant sur un aveu et une absolution individuels ;
  • soit, de façon exceptionnelle, une célébration collective avec confession et absolution collective.

Pour une part, les célébrations collectives, encore appelées célébrations pénitentielles, ont joué leur rôle, permettant une meilleure préparation communautaire et une redécouverte du sens du péché et du sacrement, rompant avec une forme de ritualisme routinier qui avait pu s'installer. Elles ont aussi permis de rapprocher du sacrement des personnes qui s'en étaient éloignées[5],[6].

Déclin et remise en valeur du sacrement[modifier | modifier le code]

Dans les décennies qui suivent la mise en place du nouveau rituel, et notamment en Occident, le sacrement de pénitence et de réconciliation souffre d'une certaine désaffection. Il s'est vu une diminution très nette de l'usage du confessionnal au profit de célébrations collectives, souvent avec absolution collective. Ainsi, alors qu'elle devait rester exceptionnelle (pour les cas de grave nécessité : danger de mort, ou pour des foules trop nombreuses dans les pays de missions), l'absolution collective est devenue dans certains lieux une forme habituelle de pardon. Parallèlement, les confessions se sont espacées et ont été déconnectées de la réception de l'eucharistie pour se cantonner à la période du Carême et à celle de l'Avent qui précèdent les fêtes de Pâques et de Noël[6].

Depuis le synode des évêques de 1983, l'abus de l'absolution collective a été critiqué. Les papes et de nombreux évêques et conférences épiscopales se sont prononcés pour le retour à une forme de confession individuelle, éventuellement accompagnée d'une préparation collective[5]. La mise en pratique de ces recommandations, rencontre parfois des réticences puisqu'il s'agit d'abandonner des pratiques devenues habituelles au sein de certaines communautés paroissiales[6].

Le pape Jean-Paul II a consacré plusieurs documents à la redécouverte de la confession et de la réconciliation[7]. Dans l'encyclique Ecclesia de Eucharistia, il a également insisté sur l'importance du lien entre communion ecclésiale et pardon des péchés. Avec son successeur Benoît XVI, l'effort de redécouverte du sacrement de la réconciliation est poursuivi. C'est notamment un des thèmes forts de l'année du sacerdoce, au cours de laquelle sont mises en avant des figures de prêtres-confesseurs comme le curé d'Ars ou le Padre Pio[8] (ou encore Leopold Mandic cité avec eux dans un discours de 2007[9] et qui avait été canonisé au cours du synode de 1983).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Catéchisme de l'Église catholique, numéros 1441 et 1442
  2. Catéchisme de l'Eglise catholique, numéros 1423 et 1424
  3. Robert Cabié, Sacrement de pénitence, Encyclopædia Universalis, 2007.
  4. Catéchisme de l'Église catholique, numéro 1465.
  5. a et b La liturgie pénitentielle après la publication du Rituel de 1973.
  6. a, b et c Le renouveau de la confession.
  7. Ainsi l'exhortation post-synodale de 1984 ou la lettre aux prêtres pour le Jeudi Saint 2002.
  8. Sandro Magister, Le quatrième sacrement en cours de restauration. Le Curé d'Ars et Padre Pio y pourvoient, sur Chiesa, l'Espresso.
  9. (it) Audience de 2007 à la Pénitencerie des quatre basiliques pontificales romaines.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Catéchisme de l'Église catholique, 1992 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Andrea Mardegan, Le sacrement de la joie, Éditions Artège,
  • C. Vogel, Le pécheur et la pénitence dans l'Église ancienne, Paris, Cerf, , 213 p. (ISBN 2-204-01949-6)
  • C. Vogel, Le pécheur et la pénitence au Moyen Âge, Paris, Cerf, , 245 p. (ISBN 2-204-01950-X)
  • Hélène Bricourt et Patrick Prétot, Faire pénintence. Se laisser reconcilier. Le sacrement comme chemin de prière., Paris, Le Cerf, coll. « Lex Orandi »,

Liens externes[modifier | modifier le code]