Royaume de Bourgogne

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Le royaume de Bourgogne est un nom donné à divers États situés en Europe occidentale au Moyen Âge. La Bourgogne historique correspond à la zone qui aujourd'hui se situe aux frontières de la France, de l'Italie, de la Suisse et comprend des villes modernes telles que Genève, Besançon, Dijon et Lyon.

En tant qu'entité politique, la Bourgogne existait sous plusieurs formes avec des frontières différentes, notamment lorsqu'elle était divisée en Haute, Basse Bourgogne ainsi que la Provence et le duché de Bourgogne.

Deux entités, la première vers le VIe siècle et la seconde vers le XIe siècle, se sont fait appeler « royaume de Bourgogne ». À d'autres époques, ont existé le royaume de Provence (ou de Basse-Bourgogne), le royaume de Haute-Bourgogne, le duché de Bourgogne (devenu la région Bourgogne) et le comté de Bourgogne (Franche-Comté).

Royaume des Burgondes (Ve siècle - 534 après JC)[modifier | modifier le code]

Royaume des Burgondes après l'installation en Sapaudie à partir de 443.

La Bourgogne doit son nom à la tribu germanique des Burgondes, originaire de la Scandinavie continentale, puis installée sur l'île de Bornholm, dont le nom en vieux norrois était Burgundarholmr («île des Burgondes»)[note 1].. De là, ils ont migré vers le sud à travers les terres germaniques vers la Gaule romaine et se sont installés dans la partie occidentale des Alpes, dans la vallée du Rhône, établissant ce qui deviendra le royaume barbare des Burgondes.

Le premier roi des Burgondes documenté, mais pas historiquement vérifié, fut Gjúki (Gebicca), qui vécut à la fin du IVe siècle. Au cours de la traversée du Rhin en 406, les Burgondes s'installent comme foederati dans la province romaine de la Germania Secunda le long du Rhin moyen[1] . Leur situation s'est aggravée aux environs des années 430, leur roi Gondicaire a commencé plusieurs invasions dans la Gallia Belgica voisine, ce qui a conduit à une défaite écrasante contre les troupes romaines et huns réunies par Flavius Aetius en 436 près de Worms (le centre du poème médiéval Nibelungenlied ).

À partir de 443, les Burgondes restants se sont installés dans la Sapaudia[note 2] , à nouveau en tant que foederati dans la province romaine de Maxima Sequanorum . Leurs efforts pour agrandir leur royaume sur le Rhône les ont mis en conflit avec le royaume wisigoth au sud. Après la chute de l' Empire romain d'Occident en 476, le roi Gondebaud s'est allié avec le puissant roi Franc Clovis Ier contre la menace de Théodéric le Grand . Il a alors pu organiser les acquisitions burgondes sur la base du Lex Burgundionum, un code de droit germanique primitif.

Le déclin du Royaume a commencé lorsqu'ils ont été attaqués par leurs anciens alliés Franc. En 523, les fils de Clovis Ier firent campagne dans les terres burgondes, à l'initiative supposée de leur mère Clotilde[2], dont le père le roi Chilpéric II de Burgondie avait été tué par Gondebaud. En 532, les Burgondes furent vaincus de manière décisive par les Francs à Autun[3], après quoi le roi Godomar fut tué et les terres burgondes furent annexées par l' Empire franc en 534.

La Bourgogne franque (534–843)[modifier | modifier le code]

La Bourgogne faisant partie de l' Empire franc entre 534 et 843.

Les Mérovingiens intègrent le Royaume burgonde aux différents royaumes mérovingiens mais lui conservent son individualité. La Burgondie (ou Bourgogne) apparaît toujours comme une entité géopolitique, au même titre que la Neustrie et l'Austrasie, les Mérovingiens y installent un roi dont les plus connus furent Gontran, et Dagobert. En 613, après la capture et la mise à mort à Renève de la reine Brunehilde, il n'y a plus de roi résidant en Bourgogne. Le roi de Neustrie Clotaire II réunit la Bourgogne à ses États. En 687, au lendemain de la bataille de Tertry, le royaume de Bourgogne-Neustrie disparaît à son tour. Le vainqueur, l'Austrasien Pépin de Herstal fait l'unité des royaumes francs. En 751, le règne des Mérovingiens s'achève et Pépin le Bref couronné roi des Francs ouvre l'ère des souverains carolingiens.

Le traité de Verdun de 843 déchire à jamais l'unité de l'empire de Charlemagne. La mutilation que le traité fait subir à la Bourgogne, donne naissance, à l’ouest de la Saône, à la Bourgogne franque et à l’est de cette même rivière, à une Bourgogne impériale, lot de l’empereur Lothaire.

Le royaume de Provence (855–863)[modifier | modifier le code]

En 843, le traité de Verdun ratifie la partition de l'empire de Charlemagne par ses héritiers carolingiens immédiats et conduisent à la fondation d'un royaume de courte durée appelé Francie médiane. Il comprenait des terres de la mer du Nord jusqu'au sud de l'Italie et était gouverné par l'empereur Lothaire Ier. La partie nord-ouest des anciennes terres burgondes a été incluse dans le royaume de Francie occidentale en tant que duché de Bourgogne (actuelle région Bourgogne). Peu de temps avant sa mort en 855, Lothaire Ier divisa son royaume entre ses trois fils en trois parties - Lotharingie, Royaume d'Italie et les régions de Basse-Bourgogne et de Provence qui furent laissées au plus jeune fils - Charles de Provence . Cette partition a engendré encore plus de conflits, car les Carolingiens plus âgés qui dirigeaient la Francie occidentale et la Francie orientale se considéraient comme les véritables héritiers de la Francie médiane.

Comme Charles de Provence était trop jeune pour régner, le pouvoir était réellement détenu par le régent, le comte Gérard II de Vienne, dont l'épouse était la belle-sœur de l'empereur Lothaire I. Gérard était un régent fort, défendant le royaume contre les Vikings, qui pillaient jusqu'à Valence . L'oncle de Charles, Charles le Chauve de Francie occidentale, tenta d'intervenir en Provence en 861 après avoir reçu un appel à l'intervention du comte d'Arles . Il envahit la Provence jusqu'à Mâcon avant d'être retenu par Hincmar de Reims.

À la mort de Charles de Provence, en 863, le royaume est partagé entre ses frères survivants : Lothaire II, roi de Lotharingie († 869), récupère les comtés de Lyon, Vienne, Sermorens et Maurienne, Valence, Vivarais et pays d'Uzès, tandis que les Grésivaudan/Grenoble, Belley, Savoie propre, Tarentaise et Diois, plus la Provence proprement dite (c'est-à-dire les provinces ecclésiastiques d'Arles, d'Aix et d'Embrun), passent quant à eux sous l'autorité directe de son frère aîné Louis II le Jeune, empereur d'Occident et roi d'Italie († 875). Finalement Charles le Chauve († 877), oncle des précédents, à la fois roi de France, de Lotharingie et d'Italie, récupère le tout à leur mort, puis son fils Louis le Bègue († 879) après lui.

Haute et Basse-Bourgogne (879–933)[modifier | modifier le code]

Les royaumes de Haute et Basse Bourgogne entre 879 et 933.

Le second royaume de Provence (Basse-Bourgogne)[modifier | modifier le code]

En 858, le comte Gérard fit en sorte que si Charles de Provence mourait sans héritiers, le royaume de Provence reviendrait au frère aîné de Charles, Lothaire II, qui régnait alors en Lotharingie . A la mort de Charles en 863, son frère aîné Louis II revendiqua la Provence pour lui-même, ainsi le royaume fut partagé entre les deux frères restants: Lothaire II reçut les évêchés de Lyon, Vienne et Grenoble, pour être gouverné par Gérard; et Louis II reçut Arles, Aix-en-Provence et Embrun.

Après la mort de Lothaire II, le Traité de Meerssen de 870 attribua la partie nord de l'ancienne Francie médiane au roi Louis II de Germanie de Francie orientale et les terres méridionales de Charles de Provence au roi Charles le Chauve de Francie occidentale .

Après le renversement de Charles le Chauve en 877, suivi de la mort de son fils incapable Louis le Bègue deux ans plus tard, le noble franc Boson de Provence se proclame «roi de Bourgogne et de Provence» à Vienne en 879 et établit son royaume de Basse Bourgogne et Provence.

Le royaume de Haute-Bourgogne[modifier | modifier le code]

La Haute-Bourgogne reste sous l'influence du roi des Francs d'Orient Charles le Gros . Ce territoire correspond approximativement à ce qui est aujourd'hui la Suisse romande et comprenait certains territoires voisins, maintenant en Italie (actuelle vallée d'Aoste) et en France (Franche-Comté) .

Après que Charles le Gros (dernier fils de Louis le Germanique ; roi d'Alémanie, de Germanie, d'Italie et de France, empereur en 881, le dernier à rassembler le domaine carolingien) eut été déposé en et fut mort le 13 janvier suivant, les nobles et les principaux membres du clergé de Haute-Bourgogne se réunirent dans l'abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune en , et proclamèrent roi le fils du duc Conrad et gendre du roi Boson, le marquis Rodolphe Welf[4],[5].

Royaume d'Arles (933–1378)[modifier | modifier le code]

Royaume d'Arles (1033–1378).

Le souverain de la Haute-Bourgogne, Rodolphe II, acquit la Basse-Bourgogne à Hugues d'Arles en 933 et créa un royaume connu sous le nom du Royaume d'Arles (ou royaume des Deux-Bourgognes). Le royaume a existé de manière indépendante jusqu'en 1033, date à laquelle il a été absorbé dans le Saint Empire romain par Conrad II . C'était l'un des trois royaumes de l'Empire médiéval, avec le Royaume d'Allemagne et le Royaume d'Italie.

À partir de ce moment, il est fait la distinction entre "Bourgogne franque (ou française)" et "Bourgogne impériale". Cette dernière appellation finira par ne désigner plus que le comté de Bourgogne, actuelle Franche-Comté.

Bien que le royaume arlésiens fut une terre de l'empire, l'autorité de l’empereur (et donc du roi) reste relativement faible par rapport à l’aristocratie locale. C'est notamment à partir de Frédéric II que les souverains se désintéressent du royaume, trop lointain pour leurs affaires. Le royaume s'est progressivement fragmenté au fur et à mesure il a été divisé entre les héritiers, ou alors des territoires ont été perdus et acquis par la diplomatie et les mariages dynastiques.

En 1378, lorsque le royaume d'Arles a cessé d'exister, de grandes parties étaient déjà détenues par le comté de Savoie . Les terres restantes ont été cédées au Dauphin de France Charles VI par l'empereur Charles IV, créant ainsi le Dauphiné .

Le troisième royaume de Bourgogne[modifier | modifier le code]

Les possessions de la Maison Valois-Bourgogne sous Charles le Téméraire à la fin du XVe siècle.

À la fin du XVe siècle, le duc Charles le Téméraire, précédé par ses aïeux, tente de réaliser le projet de combiner ses territoires en un "troisième Royaume de Bourgogne" où il figurerait lui-même en tant que monarque indépendant. Charles a même persuadé l'empereur Frédéric III de le couronner roi à Trèves et d'ériger ses possessions mouvantes de l'Empire en un royaume de Bourgogne. Le nouveau roi aurait été nominalement vassal de l'empereur, à la manière de celui de Bohême. Frederic III avait accepté également d'inféoder à ce royaume de Bourgogne le duché de Lorraine, le duché de Savoie (qui incluait alors le Piémont, la Bresse, le Bugey, le Pays de Vaud, Genève, le duché de Clèves, les évêchés d'Utrecht, Liège, Toul et Verdun[6],[7]. Les ducs de Savoie, de Lorraine, de Clèves et les quatre évêques seraient devenus les vassaux du roi de Bourgogne. Charles exigea également la souveraineté de la Bourgogne sur les cantons suisses[8]. Les terres du ressort de la couronne de France (Flandre, Artois, Bourgogne ducale) n'étaient pas directement concernées par ce projet. La cérémonie prévue n'a pas eu lieu car l'empereur s'est enfui dans une nuit de , mécontent de l'attitude du duc. Le rêve des ducs-comtes de Bourgogne de fonder un royaume indépendant s'est effondré avec la défaite et la mutilation de Charles à la bataille de Nancy.

Cependant il reste à préciser que ce "troisième royaume de Bourgogne" dépassait largement les frontières des précédents royaumes. En effet, le royaume qui aurait pu être constitué à la suite des pourparlers avec Frédéric III, ressemblait plus certainement aux royaumes de Lothaire II (Lotharingie). La capitale envisagée par le Téméraire pour ce nouveau royaume, n'étant autre que Nancy[9] , ce royaume comme les états bourguignons, n'auraient eu de "Bourgogne" que le nom.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Textes législatifs[modifier | modifier le code]

Chroniques[modifier | modifier le code]

  • Grégoire de Tours, Histoire des Francs, trad. par R. Latouche, Paris, Les Belles Lettres, 1963 (2 vol.).

Ouvrages anciens[modifier | modifier le code]

  • Urbain Plancher, Histoire générale et particulière de Bourgogne, Dijon,
  • Dominique-François-Louis Roget, Questions bourguignonnes, ou Mémoire critique sur l'origine et les migrations des anciens Bourguignons, et sur les divers peuples, royaumes ou contrées qui ont porté leur nom, Dijon,

Travaux récents[modifier | modifier le code]

Sur les Burgondes[modifier | modifier le code]

  • Katalin Escher, Les Burgondes : Ie-VIe siècle apr. J.-C., Paris, Éditions Errance, coll. « Civilisations et cultures », , 283 p. (ISBN 2-87772-325-9)
  • Katalin Escher, Genèse et évolution du deuxième royaume burgonde (443-534) : les témoins archéologiques, Oxford, British Archaeological Reports Ltd, coll. « British Archaeological Reports British Series », , 1101 p. (ISBN 978-1-84171-841-5 et 1-84171-841-6)
  • Justin Favrod, Les Burgondes. Un royaume oublié au cœur de l'Europe, Lausanne/Paris, Presses polytechniques et universitaires romandes, , 142 p. (ISBN 2-88074-596-9, lire en ligne)
  • Odet Perrin, Les Burgondes : Leur histoire, des origines à la fin du premier Royaume (534), Éditions de la Baconnière Neuchâtel, , 590 p.

Sur l'histoire régionale[modifier | modifier le code]

Sur le Haut Moyen Âge[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Leguay, L'Europe et les États barbares, Ve-VIIIe siècles, Saint-Étienne, France, 2002 (ISBN 2-7011-3254-1)
  • P. Périn & G. Duchet-Suchaux, Clovis et les Mérovingiens, P. Périn & G. Duchet-Suchaux, Paris, France, 2002 (ISBN 2-235-02321-5) .
  • Ferdinand Lot, La Fin du monde antique et le début du Moyen Âge, Éditions Albin Michel, coll. « L'Évolution de l'humanité », Paris, 1968, 566 p.
  • François Demotz :
    • L’An 888. Le Royaume de Bourgogne. Une puissance européenne au bord du Léman, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, coll. « Le savoir suisse », , 142 p., chap. 83.
    • La Bourgogne, dernier des royaumes carolingiens, Lausanne, Société d'histoire de la Suisse romande, 2008.
  • Frédéric Charles Jean Gingins de la Sarraz, Mémoires pour servir à l'histoire des royaumes de Provence et de Bourgogne jurane, Lausanne, 1851.
  • René Poupardin :
    • Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855 – 933), É. Bouillon, 1901.
    • Le royaume de Bourgogne (888 – 1038) : étude sur les origines du royaume d'Arles, Librairie Honoré Champion, Paris, 1907 (lire en ligne).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le nom de cette île, peut-être à l'origine Burgundarholm, pourrait signifier « îlot des Burgondes ». Cf. Favrod, page 18.
  2. L'étymologie est souvent dérivé du nom d'homme Sapaudus, plusieurs fois attesté ; ou des termes celtiques, sapa, 'résine', et vidu, 'bois', ce qui se rapporterait aux forêts de sapins de ces contrées. La Sapaudia, n'est pas la Savoie et son nom signifie le « Pays des Sapins » et ce mot a donné en français Savoie

Références[modifier | modifier le code]

  1. Katalin Escher, p. 21.
  2. « il ne faudrait pas mes très chers, que je me repente de vous avoir nourris tendrement, manifestez, je vous prie, de l'indignation pour l'outrage que j'ai subi, et vengez la mort de mon père et de ma mère avec une sagace ténacité » Ce sont les termes que Grégoire de Tours met dans la bouche de Clotilde pour raconter l'origine de le conquête du royaume burgonde. Grégoire de Tours, Historia Francorum, Livre III, paragraphes VI et XI, traduction Robert Latouche, Les classiques de l'histoire de France au Moyen Âge, volume 27, p. 146-147 et 152, in La Bourgogne au Moyen Âge, Académie de Dijon, Centre régional de recherche et de documentation pédagogique, Dijon, 1972, p. 17.
  3. J. Favrod, p. 125.
  4. Réginon de Prüm: AD 887.
  5. Florian Mazel, Féodalités (888-1180), Humensis, 04/05/2010
  6. Anne Le Cam, Charles le Téméraire, un homme et son rêve, éd. In Fine, 1992, p. 258.
  7. Philippe Contamine, Pays Lorrain, no 1, "Charles le Téméraire, fossoyeur ou fondateur de l'État bourguignon", p. 123-134.
  8. Jean Favier, Louis XI, Fayard, 2001, p. 653.
  9. Georges Minois, Charles le Téméraire, Paris, Perrin, , 543 p. (ISBN 978-2-26204-302-5).

Voir également[modifier | modifier le code]