Jean de Béthencourt

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Jean de Béthencourt
Jeandebethencourt.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Activité

Jean de Béthencourt, né en 1360 ou 1362 au château de Grainville-la-Teinturière, en Normandie, où il est mort en 1425, est un explorateur et conquérant français qui mena en 1402 une expédition aux îles Canaries, débarquant à Lanzarote puis conquérant les îles de Fuerteventura (1405) et de Hierro, chassant les chefs locaux des Guanches, le peuple natif des îles Canaries. Béthencourt reçut le titre de roi des îles Canaries mais reconnut comme son suzerain le roi Henri III de Castille, qui lui avait fourni une aide durant la conquête.

Biographie[modifier | modifier le code]

Conseiller et chambellan de Charles VI[1], Jean de Béthencourt est un riche seigneur originaire de Grainville-la-Teinturière[2], une petite ville du pays de Caux, où les foulons et les tisserands faisaient grand usage de l’orseille[3], un colorant végétal rouge originaire des îles Canaries[4]. En 1334, l’énergique résistance des habitants de ces iles, nommés Guanches avait mis en échec une première tentative de conquête menée par le prince castillan et comte de Clermont Louis de La Cerda. Le pape Benoit XIII à Avignon, dont la garde était dirigée par Robert de Bracquemont qui était parent et protecteur[5], ayant accordé, par la bulle Apostolatus officium du 22 janvier 1403, des faveurs spirituelles à ceux qui contribueraient à la conquête et à la défense des îles Canaries qui n’avaient pas de seigneur chrétien[6], il s’éloigna de la guerre de Cent Ans qui ravageait son pays et l’avaut ruiné[7]. C’était également un aventurier accusé d’actes de piraterie lui ayant valu des poursuites judiciaires en 1401[2].

Désireux de trouver de nouvelles terres et peut-être de mettre un peu d’espace entre lui et ses créanciers, Béthencourt s’associa avec Gadifer de la Salle, avec qui il avait lutté contre les Sarrazins en Méditerranée, notamment dans l’armée menée en 1390 par le duc Louis II de Bourbon contre Tunis[2]. Il vendit les biens qu’il possédait dans le Vimeu, en Picardie[8], sa terre de Saint-Martin-le-Gaillard, une maison à Paris et gage sa seigneurie de Grainville-la-Teinturière pour 7 000 livres tournois à son oncle Robert de Braquemont afin de pouvoir financer son expédition[2]. Le , il quitte, avec Gadifer, La Rochelle sur trois bons navires[2]. Cependant, une révolte ayant éclaté à bord, il fallut mettre à terre, sur les côtes d’Espagne, près de 200 matelots normands et gascons[9] qui refusaient d’aller plus loin[10]. Après avoir dû se disculper d’une accusation de piraterie portée contre eux par des marins génois, italiens et anglais à Cadix[2], ils reprirent, au bout de plusieurs semaines, la mer et débarquèrent à Lanzarote, une ile peu peuplée de l’archipel, et défirent aisément les 300 Guanches qui l’habitaient. De là il débarqua à l’ile voisine de Fuerteventura, mais n’ayant pas assez de forces pour triompher de la résistance des indigènes[10]. Il repartit donc chercher vivres et renforts en laissant à son lieutenant Gadifer de la Salle la conduite de la petite troupe dont il disposait[10]. Retourné en France, le règne agité de Charles VI ne lui permit d’en recevoir aucun secours pour continuer sa conquête[9]. Il put, en revanche, obtenir de Henri III, roi de Castille, ce qu’il demandait, mais à la condition qu’il lui ferait hommage des terres à conquérir : c’est ainsi que les Canaries sont restées à l’Espagne[9].

Illustration idéalisée intitulée Comment M. de Bethencourt et Gadifer eurent paroles ensemble inclus dans le chapitre LX de la version du Canarien connue sous le nom de « texte B », représentant Jean de Béthencourt et Gadifer de La Salle sur l’ile de Fuerteventura lors de sa campagne de conquête des iles Canaries, avec les châteaux de Riche Roque et Baltarhais en arrière-plan. 17 novembre 1491. Le Canarien.

À son retour, en 1404, avec le titre de « roi et seigneur des iles Canaries »[7], Gadifer avait à peu près terminé l’exploration de l’ile[10]. Béthencourt n’étant pas parvenu à faire admettre par Gadifer de la Salle qu’il n’avait pu faire autrement que de faire allégeance au roi de Castille[2], un dissentiment s’éleva entre ces deux hommes, et son lieutenant fut obligé de revenir en France[10]. Béthencourt termina la conquête de l’ile [10], fit baptsier le roi Guardarfia sous le nom de Louis et imposa le christianisme à la plus grande partie des indigènes, le 20 février 1404[11]. Il colonisa ensuite Fuerteventura, où il établit sa capitale, et qui porte encore son nom[9], puis soumit ensuite les iles de La Gomera et de El Hierro, avant de s’attaquer au continent, prenant possession du littoral au sud du cap Bojador[7]. Bethencourt retourna ensuite à Honfleur, pour en ramener 160 colons du pays de Caux et quelques femmes[10]. Le sol de l’ile fut partagé entre les indigènes et les nouveaux occupants[10], sa conquête lui assurant le fructueux monopole sur l’orseille[12]. À la fin de 1405, après y avoir attiré beaucoup de ses compatriotes normands[9], le conquérant quitta définitivement l’ile, dont il abandonna le gouvernement à l’un de ses neveux[10], Maciot de Béthencourt, pour revenir dans son pays passer le reste de ses jours. En 1415, le débarquement des Anglais à Harfleur, coupant la route des iles Canaries, aura raison de l’entreprise de Jean de Béthencourt qui, ne trouvant aucune aide à cause de la guerre de Cent Ans, vendit l’archipel à la Castille en 1418, avant de retourner en Normandie[7]. Il est enterré dans l'église de Grainville-la-Teinturière, devant le maître-autel.

Le récit des exploits de Béthencourt a été écrit par ses chapelains, Philippe Bontier et Jean Le Verrier, qui l’avaient accompagné dans ses voyages.[7] La chronique de son expédition avec Gadifer de La Salle aux Canaries est contenue dans Le Canarien. On dispose donc d’un récit contemporain et détaillé de cette expédition dans un recueil de notes publiées, au jour le jour, par deux hommes d’Église qui suivaient l’expédition : Pierre Boulier, moine de Saint-Jean-de Marnes, et Jean le Verrier, prêtre[10]. Ces notes sont rédigées de façons très différentes : dans les premières, dues à un serviteur de Gadifer de la Salle, Boulier, très dévoué à celui-ci, rapporte tout à la gloire de Gadifer[10]. Ce texte, resté longtemps ignoré, se trouve dans un volume entré au British Museum et reproduit en 1896, à Paris, dans un ouvrage de Margry, La Conquête et les Conquérants des iles Canaries ; le second, dû à un serviteur de Jean de Béthencourt, relègue Gadifer au second plan ; on substitue même parfois à son nom celui de Jean de Béthencourt[10].

Son neveu Henri vendit les Canaries à l’infant Henri le Navigateur et passa à l’ile de Madère, où il vécut honorablement, ayant privilège des savonneries de l’ile. Chevalier de l’Ordre de Malte, il a laissé une descendance illégitime. En 1431, le pape Eugène IV reconnut les droits de la Castille sur les Canaries nonobstant l’invocation d’une cession tardive, par le fils de Maciot, de ses droits pour le Portugal[2].

De sa liaison avec Lerize Guardateme, princesse de la maison royale des Canaries et dame de l’ile de Lanzarote, fille de Fernando Guardateme, roi des iles Canaries, qui s’était converti au christianisme, il avait eu une fille, Marguerite de Béthencourt, mariée à son cousin germain Henri de Béthencourt.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Lelong ; Charles-Marie Fevret de Fontette, Bibliothèque historique de la France : contenant le catalogue des ouvrages, imprimés & manuscrits, qui traitent de l’histoire de ce royaume, ou qui y ont rapport, avec des notes critiques et historiques, t. 3, Paris, Jean-Thomas Herissant, 1771, p. 668.
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Jean Favier, Les Grandes Découvertes : d’Alexandre à Magellan, Paris, Fayard, , 620 p. (ISBN 978-2-21364-800-2, lire en ligne).
  3. Philippe Valode, Les Grands Explorateurs français : de Jacques Cartier à nos jours Paris, Les Éditions de l’Archipel, 2008, 212 p., (ISBN 978-2-80980-108-8), p. 16.
  4. Bernard Guineau, Glossaire des matériaux de la couleur et des termes techniques employés dans les recettes de couleur, t. 73 de De diversis artibus, Turnhout, Brepols, 2005, 791 p., (ISBN 978-2-50351-643-1), p. 185.
  5. Eugène Jarry, La Vie politique de Louis de France, duc d’Orléans, 1372-1407, Paris, Picard, 1889, 486 p. p. 282.
  6. ‪Hanns Leo Mikoletzky, Rapports : Histoire des continents‬, t. 2 de ‪International Committee of Historical Sciences, Vienne, Verlag F. Berger‬, 1965-68, p. 36.
  7. a, b, c, d et e Attilio Gaudio, Les Îles Canaries, Paris, Karthala, coll. Méridiens, 1995, 210 p., (ISBN 978-2-86537-558-5), p. 33.
  8. Nova Francia, t. 1, Société d’histoire du Canada, Montréal, Huron Reprints, 1967, (OCLC 145169421), p. 78.
  9. a, b, c, d et e Charles Marie Philippe de Kerhallet, Manuel de la navigation à la côte occidentale d’Afrique, t. 1, Paris, Paul Dupont, 1851, p. 294.
  10. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Revue des cours et conférences, t. 2, Paris, Boivin, 1907, p. 853.
  11. Léon Guérin, Histoire maritime de France contenant l’histoire des provinces et villes maritimes, des combats de mer depuis la fondation de Marseille, 600 ans avant J.-C., de la flibuste, des navigations, voyages autour du monde, naufrages célèbres, découvertes, colonisations, de la marine en général, avant, pendant et depuis le règne de Louis XIV jusqu’à l’année 1850, t. 1, Paris, Dufour et Mulat, 1851, p. 341.
  12. Marie-Armand d'Avezac de Castera-Macaya, Iles de l'Afrique, Paris, Firmin Didot frères, 1848, 790 p. p. 160.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Gravure du Canarien montrant l’expédition de 1402.
  • Jean de Béthencourt, Le Canarien : Histoire de la première descouverte et conqueste des Canaries, faite dès l’an 1402 escrite du temps mesme par Jean de Béthencourt, plus un Traicté de la navigation et des voyages de descouverte et conquestes modernes et principales des François (1402-1422), introduction et notes par Gabriel Gravier, Société de l’histoire de Normandie, Rouen, Charles Métérie, 1874.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Armand d'Avezac de Castera-Macaya, Iles de l'Afrique, Paris, Firmin Didot frères, 1848, 790 p.
  • Pierre Bontier, Jean Le Verrier, Gabriel Gravier, Le Canarien, livre de la conquête et conversion des Canaries (1402-1422) par Jean de Béthencourt, Rouen, Charles Métérie, 1874.
  • Jean Braunstein, Jean de Béthencourt, un Normand à la conquête des Canaries, Condé-sur-Noireau, éditions Charles Corlet, 2001, 95 p., (ISBN 978-2-85480-963-3).
  • Roger Dévigne, Jean de Béthencourt, roi des Canaries, 1402-1422, Toulouse, Didier, 1944.
  • Jean Favier, Les Grandes Découvertes : d’Alexandre à Magellan, Paris, Fayard, , 620 p. (ISBN 978-2-21364-800-2, lire en ligne).
  • Attilio Gaudio, Les Iles Canaries, Paris, Karthala, coll. Méridiens, 1995, 210 p., (ISBN 978-2-86537-558-5).
  • Léon Guérin, Les navigateurs français : histoire des navigations, découvertes, et colonisations françaises, Belin-Leprieur et Morizot, (lire en ligne), p. 1 et suiv.
  • Léon Guérin, Histoire maritime de France contenant l’histoire des provinces et villes maritimes, des combats de mer depuis la fondation de Marseille, 600 ans avant J.-C., de la flibuste, des navigations, voyages autour du monde, naufrages célèbres, découvertes, colonisations, de la marine en général, avant, pendant et depuis le règne de Louis XIV jusqu’à l’année 1850, t. 1, Paris, Dufour et Mulat, 1851.
  • Bernard Guineau, Glossaire des matériaux de la couleur et des termes techniques employés dans les recettes de couleur, t. 73 de De diversis artibus, Turnhout, Brepols, 2005, 791 p., (ISBN 978-2-50351-643-1).
  • Eugène Jarry, La Vie politique de Louis de France, duc d’Orléans, 1372-1407, Paris, Picard, 1889, 486 p.
  • Jacques Lelong ; Charles-Marie Fevret de Fontette, Bibliothèque historique de la France : contenant le catalogue des ouvrages, imprimés & manuscrits, qui traitent de l’histoire de ce royaume, ou qui y ont rapport, avec des notes critiques et historiques, t. 3, Paris, Jean-Thomas Herissant, 1771.
  • Pierre Margry, La Conquête et les conquérants des Iles Canaries, Paris, E. Leroux, 1896.
  • Charles Marie Philippe de Kerhallet, Manuel de la navigation à la côte occidentale d’Afrique, t. 1, Paris, Paul Dupont, 1851.
  • Bruno Malfante, Le Canarien, ou la conquête des iles Canaries par Jean de Béthencourt, Rouen, L’Écho des vagues, , 152 p.
  • ‪‪Hanns Leo Mikoletzky, Rapports : Histoire des continents‬, t. 2 de ‪International Committee of Historical Sciences, Vienne, Verlag F. Berger‬, 1965-68.
  • Philippe Valode, Les Grands Explorateurs français : de Jacques Cartier à nos jours Paris, Les Éditions de l’Archipel, 2008, 212 p., (ISBN 978-2-80980-108-8).
  • Nova Francia, t. 1, Société d’histoire du Canada, Montréal, Huron Reprints, 1967, (OCLC 145169421).
  • Revue des cours et conférences, t. 2, Paris, Boivin, 1907.

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