Reconstruction en France après la Seconde Guerre mondiale

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Vue panoramique du Havre dévasté, hiver 1944-1945.

La reconstruction en France après la Seconde Guerre mondiale désigne l'ensemble des initiatives visant à résoudre la crise du logement en réparant les conséquences désastreuses de la Seconde Guerre mondiale en France, sur le plan urbanistique et architectural. Cette politique qui dure une dizaine d'années, comprend à la fois la construction de grands ensembles de logements sociaux, sous forme d'immeubles collectifs, et des aides à l'accession à la propriété, souvent sous forme de pavillons individuels.

Dès le milieu des années 50, le « baby boom » et l'exode rural conduisent à la construction massive de grands ensembles, de maisons individuelles bon marché (c'est en se basant sur ce modèle que naissent le mouvement des Castors en 1945, les marques Maisons Phénix en 1946, Maison Familiale en 1949 et Maisons France Confort en 1958)[1] et à une « rénovation urbaine » (destruction du tissu ancien) qui affecte toutes les villes moyennes ou grandes, jusqu'au milieu des années 1970.

Des dommages majeurs[modifier | modifier le code]

Déjà, en 1940, pendant la bataille de France, plusieurs villes du Nord avaient été touchées par des attaques allemandes, mais la quasi-totalité des dommages est due aux bombardements stratégiques des Alliés qui, à partir de 1943, détruisent partiellement ou complètement de nombreuses villes.

Ces différentes campagnes de bombardement sont menées entre 1943 et le printemps 1945 : bombardements de Nantes en , bombardements sur le Centre-Est et le Sud-Est en , bombardement de la Normandie en , raids aériens sur les poches de résistance allemandes de l'Ouest entre janvier et . Nombre d'usines indispensables au soutien de l'effort de guerre de l'occupant sont aussi la cible d'attaques alliées, comme au Creusot ou à Boulogne-Billancourt en 1943.

Saint-Lô, détruite à 95 % après les bombardements de 1944, surnommée capitale des ruines.

Les combats urbains, souvent acharnés, durant la Libération aggravent encore la ruine de certaines villes comme ce fut le cas avec la bataille de Caen, la bataille de Saint-Lô ou la bataille des Vosges.

Plusieurs villes sont presque complètement détruites comme : Brest, Caen, Calais, Dunkerque, Évreux, Le Havre, Lorient, Saint-Dié, Saint-Lô, Saint-Malo, Rouen, Royan, Saint-Nazaire, Maubeuge ou Vire. D'autres sont endommagées à des degrés divers comme Abbeville, Angoulême, Beauvais, Boulogne, Gien, Laon, Marseille, Nantes, Orléans, Rennes, Saumur, Sedan, Strasbourg, Tours.

L'effort de reconstruction[modifier | modifier le code]

Les évolutions du droit[modifier | modifier le code]

La reconstruction du pays a donné lieu à de nombreuses innovations juridiques durant les trente années qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale. C'est notamment à cette époque qu'a vu le jour le système actuel de publicité foncière (1955).

Les travaux[modifier | modifier le code]

Les travaux ont duré de nombreuses années.

Brest[modifier | modifier le code]

Caen[modifier | modifier le code]

Le Havre[modifier | modifier le code]

Le front de mer reconstruit du Havre.

Maubeuge[modifier | modifier le code]

Rouen[modifier | modifier le code]

Royan[modifier | modifier le code]

Saint-Dié-des-Vosges[modifier | modifier le code]

Cathédrale Saint-Dié et centre ville reconstruits.

Au delà du cas emblématique de de Saint-Dié-des-Vosges maintes communes du massif vosgien furent dévastée par la politique de la terre brûlée menée par l'occupant lors des combats de novembre 1944 (Anould, Corcieux, Gérardmer, La Bresse, Saint-Léonard, Saulcy-sur-Meurthe, Xonrupt-Longemer, etc.) et firent l'objet d'une lente reconstruction au cours des années 50.

Les mesures de l'État[modifier | modifier le code]

En France, l’État s’implique fortement dans la reconstruction des moyens de production en nationalisant des pans entiers de l’économie. L’interventionnisme porte en particulier sur les secteurs de l’énergie et des transports.

Pour relancer la consommation, le ministère de l'économie d'abord par Aimé Lepercq puis avec René Pleven a lancé dès 1944 la souscription publique d'un vaste emprunt d'État. Cette politique coïncide avec la mise en place d'un ordre financier international concrétisée la même année par la signature des Accords de Bretton Woods.

Les capacités industrielles amoindries d'une France exsangue conduiront néanmoins à la persistance d'une pénurie des biens de consommation et de production qui motivera en France les grèves quasi insurrectionnelles de 1947.

L'État fait appel à la main d'œuvre étrangère et mettant en place la SONACOTRA dès 1954, année durant laquelle l'Abbé Pierre, lancera également en février son appel pour un logement pour tous.

La reconstruction des infrastructures et de l'industrie s'accompagne d'une reconstruction des villes sinistrées. Celle-ci est conduite par le ministère de la reconstruction et de l'urbanisme (MRU), qui dispose de moyens réglementaires (plans de reconstruction et d'aménagement, remembrement) et de moyens financiers. Les constructions privées sinistrées bénéficient des « dommages de guerre ». La conduite des opérations est assurée de très près par le MRU, qui s'appuie sur les propriétaires sinistrés via la création d'associations syndicales de remembrement. Les plans d'urbanisme, dont certains avaient déjà été approuvés en 1943, ont en commun la volonté de profiter des destructions pour faciliter la circulation en élargissant les voies ou en créant des voies nouvelles, aérer les îlots autrefois insalubres par la création d'espaces verts et de circulation pour piétons, de mettre fin à un parcellaire très étroit source de logements mal éclairés et insalubres. La forme urbaine en revanche varie beaucoup selon les choix de l'architecte désigné par le MRU : maisons ou immeubles à l'alignement dans l'esprit de l'avant-guerre comme à Saint-Malo, transformations plus radicales du tissu urbain comme au Havre, à Royan ou à Saint-Dié par le biais d'un projet novateur mené par Le Corbusier mais finalement rejeté par la population.

L'économie se relancera malgré tout plus rapidement à partir de 1955 grâce notamment à l'aide américaine incarnée par le George Marshall (général) jusqu'en 1972 avant le premier choc pétrolier survenu l'année suivante.

L'aide internationale[modifier | modifier le code]

Le plan Marshall débloqué par les États-Unis favorise la mise en route de la reconstruction tout en cherchant à éviter un basculement de la France dans le bloc soviétique.

L'immigration de travail[modifier | modifier le code]

La mise en place de la SONACOTRA encadre l'immigration de travail suscitée par les perspectives d'emploi liées à la reconstruction.

Philatélie[modifier | modifier le code]

En mars 1958 est émise une série philatélique de quatre timbres illustrant l'achèvement de la reconstruction de villes détruites : Le Havre, Maubeuge, Saint-Dié et Sète.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Depuis la fin de la guerre, les incitations des pouvoirs publics se portent vers le collectif qui permet de construire plus vite et moins cher. Les difficultés économiques et financières auxquelles se heurtent les architectes et urbanistes, incitent les pouvoirs publics à favoriser aussi le développement des maisons individuelles. Cf Lucien Maillard, Christian Louis-Victor, La maison des Français. Histoires de mieux-être, CLV Développement, , p. 274-277.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Danièle Voldman, La reconstruction des villes françaises de 1940 à 1954. Histoire d'une politique, L'Harmattan, , 487 p.
  • (en) W. Brian Newsome, French Urban Planning, 1940-1968. The Construction and Deconstruction of an Authoritarian System, Peter Lang, , 249 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]