Adoma

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Adoma, naguère Société nationale de construction de logements pour les travailleurs (SONACOTRA), anciennement Société nationale de construction de logements pour les travailleurs algériens (SONACOTRAL), est une société d'économie mixte française dont le capital est détenu par des acteurs publics (État, SNI…). L'entreprise construit et gère un très grand nombre de produits (foyers de travailleurs migrants, résidences sociales, pensions de famille, centres d'hébergement, centres d'accueil de demandeurs d'asile, aires d'accueil de gens du voyageetc.) et offre plus de 76 000 solutions de logements en France. Le , la Sonacotra change de nom et devient « Adoma » ; nom construit à partir du latin « ad » qui signifie vers et « domus », la maison.

Présentation[modifier | modifier le code]

Adoma possède et gère 450 établissements dans toute la France, ce qui représentait en 2004, 70 454 lits et un nombre réel d'occupants sujet à controverse mais supérieur au moins de la moitié à ce chiffre. Les résidents officiels sont issus de 80 pays différents et comptent 26 % de Français.

À la demande des pouvoirs publics, et pour faire face à la précarisation du logement, Adoma a développé ses activités dans divers secteurs du logement dit « très social » : aux foyers de travailleurs migrants et aux résidences sociales qui leur succèdent, s'ajoutent les centres d'hébergement pour personnes sans domicile, les aires d'accueil pour les gens du voyage, l'accueil d'urgence de réfugiés, des demandeurs d'asile (près de 5000 personnes en 2003) en accueil d’urgence (AUDA) ou en centre d’accueil (CADA), etc.

Fondée dans le contexte de la guerre d'Algérie, la Sonacotra s'est surtout développée de 1965 à 1975, en construisant et gérant des foyers de travailleurs migrants, habitats collectifs au statut particulier, destinés aux ouvriers masculins maghrébins employés dans l'industrie ou la voirie à Paris, puis de plus en plus aux Africains sub-sahariens du Sénégal ou du Mali. Son mode de gestion directe et le statut accordé aux résidents ont été souvent critiqués comme une survivance coloniale et le conflit qui a opposé les résidents à la société gestionnaire et à l'État français (qui procéda à des expulsions du territoire de grévistes) fut un des longs et des plus mobilisateurs mouvements de contestation dans les années 1970. Il est considéré comme le mouvement initiateur des luttes des immigrés en France.

Outil de l'État, Adoma a joué un grand rôle dans l'administration et la vie de l'immigration en France, alors que prévalait l’idée que les immigrants n’étaient qu’une population de passage, à l'opposé du rôle d'intégration qui est censé être le sien aujourd'hui. Son rôle s'est étendu aujourd'hui à l'ensemble de la population touchée par la précarité.

Histoire[modifier | modifier le code]

Loger les travailleurs[modifier | modifier le code]

Créée en 1956 pour régler le problème de l'habitat insalubre des migrants originaires d'Algérie, dénombrant à peu près 150 000 individus Algérien (actifs ou non) sur tout le territoire Français (bidonvilles, en particulier autour de Paris, cafés-hôtels) dû à la pénurie de logements, la Sonacotral (SOciété NAtionale de COnstruction de logements pour les TRAvailleurs ALgériens), a construit son premier foyer en 1959 à Argenteuil.

Son premier président, de 1956 à 1977, a été une personnalité importante de la politique de l'après guerre. Ancien ouvrier venu à la politique par la résistance, Eugène Claudius-Petit, théoricien et militant de l'aménagement du territoire, fut le principal ministre de la reconstruction sous la IVe République, avant que son opposition à De Gaulle ne l'éloigne des fonctions gouvernementales. De nos jours, le PDG est toujours désigné par le gouvernement français et a le statut de préfet.

Devenue Sonacotra à l'indépendance de l'Algérie, l'entreprise se développe particulièrement à partir du milieu des années 1960, du fait de la demande en main-d'œuvre de l'industrie d'une part et, d'autre part, de la politique de l'État après le vote de la loi Debré en 1964 pour la résorption des bidonvilles. Si la Sonacotra loge aussi des familles, elle se spécialise dans l'accueil des travailleurs « isolés » (mais le plus souvent mariés avec une femme restée au pays) qui représentent 96 % de sa clientèle en 1973.

Jusqu'à la fin des années 1960, la situation faite aux travailleurs immigrés dans les foyers qui accueillent aussi maintenant de nouvelles populations originaires pour beaucoup d'Afrique sub-saharienne attire peu l'attention. Mais dès le début des années 1970 les conflits se multiplient du fait du délabrement précoce des bâtiments, de l'autoritarisme de la direction, d'un statut administratif qui prive les résidents du statut de locataire et des droits afférents.

Un long affrontement[modifier | modifier le code]

La longue grève des loyers qui a opposé de 1975 à 1980 les résidents à la direction pour protester contre l'augmentation des loyers, obtenir un assouplissement des contraintes imposées dans les foyers, dénoncer la surveillance dont ils faisaient l'objet et obtenir la reconnaissance de comités de résidents élus a été une des luttes sociales les plus longues et les plus importantes de l'époque. Expérience fondatrice, elle a initié les mouvements de revendication des immigrés en France, notamment celui des « sans-papiers ». Si les « grèves des loyers » étaient récurrentes dans les foyers de travailleurs migrants depuis la fin de mai 68, celle portée par les résidents de la Sonacotra, rejoints par ceux d'autres associations, fut de loin la plus importante et la plus médiatisée. Le Gisti et la Cimade ont alors appuyé ces luttes, notamment en portant plainte.

La « grève des loyers » débute en janvier 1975 avec les résidents du foyer Romain Rolland de Saint-Denis, en majorité originaires d'Algérie avec une forte minorité issue du Mali et du Sénégal. À la suite de l'annonce de l'augmentation générale des loyers de 30 %, la plateforme de revendications du comité des résidents est reprise en septembre par un Comité de coordination des foyers en lutte qui ne sera jamais reconnu par la Sonacotra et le gouvernement. En l'absence de négociation le conflit se durcit (expulsions de résidents des foyers et même du territoire en avril 1976) et se politise.

Initiés par des résidents ayant acquis une expérience syndicale dans le cadre de leur travail, ces luttes trouvent des relais chez des étudiants africains et français à l'occasion notamment de cours d'alphabétisation dispensés dans les foyers par des associations bénévoles. Les grévistes bénéficient aussi du soutien d'organisations militantes, maoïstes en particulier, et de groupes autonomes.

Le meeting organisé par le Comité de coordination le 21 février 1976 à la Mutualité marque la politisation publique du mouvement, et l'expulsion de France de 18 grévistes délégués, les 8 et 16 avril 1976, l'implication directe dans le conflit de l'État propriétaire et commanditaire de la Sonacotra.[réf. nécessaire]

Une forte mobilisation se crée pour le retour des militants expulsés et le conflit culmine en 1977 et 1978 avec 30 000 grévistes. Mais si les comités de soutien obtiennent le retour des militants, ils se heurtent à un refus intransigeant de la direction qui fait procéder jusqu'en 1979 à l'expulsion de plus de 500 résidents des foyers.

Quand la grève a été arrêtée, la Sonacotra avait satisfait un certain nombre d'exigences des comités de résidents, en particulier la reconnaissance de comités de résidents élus et l'assouplissement de certaines règles. En revanche, les résidents n'obtiendront pas le statut de locataire, qui constituait un des enjeux essentiels de la lutte, pas plus que la reconnaissance du Comité de coordination.

Le 16 septembre 1979 la direction de la SONACOTRA a aussi subi le deuxième attentat revendiqué par Action directe.

Mise en cause dans des rapports parlementaires et critiques[modifier | modifier le code]

Depuis les années 1980 des rapports parlementaires s'inquiètent de la présence dans les foyers d'étrangers en situation irrégulière (« sans-papiers ») et de l'existence de trafics illégaux (Rapport Cuq).

Attentats[modifier | modifier le code]

En 1988, deux attentats à l'explosif sont perpétrés contre des foyers proches de Nice ; le deuxième fait un mort et douze blessés en décembre à Cagnes-sur-Mer. Le Parti nationaliste français et européen (PNFE), un temps mis en cause, est finalement innocenté en 1991 par deux non-lieux prononcés en faveur des dirigeants de cette formation[réf. nécessaire].

Du travailleur aux exclus[modifier | modifier le code]

Cependant la population de la Sonacotra évolue. Si des foyers demeurent des établissements regroupant une population active et homogène, d'autres souffrent de la cessation des activités économiques qui avait justifié leur construction et une partie de la population d'origine vieillit sur place. Elle est de manière générale touchée par la précarisation et la Sonacotra est aussi appelée à répondre aux besoins d'une nouvelle population, composée à partir de 1992 aussi de Français.

Une difficile reconversion[modifier | modifier le code]

Appelée à jouer un rôle d'intégration, la Sonacotra connaît en même temps une restructuration difficile.

Elle s'oriente vers le marché libre du logement et en juin 1990, plusieurs syndicats (CFDT, CFTC, CGC et FO) et le MRAP, relayés par plusieurs élus communistes, dénoncent la dégradation des conditions de sécurité et de vie dans les foyers du fait notamment d'importants licenciements de personnel (1 100 en deux ans).

Un rapport de la Cour des comptes mettant en cause la gestion de la Sonacotra, son PDG Michel Gagneux démissionne et la Sonacotra porte plainte contre lui, le 10 février 1993, pour « abus de confiance, abus de biens sociaux et abus de pouvoirs ». C'est donc dans des conditions difficiles que la Sonacotra doit faire face à ses nouvelles missions et à une situation sociale délicate.

En 1995 une étude révèle qu'un tiers des résidents SONACOTRA est au chômage, pour une population encore aux trois quarts ouvrière qui bénéficie de revenus parmi les plus faibles. Si les loyers sont de plus en plus pris en charge par des allocations publiques (APL), la Sonacotra reste depuis ses débuts subventionnée par des fonds publics, en particulier par le Fonds d'Aide et de Soutien pour l'Intégration et la Lutte contre les Discriminations (FASILD), établissement public issu du Fonds d'Action sociale pour les travailleurs musulmans d'Algérie en métropole et pour leur famille (FAS).

Le vieillissement des résidents retraités inquiète pouvoirs publics et gestionnaires et fait l'objet de plusieurs rapports et d'une étude de l'Unesco. En 2004, Michel Pélissier, le PDG, reconnaît les problèmes d'intégration que posent l'habitat en foyer : « Nous nous sommes trompés. Ils ne sont pas tout à fait chez eux ici mais pas non plus au bled. Le seul endroit où ils se sentent à l'aise, c'est le foyer. Ils se sont installés dans une migration alternée. »

Cependant les foyers connaissent une évolution diverse et certains restent des lieux très actifs d'accueil d'immigrants, en particulier originaires d'Afrique sub-saharienne, et les conflits perdurent avec la Sonacotra qui est régulièrement dénoncée par diverses associations et organisations politiques pour ses méthodes de gestion et notamment pour avoir recours à des opérations policières dans les foyers en vue de procéder à l'interpellation et à l'expulsion de résidents « clandestins ».

De nouvelles missions[modifier | modifier le code]

Pour assurer ses nouvelles missions d'accueil de personnes en grandes difficultés, elle a multiplié les partenariats publics et privés. Elle travaille au niveau national avec les restos du cœur et a aussi noué des collaborations avec la Fondation Abbé-Pierre et créé sa propre association pour gérer des centres d’accueil hivernal pour les sans domicile fixe (SDF), l'association Bleu Nuit. Elle renforce aussi depuis peu ses liens avec La Caisse des dépôts et consignations afin de répondre aux besoins en matière de logement d'urgence. En 2010, un apport, en compte courant d'actionnaires, de la SNI et d'Action Logement (ex. 1 % logement) et l'arrivée d'une nouvelle équipe dirigeante conduit à une restructuration et le départ de plus de 250 salariés dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi.

Dirigeants[modifier | modifier le code]

  • 1956 à 1977, Eugène Claudius-Petit
  • 1979 à 1981, Hervé de Charette
  • 1981 à 1986, Ramón Casamitjana
  • février 1986 à février 1992, Michel Gagneux
  • février 1992 Michel Roland (Président), Bertrand Maréchaux (Directeur Général)
  • 1995-1998 Michel Desmet (Président)
  • janvier 1996 Dominique Bon (Directeur Général)
  • octobre 1998 Michel Pélissier, Président Directeur Général
  • août 2008 Pierre Mirabaud[2]
  • décembre 2010, Bruno Arbouet[3].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Décret du 4 août 1956 créant la Société nationale de construction pour les travailleurs algériens
  2. http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000019278359&dateTexte
  3. [PDF] « Bruno Arbouet nommé directeur général d’Adoma », Communiqué de presse Adoma, Adoma,‎ (consulté le 31 juillet 2012)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • « Depuis 50 ans au service du logement social », le site officiel.

Association des Résidents du foyer Adoma de Bagnolet, première association des locataires en vertu des nouvelles lois. [1]

Grèves[modifier | modifier le code]

  • Mireille Galano, « Une lutte exemplaire », Plein Droit, GISTI, no 53-54, « Immigration : trente ans de combat par le droit », mars 2002.
  • Assane Ba, Vingt ans après, Vacarme. Entretien avec un leader du mouvement.
  • Histoire politique du mouvement des foyers Sonacotra, Groupe pour la fondation de l'Union des Communistes de France Marxiste-Léniniste (UCFML), éditions Potemkine, 1981. Un récit détaillé des grèves d'un point de vue maoïste avec de nombreux documents d'époque.
  • Choukri Hmed, "Contester une institution dans le cas d'une mobilisation improbable. La grève des loyers dans les foyers Sonacotra dans les années 1970", Sociétés contemporaines, no 65, avril 2007, p. 55-81.

Modes de vie[modifier | modifier le code]

Politique publique[modifier | modifier le code]

Cour des comptes, L'accueil des immigrants et l'intégration des populations issues de l'immigration, (Rapport au président de la république), novembre 2004, en particulier p. 31-39

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernardot M (1997), Une politique de logement : la Sonacotra (1956-1992). Thèse pour le doctorat en sciences sociales, sociologie, sous la direction de Mme le professeur A.M. Guillemard, Université de Paris-Panthéon-Sorbonne (résumé),
  • Blanc-Chaléard MC (2012) Les quotas d’étrangers en HLM: un héritage de la guerre d’Algérie ? Les Canibouts à Nanterre (1959-1968).
  • Mireille Ginesy-Galano, Les immigrés hors la cité: Le système d'encadrement dans les foyers (1973-1982). 1984. 396 p. Par une sociologue, ancienne chargée d'étude à la SONACOTRA, un tableau de la vie dans les foyers qui accuse ce type de logement d'entretenir la ségrégation sociale et y dénonce les conditions de vie.
  • Choukri Hmed, "Les immigrés vieillissant en foyers pour travailleurs ou les habitants de nulle part", Retraite et société, no 47, janvier 2006, La Documentation française, p. 138-159.
  • Choukri Hmed, "'Tenir ses hommes'. La gestion des étrangers 'isolés' dans les foyers Sonacotra après la guerre d'Algérie", Politix. Revue des sciences sociales du politique', vol. 19, no 76, décembre 2006, p. 11-30.
  • Choukri Hmed, Loger les étrangers isolés. Socio-histoire d'une institution d'État : la Sonacotra (1956-2006), Thèse de doctorat en science politique, Université de Paris-I Panthéon Sorbonne, sous la direction de M. Offerlé, 2 vol., 2006.
  • Abdelmalek Sayad, "Le foyer des sans-famille", Actes de la recherche en sciences sociales, no 32-33, 1980, p. 89-103.
  • Collectif, préfacé par Cyrulnik PB (2003) Les enfants de l’exil. Synthèse ; Étude auprès des familles en demande d’asile dans les centres d’accueil, étude commandé par l'Unicef et la Sonacotra (écrite sous les directions du Pr Marie Rose Moro et de Jacques Barou).
  • Demandeurs d'asile, entre rêve et oubli, éditions Somogy, 2003. Livre de témoignages de demandeurs d'asile, photographies de Benoit Schaeffer, paroles d'enfants, préface Boris Cyrulnik. Livre commandé par l'Unicef et la Sonacotra. Prix 2004 de l'Observatoire de l'Image.