Jean Raoux (peintre)

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Jean Raoux
Jean Raoux - The Origin of Painting.jpg

L’Origine de la peinture. Dibutade traçant d'un charbon le portrait de son amant absent, huile sur toile, 1714-17.

Naissance
Décès
(à 56 ans)
Paris
Nationalité
Activités
Maîtres
Élèves
Chevalier, Montdidier
Distinction

Jean Raoux, né le à Montpellier et mort le à Paris, est un peintre français.

Protégé par Philippe de Vendôme et contemporain de Watteau, il gravite dans le milieu libertin de la Régence. Il y trouve l’inspiration pour ses tableaux exaltant la beauté et la jeunesse de la femme et contribue à la création des scènes de genre « à la française ». Il est très apprécié de ses contemporains, notamment de Voltaire qui le compare à Rembrandt, et les commandes de client prestigieux affluent : Catherine II de Russie, Philippe d'Orléans, etc.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d’un officier de la Monnaie, Raoux eut la liberté de suivre son penchant, et il entra fort jeune dans l’école du peintre de Montpellier, Antoine Ranc, chez lequel avait également débuté Hyacinthe Rigaud. Constatant la facilité de travail et l’ambition de son étudiant, Ranc le rendit bientôt à son père, qui l’envoya à Paris où il se fit admettre au nombre des élèves de Bon Boullongne qui venait de reprendre le flambeau de la peinture académique laissé vacant par la mort de Le Brun. Raoux gagna l’amitié de son professeur, qui avait la faveur de la cour et de la riche bourgeoisie et ne cessait de répéter à ses disciples que tout paresseux est un homme mort. Il apprit de lui la composition, le contraste des mouvements, la brosse et le coloris pour accompagner la forme et compléter l’expression.

Portrait de Philippe, duc de Vendôme, Grand Prieur of France, 1724, musée du Louvre.

Après plusieurs petits succès à l’Académie, il y remporta le grand prix en 1704. Il partit donc en qualité de pensionnaire du roi pour l’Académie de France à Rome où il demeura trois ans. il séjourne ensuite à Padoue[1]. Un noble Vénitien, Giustiniano Solini, ayant offert à Raoux de le mener à Venise, où officiaient les artistes de l’école vénitienne tels que Piazzetta, Ricci et le Tiepolo, il y fut occupé pendant deux ans à peindre tout un portique dans le palais de ce seigneur. Venise est la ville où Raoux a le plus séjourné, et cette école a encore ajouté à la force de son coloris. Raoux étant tombé dangereusement malade, le grand prieur de Vendôme, qui l’avait connu à Rome, et qui avait fort gouté sa manière de peindre, le vit dans cet état et lui promit de prendre soin de lui durant son séjour en Italie, qui fut de dix ans. Le grand prieur lui ordonna quatre tableaux de chevalet, représentant les quatre âges de l’homme, auxquels il travailla à Rome à son retour de Venise en y mettant tout son savoir en matière d’ordonnance et de coloris. Raoux n’avait encore exécuté que deux des Quatre Ages, lorsqu’il revint en France, en 1714. Le grand prieur était alors à Malte, mais ce fut dans son hôtel parisien qu’il termina ses deux dernières compositions : l’Âge viril et la Vieillesse. À son retour d’Italie, le grand prieur, fut enchanté de ces tableaux qui avaient déjà plu à tout le monde, surtout la Vieillesse, et il en marqua sa vive satisfaction par une pension de mille livres. Aujourd’hui, les Quatre Ages ne sont connus que par les estampes de Jean Moyreau.

Pygmalion amoureux de sa statue, 1717, musée Fabre.

L’année de la mort de son maitre Bon Boullongne, le 28 aout 1717, il fut reçu à l’Académie comme peintre d’histoire et de portraits, Pygmalion amoureux de sa statue comme morceau de réception. Passé ce moment, Raoux se livra à la peinture de genre où il était plus habile. Son Angélique et Médor gravant leurs chiffres enlacés sur l’écorce des arbres a fait l’objet d’une estampe très connue de Nicolas de Launay. Le cardinal Dubois, qui faisait le plus grand cas de Raoux, en donna la preuve en lui proposant d’aller en Espagne en qualité de premier peintre de S. M. catholique. Ne voulant pas s’expatrier, Raoux désigna son ancien professeur de Montpellier au cardinal qui l’y envoya à sa place. Il avait refusé d’aller en Espagne pour des raisons de santé, mais son véritable motif est que déjà fort à la mode en France, il pouvait sans danger augmenter le prix de ses ouvrages car on venait lui demander de toutes parts des dessus de porte, de petits sujets de décoration, des portraits historiés, c’est-à-dire en pied, terminés par des fonds de paysage et accompagnés d’attributs. Son chef-d’œuvre en ce genre est celui de Marie-Françoise Perdrigeon, épouse d’Étienne-Paul Boucher, secrétaire du roy, morte le 30 janvier 1734, âgée de dix-sept ans, deux mois et seize jours, que Raoux avait représentée sur les marches de l’autel de Vesta, habillée de satin blanc, jetant un dernier morceau de bois sur l’autel embrasé autour duquel voltige l’Amour. Cette œuvre, autrefois au musée de Bordeaux, est aujourd’hui détruite.

Mademoiselle Prévost en Bacchante.

Au mois de septembre de l’année 1720, Raoux se rendit en Angleterre, mais il quitta ce pays au bout de huit mois sans avoir rien fait de ce qu’il avait espéré. La France était alors en pleine Régence et Watteau venait de mourir. Il y avait pour Raoux une place à prendre à côté de Lancret pour un peintre de fêtes galantes, de conversations, de modes, pour un « peintre des grâces ». Tout les demoiselles de l’Opéra posèrent, sous couvert de mythologie, à demi nues ou en galant déshabillé, dans son atelier. Mademoiselle Journet se fit peindre en Diane dans Iphigénie ; mademoiselle Quinault en Amphitrite, trainée par des chevaux marins ; mademoiselle Prévost couronnée de pampres sous prétexte de se faire peindre en prêtresse de Bacchus, car elle ne voulait plus se souvenir qu’elle s’était appelée jadis la petite Fanchonnette, et que le bailli de Mesmes l’avait connue alors dans une chambre haute et obscure, décorée d’une bergame et de trois chaises. La fameuse Silvia, de la Comédie-Italienne, chaussait le brodequin de Thalie et entrait chez Raoux ajustée comme il sied à la muse comique. Mademoiselle Carton figura, quant à elle, sous les traits d’une naïade. La cour et la ville se disputaient également pour poser dans cet Olympe : les duchesses blondes ceignaient la ceinture de Vénus ou tenaient à la main la faucille de Cérès ; les marquises brunes portaient le carquois de Diane sur l’épaule, et madame de Sénozan, future princesse de Tingri, entretenait, comme madame Boucher, sur l’autel de Vesta, un feu qui à tout moment menaçait de s’éteindre.

Les données familières de Raoux étaient les heures du jour, les saisons, les éléments, les cinq sens, les quatre parties du monde. Souvent aussi, comme Santerre, il peignait en demi-figures les arts, les sciences, ou bien une femme qui lit un billet doux, une jeune fille qui joue avec un oiseau, une belle qui chante avec son amant. Deux ou trois fois, il revint à l’histoire pour représenter la Continence de Scipion et la Maladie d’Alexandre, deux compositions de haut style que l’Électeur Palatin lui avait commandées. Le Régent, qui voyait en peinture avec les yeux de Coypel, qui voulait aussi avoir un tableau d’histoire de la main de Raoux, lui acheta Télémaque raconte ses aventures à Calypso, aujourd’hui au Louvre.

Charles-Joachim Colbert, évêque de Montpellier, gravure de François Chéreau d'après Raoux.

Lorsque Philippe de Vendôme céda son grand prieuré au chevalier d’Orléans, il alla se loger dans la rue de Varennes. Raoux l’y suivit, et la mort seule put les séparer. Continuant à Raoux sa pension de mille livres, le nouveau grand prieur, le fit revenir au Temple. Pour témoigner sa gratitude à son hôte, l’artiste le peignit en pied, dans l’uniforme de général des galères, montant la Réale, avec un esclave qui lui présente son bouclier. On lui doit encore, dans le palais prieural, des demi-figures de Vestales ; deux filles regardant dans un miroir ; un paysan portant des figues qu’une bergère veut avoir ; deux chanteuses qui tiennent un livre de musique et plusieurs arts et sciences personnifiés, tels que l’Astronomie, la Géométrie, l’Histoire, la Musique, qui étaient placées dans les lambris du salon.

Dans les coulisses de l’Opéra, Raoux avait connu le marquis Honnier de la Mosson, financier et receveur-général des États du Languedoc, dont Gersaint a inventorié, dans un de ses plus catalogues, le cabinet composé de curiosités en tous genres. En 1723, le marquis sollicita Raoux de venir à sa terre de La Mosson, près de Montpellier, achever un grand tableau de famille commencé depuis longtemps[2]. Raoux mit également à profit son voyage à Montpellier pour tenter d’entreprendre le portrait de deux des protagonistes les plus exaltés de la querelle soulevée par la proclamation de la bulle Unigenitus, Charles-Joachim Colbert de Croissy, évêque de Montpellier et Jean Soanen, évêque de Senez exilé à l’abbaye de la Chaise-Dieu. Espérant tirer un gros profit de la gravure de ces portraits, il les convainquit à grande difficulté en expliquant à chacun que le roi qui ne voulait pas que les deux prélats se voient, n’avait pas défendu qu’ils échangent leurs portraits. Soanen avait cependant imposé la condition que son portrait ne paraitrait pas de son vivant, ce qui fut respecté.

Ses portraits étaient d’une ressemblance frappante, et la renommée dont il jouissait l’aurait enrichi, s’il n’avait gaspillé son argent avec la prodigalité de ceux qui savent gagner sans savoir compter. Tout à la fois industrieux et sensuel tout ensemble, recru de plaisir et de fatigue, il mourut célibataire, en léguant quarante mille livres à sa nièce de Montpellier et ses études à ses élèves, dont les plus connus les moins inconnus, sont Chevalier et Montdidier. Trois ans avant sa mort, il avait quitté le Temple, par un caprice de malade, et il était venu demeurer dans la rue Saint-Honoré, près des Feuillants.

Une rétrospective lui a été consacrée de novembre 2009 à avril 2010 au musée Fabre de Montpellier[3].

Galerie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Raoux à l’honneur, du 28 novembre 2009 au 14 mars 2010.
  2. Raoux avait mis tous ses soins à ce tableau où on voyait sur le devant un lièvre étendu à terre. Bonnier qui avait voulu être représenté en chasseur, ne manquait pas de faire remarquer ce lièvre, comme étant, disait-il, la figure du tableau qui lui coutait le plus cher car il avait donné au peintre plus de cent lièvres pour ses études d’après nature.
  3. Exposition Jean Raoux (1677-1734) 27 novembre 2009 - 10 avril 2010.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michèle-Caroline Heck, Guillaume Faroult, Olivier Zeder, Célia Alegret et Michel Hilaire, Jean Raoux (1677-1734). Peintre de la Régence, Paris, Somogy Éditions d'Art, coédité avec le musée Fabre de Montpellier,‎ , 208 p. (ISBN 978-2-7572-0287-6)

Sources[modifier | modifier le code]

  • Charles Blanc, Histoire des peintres de toutes les écoles : école française, vol. 2, Paris, Poitevin, 1865, p. 1-8.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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