Mystères d'Éleusis

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Déméter remettant à Triptolème les graines sous les yeux de Coré. Musée national archéologique d'Athènes.

Dans la religion grecque antique, les Mystères d’Éleusis (en grec : Ἐλευσίνια Μυστήρια) faisaient partie d'un culte à mystères, de nature ésotérique, effectué dans le temple de Déméter à Éleusis (à 20 km à l'ouest d'Athènes). Au cours de leur évolution, les mystères d'Éleusis se sont ouverts d'abord à tous les Grecs, puis à tout homme ou femme, libre ou esclave, parlant grec. L'initiation comportait plusieurs degrés. Ces mystères étaient traditionnellement consacrés non seulement à Déméter et à sa fille Perséphone, mais aussi à Pluton, c'est-à-dire aux divinités de la terre et des morts, ainsi qu'à Dionysos sous son nom favori d'Iacchos auquel il a été assimilé[1],[Note 1] ; Dionysos était en effet intimement mêlé à la vie de la terre et de la végétation, et dans les rituels des Anthestéries et les fêtes des Halôa en Attique, il était associé aux divinités proprement chtoniennes[Note 2]. Les mystères d'Éleusis représentent une des formes les plus élevées de la spiritualité grecque, et leur fortune a été considérable durant des siècles, dans l'ensemble du monde antique.

Origines mythologiques et historiques du culte[modifier | modifier le code]

Le mythe[modifier | modifier le code]

Selon la mythologie grecque, Hadès enleva Perséphone, au cours d'une cueillette de fleurs dans les prairies d'Enna (Sicile), pour l'épouser et en faire la reine des Enfers. Les cultures cessèrent de croître dans les champs alors que Déméter parcourait le monde à la recherche de sa fille. Un jour, alors qu'elle errait sur les terres de Grèce sous les traits d'une vieille mendiante, elle entra dans la cité d'Éleusis et demanda l'hospitalité. Le roi du pays l'accueillit avec une grande générosité et, en reconnaissance, la déesse dévoila sa véritable identité et récompensa ses bienfaiteurs : elle leur dévoila ses mystères et la maîtrise de l'agriculture, et les princes d'Éleusis furent dès lors chargés d'administrer son culte[2].

Par la suite, Déméter retrouva Perséphone qui ne put être entièrement libérée des Enfers, puisque ceux qui mangent la nourriture des morts ne peuvent retourner chez les vivants et que Perséphone avait mangé sept pépins de la grenade (fruit associé au mariage) offerte par Hadès. Zeus décréta toutefois que Perséphone passerait la moitié de l'année sur terre (durant la saison des cultures) avec sa mère et le reste de l'année (l'hiver) en compagnie d'Hadès.

Évolution historique[modifier | modifier le code]

L'origine historique des mystères d'Éleusis est très ancienne : ils sont sans doute venus de Crète à date préhellénique[3], sans qu'il soit possible pour autant d'affirmer que tout fût crétois à Éleusis, et sans exclure non plus des enrichissements achéens et helléniques, car à Éleusis tout est composite[4]; le nom même d'Éleusis (Ἐλευσίς) doit être rapproché du nom de la ville crétoise d'Éleutherna, de Ἠλύσια et de Εἰλείθυια peut-être[5] ; celui des divinités laisse aussi entrevoir leur origine préhellénique : le nom de Perséphone, dans ses diverses formes (Περσεφόνη, Φερσεφόνεια, Φερέφαττα, Πηρίφονα), présente des alternances qu'on ne peut expliquer d'après le système des langues indo-européennes. Le nom de Déméter comprend un premier élément d'origine préhellénique δᾶ dans ses diverses formes (Δαμάτηρ, Δαμμάτηρ, Δωμάτηρ, Δηώ, Δωίς) qui pourrait bien correspondre au grec γᾶ / γῆ, Terre . On peut donc imaginer à Éleusis un culte rustique rendu à ces deux déesses primitivement anonymes, et qui serait la continuation des rites agraires de la Crète minoenne[6].

La cité d'Éleusis, à l'origine indépendante, finit par être englobée dans le synœcisme d'Athènes à une date qu'on ne peut indiquer avec précision[Note 3], et cette intégration facilita le développement des mystères en les rendant assez vite panhelléniques[7]. Devenus une fête religieuse de l'État athénien, les mystères furent alors dirigés par l'archonte-roi et un corps de quatre épimélètes élus par l’ecclésia, deux issus du peuple athénien, et deux des grandes familles nobles d'Éleusis, les Eumolpides et les Kérykes[8]. Le monopole de l'initiation fut en effet probablement détenu d'abord par les membres de ces familles aristocratiques et sacerdotales[9],[8]qui conservèrent toujours la surveillance du culte et l'intendance du temple[10]. L'existence de promotions et de grades au sein de l'initiation[11] est précisément une survivance des anciens cadres issus de ces familles nobles qui fondaient ainsi leur autorité individuelle. Mais du moins la société religieuse cessa ensuite de se recruter dans un groupe social préétabli[12]. Les mystères d'Éleusis apparaissent ainsi comme la synthèse entre la tradition de rites secrets et des éléments d'une religion populaire et paysanne, issue d'un culte agraire : en attestent les fêtes des Éleusinia, restées assez primitives, et le rattachement, à la religion éleusinienne, des Thesmophories et des Halôa.

Dans cet héritage d'une vieille religion paysanne, une nouveauté importante apparut à Éleusis : la promesse d'immortalité[13] ; l'initiation élevait à une éminente dignité ; elle eut donc pour effet de créer une société d'élus. L'idée d'immortalité s'orienta ainsi dans un sens individualiste, ce qui signifie qu'un privilège aristocratique se démocratisait :

« Heureux celui des hommes qui a vu ces choses ; mais celui qui n'a pas eu part aux sacrements, celui-là n'aura pas un sort égal dans les ténèbres de la mort. »

— Hymne à Déméter, vers 480 à 482.

Les pratiques immortalisantes avaient été un ancien privilège aristocratique, dont l'épisode de Démophon garde le souvenir[14] ; communiquer ce privilège de princes à chaque initié[Note 4],[15] représente bien une démocratisation des vertus religieuses. Les mystères, qui ne furent pas d'emblée accessibles à tous, s'ouvrirent finalement aux riches et aux pauvres, aux hommes libres comme aux esclaves, aux hommes et aux femmes. Quiconque était capable de moduler exactement les formules rituelles en grec et n’avait pas commis d’homicide pouvait être admis à participer aux rituels. Seuls les Barbares en étaient exclus, en souvenir des guerres médiques[16], mais cette interdiction ne devait sans doute plus être en vigueur après les conquêtes d'Alexandre le Grand[17]. Cicéron dit qu'à son époque les mystères d'Éleusis exerçaient leur attrait jusqu'aux confins les plus reculés du monde[18]. La plupart des empereurs romains se feront d'ailleurs initier à ces mystères, et Hadrien reçut même les deux degrés de l'initiation[19].

Le culte des mystères[modifier | modifier le code]

Déméter et Perséphone accueillant une procession des mystères. Plaque votive en terre cuite peinte, milieu du IVe siècle av. J.-C. Musée national archéologique d'Athènes.

L’Hymne homérique à Déméter, qui retient seulement d'antiques légendes sur la formation du culte éleusinien[20], est la principale source de données sur les rituels. Les rituels des mystères étaient toujours accomplis par les prêtres de Déméter. Parmi les plus connus d'entre eux, on retrouve Céléos et son fils Triptolème, à qui Déméter avait donné la tâche d'enseigner l'agriculture et de semer le blé sur Terre[2]. Ce prêtre avait aussi institué les Éleusinies, fêtes associées au culte. Parmi les autres premiers prêtres se trouvent Dioclès, Eumolpos et Polyxène[2]. On célébrait le culte dans le télestérion d'Éleusis. L'aspect principal de ce culte se construisait autour de la culture du blé et le cycle vie entreposage–semis–renaissance des cultures. Tous les initiés préservaient les secrets de la religion et croyaient qu'ils connaîtraient eux aussi une vie après la mort grâce à leur initiation à ces mystères. Comme la divulgation des rites était strictement défendue et qu’aucun auteur n’a trahi ce secret, aucun écrit ne documente avec précision les cérémonies.

Les Petits Mystères[modifier | modifier le code]

Annuellement, il existait deux célébrations des mystères d’Éleusis : les Grands mystères et les Petits mystères. Ces derniers avaient généralement lieu au printemps, du 19 au 21 du mois d'Anthestérion, c'est-à-dire en février, et se déroulaient non pas à Éleusis mais Athènes dans le faubourg d'Agra, sous la présidence de l'hiérophante et de l'archonte-roi. Il est possible qu'à l'origine les mystères d'Agra étaient indépendants, et qu'Athènes ait eu intérêt à les relier à ceux d'Éleusis. Ces Petits Mystères étaient un préliminaire obligatoire. Un délai de six mois était requis avant l'initiation aux Grands Mystères. Les rites de cette préparation sont mal connus, seul un texte de Stéphane de Byzance évoque une imitation de l'histoire de Dionysos[21].

Les Grands Mystères[modifier | modifier le code]

Les Grands mystères duraient neuf jours, d’après la durée de l’errance de Déméter à la recherche de sa fille. En septembre, avant l’automne, le 19e jour du mois Boédromion, on se préparait aux cérémonies préliminaires qui se déroulaient à l’extérieur et qui sont donc mieux documentées. Avant l'initiation proprement dite, le myste devait procéder, dans un acte individuel et non collectif, aux rites de purification destinés à le laver de toutes ses souillures, c'est-à-dire sans doute baptême et sacrifice d'un porcelet[Note 5].

La première partie du rituel débutait par le départ des éphèbes qui quittaient Athènes pour Éleusis le 13 du mois Boédromion, et qui revenaient le lendemain, ramenant les objets sacrés, les ἱερά / hiéra, cachés dans les corbeilles. C'est la prêtresse d'Athéna qui recevait ces reliques sacrées dans l'Éleusinion, un sanctuaire au pied de l'Acropole[22]. Le 15 était consacré au rassemblement (ἀγυρμός) des mystes au Portique Pœcile : ils recevaient les instructions données par les mystagogues, et le hiérokéryx proclamait (πρόρρησις) les cas d'interdiction. Les mystères étaient interdits aux meurtriers et aux sacrilèges dont les mains étaient souillées, et à ceux qui, affligés d'un défaut physique, étaient de ce fait incapables de moduler correctement les formules rituelles[23].

Le 16 de Boédromion était le jour de la lustration générale, au cri de : « À la mer, les mystes » (ἅλαδε μύσται). Les mystes (candidats dignes des mystères) se plongeaient dans la mer pour se purifier avant de procéder au sacrifice purificatoire d'un porcelet. Les deux journées suivantes étaient consacrées à une période de jeûne et de retraite[24]. Le 19, commençait la grande procession solennelle des mystes qui suivaient la statue d'Iacchos[Note 6], les hiéra et les prêtres en direction d’Éleusis, le long de la Voie sacrée. Le cortège faisait quelques haltes[23]. Au pont du Céphise, des spectateurs attroupés lançaient aux mystes brocards et lazzi[25], survivance sans doute d'un vieux rite destiné à écarter le mauvais œil[26],[Note 7]. Aux portes d'Éleusis, le cortège passait devant le palais de Crocôn, l'ancêtre d'une autre famille sacerdotale[27], et les mystes entouraient alors leur main droite et leur jambe gauche avec des bandelettes couleur de safran (en grec ancien κρόκος)[4],[28]. On arrivait à Éleusis vers le soir, toutes torches allumées. C'est alors qu'avait lieu, autour du puits Kallichoros, la cérémonie de la danse aux flambeaux, dite de l’Eikas / εἰκάς, ou « cérémonie du 20e jour », en hommage à Iacchos[29].

Au cours des journées des 20 au 22 Boédromion, avaient lieu les rites secrets de l'initiation proprement dite, dont certains détails nous sont connus grâce aux nombreuses allusions rapportées par plusieurs auteurs. Dans l'enceinte sacrée du péribole, le prêtre sacrifiait solennellement à Déméter et à Korè. Le 21, dans le télestérion, le hall des initiations, après avoir rompu le jeûne en consommant le κυκεών / kykéôn, une boisson à base de lait de chèvre, de menthe et d'épices[Note 8](celle-là même qui, jadis avait restauré la déesse éperdue), les mystes se déclaraient inféodés à Déméter en prononçant la fameuse formule (σύνθημα) conservée par Clément d'Alexandrie[30] :

« ἐνήστευσα, ἔπιον τὸν κυκεῶνα, ἔλαβον ἐκ κίστης, ἐργασάμενος ἀπεθέμην εἰς κάλαθον καὶ ἐκ καλάθου εἰς κίστην. »

« J'ai jeûné ; j'ai bu le kykéon ; j'ai pris dans le panier et, après avoir travaillé, j'ai déposé dans la corbeille, puis, reprenant de la corbeille, j'ai replacé dans le panier. »

De nombreux érudits[31] ont forgé des hypothèses pour rendre compte du sens de ces rites secrets, en les expliquant tantôt par la consommation d'une portion de gâteaux, tantôt par la manipulation de simulacres d'organes génitaux, considérée comme un charme magique de rite de fécondité[Note 9]. Les secrets du monde inférieur étaient révélés aux mystes, secrets peut-être accompagnés de visions ou d'apparitions tantôt effrayantes, tantôt rassurantes[32]. Puis, les épis de blé étaient consacrés, les mystes recevaient des révélations des initiés et accédaient au salut et à la vie après la mort.

L'initiation[modifier | modifier le code]

Les participants[modifier | modifier le code]

Ils étaient constitués des mystes, les nouveaux candidats à l'initiation qui participaient aux mystères pour la première fois, des mystes initiés y retournant une seconde fois pour passer à un niveau supérieur, des époptes (ἐπόπτης) qui étaient passés au plus haut degré d'initiation, et des prêtres qui présidaient aux rites. Parmi ceux qui dirigeaient la cérémonie, on trouvait quatre ministres : le premier dignitaire était le hiérophante Eumolpide, (le prêtre qui révélait les choses sacrées) ; choisi à vie, il avait la surveillance des objets sacrés, les ἱερά qui étaient la propriété de sa famille, et qu'on transportait d'Athènes à Éleusis lors de la grande procession. Il avait aussi la garde des lois non-écrites du sanctuaire dont il était le seul exégète[33]. La prêtresse de Déméter, également désignée à vie, était issue de la famille sacerdotale des Philleides, et était égale en dignité avec l'hiérophante[34]. Son second en dignité, le dadouque, était le chef des hérauts sacrés, des porteurs de flambeaux, et à ce titre avait la charge de porter la double torche pendant la veillée sacrée[17] ; le hiérokéryx / ἱεροκῆρυξ, présent pendant toute l'initiation, devait faire respecter le silence religieux[17] ; il y avait aussi un Assistant (dont le costume symbolisait la lune), et des prêtresses. L'archonte-roi d'Athènes était le surintendant de la cérémonie. La cérémonie était également dirigée par une multitude de prêtres subalternes répartis en différentes classes. Le mystagogue (μυσταγωγός), l'introducteur, avait pour fonction de faire entrer le myste dans un monde social et spirituel nouveau, car la société des initiés forme une société de purs, de saints, des ὅσιοι.

Les rites éleusiniens[modifier | modifier le code]

Ce qui se passait pendant l’initiation aux mystères devait rester secret : cette loi du silence, prescrite aux initiés, est mentionnée dans l’Hymne à Déméter qui évoque « les beaux rites, les rites augustes qu'il est impossible de transgresser, de pénétrer, ni de divulguer »[35] ; mais nous en savons quelque chose par les allusions des auteurs antiques. D'après Aristote, on ne dispensait pas aux futurs initiés un enseignement proprement dit ni un corps de doctrines, mais l'initiation consistait à éveiller chez eux des sentiments et un état d'âme : « Les initiés n'ont pas à apprendre, mais à recevoir des impressions et à être mis dans certaines dispositions, après y avoir été convenablement préparés[36]. » Des chrétiens, notamment Clément d'Alexandrie dans son Discours aux Gentils, ou encore Arnobe[37], Théodoret, et saint Hippolyte[38] en ont parlé de façon polémique mais, comme le souligne l'helléniste Fernand Robert, leurs critiques n’auraient eu aucun impact si elles n’avaient pas reflété la réalité.

Les procédures rituelles étaient à la fois de purification, d'introduction et de consécration. Elles étaient essentiellement lustratoires, par le sacrifice du cochon de lait et l'emploi de la peau de bélier (Διὸς κῲδιον)[39]. Le cérémonial mystique d'Éleusis impliquait des rites comprenant la prononciation de certaines paroles. Nous possédons le texte de la formule que prononçait le myste après avoir bu le kykéon[40]. La communion que représente l'absorption du kykéon (ou cycéon) vise à produire une consécration individuelle. Cette formule s'accompagnait de l’accomplissement de certains gestes ; un des points culminants de l'initiation consistait dans le geste du hiérophante, présentant un épi de blé nouvellement moissonné ; parmi les objets du culte figure le plateau à godets éleusinien appelé κέρνος / kernos, le même que celui trouvé dans les fouilles de Crète, et qui souligne l'origine crétoise du culte[4] ; des représentations liturgiques évoquant la légende de Déméter et Coré impliquaient sans doute, pour figurer les hiérogamies, le mariage sacré entre le hiérophante et une prêtresse, car qui dit mystères, dit union sexuelle avec la divinité[41]. Ce symbolisme sexuel (σύμβολον) fait entrevoir une antique organisation hiérarchique. En effet le hiérophante, revêtu du costume royal[7], appartenait au génos des Eumolpides, famille aristocratique et sacerdotale, et la prêtresse de Déméter, au génos des Philléides (Φιλλεῖδαι) : leur hiérogamie traduit l'image d'un couple royal donc divin[7]. À un moment critique de la cérémonie religieuse, le hiérophante faisait retentir un objet de métal appelé en grec ancien ἠχεῖον / ècheion, « résonateur (d'un tambourin) » ou selon d'autres, « bassin de cuivre »[42]. Or, on sait par ailleurs qu'entrechoquer des objets métalliques, en particulier des armes, passait pour avoir la vertu de mettre fin à la sécheresse[43].

Interprétations modernes[modifier | modifier le code]

Certains auteurs contemporains[44] ont supposé l'idée d'une consommation contrôlée de grains de blé fermentés ou contaminés par l'ergot de seigle préparée par les convertis, prêtres, aux mystères [45]. Le carpophore de l'ergot de seigle contient un hallucinogène proche dans sa nature de celui du LSD, l'acide amide lysergique, c'est d'ailleurs en travaillant à l'élaboration de médicaments ayant les mêmes propriétés médicales que l'ergot (Ergotamine, Ergométrine...), qu'Albert Hofmann le découvrit par erreur dans un premier temps et accidentellement en absorba une infime quantité qui s'avéra riche en expériences. On peut voir sur les gravures relatant les mystères d'Éleusis ou en rapport avec eux, des représentations de personnages sacrés portant à la main des gerbes de blé ou de seigle parasités par le champignon de l'ergot[Note 10]. Certains ethnobotanistes pensent alors au fameux Soma des chamanes du Nord et indo-asiatiques[réf. nécessaire]. Walter Burkert rejette cette hypothèse d'abord du fait de l'absence de preuves, ensuite parce que l'intoxication par l'ergot de seigle est décrite comme un état déplaisant et non euphorique, aussi parce que les initiations impliquaient des milliers de participants et s'accordent mal avec l'expérience individuelle et isolante que l'on constate dans la prise de drogue[46].

Inscription des comptes des épistates éleusiniens et des trésoriers de Déméter et de Korè, datés de 329/8 av. J.-C. (IG II² 1672) (Musée épigraphique d'Athènes).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Textes éleusiniens (Éleusinia)[modifier | modifier le code]

  • Trad. et texte grec d'écrits éleusiniens (dès 610 av. J.-C. avec l’Hymne homérique à Déméter) : Giorgio Colli, La sagesse grecque, L'éclat, t. I : Dionysos, Apollon, Éleusis, Orphée, Musée, Hyperboréens, Énigme, p. 92-115.
  • Hymne homérique à Déméter (610 av. J.-C.) Lire en ligne Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Nombreuses citations chez Victor Magnien, Les Mystères d'Éleusis. Leurs origines, le rituel de leurs initiations, Payot, 1929, 3° éd. 1950 Lire en ligne

Études[modifier | modifier le code]

  • Paul Foucart, Les Mystères d'Éleusis (1914), Pardès, 1992, 508 p.
  • Georges Méautis, Les dieux de la Grèce et les mystères d'Éleusis, PUF, 1959.
  • Robert Turcan, « Les Mystères d'Éleusis, la quête du bonheur suprême » dans Religions & Histoire n° 24, Jan. - Fév. 2009, Éd. Faton, 2009, p. 26 à 35.
  • Armand Delatte, Le Cycéon, breuvage rituel des mystères d'Éleusis, Les Belles Lettres, 1955 (Lire la présentation en ligne)
  • Charles Picard, « L'épisode de Baubô dans les mystères d'Éleusis », Revue d'Histoire des Religions, 1927, vol. I ; autre article du même auteur dans cette même Revue en 1929, vol.I, page 9 sqq.
  • Louis Séchan et Pierre Lévêque, Les Grandes Divinités de la Grèce, Paris, E. de Boccard, , 438 p., p. 135 à 161 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Louis Gernet et André Boulanger, Le Génie grec dans la religion, Albin Michel, coll. « Évolution de l'humanité », , p. 110 à 118 : « L'évolution des Mystères » Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Boyancé, « Sur les mystères d'Éleusis », Revue des Études grecques, no 75,‎ , p. 460-482.
  • Pierre Roussel, « L'initiation préalable et le symbole éleusinien », Bulletin de correspondance hellénique, vol. 54, no 1,‎ , p. 51 à 74. (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Le chimiste Albert Hofmann, qui synthétisa le LSD, ainsi que Robert Gordon Wasson et Carl A. P. Ruck publièrent une étude sur les plantes utilisées dans les Mystères d'Éleusis : The Road to Eleusis : Unveiling the Secret of the Mysteries, Harcourt, Brace, Jovanivich, New York, 1978.

Fiction[modifier | modifier le code]

  • Le Mystère d'Éleusis, troisième tome de la série romanesque Titus Flaminius.
  • Dans Mémoires d'Hadrien, autobiographie imaginaire de l'empereur éponyme, Marguerite Yourcenar fait évoquer par son narrateur son initiation au culte d'Éleusis, ainsi qu'à d'autres pratiques ésotériques grecques et orientales.
  • Dans le Symbole Perdu de Dan Brown, l'auteur fait référence aux mystères d'Éleusis en disant que Socrate, voulant garder son droit de libre parole, avait toujours refusé de participer formellement aux mystères d'Éleusis.
  • Dans le jeu Titan Quest par THQ, où l'on peut traverser une zone représentant « la vieille cité d'Éleusis ».
  • Dans le jeu de rôle Nephilim, les Mystères d'Éleusis sont une composante de l'Arcane mineure de l'Épée, les Mystères du Septentrion, qui a récupéré une des 22 Lames Majeures d'Akhenaton et construit un culte autour de Perséphone pour cacher son secret. (Cf. Nephilim Révélations - Les Arcanes Mineures).
  • Dans Le Palimpseste d'Archimède, roman écrit par Éliette Abécassis et paru en 2013, les Mystères d'Éleusis sont au cœur de l'intrigue.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Daremberg et Saglio [1]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Au son de la flûte, le chœur des initiés éleusiniens invoquent Iacchos avant Déméter : voir Aristophane, Les Grenouilles, vers 324 à 353.
  2. Les Mystères de Lerne étaient déjà consacrés au couple Dionysos-Déméter, et à Delphes, la déesse a Dionysos pour parèdre, comme le signale Pindare dans la VIIe de ses Isthmiques, au vers 5.
  3. Louis Séchan et Pierre Lévêque 1966, p. 146 indiquent le dernier tiers du VIIe siècle av. J.-C. mais d'autres auteurs ne se prononcent pas.
  4. L'idée selon laquelle l'immortalité correspond à un privilège social réservé aux princes est nettement exprimée chez Pindare, Olympiques, 58 sq.
  5. Nous ne connaissons pas suffisamment les rites qui étaient accomplis dans cette partie des Mystères. Un sacrifice est représenté sur l'urne Lovatelli et sur le sarcophage de Torre-Nova, où Pierre Roussel, (op.cit.) reconnaît l'initiation préalable d'Héraclès.
  6. On invoquait ce jeune dieu avec des chants pleins de ferveur que rapporte Aristophane dans Les Grenouilles, vers 316 à 353.
  7. On appelait cette coutume le géphyrisme, du grec γεφυρισμός.
  8. Dans l'Hymne homérique à Déméter, vers 208 et 209, il est question d'une boisson faite de farine, d'eau et de menthe.
  9. Voir les explications détaillées chez Séchan et Lévêque 1996, p. 151-152.
  10. Art grec du VIe siècle au IVe siècle av. J.-C. représentation de Déméter, Perséphone, Triptolème.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Gernet et Boulanger 1970, p. 110.
  2. a, b et c Hymne à Déméter, 474-477 ; Aristophane, Les Grenouilles, 384.
  3. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne], V, 77, 3 ; Gernet et Boulanger 1970, p. 112.
  4. a, b et c Notice de Jean Humbert aux Hymnes d'Homère, éd. des Belles Lettres, 1959, p. 26 à 29.
  5. Notice de Jean Humbert aux Hymnes d'Homère, éd. des Belles Lettres, 1959, p. 28.
  6. Notice de Jean Humbert aux Hymnes d'Homère, éd. des Belles Lettres, 1959, p. 31.
  7. a, b et c Gernet et Boulanger 1970, p. 113.
  8. a et b Aristote, Constitution d'Athènes, 57.
  9. Paul Foucart, Les Mystères d'Éleusis, p. 144.
  10. Séchan et Lévêque 1966, p. 147.
  11. Paul Foucart, Les Mystères d'Éleusis, p. 297 et 432.
  12. Gernet et Boulanger 1970, p. 113-115.
  13. Gernet et Boulanger 1970 p. 116-117.
  14. Hymne à Déméter, 233 sq.
  15. Gernet et Boulanger 1970, p. 117.
  16. Isocrate, Panégyrique, 157.
  17. a, b et c Séchan et Lévêque 1966, p. 148.
  18. Cicéron, De natura deorum, I, 119.
  19. Dion Cassius, Histoires romaines, 69, 11.
  20. Gernet et Boulanger 1970, p. 111.
  21. Séchan et Lévêque 1966, p. 149.
  22. Plutarque, Vies parallèles [détail des éditions] [lire en ligne], Phokion, 28.
  23. a et b Séchan et Lévêque 1966, p. 150.
  24. Aristote, Constitution d'Athènes, 56, 4 ; Voir Paul Foucart, op. cit., p. 317 et 320.
  25. Strabon, IX, 1, 24 ; Hésychius, s.v. Γεφυρίς et Γεφυρισταί.
  26. William Keith Chambers Guthrie, Les Grecs et leurs dieux, Payot, 1956, p. 318.
  27. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], I, 38, 2 et 4.
  28. Séchan et Lévêque 1966, p. 151.
  29. Aristophane, Les Grenouilles, 340 à 353 ; Euripide, Ion, 1074 sq. ; Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], I, 38, 6.
  30. Clément d'Alexandrie, Protreptique, 2, 21, 2.
  31. Pierre Roussel, Ch. A. Lobeck, Paul Foucart, A. Körte, Charles Picard et Martin P. Nilsson.
  32. Platon, Phèdre, 250 b-c ; Dion Chrysostome, Orationes, 12 p. 387 ; Lucien de Samosate, 16, 22 ; Aelius Aristide, Éleus., p. 256.
  33. Lysias, Contre Andocide, 10.
  34. Démosthène, Contre Nééra, 78 et 116.
  35. Hymne à Déméter, vers 476 à 479.
  36. J. Croissant, Aristote et les Mystères, p. 146.
  37. Arnobe, Adversus Gentes, 5, 26.
  38. Notice de Jean Humbert aux Hymnes d'Homère, éd. des Belles Lettres, 1959, p. 26, note 1.
  39. Gernet et Boulanger 1970, p. 114.
  40. Armand Delatte, Le cycéon, breuvage rituel des mystères d'Éleusis.
  41. Fernand Robert, La religion grecque, PUF, coll. Que sais-je ?, 1981, p. 47.
  42. D'après Apollodore, scholie à Théocrite, II, 36. Voir Louis Gernet et André Boulanger, Le Génie grec dans la religion, Albin Michel, 1970, p. 74.
  43. Apollonios de Rhodes, II, 518.
  44. Albert Hoffman ; R.E. Shultes, Les plantes des Dieux ; Les mystères d'Éleusis par G. Wasson, Carl A. P. Ruck.
  45. Peter Webster, Daniel M. Perrine,Carl A. P. Ruck, « Mixing the Kykeon »,‎ 2000.
  46. Walter Burkert, Les cultes à mystères dans l'Antiquité, Les Belles Lettres, p. 98.