Olympia (Manet)

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Olympia
Edouard Manet - Olympia - Google Art Project 2.jpg
Artiste
Date
Type
Technique
Lieu de création
Dimensions (H × L)
130.5 × 190 cm
Localisation
Propriétaire
Numéro d’inventaire
RF 644Voir et modifier les données sur Wikidata
Inscription
ED.MANET 1863Voir et modifier les données sur Wikidata
Commentaire
Manet a aussi gravé cinq versions de son Olympia

Olympia est le tableau le plus célèbre d'Édouard Manet, conservé au musée d'Orsay à Paris. Peinte en 1863, l'œuvre fut exposée pour la première fois (sous le numéro 1428) au Salon de 1865[1], qui se tint du 1er mai au 20 juin, au Palais de l'Industrie, sur les Champs-Élysées. Le tableau créa un scandale retentissant[2].

Description[modifier | modifier le code]

L'œuvre, qui va susciter un scandale encore plus important que le Déjeuner sur l'herbe, représente au premier plan une jeune femme nue d'une blafarde nudité, le pied gauche encore chaussé d'une mule, allongée sur un divan et un châle d'un cachemire blanc, dans un intérieur décoré de tentures vertes et de tapisseries. Posée sur deux oreillers satinés, elle est accoudée sur son bras droit, la main gauche sur la naissance de ses jambes, le regard porté avec insolence vers le spectateur[3].

Au second plan, derrière le lit, une femme noire lui présente à droite un bouquet de fleurs devant un fond vert ; un chat noir se dresse sur l'extrémité droite du lit, la queue levée.

Dans le livret du Salon, le titre Olympia était accompagné de cinq vers de Zacharie Astruc :

« Quand, lasse de songer, Olympia s'éveille
Le printemps entre au bras du doux messager noir ;
C'est l'esclave, à la nuit amoureuse pareille,
Qui vient fleurir le jour délicieux à voir ;
L'auguste jeune fille en qui la flamme veille... »

Analyse[modifier | modifier le code]

Olympia s'inspire de la Vénus d'Urbin du Titien, dont Manet avait exécuté une copie sur toile, une aquarelle, une sanguine et deux dessins [4], lors d'un voyage en Italie en 1853. La composition est identique, avec la division du fond en deux au milieu de la figure principale, et la figure secondaire à droite. Le modèle de l'Olympia adopte une pose identique à celle de la Vénus d'Urbin, et comme elle son regard fixe le spectateur, comme aussi La Maja nue de Francisco Goya[5]. Manet a aussi remplacé le chien aux pieds de la jeune femme dans le tableau de la Vénus d’Urbin, associé, au temps du Titien, à la fois à la pulsion sexuelle et à la fidélité, par un chat noir à la queue relevée.

La critique, ignorant le tableau du Titien, vit dans celui de Manet la représentation d'une courtisane, de basse ou de haute volée[6]. Le public de Manet a vite identifié le modèle à ses « pieds rugueux » qui désignent la « pierreuse » ou la « marcheuse », prostituée qui opère sur la voie publique. Pourtant, le bouquet fait par un fleuriste et qui évoque la venue de son client, la femme de chambre, l'épais canapé recouvert d'un cachemire, ses parures (fin ruban de velours autour du cou, bracelet qui appartenait à la mère du peintre[7]) montrent une certaine ascension sociale et évoquent plutôt une demi-mondaine[8].

Des éléments de la composition de même inspirés de la peinture italienne classique ont perturbé les critiques, comme le bouquet de fleurs, nature morte s'invitant de manière selon certains incongrue dans un tableau de nu, ou l'absence d'une perspective construite, ce en quoi il suit toujours le tableau du Titien[9].

Au milieu du XIXs siècle le nu n'est admissible que s'il est situé dans un espace exotique ou dans un autre temps. Dans la toile de Manet, le modèle, Victorine Meurent, est fortement individualisé ce qui s'oppose à la traditionnelle idéalisation des nus[réf. souhaitée].

Contrairement au Déjeuner sur l'herbe, inspiré également par la peinture italienne de la Renaissance[10], Olympia n'est pas tant choquante par son thème que par la manière dont ce thème est traité et certains critiques d'art vont se dire scandalisés par le caractère du tableau. Paul de Saint-Victor parle de « l'Olympia faisandée de monsieur Manet »[11].

Le scandale[modifier | modifier le code]

Bien que Manet ait à l'évidence cherché le scandale en représentant une prostituée de luxe (« Olympia » est le sobriquet des cocottes à son époque, la servante noire représente son admirateur qui vient lui rendre visite et le chat noir au pied du lit le symbole de la lubricité[13]), l'avalanche de récriminations dont il fut la victime malgré le soutien de son ami Charles Baudelaire et d'Émile Zola[14] l'accabla assez fortement. La critique, suivie par le public, trouvait que la figure n'était pas assez jolie[15]. « Pour cette école tout réside dans la justesse du rendu ; elle affecte malheureusement une prédilection pour les sujets communs ou repoussants », écrit un critique modéré[16]. La médaille d'honneur avait été attribuée à Alexandre Cabanel, dont la Vénus, présentée au Salon deux ans auparavant, figure par contraste le goût de l'époque.

Selon l'analyse de l'Oympia par Michel Foucault, la source lumineuse qui éclaire l’Olympia se trouve du côté des spectateurs. La correspondance entre la source lumineuse et le regard des spectateurs leur donne l'impression qu'ils dénudent la femme : « Elle n'est nue que pour nous puisque c'est nous qui la rendons nue et nous la rendons nue puisque en la regardant, nous l'éclairons, puisqu'en tout cas notre regard et l'éclairage ne font qu'une seule et la même chose[17]. ». Manet a essayé de présenter la réalité avec ce rapport aux spectateurs qui admiraient presque toujours l'idéal dans un tableau. Comme Manet l'a dit :

« Je rends aussi simplement que possible les choses que je vois. Ainsi l'Olympia, quoi de naïf ? Il y a des duretés, me dit-on, elles y étaitent. Je les vues. J'ai fait ce que j'ai vu[18]. »

Ce que commente Eric Darragon : « Manet ne faisait que raviver la question car c'est bien ce qu'il avait vu qu'on ne voulait pas voir[18] ». Ce que le public reprochait à ce tableau était de l'obliger à regarder en face cette femme nue. Deux témoignages montrent bien la réaction des spectateurs à ce tableau : « Le bouc-émissaire du Salon, la victime de la loi de Lynch parisienne. Chaque passant sa pierre et la lui jette à la face[19] », « Il y a des bourgeois qui, visitant le Salon, ont voulu la percer avec leur parapluie, ils trouvaient cela indécent[20] »

Itinéraire du tableau[modifier | modifier le code]

En 1884, le scandale n'est pas éteint. L'œuvre est aux enchères lors de la vente publique de l'atelier de l'artiste. Sa veuve décide de racheter le tableau. En 1889, alors qu'un amateur américain semble intéressé par l'œuvre, Claude Monet décide de racheter le tableau à la veuve afin de l'offrir au musée du Louvre. Il lance alors une souscription afin de rassembler les 20 000 francs demandés par la veuve. Le docteur Bellio résume le mieux les objectifs de l'opération : « Elle (la souscription) aura le triple mérite d'être un juste tribut d'hommages rendu à la mémoire de ce pauvre cher Manet, de venir en aide d'une façon discrète à sa veuve et enfin de conserver à la France une œuvre vraiment valeureuse ». Monet entretient cette année là une correspondance très active. Mi-octobre 15 000 francs sont déjà réunis, cependant il semble que le Louvre n'est pas prêt à accepter le don[21].

Monet a en effet demandé au député Antonin Proust son aide pour sonder le musée, Proust répond que s'il est favorable à l'entrée de Manet au Louvre, cela devrait se faire par d'autres tableaux que l'Olympia. Une solution transitoire semble être de faire d'abord entrer le tableau au musée du Luxembourg. Au même moment, Suzanne Manet fait savoir qu'elle n'a nullement besoin d'aide par l'intermédiaire du Figaro. S'en suit des échanges peu aimable entre Proust et Mirbeau, ami de Monet, par journaux interposés. Cependant l'incident est rapidement clos[21].

Le , Monet est reçu par le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts et lui remet la lettre officialisant le don de l'œuvre au Louvre avec la liste des souscripteurs à la condition que le tableau soit exposé soit au Louvre soit au Luxembourg. La décision revient à Gustave Larroumet, alors directeur des Beaux-Arts. Il répond que l'œuvre peut être admis au Luxembourg mais sans assurance d'exposition. Cette réponse ne satisfait pas Monet, qui est soutenu par le député Camille Pelletan. Finalement le Louvre donne l'assurance que le tableau sera exposé[21].

En mars 1890, le tableau est acheté à Suzanne Manet pour 19 415 francs et entre au Luxembourg peu après[21].

Le tableau était conservé au musée du Luxembourg de 1890 à 1907 après, il a été attribué au musée du Louvre en 1907. En 1947, on l'a transféré à la galerie du Jeu de paume. En 1986, ce tableau a été finalement affecté au musée d'Orsay[22]

Hommage en bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • Catherine Meurisse, Moderne Olympia, coéditions Futuropolis et Musée d'Orsay, 2014. L'ouvrage fait référence à ce tableau Olympia de Manet conservé au Musée d'Orsay, musée coéditeur de l'album[23] : « La figure de la femme dans l’art m’intéresse, qu’elle soit muse, modèle ou peintre. Olympia s’est imposée à moi car il s’agit d’un tableau phare d’Orsay, c’est la Joconde locale ! »[24], déclare l'auteure Catherine Meurisse à Télérama en mars 2014.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Histoires de peinture de Daniel Arasse pour le parallèle analytique avec la Vénus d'Urbin du Titien et surtout l'absence de perspective.
  • Daniel Wildenstein, Monet ou le Triomphe de l'Impressionnisme, Cologne, Taschen,‎ (ISBN 978-3-8365-2322-6)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Explication des Ouvrages de peinture, sculpture, architecture, gravure et lithographie des artistes vivants exposés au Palais des Champs-Élysées le 1er mai 1865, p.188. L'envoi de Manet comprenait aussi Jésus insulté par les soldats (n°1427).
  2. « C'est le tableau de Manet qui suscita le plus grand scandale », Catalogue de l'exposition « Manet », Musée de l'Orangerie, 1932, p.14.
  3. Marina Ferretti Bocquillon, L'impressionnisme, Presses Universitaires de France,‎ , p. 31
  4. 24 × 37 cm.
  5. « Il est plus que probable que Manet en eut l'idée en regardant la Maja de Goya », écrit Paul Jamot, « Études sur Manet », La Gazette des beaux-arts,‎ , p. 42 (lire en ligne).
  6. Marina Ferretti Bocquillon, L'impressionnisme, PUF,‎ , p. 30
  7. Pour une analyse détaillée du bracelet de l’Olympia lire : Marie-Emilie Vaxelaire, « Le bijou féminin dans la peinture du XIXe siècle », L’Estampille L’Objet d’Art, no 437,‎ .
  8. Emmanuel Pernoud, Le bordel en peinture : l'art contre le goût, A. Biro,‎ , p. 36
  9. voir l'analyse de Daniel Arasse
  10. Le Concert champêtre de [Giorgione]].
  11. Dominique Bona, Berthe Morisot, Grasset, 2000
  12. Eric Darragon, Manet, Paris : Citadelles & Mazenod, 1991.
  13. Françoise Cachin, Edouard Manet. « J'ai fait ce que j'ai vu », Gallimard,‎ , p. 56 et 130
  14. Zola, Ed. Manet, 1867
  15. « L'idéalisme régnait en maître absolu (...) On était fanatique du joli », expliquera Edmond Bazire (Manet, 1884).
  16. Louis Gallet, Salon de 1865, p. 17. Cet auteur dédaigne de commenter Olympia.
  17. Michel Foucault, La peinture de Manet, Paris, Seuil,‎ , p. 40
  18. a et b Eric Darragon, Manet, Paris, Citadelles & Mazenod,‎ , 2e éd., p. 157.
  19. Darragon 1991, p. 154
  20. Foucault 2004, p. 39.
  21. a, b, c et d Wildenstein 1996, p. 256-268
  22. Notice de l'œuvre, sur le site du musée d'Orsay.
  23. Notice de l'ouvrage, sur le site du Musée d'Orsay.
  24. « La bédéthèque idéale #46 : “Moderne Olympia”, une fantaisie picturale de Catherine Meurisse », article journalTélérama, du 26/03/2014.