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Nombre parfait

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Illustration du caractère parfait du nombre 6
Illustration du caractère parfait du nombre 6 à l'aide de réglettes Cuisenaire : 6 est divisible par 1 (réglettes blanches), par 2 (réglettes rouges) et par 3 (réglettes vertes) et la somme de ces trois réglettes redonne bien 6

En arithmétique, un nombre parfait est un entier naturel égal à la somme de ses diviseurs sauf lui-même (ses diviseurs stricts). Plus formellement, un nombre parfait est un entier tel que où σ(n) est la somme des diviseurs positifs de . Ainsi 6 est un nombre parfait car ses diviseurs positifs sont 1, 2, 3 et 6, et il vérifie bien 6 = 1 + 2 + 3, et 12 n'est pas un nombre parfait car ses diviseurs sont 1, 2, 3, 4, 6 et 12, mais 1 + 2 + 3 + 4 + 6 = 16.

Fin 2024, seuls 52 nombres parfaits sont connus, et ils sont tous pairs. Et on ne sait pas s'il existe ou non des nombres parfaits impairs, ni s'il existe un nombre infini de nombres parfaits pairs.

Nombres parfaits pairs

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Premières découvertes

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Dans le Livre IX de ses Éléments, Euclide, au IIIe siècle av. J.-C., a démontré que si est premier, alors est parfait.

Par ailleurs, Leonhard Euler, au XVIIIe siècle, a démontré que tout nombre parfait pair est de la forme proposée par Euclide. La recherche de nombres parfaits pairs est donc liée à celle des nombres de Mersenne premiers (nombres premiers de la forme , l'entier étant alors nécessairement premier). La « perfection » d'un tel nombre s'écrit :

Les quatre premiers nombres parfaits sont connus depuis l'Antiquité :

  • 6 = 21(22 − 1) = (1 + 2) + 3 ;
  • 28 = 22(23 − 1) = (1 + 2 + 4) + (7 + 14) ;
  • 496 = 24(25 − 1) = (1 + 2 + 4 + 8 + 16) + (31 + 62 + 124 + 248) ;
  • 8 128 = 26(27 − 1) = (1 + 2 + 4 + 8 + 16 + 32 + 64) + (127 + 254 + 508 + 1 016 + 2 032 + 4 064).

Depuis, le total est passé à 52 nombres parfaits (puisqu'on ne connaît que 52 nombres de Mersenne premiers, le dernier découvert en octobre 2024[1]) sans même que l'on sache, à partir du 49e, s'il n'y a pas des « trous » (des nombres parfaits intermédiaires non encore découverts)[2],[3].

Les sept premiers nombres parfaits pairs sont donnés dans le tableau suivant (correspondant à la suite A000396 de l'OEIS)[a] :

p Nombre de Mersenne premier Mp Nombre parfait 2p − 1Mp
2 3 6
3 7 28
5 31 496
7 127 8 128
13 8 191 33 550 336
17 131 071 8 589 869 056
19 524 287 137 438 691 328

Propriétés

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  • Un nombre parfait pair étant de la forme , c'est un nombre hexagonal (donc aussi un nombre triangulaire) et, en tant que tel, la somme des entiers naturels jusqu'à un certain rang (impair), en l'occurrence .
  • Un nombre parfait pair, excepté le premier, est la somme des premiers cubes impairs.
Exemples : 28 = 13 + 33 ; 496 = 13 + 33 + 53 + 73 ; 8128 = 13 + 33 + 53 + 73 + 93 + 113 + 133 + 153.
  • Le seul nombre parfait pair qui est égal à la somme de deux cubes est le nombre [4]. En conséquence, est aussi le seul nombre parfait pair de la forme .
  • En base 10, un nombre parfait pair se termine par (si ou si est de la forme ) ou par (si est de la forme )[5].
Cette propriété peut être précisée et étendue comme suit :
  • écrit en base dix, tout nombre parfait pair où est de la forme se termine par [6].
  • écrit en base dix, tout nombre parfait pair où est de la forme se termine par ou , le seul ayant cette dernière terminaison étant [7].
  • En base 9, un nombre parfait pair différent de se termine toujours par [8],[9].

Nombre parfait impair

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Dès l'Antiquité, des mathématiciens s'interrogent sur l'existence de nombres parfaits impairs. L'impossibilité de démontrer cette existence, même seulement en exhibant un seul exemple de tel nombre, amène Jacques Lefèvre en 1496 à affirmer, sans en donner de preuve, que tout nombre parfait est de la forme décrite par Euclide[11], donc qu'aucun nombre parfait impair n'existe.

Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, Euler démontre qu'un nombre parfait impair, s'il devait en exister un, serait de la forme[12] :

est un nombre impair, un nombre premier impair qui ne divise pas et où la relation suivante est remplie : .

Aujourd'hui, les mathématiciens ignorent encore si des nombres parfaits impairs existent, même si la plupart d'entre eux conjecturent qu'il n'en existe pas.

Les travaux menés sur ce sujet par de nombreux mathématiciens ont mis en évidence un nombre croissant de propriétés qu'un nombre parfait impair N, s'il devait exister, devrait avoir. Certaines d'entre elles sont indiquées ci-dessous[b]:

  • N a une décomposition en facteurs premiers de la forme
    où les entiers q, pi, α et ei vérifient les propriétés suivantes :
    • q, p1, … , pk sont des nombres premiers distincts (Euler) ;
    • q ≡ α ≡ 1 (modulo 4) (Euler) ;
    • le plus petit facteur premier de N est inférieur à[13] (2k + 8) / 3 ;
    • la relation e1e2 ≡ … ≡ ek ≡ 1 (modulo 3) n'est pas satisfaite[14] ;
    • qα > 1062 ou pj2ej > 1062 pour au moins un[15] j ;
    • N est inférieur à[16] 24k.
    • Si ei ≤ 2 pour tout i :
      • le plus petit diviseur premier de N est au moins[17] 739 ;
      • α ≡ 1 (modulo 12) ou α ≡ 9 (modulo 12)[14].
  • N est de la forme 12m + 1 ou 324m + 81 ou 468m + 117[18].
  • N est supérieur à[15] 101 500.
  • Le plus grand diviseur premier de N est supérieur à[19] 108.
  • Le second plus grand diviseur premier de N est supérieur à[20] 104 et le troisième à[21] 100.
  • N se décompose en au moins 101 facteurs premiers[15] dont au moins 10 facteurs premiers distincts[22]. Si 3 n'est pas un diviseur de N, alors N comporte au moins 12 diviseurs premiers distincts[23].

John Voight a trouvé un nombre impair N = n ⋅ pn et p sont premiers entre eux, p premier et , alors qu'il faudrait pour que N soit parfait impair ( et ) [24],[25]. Il considère alors comme nombre parfait impair négatif.

En 2003, Carl Pomerance a présenté une méthode heuristique qui suggère qu'aucun nombre parfait impair n'existe[26].

Exemples de propriétés

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Comme on l'a vu précédemment les nombres parfaits pairs ont une forme bien précise et les nombres parfaits impairs sont rares si tant est qu'ils existent. L'étude des nombres parfaits a conduit à la découverte d'une grande variété de leurs propriétés, dont certaines sont indiquées ci-dessous :

Une démonstration simple de cette propriété pour les nombres parfaits pairs est donnée ci-dessous :

Notions apparentées

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Si la somme des diviseurs stricts est plus petite que le nombre, ce nombre est dit déficient. Dans le cas où la somme est plus grande, le nombre est dit abondant. Ces termes sont issus de la numérologie grecque. Un couple de nombres dont chacun est la somme des diviseurs stricts de l'autre est dit amical, les cycles plus étendus sont dits sociables. Un entier positif tel que chaque entier inférieur est la somme de diviseurs distincts du premier nombre est dit pratique.

Notes et références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Perfect number » (voir la liste des auteurs).
  1. La ligne p = 11 est absente car M11 n'est pas premier. Pour toute la liste connue, voir « Nombre de Mersenne premier ».
  2. Dans ce qui suit, désigne le nombre de facteurs premiers distincts de N moins un (soient q et p1 à pk).
  3. Car un nombre est un carré parfait si et seulement si le nombre de ses diviseurs est impair.
  4. Ce résultat ancien est beaucoup moins précis que ceux connus actuellement (voir supra).

Références

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  1. « Mersenne Prime Number discovery - 2136 279 841-1 is Prime! », sur Great Internet Mersenne Prime Search,
  2. (en) Mersenne primes and perfect numbers sur le site Prime Pages.
  3. (en) GIMPS Milestones sur le site Great Internet Mersenne Prime Search.
  4. a et b Luis H. Gallardo, « On a remark of Makowski about perfect numbers », Elemente der Mathematik, vol. 65, no 3,‎ , p. 121–126 (ISSN 0013-6018 et 1420-8962, DOI 10.4171/em/149, lire en ligne, consulté le )
  5. Kenneth Hanawalt, « The end of a perfect number », The Mathematics Teacher, vol. 58, no 7,‎ , p. 621–622 (ISSN 0025-5769, lire en ligne, consulté le )
  6. Mahdi Abdeljaoud, introduction à l'arithmétique, Tunis, centre de publications universitaires, , p. 58
  7. (en) A. Fraenkel, Integers and Theory of Numbers, New York, Scripta Mathematica, , 102 p. (lire en ligne), p. 47-51
  8. H. Novarese. Note sur les nombres parfaits, Texeira J. VIII (1886), 11-16.
  9. (en) Leonard Eugene Dickson, History of the Theory of Numbers (en) [détail des éditions], vol. I, p. 25.
  10. (en) Douglas E. Iannucci, « The Kaprekar Numbers », Journal of Integer Sequences, vol. 3, 2000, Article 00.1.2.
  11. (en) Leonard Eugene Dickson, History of the Theory of Numbers (en) [détail des éditions], vol. I, p. 6.
  12. (en) Don Redmond, Number Theory : An introduction, New York, Marcel Dekker, , 784 p. (ISBN 0-8247-9696-9, lire en ligne), p. 424-425
  13. (de) Otto Grün, « Über ungerade vollkommene Zahlen », Mathematische Zeitschrift, vol. 55, no 3,‎ , p. 353-354 (DOI 10.1007/BF01181133).
  14. a et b (en) Wayne L. McDaniel, « The non-existence of odd perfect numbers of a certain form », Archiv der Mathematik (Basel), vol. 21,‎ , p. 52-53 (DOI 10.1007/BF01220877).
  15. a b et c (en) Pascal Ochem et Michaël Rao, « Odd perfect numbers are greater than 101500 », Math. Comp., vol. 81, no 279,‎ , p. 1869-1877 (DOI 10.1090/S0025-5718-2012-02563-4, lire en ligne).
  16. (en) Pace P. Nielsen, « An upper bound for odd perfect numbers », Integers, vol. 3,‎ , A14 (lire en ligne).
  17. (en) Graeme L. Cohen, « On the largest component of an odd perfect number », J. Société mathématique australienne, vol. 42, no 2,‎ , p. 280-286 (lire en ligne).
  18. (en) Tim S. Roberts, « On the Form of an Odd Perfect Number », Australian Mathematical Gazette, vol. 35, no 4,‎ , p. 244 (lire en ligne).
  19. (en) Takeshi Goto et Yasuo Ohno, « Odd perfect numbers have a prime factor exceeding 108 », Math. Comp.,‎ (lire en ligne).
  20. (en) D. E. Iannucci, « The second largest prime divisor of an odd perfect number exceeds ten thousand », Math. Comp., vol. 68, no 228,‎ , p. 1749-1760 (lire en ligne)
  21. (en) D. E. Iannucci, « The third largest prime divisor of an odd perfect number exceeds one hundred », Math. Comp., vol. 69, no 230,‎ , p. 867-879 (lire en ligne).
  22. (en) Pace P. Nielsen, « Odd perfect numbers, Diophantine equations, and upper bounds », Math. Comp., vol. 84,‎ , p. 2549-2567 (DOI 10.1090/S0025-5718-2015-02941-X, lire en ligne).
  23. (en) Pace P. Nielsen, « Odd perfect numbers have at least nine different prime factors », Math. Comp., vol. 76, no 260,‎ , p. 2109-2126 (DOI 10.1090/S0025-5718-07-01990-4, lire en ligne), arXiv:math.NT/0602485.
  24. (en) « Mathematicians Open a New Front on an Ancient Number Problem », sur Quanta magazine,
  25. Andersen, Nickolas; Durham, Spencer ; Griffin, Michael J. ; Hales, Jonathan ; Jenkins, Paul ; Keck, Ryan ; Ko, Hankun ; Molnar, Grant; Moss, Eric ; Nielsen, Pace P. ; Niendorf, Kyle ; Tombs, Vandy; Warnick, Merrill ; Wu, Dongsheng, « Odd, spoof perfect factorizations », J. Number Theory, no 234,‎ , p. 31-47 (arXiv 2006.10697) arXiv version
  26. (en) Oddperfect.org.
  27. a et b Oystein Ore, « On the Averages of the Divisors of a Number », The American Mathematical Monthly, vol. 55, no 10,‎ , p. 615 (DOI 10.2307/2305616, lire en ligne, consulté le )
  28. (de) Ullrich Kühnel, « Verschärfung der notwendigen Bedingungen für die Existenz von ungeraden vollkommenen Zahlen », Mathematische Zeitschrift, vol. 52,‎ , p. 201-211 (lire en ligne).
  29. Florian Luca, « The Anti-Social Fermat Number », The American Mathematical Monthly, vol. 107, no 2,‎ , p. 171–173 (ISSN 0002-9890, DOI 10.2307/2589441, lire en ligne, consulté le )

Liens externes

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