Nombre de Fermat

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Pierre de Fermat étudia les propriétés des nombres portant maintenant son nom.

Un nombre de Fermat est un entier naturel qui peut s'écrire sous la forme 22n + 1, avec n entier. Le n-ème nombre de Fermat, 22n + 1, est noté Fn.

Ces nombres doivent leur nom au mathématicien français Pierre de Fermat (1601-1665) qui émit la conjecture que tous ces nombres étaient premiers. Cette conjecture se révéla fausse, F5 étant composé, de même que tous les nombres de Fermat jusqu'à F32. On ne sait pas si les nombres à partir de F33 sont premiers ou composés. Les seuls nombres de Fermat premiers connus sont donc F0, F1, F2, F3 et F4.

Ces nombres disposent de propriétés intéressantes, en général issues de l'arithmétique modulaire ; en particulier, Carl Friedrich Gauss a établi un lien entre ces nombres et la construction à la règle et au compas des polygones réguliers : un polygone régulier à n côtés peut être construit à la règle et au compas si et seulement si n est une puissance de 2, ou le produit d'une puissance de 2 et de nombres de Fermat premiers distincts.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1640, dans une lettre adressée à Bernard Frénicle de Bessy, Pierre de Fermat énonce, et probablement démontre son petit théorème : « Et cette proposition est généralement vraie en toutes progressions et en tous nombres premiers ; de quoi je vous envoierois la démonstration, si je n'appréhendois d'être trop long »[1]. Ce théorème lui permet d'étudier les nombres portant maintenant son nom. Dans cette même lettre[2], il émet la conjecture que ces nombres sont tous premiers mais reconnaît qu'il n'en a pas encore trouvé de preuve « je n'ai pu encore démontrer nécessairement la vérité de cette proposition ». Cette hypothèse le fascine, deux mois plus tard, dans une lettre à Marin Mersenne, il écrit : « Si je puis une fois tenir la raison fondamentale que 3, 5, 17, etc. sont nombres premiers, il me semble que je trouverai de très belles choses en cette matière, car j'ai déjà trouvé des choses merveilleuses dont je vous ferai part »[3]. Il écrit encore à Blaise Pascal : « je ne vous demanderais pas de travailler à cette question si j'avais pu la résoudre moi-même ». Dans une lettre à Kenelm Digby, non datée mais envoyée par Digby à John Wallis le 16 juin 1658, Fermat donne encore sa conjecture[4] comme non démontrée[5]. Toutefois, dans une lettre de 1659 à Pierre de Carcavi[6], il s'exprime en des termes qui, selon certains auteurs, impliquent qu'il estime avoir trouvé une démonstration[7].

Cette conjecture se révèlera fausse, c'est d'ailleurs la seule conjecture erronée de Fermat. Leonhard Euler présente[8] un diviseur de F5 en 1732. Il ne dévoile la construction de sa preuve[9] que quinze ans plus tard. Il y utilise une méthode similaire à celle qui avait permis à Fermat de démontrer[10] en 1640 la non primalité des candidats de paramètres 23 et 37 pour les nombres de Mersenne.

Propriétés[modifier | modifier le code]

Premières propriétés[modifier | modifier le code]

La suite des nombres de Fermat possède plusieurs relations de récurrence. On peut citer par exemple si n est supérieur ou égal à 2 :

  • F_n \ = \ (F_{n - 1} -1)^2 + 1 \quad ou \quad F_{n} = F_{n-1}^2 - 2(F_{n-2}-1)^2\;

Ou encore, avec des produits de nombres de Fermat :

  • F_n \ = \ \prod_{i=0}^{n-1} F_i  \ + \ 2 \quad ou \quad F_{n} = F_{n-1} + 2^{2^{n-1}}\prod_{i=0}^{n-2} F_i\;

On en déduit le théorème de Goldbach[11] affirmant que :

Soit D(n, b) le nombre de chiffres utilisés pour écrire Fn en base b.

  • La valeur de D(n,b) est donnée par la formule suivante :
D(n,b) = \lfloor \log_{b}\left(2^{2^{\overset{n}{}}}+1\right)+1 \rfloor \approx \lfloor 2^{n}\,\log_{b}2+1 \rfloor

Les crochets désignent la fonction partie entière et logb le logarithme de base b.

Nombre de Fermat et primalité[modifier | modifier le code]

La raison historique de l'étude des nombres de Fermat est la recherche de nombres premiers. Fermat connaissait déjà la proposition suivante :

  • Soit k un entier strictement positif, si le nombre 2k + 1 est premier alors k est une puissance de 2.

Fermat a conjecturé (erronément, comme on l'a vu) que la réciproque était vraie, il a montré que :

F_0 = 3 est premier
F_1 = 5 est premier
F_2 = 17 est premier
F_3 = 257 est premier
et F_4 = 65537 est premier

Actuellement, on ne connaît que cinq nombres de Fermat premiers, ceux cités ci-dessus.

On ignore encore s'il en existe d'autres, mais on sait que les nombres de Fermat Fn, pour n entre 5 et 32, sont tous composés ; F33 est le plus petit nombre de Fermat dont on ne sait pas s'il est premier ou composé.

À la date du 14 mai 2013, le plus grand nombre de Fermat dont on sait qu'il est composé est : F2 747 499 ; l'un de ses diviseurs est 57.22 747 499+1[13].

Factorisation des nombres de Fermat composés[modifier | modifier le code]

Euler utilise une méthode de Fermat pour démontrer que F5 n'est pas premier. Il démontre pour cela trois propositions :

  • Tout facteur premier du nombre de Fermat Fn est de la forme k2m + 1 où k est un entier impair et m ≥ n + 2.
  • L'entier k de la proposition précédente possède un facteur premier impair.
  • F5 est divisible par 641.

Le cas général est un problème difficile du fait de la taille des entiers Fn, même pour des valeurs relativement faibles de n. Aujourd'hui, le plus grand nombre de Fermat dont on connaisse la factorisation complète est F11[14], dont le plus grand des cinq diviseurs premiers a 560 chiffres (la factorisation complète de Fn, pour n entre 5 et 10, est, elle aussi, entièrement connue). En ce qui concerne F12, on sait qu'il est composé mais c'est, à la date du 27 mars 2010, le plus petit nombre de Fermat dont on ne connaisse pas la factorisation complète[15]. Quant à F20, c'est, à la date du 3 février 2010, le plus petit nombre de Fermat composé dont on ne connaisse aucun diviseur premier[16].

Polygone régulier[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Théorème de Gauss-Wantzel.

Gauss et Wantzel ont établi un lien entre ces nombres et la construction à la règle et au compas des polygones réguliers : un polygone régulier à n côtés est constructible si et seulement si n est le produit d'une puissance de 2 (éventuellement égale à 20=1) et d'un nombre fini (éventuellement nul) de nombres de Fermat premiers distincts.

Par exemple, le pentagone régulier est constructible à la règle et au compas puisque 5 est un nombre de Fermat premier ; de même, un polygone à 340 côtés est constructible à la règle et au compas puisque 340 = 22.F1.F2.

Généralisation[modifier | modifier le code]

Il est possible de généraliser une partie des résultats obtenus pour les nombres de Fermat.

Pour que a^b + 1 soit premier, a doit être pair (soit a = 2k) et b doit être une puissance de 2 (soit b = 2^n).

On appelle alors nombre de Fermat généralisé. un nombre de la forme a^{2^{ \overset{n} {}}} + b^{2^{ \overset{n} {}}}, avec a > 1.

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Fermat number » (voir la liste des auteurs)
Œuvres de Fermat, t. 2, Paris, Gauthier-Villars,‎ 1894 (lire en ligne)

  1. Lettre XLIV à Frénicle, 18 octobre 1640, dans Œuvres de Fermat, t. 2, p. 209.
  2. Dans une autre lettre à Frénicle il écrit aussi : « Mais voici ce que j'admire le plus : c'est que je suis quasi persuadé que tous les nombres progressifs augmentés de l'unité, desquels les exposants sont des nombres de la progression double, sont nombres premiers, comme 3, 5, 17, 257, 65537, 4 294 967 297 et le suivant de 20 lettres 18 446 744 073 709 551 617 ; etc. Je n'en ai pas la démonstration exacte, mais j'ai exclu si grande quantité de diviseurs par démonstrations infaillibles, et j'ai de si grandes lumières, qui établissent ma pensée, que j'aurois peine à me dédire. », Lettre XLIII, août ? 1640, dans Œuvres de Fermat, t. 2, p. 206.
  3. Lettre XLV, 25 décembre 1640, dans Œuvres de Fermat, t. 2, p. 213. Édouard Lucas, dans ses Récréations mathématiques, tome II, p. 234 donne cette citation infidèle (7 n'a pas à être dans la liste) : « Si je puis une fois tenir la raison fondamentale que 3, 5, 7, 17, 257, 65537 sont nombres premiers […]».
  4. « Potestates omnes numeri 2, quarum exponentes sunt termini progressionis geometricæ ejusdem numeri 2, unitate auctae, sunt numeri primi » « Toutes les puissances du nombre 2 dont les exposants sont des termes de la progression géométrique du même nombre 2, donnent, si on les augmente d'une unité, des nombres premiers ».
  5. « propositiones aliquot quarum demonstrationem a nobis ignorari non diffitemur (...) Quaeritur demonstratio illius propositionis, pulchræ sane, sed et verissimæ » (« quelques propositions dont nous ne nierons pas ignorer la démonstration (...) Il reste à trouver une démonstration de cette proposition, certainement belle mais aussi très vraie », lettre XCVI dans Œuvres de Fermat, t. 2, p. 402-405.
  6. Lettre CI, point 5, dans Œuvres de Fermat, t. 2, p. 433-434. Fermat énumère des questions qui se traitent par sa méthode de la descente infinie. Il place parmi ces questions sa conjecture (erronée) sur les nombres dits depuis nombres de Fermat et il ne dit plus, comme il l'avait fait dans des lettres antérieures, qu'il n'a pas encore trouvé de démonstration de cette conjecture.
  7. C'est l'interprétation que donne H.M. Edwards, Fermat's Last Theorem, Springer, 1977, p. 24, prenant position contre les vues contraires de E.T. Bell, The Last Problem, New York, 1961, p. 256.
  8. (la) L. Euler, Observationes de theoremate quodam Fermatiano aliisque ad numeros primos spectantibus, Commentarii academiae scientiarum Petropolitanae (6) 1738 p. 102-103 1732
  9. (la) L. Euler, Theoremata circa divisors numerorum, Novi commentarii academiae scientiarum Petropolitanae (1) 1750 p. 20-48 1747/48
  10. (en) John J. O’Connor et Edmund F. Robertson, « Marin Mersenne », dans MacTutor History of Mathematics archive, université de St Andrews (lire en ligne).
  11. L. Durman, Histoire des nombres de Fermat sur Distributed search for Fermat number divisors 2003
  12. (en) D. Duverney, « Transcendence of a fast converging series of rational numbers », Math. Proc. Cambridge Philos. Soc., vol. 130, no 2,‎ 2001, p. 193–207. Auparavant, on savait déjà qu'elle était irrationnelle : (en) S. W. Golomb, « On the sum of the reciprocals of the Fermat numbers and related irrationalities », Canad. J. Math., vol. 15,‎ 1963, p. 475-478. Ces résultats viennent de ce que cette somme est trop bien approchée par des rationnels.
  13. (en) « PrimeGrid’s Proth Prime Search - 57*2^2747499+1 (official announcement) », sur Primegrid (consulté le 26 mai 2013)
  14. (en) Richard P. Brent, Factorization of the Tenth and Eleventh Fermat Numbers, février 1996.
  15. Depuis le 27 mars 2010, on connaît six des diviseurs premiers de F12, mais toujours pas sa décomposition complète. Voir [1].
  16. Avant le 3 février 2010, le plus petit nombre de Fermat composé dont on ne connaissait aucun diviseur premier était F14. Le 3 février 2010, un facteur premier de F14 a été découvert par Tapio Rajala, Département de Mathématiques et Statistiques, Université de Jyväskylä, Finlande. Voir le site prothsearch. Tapio Rajala a annoncé sur le mersenneforum que F14 est divisible par 116928085873074369829035993834596371340386703423373313.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michal Křížek, Florian Luca et Lawrence Somer, 17 Lectures on Fermat Numbers: From Number Theory to Geometry, Springer, New York, 2001, 257 p. (ISBN 978-0-387-95332-8) (Contient une bibliographie étendue.)

Liens externes[modifier | modifier le code]