Muhammad Zia-ul-Haq

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Muhammad Zia-ul-Haq
محمد ضياء الحق
Illustration.
Portrait de Zia-ul-Haq en 1963.
Fonctions
Président de la République islamique du Pakistan

(9 ans, 11 mois et 1 jour)
Élection
Premier ministre Muhammad Khan Junejo
Prédécesseur Fazal Elahi Chaudhry
Successeur Ghulam Ishaq Khan
Chef d'État-Major de l'Armée pakistanaise

(11 ans, 10 mois et 6 jours)
Prédécesseur Tikka Khan
Successeur Mirza Aslam Beg
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Jalandhar
(Inde britannique)
Date de décès (à 64 ans)
Lieu de décès Bahawâlpur
(Pakistan)
Nationalité pakistanaise
Enfants Mohammed Ijaz-ul-Haq
Profession militaire
Religion Islam

Muhammad Zia-ul-Haq
Présidents de la République islamique du Pakistan

Muhammad Zia-ul-Haq ou Zia ul-Haq (né à Jalandhar en Inde britannique le et mort le à Bahawalpur) est un militaire et homme d'État pakistanais.

Nommé le 11 octobre 1976 chef de l'armée pakistanaise par le Premier ministre Zulfikar Ali Bhutto, il renverse ce dernier lors d'un coup d’État en 1977. Zia-ul-Haq est ensuite président de la République du jusqu'à sa mort en 1988 dans un accident d'avion. La Constitution du Pakistan a été suspendue durant près de sept des dix années qu'il a passées au pouvoir, de sorte qu'il est généralement considéré comme un dictateur. Il est par ailleurs l'instigateur de réformes visant à accroître la portée du droit islamique dans l'ordre juridique pakistanais.

Jeunesse et éducation[modifier | modifier le code]

Muhammad Zia-ul-Haq est né le à Jalandhar dans l'est de la province du Pendjab, alors situé dans le Raj britannique sous domination coloniale. Il est originaire d'une famille musulmane de la classe moyenne. Professeur d'école, son père Mohammad Akbar est pieux et éduque son fils dans les traditions islamiques[1],[2].

Après avoir terminé son éducation secondaire dans un lycée de Shimla, Zia-ul-Haq fait ses études au collège Saint-Étienne de l'université de Delhi où il obtient un Honours degree. Il y est notamment remarqué pour sa dévotion musulmane alors qu'il offre ses prières à ses camarades[2],[3].

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Ascension[modifier | modifier le code]

Zia-ul-Haq débute sa carrière militaire sous le régime britannique alors en vigueur en Inde. Il reçoit sa première affection le 12 mai 1943 auprès de l'armée indienne britannique, au sein du 25e régiment de cavalerie[4]. Dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, il est envoyé au front en Birmanie, Malaisie et Indonésie, notamment dans le cadre de la campagne de Birmanie. Après la partition des Indes en 1947, il rejoint le Pakistan et sa famille doit quitter sa ville natale qui se retrouve en Inde pour se réfugier au Pendjab pakistanais. Il intègre immédiatement la nouvelle armée pakistanaise au rang de major et continue sa formation d'officier à Quetta[5].

Entre 1962 et 1964, il rejoint les États-Unis et poursuit sa formation au sein du Command and General Staff College du Fort Leavenworth[5]. Au cours de sa carrière, il commande plusieurs unités : neufs brigades motorisées, une divisions de blindés et deux corps de l'armée. Lors de la deuxième guerre indo-pakistanaise de 1965, il est assistant quartier-maitre de la 101e division d’infanterie. Entre 1967 et 1970, il est conseiller auprès de l'Armée royale jordanienne, notamment dans le cadre du Septembre noir où il aide à lutter contre une tentative de renverser le pouvoir royal. Il sera notamment décoré en récompense par le roi Hussein[4],[2],[3]. Il participe aussi à la guerre de 1971 au Pakistan oriental. En 1975, il devient commandant du corps d'armée de Multan, sa position la plus élevée avant de devenir chef de l'armée. C'est à cette occasion qu'il rencontre le Premier ministre Zulfikar Ali Bhutto et lui témoigne de sa loyauté[6].

Chef de l'armée[modifier | modifier le code]

En mars 1976, le chef de l'armée Tikka Khan, nommé par Ali Bhutto et qui lui était resté fidèle, prend sa retraite définitive de l'armée. Le Premier ministre est conscient de l'importance de son choix, tant l'armée dispose d'un pouvoir politique important depuis les années 1950. Au pouvoir, Ali Bhutto a d'ailleurs réussi à imposer son autorité sur l'armée comme aucun dirigeant civil avant lui. Le 1er mars, il nomme Zia-ul-Haq chef de l'armée en ignorant le rang supérieur et l'ancienneté de nombreux officiers, puisqu'il est même le plus jeune lieutenant général[7]. En procédant ainsi, il espère obtenir sa fidélité et est convaincu par sa piété, la loyauté qu'il lui a témoigné et son dévouement au pouvoir jordanien. Il pense également percevoir chez lui une faible politisation et une ambition modérée[6],[8].

Au pouvoir[modifier | modifier le code]

Coup d’État[modifier | modifier le code]

En tant que chef de l'armée pakistanaise, nommé à ce poste par le président Zulfikar Ali Bhutto le 11 octobre 1976, il est l’instigateur du coup d’État qui va renverser le chef de l’État. Bhutto est alors emprisonné, libéré, puis de nouveau emprisonné. Il sera condamné à mort le puis, après plusieurs instances en appel, pendu le .

Président de la république[modifier | modifier le code]

Politique intérieure : répression et présidentialisation[modifier | modifier le code]

Zia-ul-Haq, devenu officiellement président le , refuse d'exercer son droit de grâce, malgré des appels internationaux en ce sens, notamment de la part des États-Unis, de la France et de l'U.R.S.S. Tous ces évènements sont intervenus dans un contexte de crise politique, alors que l'opposition conservatrice contestait la victoire de Zulfikar Ali Bhutto lors des élections législatives de 1977 et la politique socialiste qu'il menait.

Islamisation[modifier | modifier le code]

Contrairement à Zulfikar Bhutto, attiré par la laïcité, Zia eut la volonté d'instaurer un État islamique en s'appuyant sur les mollahs : il interdit les taux d'intérêts bancaires, instaura l'aumône obligatoire (zakat) dans le droit positif, les châtiments publics, obligea les femmes à se voiler à la télévision, promulgue en 1986 la loi sur le blasphème, etc. Les règles du droit pénal musulman instaurées ne furent que peu appliquées[9]. Zia voulut même aller plus loin en tentant de réinstaurer le califat, autorité musulmane commune, qui avait été aboli le par le président turc Mustapha Kemal. La majorité des oulémas se sont cependant opposés à son projet[10].

Relations internationales et conflit afghan[modifier | modifier le code]

Zia-ul-Haq à la Maison blanche avec Ronald Reagan en 1982.

Zia a joué un rôle important dans le conflit soviético-afghan, en apportant une aide militaire et financière aux Afghans, aide qui fut lourdement appuyée par les États-Unis qui avaient promis à Zia des territoires dans le Nord-Ouest pour compenser la perte du Bangladesh. Selon Asif Ali Zardari, le régime répressif de Zia fut ainsi soutenu à bout de bras par les puissances occidentales[11].

Politique militaire[modifier | modifier le code]

Le général Zia (à droite) remettant une décoration au général Shamim Alam Khan.

Il continua le programme nucléaire pakistanais dans les années 1970, programme qui aboutit en 1998 à un essai nucléaire réussi, relançant le conflit avec l'Inde à propos entre autres du Cachemire. Un incident diplomatique, peut-être lié à ce programme, et impliquant le diplomate français Pol Le Gourrierec eut lieu en juin 1979.

Mesures économiques et sociales[modifier | modifier le code]

Mort[modifier | modifier le code]

En 1988, alors qu'il était accompagné de diplomates américains, l'avion de Zia s'écrasa au Pakistan, peu avant l’atterrissage dans une base militaire de Bahawalpur, dans des circonstances jamais élucidées. Aucune preuve à ce jour n'a pu être apportée pour accréditer la thèse d'un assassinat commandité ou non par une force étrangère.

La démocratie fut rétablie peu après sa mort avec l'élection de Benazir Bhutto, fille de Zulfikar Ali Bhutto.

Héritage[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Muhammad Zia-ul-Haq », sur nndb.com, (consulté le 28 novembre 2018)
  2. a b et c (en) Dennis Hevesi, « Mohammad Zia ul-Haq: Unbending Commander for Era of Atom and Islam », sur The New York Times, (consulté le 28 novembre 2018)
  3. a et b (en) « General Muhammad Zia-ul-Haq », sur storyofpakistan.com, (consulté le 28 novembre 2018)
  4. a et b (en) « General Muhammad Zia-ul-Haq », sur pakarmymuseum.com (consulté le 28 novembre 2018)
  5. a et b (en) « General Muhammad Zia-ul-Haq », sur pakistanarmy.gov.pk (consulté le 28 novembre 2018)
  6. a et b (en) A. H. Amin, « Babar “the great” », sur defencejournal.com (consulté le 29 novembre 2018)
  7. (en) Lewis M. Simons, « Pakistani General Pictured as Reluctant Coup Leader », sur The Washington Post, (consulté le 1er décembre 2018)
  8. Jaffrelot 2013, p. 331.
  9. René David et Camille Jauffret-Spinosi, Les grands systèmes de droit contemporains, Dalloz, 11e édition, 2002, p. 371.
  10. Marc Gaborieau, « Les oulémas/soufis dans l'Inde moghole : anthropologie historique de religieux musulmans », dans Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1989, no 5, p. 1 185-1 204 (en particulier la conclusion) [lire en ligne].
  11. Asif Ali Zardari, « The Frontier Against Terrorism », Washington Post, 22 juin 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]