Maury (AOC)
| Maury | |
Vignes à Maury, avec le château de Quéribus en arrière-plan. | |
| Désignation(s) | Maury |
|---|---|
| Type d'appellation(s) | AOC / AOP |
| Reconnue depuis | 1936 |
| Pays | |
| Région parente | vignoble du Languedoc-Roussillon |
| Sous-région(s) | Roussillon (Fenouillèdes) |
| Localisation | Pyrénées-Orientales |
| Climat | méditerranéen |
| Sol | schistes noirs et calcaire |
| Superficie totale | 1 780 hectares |
| Superficie plantée | 328 ha (en 2023)[1] |
| Nombre de domaines viticoles | 320 |
| Cépages dominants | grenache N[note 1] et grenache blanc B |
| Vins produits | 60 % rouges secs, 35 % VDN grenats et 5 % VDN ambrés |
| Production | 6 449 hl (en 2023)[1] |
| Pieds à l'hectare | minimum 4 000 ceps/ha[2] |
| Rendement moyen à l'hectare | 22 hl/ha en rouge sec, 17 en grenat et 15 en ambré (en 2023)[1] |
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Un maury[note 2] est un vin d'appellation d'origine contrôlée produit sur les communes de Maury, Rasiguères, Saint-Paul-de-Fenouillet et Tautavel, au nord-ouest de Perpignan dans le département français des Pyrénées-Orientales, en région Occitanie. Il est principalement connu comme vin doux naturel, mais il existe aussi un maury rouge en vin tranquille sec.
Histoire
[modifier | modifier le code]Origine du vignoble
[modifier | modifier le code]Des vestiges de fermes occupées par les Templiers dans un premier temps et par l'ordre des Chevaliers de Saint-Georges ensuite montrent l'intérêt suscité par ce terroir particulier pour la culture de la vigne. Le maury fait partie des grands vins doux naturels dont l'origine remonterait au XIIIe siècle. En 1299, Arnaud de Villeneuve, médecin à la Cour du roi d'Aragon, professeur à la Faculté de médecine de Montpellier et alchimiste, connaissait déjà la distillation du vin pour produire de l'alcool. Cet « esprit de vin » mélangé à du moût en fermentation, arrêtait celle-ci et stabilisait le vin contenant encore des sucres non fermentés, obtenant ainsi un vin doux naturel.
Pendant la Révolution française, cette région obtient des dérogations pour la culture de la vigne. Le premier cadastre, datant de 1820, indique la présence de 1 100 hectares de vigne sur la commune de Maury. Les producteurs de vins doux naturels obtiennent en 1872 par l'Assemblée nationale un statut particulier, en leur octroyant des droits d'accises spéciaux (taxes sur l'alcool).
Révolte de 1907
[modifier | modifier le code]Les vendanges 1906 avaient été désastreuses dans tout le Roussillon, ce qui n'empêchait pas la chute des cours du vin. Des familles vigneronnes se heurtaient à des difficultés financières telles qu'elles ne pouvaient plus payer l'impôt. Informé, le gouvernement donna ordre de faire intervenir les huissiers. Le village de Baixas fut le premier à se révolter au début de l'année 1907[3]. Le , il reçut le soutien de Marcelin Albert, qui envoya un télégramme à Georges Clemenceau. Quant à Joseph Tarrius, viticulteur et pharmacien à Baixas, il fait parvenir au gouvernement une pétition signée des habitants du village. Il y est précisé que le seul impôt que les contribuables puissent encore payer est celui du sang. Alors que les défilés de protestations s'étaient multipliés dans les villes et villages, préfectures et sous-préfectures accueillirent les manifestations viticoles. Le 19 mai, à Perpignan 170 à 200 000 personnes défilent dans la ville. La manifestation se déroule sans incidents graves[4],[3].
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Vignoble de Maury.
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Regroupement des manifestants aux Platanes.
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Le comité d'Argeliers prend la tête de la manifestation.
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À Perpignan, les commerçants aux côtés des viticulteurs.
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Les manifestants devant le Castillet.
Dans les départements du Gard, de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales, les conseils municipaux démissionnent collectivement - il y en aura jusqu'à 600 - certains appellent à la grève de l'impôt. La situation devient de plus en plus tendue, les viticulteurs furieux attaquent perceptions, préfectures et sous-préfectures[5]. Le 20 juin, la tension monte encore. À Perpignan, la préfecture est pillée et incendiée. Le préfet David Dautresme doit se réfugier sur le toit[4].
Évolution de l'appellation
[modifier | modifier le code]En 1933, le « Syndicat de défense du cru Maury » est fondé. Le maury est reconnu comme une appellation d'origine contrôlée (AOC) par le décret du , pour des vins mutés (vins doux naturels et vins de liqueur) rouges, rosés ou blancs produits sur Maury, Tautavel, Saint-Paul-de-Fenouillet, Rasiguères et Lesquerde à partir des cépages muscat, grenache, macabeo, malvoisie, carignan, blanquette, alicante et madère (ces quatre derniers limités à 10 % de l'encépagement) ; la mention rancio est autorisée, le rendement est limité à 25 hl/ha, la chaptalisation interdite[6]. En 1951, la durée d'élevage est réglementée : le VDN n'est commercialisable qu'à partir du 1er mai suivant la récolte pour 50 % du volume ; au 1er septembre suivant 30 % sont déstockables ; enfin au 1er septembre de la seconde année, les 20 % restant[7]. En 1953, est décidée une nouvelle répartition du déstockage : 30 % le 1er mai suivant la récolte, 30 % le 1er septembre suivant, 20 % le 1er janvier de la seconde année et 20 % le 1er septembre de la 2de année[8].
En 1972, l'encépagement est modifié : grenache noir (au moins 50 %), gris et blanc, muscat à petits grains, muscat d'Alexandrie (dit muscat romain), maccabéo, tourbat (dit malvoisie du Roussillon), carignan noir, cinsault, syrah et listan (ces quatre derniers limités à 10 %) ; les arbres fruitiers sont interdits dans les parcelles ; l'irrigation proscrite ; rendement augmenté à 30 hl/ha[9]. En 1992, est ordonnée que la proportion de grenache noir doit passer à 70 % en 1996 puis à 75 % en 2000 ; le maccabeu doit baisser dans le même temps à 15 puis 10 % ; la densité de plantation doit être au minimum de 3 700 pieds/ha ; l'ajout de caramel est interdit[10].
En 1998, l'appellation est limitée aux VDN rouges ou blancs ; la commune de Lesquerde sort de l'aire d'appellation ; les rouges sont produits à partir de grenaches noir (70 %, doit passer à 75 % en 2000), gris et blanc, de macabeu (15 %, doit passer à 10 % en 2000), de carignan et de syrah (ces deux derniers limités à 10 %) ; les blancs à partir de grenache blanc et gris, de macabeu, de tourbat, de muscat d'Alexandrie et de muscat blanc à petits grains (les muscats limités à 20 %)[11]. Le cahier des charges est publié en octobre 2009 (la mention « hors d'âge » est autorisée pour un élevage dépassant cinq ans ; la densité passe à 4 000 pieds/ha ; le rendement butoir est fixé à 40 hl/ha)[12], puis modifié en novembre 2011 (les vins secs rouges autorisés sous l'AOC, à partir surtout de grenache, avec un rendement limité à 40 hl/ha ; sont autorisées les mentions « ambré », « blanc », « grenat » et « tuilé »)[2].
Vignoble
[modifier | modifier le code]Aire d'appellation
[modifier | modifier le code]| Images externes | |
| Carte des communes concernées | |
| Cartes cadastrales de l'appellation | |
| Orthophotos du parcellaire de l'appellation | |
Les vins de Maury sont issus d'un petit vignoble de 17 km de longueur sur trois de largeur abrité au nord par les Corbières catalanes et au sud par les contreforts des Pyrénées, dominé par la forteresse de Quéribus. L'aire d'appellation concerne les quatre communes de Maury, Tautavel, Saint-Paul-de-Fenouillet et Rasiguères[2].
Sur les 328 hectares déclarés en production, 174 sont utilisés pour produire du rouge sec, 134 pour du VDN grenat ou tuilé et 20 pour du VDN blanc ou ambré[1]
Géologie
[modifier | modifier le code]Schistes noirs de l'Aptien non-métamorphiques et souvent décomposés sur Maury en marnes sombres, calcaires sur le piémont des Corbières.
Climatologie
[modifier | modifier le code]La station météorologique de Perpignan (sur l'aéroport de Perpignan-Rivesaltes, à 42 mètres d'altitude : 42° 44′ 13″ N, 2° 52′ 22″ E)[13] est représentative du climat du Roussillon, à 13 km au sud-est de Tautavel.
| Mois | jan. | fév. | mars | avril | mai | juin | jui. | août | sep. | oct. | nov. | déc. | année |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Température maximale moyenne (°C) | 12,7 | 13,4 | 16,4 | 18,7 | 22,3 | 26,8 | 29,5 | 29,4 | 25,6 | 21,2 | 16,3 | 13,3 | 20,5 |
| Température moyenne (°C) | 8,7 | 9,2 | 12 | 14,2 | 17,8 | 22 | 24,6 | 24,5 | 20,9 | 17 | 12,3 | 9,3 | 16 |
| Température minimale moyenne (°C) | 4,8 | 5 | 7,6 | 9,7 | 13,3 | 17,2 | 19,7 | 19,7 | 16,1 | 12,9 | 8,4 | 5,3 | 11,6 |
| Nombre de jours avec gel | 3,1 | 2,6 | 0,4 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0,5 | 2,4 | 9 |
| Précipitations (mm) | 60,1 | 40,9 | 51,6 | 66,1 | 45,6 | 23,6 | 15,1 | 22,7 | 43 | 82,1 | 72,6 | 54,9 | 578,3 |
| Ensoleillement (h) | 140,9 | 163,6 | 206,6 | 219,8 | 240,7 | 267,6 | 299,9 | 272,9 | 223,8 | 175,1 | 146,8 | 131 | 2 488,6 |
Encépagement
[modifier | modifier le code]Les maury rouges sont issus principalement du grenache N[note 1], complété par le grenache blanc B, le grenache gris G et accessoirement le carignan N, le macabeu B et la syrah N.
Les maury blancs sont issus principalement du grenache blanc B, du grenache gris G, du macabeu B, du tourbat B (dénommé localement malvoisie du Roussillon), accessoirement par du muscat à petits grains blancs B et du muscat d'Alexandrie B (dénommé localement muscat romain).
Rendements
[modifier | modifier le code]Le rendement est de 30 hl par hectare (maximum de 40 hl/ha autorisé par l'appellation, mais seulement 30 ha peuvent être mutés).
Vins
[modifier | modifier le code]Le maury est une « appellation communale » du vignoble du Languedoc-Roussillon (selon la hiérarchie mise en place en 2011 par le CIVR et l'INAO), qui se décline en vin sec rouge comme en vin doux naturel, ce dernier soit grenat ou tuilé[note 3], soit blanc ou ambré. Sur son aire de production, les vignerons peuvent aussi fabriquer de l'« appellation sous-régionale » que sont le côtes-du-roussillon (dans les trois couleurs) et le côtes-du-roussillon-villages (uniquement en rouge), des autres vins doux naturels que sont le grand-roussillon, le muscat de Rivesaltes et le rivesaltes, de l'« appellation régionale » languedoc (dans les trois couleurs), plusieurs IGP (pays-d'oc, terres-du-midi, pyrénées-orientales et côtes-catalanes) et du vin sans indication géographique (VSIG, sous le nom de « Vin de France »).
Volumes
[modifier | modifier le code]Selon le service des Douanes, les données de production des années récentes sont[1] (un hectolitre = 100 litres = 133 bouteilles de 75 cl) :
| Année | maury sec rouge | maury grenat ou tuilé | maury blanc ou ambré | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| superficie (ha) | production (hl) | rendement (hl/ha) | superficie (ha) | production (hl) | rendement (hl/ha) | superficie (ha) | production (hl) | rendement (hl/ha) | |
| 2022 | 165 | 4 546 | 28 | 193 | 3 101 | 16 | 29,7 | 377 | 13 |
| 2023 | 174 | 3 901 | 22 | 134 | 2 241 | 17 | 20,5 | 307 | 15 |
| 2024 | 179 | 2 269 | 13 | 173 | 1 122 | 6 | 27,2 | 295 | 11 |
Vinification
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Le maury rouge est obtenu par mutage sur grain en cours de fermentation. Les vins blancs sont obtenus par mutage sur moût (sur jus).
Les vins sont obtenus à partir de moûts présentant une richesse naturelle minimale en sucres de 252 grammes par litre.
Le mutage est réalisé par apport d'alcool neutre vinique titrant au minimum 96 % vol., dans la limite, évaluée en alcool pur, de 5 % minimum et 10 % maximum du volume du moût mis en œuvre. L'opération de mutage est effectuée avant le de l'année de la récolte.
Gastronomie
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Comparable au banyuls, le VDN de Maury est cependant plus tannique et plus robuste. Du fait de leur mutage en cours de fermentation, les vins conservent une bonne partie de leurs sucres naturels et peuvent atteindre un degré d'alcool compris entre 15 et 18 degrés au maximum (normes légales).
Le maury (vin sec) a obtenu l'AOC à partir du millésime 2011. Selon le site des Vins du Roussillon : « Sombres, riches, puissants et très aromatiques, les Maury Secs se caractérisent par des notes de fruits noirs et garrigue. Ils se distinguent en bouche par un beau volume et un bel enrobage de tanins confortés par une période minimale d’élevage. Leur bonne structure et l’équilibre dont ils témoignent leur assurent un très bon vieillissement »[15].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- Le code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rg = rouge, Rs = rose, G = gris. Cf. « 2de édition de la liste des descripteurs OIV – couleur de la baie » [PDF] (consulté le ), p. 41.
- ↑ Le nom du lieu devient ici le nom du produit, par antonomase : c'est un nom commun, il s'écrit donc avec une minuscule, cf. références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine. Sauf que le cahier des charges rajoute une majuscule au nom du vin, pour le différencier d'un nom générique, principe repris sur les étiquettes et les déclarations.
- ↑ La couleur tuilée est un rouge brique ou acajou tirant vers l'orangé ou le brun ocre.
Références
[modifier | modifier le code]- « Déclaration de récolte et de production 2023 (campagne viticole 2023-2024) », sur douane.gouv.fr, .
- « Cahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Maury » » [PDF], homologué par le décret no 2011-1623 du publié au JORF no 0272 du ; « autre source pour le cahier des charges ».
- La crise viticole de 1907 sur le site histoireduroussillon.free.fr.
- Midi 1907, l'histoire d'une révolte vigneronne.
- ↑ Révoltes vigneronnes 1907, Languedoc, 1911, Champagne.
- ↑ « Décret du 6 août 1936 relatif à la définition de l'appellation contrôlées « Maury » », publié au JORF du p. 8761.
- ↑ « Décret du 13 avril 1951 concernant les appellations contrôlées « Banyuls », « Maury », « Rivesaltes », « Côtes d'Agly », « Côtes de Haut-Roussillon », « Rasteau », « Muscat de Frontignan », « Muscat de Lunel », « Muscat de Beaumes de Venise », « Muscat de Saint-Jean-de-Minervois » », publié au JORF du .
- ↑ « Décret du 23 novembre 1953 concernant les appellations contrôlée « Banyuls », « Maury », « Rivesaltes », « Côtes d'Agly », « Côtes du Haut-Roussillon » et « Rasteau » », publié au JORF du .
- ↑ « Décret du 19 mai 1972 définissant l’appellation contrôlée « Maury » », publié au JORF du .
- ↑ « Décret du 2 octobre 1992 relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Maury » », publié au JORF no 235 du .
- ↑ « Décret du 17 février 1998 relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Maury » », publié au JORF no 42 du .
- ↑ « Décret n° 2009-1231 du 13 octobre 2009 relatif aux appellations d'origine contrôlées « Muscat de Saint-Jean-de-Minervois », « Muscat de Mireval », « Muscat de Lunel », « Muscat de Frontignan » ou « Frontignan » ou « Vin de Frontignan », « Muscat de Beaumes-de-Venise », « Rasteau », « Muscat du Cap Corse », « Banyuls », « Banyuls grand cru » et « Maury » », publié au JORF no 0239 du .
- ↑ « 66136001 – PERPIGNAN – AERODROME » [PDF], sur donneespubliques.meteofrance.fr (consulté le ).
- ↑ « Fiche 66136001 Perpignan » [PDF], sur donneespubliques.meteofrance.fr (consulté le ).
- ↑ « AOP Maury sec », sur Vins du Roussillon.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- « AOP Maury » et « AOP Maury sec », sur roussillon.wine (site du CIVR)
- (ca) Alà Baylac-Ferrer, « L'espai nord-català », sur arrels.free.fr