Arnaud de Villeneuve (médecin)

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Arnaud de Villeneuve
Nuremberg Chronicle f 224r 2.jpg

Portrait d'Arnald[us] de villa noua, gravure sur bois de la Chronique de Nuremberg, 1493

Biographie
Naissance
Décès
Activités

Arnaud de Villeneuve, (catalan : Arnau de Vilanova, latin: Arnaldus de Villa Nova), né en Aragon vers 1240, décédé en 1311, est un illustre médecin et théologien Catalan, du Moyen Âge. Il fut un artisan de la réappropriation par les Européens de la médecine savante gréco-romaine après sa longue éclipse qui suivit l'effondrement de l'Empire romain d'Occident. Par ses ouvrages et son enseignement à Montpellier de la médecine de Galien, revue et simplifiée par Rhazès, il a fortement marqué les débuts de l'enseignement de la médecine à l'université.

En plus d'une œuvre médicale innovante, il a écrit de nombreux opuscules religieux qui plaçaient dans une perspective apocalyptique l'objectif d'une réforme radicale de l'Église. Formé chez les dominicains, il finit par rompre avec eux pour se rallier aux thèses des Béguins et des frères Spirituels des franciscains, prophétisant l'imminence des fins dernières et l'annonce d'un schisme violent divisant vraie et fausse Église.

Son lien avec les franciscains spirituels et ses thèses prophétiques ont favorisé la création d'une légende autour de son personnage. Après sa mort, son nom fut associé à tort à un large corpus alchimique.

Il offre la figure de ce que pouvait être le savant engagé au Moyen Âge : à la fois médecin rationaliste dans l'exercice de son métier et homme de foi engagé dans les débats théologiques et moraux de son époque.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Couronne d'Aragon : royaume d'Aragon et royaume de Sicile

Arnaud de Villeneuve est né dans le Bas Aragon, au sein d'une famille modeste[1], entre les années 1235 et 1240. Le lieu de sa naissance a été très discuté par les historiens[2] car il y a plusieurs villes portant le nom de "Villeneuve" prétendant être sa patrie tant en France (Villeneuve-lès-Maguelone, Villeneuve-Loubet et Villeneuve-en-Provence) qu'en Espagne (Villanova en Aragon). Mais la polémique s'est apaisée depuis la découverte d'une inscription en marge d'un manuscrit indiquant avec de multiples indices probants, qu'il est né à côté de Daroca aux confins du royaume aragonais (J.F. Benton[3], 1962). Antoine Calvet[4] précise même qu'il serait né près de Daroca, d'une famille originaire de Villeneuve-en-Provence, sans doute des juifs convertis et passés en Catalogne.

Arnaud grandit à Valence peu après la reconquête de cette ville sur les Arabes par Jacques Ier d'Aragon. Mêlé à la population musulmane, il se familiarise avec la langue arabe. Il dira lui-même plus tard, se sentir catalan[n 1],[5].

Durant toute sa vie, Arnaud s'est continuellement déplacé entre ce qui est maintenant l'Espagne, la France et l'Italie mais qui était à l'époque une mosaïque de petits royaumes, et de comtés vassaux, conquis et perdus, au gré des guerres et des mariages, et relevant de ce qui a été appelé la Couronne d'Aragon ; il séjournera à Valence, Barcelone, Montpellier, Naples, Palerme, Messine etc. Il sera aussi auprès des papes à Rome, Pérouse et Avignon et ambassadeur à Paris.

Études[modifier | modifier le code]

Bureau du doyen de la Faculté de Médecine de Montpellier

Vers 1260, il entreprend des études de médecine à Montpellier, à l'époque sous la souveraineté des rois d'Aragon puis de Majorque[n 2]. Il obtient le titre de Magister medicine.

Il fait aussi des études de théologie chez les Dominicains. Il suit le cursus des Humaniora (humanités) et le studium linguarum (étude de langue), en arabe, latin et peut-être en hébreu[6].

Il renonce toutefois à son état de clerc (ayant reçu les ordres mineurs) pour se marier avec Agnès Blasi, une fille de marchand originaire de Montpellier, sans cesser pour autant d'étudier la Bible auprès des Dominicains de Barcelone. Ils eurent ensemble une fille, Maria, qui devint une religieuse dominicaine.

Professeur de médecine et médecin des souverains et des papes[modifier | modifier le code]

Arnaud devint rapidement un médecin réputé, appelé à la cour des souverains. En 1281, il est médecin personnel de grands personnages. Il vit alors à Barcelone[4].

Vers 1280, il écrit son premier ouvrage de médecine. Suivront une quarantaine d'autres touchant toutes les facettes de la santé[7] ainsi que de nombreux opuscules théologiques. Après sa mort, on relèvera de nombreux ouvrages d'alchimie écrit sous son nom.

En 1285, il est appelé au chevet de Pierre III d'Aragon pour l'assister dans ses derniers moments. Le roi lui donnera en récompense les revenus (le cens) du château d'Ollers dans la région de Tarragone[8]. Alphonse II changea la source de la pension d'Arnaud de la redevance de Tarragone en celle de Valence[9]. Pension confirmée par Jacques II d'Aragon.

Gravure médiévale de Arnoldi de Nova Villa

Durant les années 1289-1299, il est établi comme professeur de médecine à Montpellier où il composera la plupart de ses œuvres médicales. Jean Astruc[10] indique au XVIIIe siècle qu'à Montpellier, « on y montre dans la rue du Campnau... la maison où l'on prétend qu'il demeuroit », maison, portant sculptés sur la façade un lion et un serpent se mordant la queue. Dans ses lectio (cours), il se fait le défenseur des œuvres de Galien, avec l'objectif de donner les grands principes galéniques permettant de justifier les actes médicaux pratiques. Ce fut une période très féconde où il écrivit l'essentiel de son œuvre tant en médecine qu'en théologie.

Il soignera à l'occasion le pape Boniface VIII[n 3] qu'il soulage (en 1301) de la gravelle grâce à un sceau d'or astrologique[11]. Ce succès thérapeutique lui conféra une renommées extraordinaire qui explique en partie pourquoi son nom est attaché à de nombreux ouvrages d'alchimie, d'astrologie mais aussi de magie que, pourtant il dénonce dans un texte[4]. Il donnera aussi des soins aux papes Benoît XI et Clément V.

Jacques II d'Aragon, le Juste, l'appelle plusieurs fois à sa cour (en 1293 et 1297). Le médecin Catalan lui dédiera un ouvrage sur les régimes de santé, Regimen sanitatis, qui deviendra célèbre dans toute l'Europe.

Une personnalité spirituelle ardente[modifier | modifier le code]

Arnau de Vilanova (Barcelone)

Après sa période d'enseignement médical à l'université de Montpellier, Arnaud va déployer de plus en plus d'ardeur à la promotion de ses idées religieuses radicales. Au fil du temps, il produisit une œuvre spirituelle abondante, dessinant les « contours d'une personnalité spirituelle ardente », suivant la formule de A. Calvet[12], (2011). Il séjournera alors à la cour des princes et des papes, pour les servir comme médecin, conseiller et ambassadeur, tout en essayant de les rallier à ses convictions religieuses prophétiques, confinant même au catharisme[n 4],[13].

  • Prophétisme apocalyptique

Formé par les dominicains et par Ramón Martí (Raimond Martin) qui l'initie aux études hébraïques, il est après les années 1290, très influencé par les idées de Pierre de Jean Olivi (ou Jean Olieu), un franciscain « spirituel » réclamant un respect rigoureux de la règle de pauvreté de l'ordre franciscain. Il écrit un opuscule[n 5] annonçant l'arrivée prochaine d'une part d'un Pape angélique qui effectuerait la réforme de l'Église et d'autre part de l'Antéchrist[14]. Ses prises de position le conduisirent à rompre avec les frères Prêcheurs (dominicains) et à sa rapprocher des Mineurs (franciscains).

  • Conflit avec les Scolastiques de Paris

En 1300[n 6], le roi Jacques II d'Aragon l'envoie à Paris comme ambassadeur auprès de Philippe IV le Bel pour des négociations sur le contrôle du Val d'Aran[15],[9]. Durant son séjour à Paris, il se lance dans des discussions avec des membres de la faculté de théologie sur son ouvrage De adventu antichristi (L'arrivée de l'Antéchrist) (1288), dans lequel il annonce l'imminence de profonds bouleversements à la suite de l'advenue de l'Antéchrist. Alors qu'il s’apprêtait à partir pour Toulouse pour poursuivre les négociations politiques, il est mandé par l'Officiel de la Faculté de Théologie de Paris qui le retient malgré ses protestations et celles de l'archevêque de Narbonne, Gilles Aycelin. Il est traité de « faux prophète » ayant entendu prouver que l'Antéchrist devait apparaître pour mettre à néant l'établissement de Jésus, des apôtres et des papes[5]. Mais Arnaud fait jouer ses solides relations en hauts lieux et il peut retrouver la liberté dès le lendemain, sous une caution de 3 000 livres et grâce à l'intervention de ses amis dont Guillaume de Nogaret, un très influent conseiller du roi de France. Sa mésaventure se terminera les jours suivants quand il aura accepté sous la contrainte de souscrire à une liste de points litigieux (temerarie assertos) préparés par la Faculté. Ses déboires avec la Scolastique rationaliste parisienne[16] le pousseront un peu plus dans le camp des contestataires, réclamant avec force une réforme profonde de l'Église.

  • Protecteur des Béguins et Spirituels

En 1302, Jacques II le rappelle en Catalogne comme médecin. Arnaud polémique avec les Dominicains de Gérone et doit recourir à la protection du nouveau pape Benoît XI[n 7]. Il lui écrivit une lettre de haute protestation morale où il prend vigoureusement fait et cause pour les Spirituels franciscains. Ce qui lui vaudra une année d'emprisonnement. À la mort de Benoît XI en 1304 à Pérouse, il se réfugie à la cour de Frédéric III de Sicile, protecteur des Spirituels. Qualifié de « nouveau Platon » par le roi, Arnaud lui dédit son dernier ouvrage Allocutio christiani (1310) où il explique quels sont les devoirs d'un roi chrétien[6].

L'année suivante, en 1305, il retourne en Catalogne pour servir le roi Jacques II comme médecin, conseiller et ambassadeur. Il écrit à cette époque un texte de soutien aux Béguins, Informatio Beguinorum, qui lui vaudra après sa mort une condamnation par le Saint Siège (en 1316). Ses théories radicales lui viennent directement du De viribus cordis d'Avicenne qu'il traduisit de l'arabe en latin en 1306.

En 1308, il est envoyé comme ambassadeur de Jacques II auprès de Clément V, premier pape à siéger à Avignon[n 8]. Sur ses conseils, le souverain pontife fixe les programmes des études médicales de l'université de Montpellier dans des bulles (septembre 1309).

Peu de temps après Arnaud était en Sicile, à la cour de Trinacrie où le roi Frédéric (frère de Jacques d'Aragon) l'avait fait appeler pour interpréter un songe et l'instruire sur des doutes qu'il avait eus sur le point de savoir si la religion révélée était d'origine divine. Frédéric désirant partir en croisade, l'envoie ensuite en ambassade à Avignon où il rencontre Robert (fils de Charles d'Anjou) qui venait de se faire couronner roi de Naples. Une grande communauté de vue rapprocha le roi et le savant engagé.

Invité à Naples, il se rend en 1311 à la cour du roi Robert Ier de Naples, réputé pour la protection qu'il accorde aux savants et aux Spirituels. Sous la protection de l'Angevin, un scripturum s'y installe, comme à Barcelone, à Valence, à Messine et très probablement à Palerme et Catane où prospèrent des communautés arnaldiennes[12].

Le pape Clément V dont la santé n'était pas bonne fit appeler Arnaud. Il s'empresse d'obéir au pape et sur la route, il meurt le 6 septembre 1311, dans un navire au large de Gênes[5].

Ses ouvrages spirituels seront condamnés par l'Inquisition alors que ses œuvres médicales ne cesseront d'être commentées. Avec Raymond Lulle, c'est le père des lettres catalanes.

Arnaud de Villeneuve offre la figure d'un savant engagé comme on parlera plus tard d'intellectuels engagés, à propos de Voltaire, Zola ou Laurent Schwartz, pour leur défense de causes justes. Mais il y aura aussi des engagements de jeunesse pour des causes plus ambiguës que certains maintiendront envers et contre tout. Arnaud était un savant rationaliste, de talent dans l'exercice de la médecine et un homme engagé avec passion dans les débats éthiques et religieux de son temps.

Sa pensée médicale[modifier | modifier le code]

Tout au long de sa vie Arnaud de Villeneuve a entretenu deux passions très distinctes, l'une scientifique et pratique : la médecine, l'autre spirituelle : chercher à pénétrer les Mystères du Christ, moyennant la seule illumination de la grâce divine[14]. Et il s'est toujours efforcé de maintenir une stricte séparation entre les deux domaines, différent en cela des disciples d'Averroès qui voyaient dans la progression de la raison humaine le chemin de l'union avec Dieu.

Pénétration de l'enseignement médical à l'université[modifier | modifier le code]

Arnaud de Villeneuve arrive à une époque où commence à renaître une médecine savante en Europe. Après l'effondrement de l'Empire romain au Ve siècle, la somme de connaissances médicales considérables accumulée par la médecine hippocrato-galénique avait pratiquement toute été oubliée. Le christianisme, religion de souffrance, était porté à minimiser le rôle de la médecine, car c'est en acceptant ses souffrances qu'on se sauve non en s'y opposant, faisaient valoir les prêtres face aux médecins[17]. Les médecins séculiers disparurent et seuls des prêtres-médecins se chargèrent de soigner à la fois corps et âmes, en donnant la priorité à ces dernières. En dehors du cercle très restreint où ces clercs pouvaient opérer, l'immense majorité du peuple devait recourir aux guérisseurs, magiciens et sorciers locaux.

Heureusement, cette fantastique régression[n 9] culturelle ne toucha que l'Europe occidentale, et le savoir gréco-romain put être préservé dans l'Empire romain d'Orient (ou Empire byzantin) puis dans l'Empire arabe. Par la suite, un galénisme revu et synthétisé par Rhazès ou Avicenne reviendra en Europe occidentale par les traductions de l'arabe en latin aux XIe ‑ XIIe siècles. La réception de cette médecine savante commença à la fin du XIe siècle, avec les traductions latines de Constantin l'Africain à Salerne (au sud de Naples en Italie). Puis au siècle suivant, Gérard de Crémone né en Italie mais établi à Tolède en Espagne, traduisit Hippocrate, Avicenne, Aboulcassis et Al-Razi. La disposition d'une collection de textes médicaux d'origine arabe et grec (l'Articella) permit de mettre en place un cursus universitaire d'enseignement médical d'abord à Salerne puis à Bologne, Paris et Montpellier.

Sa contribution à la médecine[modifier | modifier le code]

Page de titre de Regimen Sanitatis Salernitanum, impression Venice 1480

À l'image de Taddeo Alderotti à Bologne qui le premier en Europe créa un enseignement médical à l'université, Arnaud de Villeneuve fut un des principaux artisans de l'organisation d'un enseignement médical de qualité à l'Université de Montpellier, sur la base des statuts règlementant « l'Université des médecins et de leurs élèves » délivrés par le cardinal Conrad, légat du pape, en 1220[18]. Déjà, pour éviter les médecins autoproclamés, Jacques Ier d'Aragon avait interdit l'exercice de la médecine à toute personne qui n'aurait pas été examinée par l'École de médecine.

À la fin du XIIIe siècle, le couvent des Dominicains de Montpellier abrite une soixantaine de moines enseignant l'utilisation des plantes médicinales à des prêtres de toutes nationalités[19]. Car durant tout le Moyen Âge, la grande encyclopédie pharmaceutique de Dioscoride, Peri hulês iatrikês, s'est conservée par des copies manuscrites de sa traduction latine, De materia medica. Contrairement aux textes fondamentaux de Hippocrate et Galien, tous oubliés, elle n'a pas eu à revenir par des traductions de l'arabe en latin. Mais elle ne fut connue le plus souvent que sous forme de courtes compilations illustrées et rarement dans sa forme complète et originelle.

Après le passage d'Arnaud à Montpellier, le programme de licence va reposer presque exclusivement sur les textes de Galien traduits par Gérard de Crémone et par d'autres. Dans le programme défini par la bulle pontificale de 1309 du pape Clément V, on peut voir l'influence d'Arnaud de Villeneuve[20] : Rhazès (dont Arnaud loue les observations dans toutes ses œuvres) se trouve parmi les textes obligatoires alors que le Canon d'Avicenne (qu'Arnaud a mainte fois critiqué) n'a qu'une place facultative discrète.

  • Étude de cas :

À Bologne, Thaddée de Florence qui introduisit l'enseignement médical à l'université de la cité, s'était plu à rassembler des études de cas cliniques concrets dans ses Consilia. Sur ce modèle, le maître-régent de Montpellier, Arnaud de Villeneuve, produisit des Experimenta, avec l'intention de transmettre aux autres son expérience personnelle[20].

  • Régime de santé :
Regimen sanitatis Arnoldus de Villanova

Arnaud contribua à un autre genre apparu à la fin du XIIIe siècle et dont le succès alla croissant jusqu'à la fin du Moyen Âge : celui des « régimes de santé », traité d'hygiène destiné à l'élite sociale. Il écrivit un Regimen sanitatis ad regem Aragonum adressé au roi d'Aragon, Jacques II. Dans ce texte, il traite de l'influence de l'environnement sur la santé. Le facteur important était généralement appelé aer mais le terme désignait au-delà des qualités de l'air ambiant, l'influence des vents dominants, la géographie physique, l'influence des saisons, du type d'habitation et de vêtement. Arnaud de Villeneuve désigne cet ensemble de facteurs par le terme de operimenta[21]. Une vie saine devait aussi comporter une alternance d'exercices et de repos. Arnaud conseillait l'équitation, à l'exclusion des sports comme la balle, le javelot ou la lutte, jugés non compatibles avec le sang royal de son patient.

  • Thérapie et théorie médicale :

Arnaud de Villeneuve est l'auteur d'une collection d'aphorismes, rassemblés dans le très célèbre Parabolae medicationis (ou Medicationis parabole) qui fut copié dans toute l'Europe. Il comporte 345 aphorismes portant sur les affections internes et surtout externes. Dans les éditions ultérieures, seront rajoutés des commentaires[5].

Il écrivit en outre un nombre considérable de manuels, de monographies cliniques, de traités de thérapie, ainsi que des ouvrages théoriques mais avec toujours le souci d'être applicables[6]. La pensée médicale arnaldienne a toujours été traversée par la dénonciation de toutes tentatives d'associations superficielles et hâtives entre philosophie et médecine et à cet égard, il ne s'est pas privé de critiquer Averroès. Il réfute l'idée d'Averroès, d'une science essentiellement spéculative. Pour lui, l'action thérapeutique doit guider le choix théorique, la médecine ayant pour seul but la pratique. Il considère que la théorie doit être au service exclusif de l'acte thérapeutique. Toutefois, il tient à défendre une médecine rationnellement fondée dans la lignée d'Hippocrate et Galien et ne se prive pas de critiquer l'approche empirique en médecine[22],[23].

Dans les Aphorismi de gradibus, il explique la nature des changements qualitatifs des qualités d'un médicament composé, de telle manière qu'il soit possible de les quantifier numériquement, selon des méthodes applicables à l'action thérapeutique. Le calcul de l'intensité des qualités finales prend pour point de départ un ouvrage d'al-Kindi traduit par Gérard de Crémone et le Colliget d'Averroès.

Arnaud de Villeneuve

Le Speculum medicine (1308) est la grande œuvre de théorie médicale d'Arnaud. Cet ouvrage, de 60 chapitres, traite des questions générales d'éléments, de vertus, du système nerveux, de l'hygiène des âges, des lieux, des tempéraments, des médicaments, de leur posologie, de la pathologie[2]. Ce texte est aussi souvent cité par les historiens en raison de remarques critiques formulées à l'encontre des alchimistes. Il y dénonce les alchimistes dont le produit (l'élixir ou Pierre) n'acquerra jamais les vertus médicales du véritable or. Il recommande même vivement aux alchimistes de ne plus se mêler de médecine, car la médecine applicable aux métaux (l'élixir) ne saurait valoir pour le corps humain comme ces insensés (fatui) d'alchimistes semblent le croire[24]. Arnaud avait introduit dans l' Antidotarium la technique de la distillation de l'eau-de-vie (aqua ardens) mais dans le Speculum écrit dans la décennie suivante, il ne semble pas faire grand usage de ce nouveau produit puisqu'il indique seulement qu'en usage externe, l'eau ardente chauffe les yeux[25] !

  • Antidotaire :

Arnaud a aussi contribué au genre des antidotaires, des recueils de recettes de médicaments, les ancêtres des pharmacopées modernes. Dans son Antidotarium (vers 1300), il traite de la préparation des médicaments simples (moments, lieux), de l'élaboration des infusions, décoctions, distillations etc., et des médicaments composés (électuaires, pilules, sirops, etc.). Il prête beaucoup d'attention aux facteurs d'altération des simples[25] (mode de préparation puis de stockage). Et point intéressant sur le plan de l'histoire de la distillation alcoolique, il présente ce qui semble à ses yeux un nouveau médicament, l' eau ardente (ou eau-de-vie plus tard appelée alcool) :

Distillation. « Parmi les médicaments, certains sont distillés ; à partir d'un vieux vin rouge, de l'aqua ardens est distillée, qui éloigne fortement la paralysie, diminue la pléthore et guérie rapidement les blessures récentes... » (Antidotarium, fol. 245va., trad. McVaugh[25])

La technique de distillation a été mise au point dans les milieux alchimistes gréco-égyptiens (voir Zosime de Panapolis) puis a été développée par les médecins alchimistes de l'Empire musulman[n 10]. À partir des années 1260, les techniques de distillation de l'eau de rose des Arabes arrivèrent dans l'Occident latin, comme les écrits de Pierre d'Espagne (le pape) et Théodore Borgognoni s'en sont fait l'écho. Mais pour pouvoir produire de l'eau-de-vie par distillation du vin, il fallait aussi disposer d'alambics dotés d'un système de refroidissement efficace : seul le passage de la vapeur dans un serpentin refroidi en permanence par de l'eau fraîche, permet de condenser efficacement les vapeurs alcooliques. Cette innovation qui semble s'être produite dans la Bologne de Théodore dans la période 1275-1285 (McVaugh[25], 2005) mis plusieurs siècles à s'imposer.

La connaissance des propriétés médicinales de l'eau ardente qu'a pu avoir Arnaud de Villeneuve aux environs de 1300 n'est pas surprenante sachant que sa technique de distillation serait apparue peu de temps auparavant dans le milieu médical de Bologne. Dans plusieurs passages du Livre des vins (Liber de vinis) attribué à tort à Arnaud[25], on trouve aussi plusieurs sections traitant de l'eau ardente. L'ouvrage a été attribué depuis à maître Silvester (ca. 1322-1328)[26] .

  • Omnia opera, l’œuvre imprimée :

Les œuvres médicales d'Arnaud bénéficièrent d'une diffusion manuscrite étendue au cours des deux siècles qui suivirent sa mort, alors même que son souvenir était de plus en plus contaminé par sa réputation croissante de prophète, magicien et alchimiste[27]. Avec l'arrivée de l'imprimerie, son œuvre médicale connut une diffusion encore plus large dans toute l'Europe, de Séville à Cracovie, de Londres à Salerne.

Un ensemble de 56 écrits attribués à Arnaud, furent rassemblés par un médecin génois appelé Tommaso Murchi, en un épais volume imprimé à Lyon en 1504, intitulé Opera omnia. Dans l'édition de 1509, les œuvres étaient au nombre de 61. Déjà, à cette époque, deux siècles après le décès du célèbre médecin Catalan, Murchi est conscient du fait que de nombreuses œuvres lui sont attribuées à tort. Actuellement, on estime[7] qu'environ la moitié des écrits de Opera omnia sont des apocryphes (attribués à tort).

Depuis 1975, un projet international, les Arnaldi de Villanova Opera Medica Omnia (AVOMO), se propose de publier des éditions critiques des œuvres d'Arnaud de Villeneuve.

Sa pensée religieuse[modifier | modifier le code]

Comme nous avons vu, Arnaud de Villeneuve maintint durant toute sa vie, strictement séparés sa quête spirituelle de son activité médicale.

Dans sa jeunesse à Montpellier, il était proche des Dominicains, en particulier de Raymond de Mévouillon, dans la résidence duquel, il rédigea ses principaux ouvrages de théologie : Introductio in Librum de semine scripturarum, Allocutio super tetragrammaton[15]. Mais c'est là qu'il commença à être influencé par l'idéal ascétique de Pierre de Jean Olivi, un lecteur franciscain à Montpellier et Narbonne, qui s'imposera comme le père spirituel des Béguins et des frères spirituels de l'ordre franciscain. Ce n'est qu'après le décès d'Olivi en 1298, qu'il rendit public son message prophétique annonçant la venue de l'Antéchrist et l'imminence des fins dernières (Expositio Super Apocalypsi[28] et De Antichristi). Ses prises de position le conduisirent à rompre avec les Dominicains et à se rapprocher du radicalisme des Béguins. Il évolua vers un platonisme radical confinant au catharisme (Perarnau[13], 1979).

Antichrist, à gauche avec les attributs d'un roi (Hortus deliciarum, XIIe siècle)

Dans l'Introductio, Arnaud dévoile le fond de sa pensée théologique : Dieu est la cause souveraine de toute chose et tout procède de sa bouche (os), c'est-à-dire du Verbe incarné : Jésus-Christ ; elle est donc contenue dans chaque parole de l'Écriture[12]. À l'inverse des Thomistes et de l'aristotélisme averroïsant qui transforma la théologie en une science, il place l'étude de la Bible au premier plan de sa réflexion, fidèle à une formation très influencée par l'augustinisme platonisant.

À l'instar d'Olivi, Arnaud fut plus sensible aux faits de l'histoire de la Salvation qu'à une synthèse doctrinale. Au centre de la pensée d'Olivi se trouve l'idée que le monde est en perpétuelle transformation et que de la corruption peut sortir la régénération, de l'ombre la lumière, à l'exemple du Fils de Dieu mort sur la Croix. Si Olivi prône la nécessité de la souffrance, c'est qu'elle permet la purification[29]. Car annonce-t-il, de profonds bouleversements nous attendent et seuls peuvent vaincre ceux qui ont été éprouvés.

Dans son commentaire de l'Apocalypse (Expositio super Apocalypsi), qu'il termina en 1292 au château de Meuillon au nord d'Avignon, Arnaud développe une théorie des « âges de l'Église » où il annonce la venue d'un Pape angélique qui effectuerait la réforme de l'Église, laquelle serait suivie de la manifestation de l'Antéchrist en l'an 1376/8.

Arnaud fut proche des Béguins, le Tiers-Ordre franciscain, les Frères spirituels, les Pauvres du Christ. Il plaida leur cause devant les papes Benoît XI et Clément V. À Barcelone, il organisa un centre de propagande des idées dites « spirituelles » : un scriptorium où des copistes recopiaient les manuscrits engagés d'Arnaud et des œuvres pseudo-prophétiques[14]. Aux yeux des Béguins du Midi, il devint une très haute autorité, à l'égale de celle de Raymond Lulle.

L'alchimie pseudo-arnaldienne[modifier | modifier le code]

La riche personnalité et l’œuvre multiple d’Arnaud de Villeneuve se sont prêtées à la naissance d’une légende faisant du médecin catalan l'une des principales figures de l’alchimie occidentale[30]. À la fin de sa vie, il se lamentait amèrement dans le Raonament d'Avinyo de la réputation de nécromancien qu'on lui faisait[31] et en voyait l'origine dans une volonté extérieure de discréditer son œuvre spirituelle jugée dissidente.

  • Le corpus alchimique attribué à Arnaud de Villeneuve

Après la mort du maître Catalan, dès les premières décennies du XIVe siècle, le nom d'Arnaud de Villeneuve est attribué à des manuscrits alchimiques[32]. Michela Pereira en a recensé un corpus de 52 titres[33].

Le corpus alchimique manuscrit est labile et sujet aux contaminations de toute sorte. Ces textes échappaient en effet aux contrôles de l'université, puisque cette discipline ne figura jamais au nombre des enseignements. L'alchimie médiévale sera très affectée par la pseudépigraphie.

Calvet cite 13 titres : Cathena aurea, De aqua vitae simplici et composita, Defloratio philosophorum, De secretis naturae, De vita philosophorum, Elucidarium, Epistola ad Iacobum de Toledo de sanguine humano distillato, Epistola super alchimia ad regem Neapolitanum, Flos florum, Novum lumen, Novum testamentum, Opus simplex, Quaestiones tam essentiales quam accodentales, Osa aurea, Rosa novella, Rosarius philosophorum, Speculum alchimiae, Testamentum, Tractatus parabolicus. Plus tard : Experimenta, In commentarios Hortulani expositio, Opus de arte maiori, Recepta electuarii mirabilis praeservantis ab epidemia, Succosa carmina. Le premier manuscrit connu Defloratio philosophorum mag. Arnaldi Villanovi[n 11] est daté des années 1325-1350. Le manuscrit le plus important est le Rosarius philosophorum[12] dédié au roi Robert Ier de Naples († 1343). Les premières traductions attribuées à Arnaud apparaissent après 1360. Très copié, il connut une grande diffusion puisqu'on lui connait une version française et occitane[n 12].

Dans les siècles suivants, du XIVe siècle au XVIe siècle, la liste des ouvrages alchimiques nommément attribués à Arnaud ne cessa d'augmenter. Elle atteindra les 52 titres répertoriés par M. Pereira[33].

Après l'apparition de l'imprimerie, le premier éditeur des œuvres (Opera omnia) d'Arnaud de Villeneuve, un Génois nommé Thomaso Murchi, ne sélectionnera que quatre traités d'alchimie (1504)[24] :

  1. Rosarius philosophorum
  2. Novum Lumen
  3. Flos florum
  4. Epistola super alchimica ad regem Neapolitanum.

Mais au cours du XVIe siècle, le nombre d’œuvres attribuées à Arnaud de Villeneuve ne cessera d'augmenter.

  • L'origine

Tous ces textes sont des apocryphes car rien dans l'œuvre d'Arnaud de Villeneuve ne permet de légitimer un seul de ces écrits. Ses œuvres médicales ne citent qu'à de rares occasions l'alchimie et toujours de manière plutôt défavorable[12].

Dès le XIXe siècle, Hauréau[5] s'était déjà efforcé de discerner les traités authentiques de « ceux qu'on a mis à son compte par erreur ou par fraude ». Antoine Calvet[12] poursuivant l’œuvre de ses prédécesseurs (Thorndike, de Payen, Paniagua, Pereira etc.), a entrepris de remonter aux sources véritables de tous les manuscrits latins attribués à Arnaud.

À côté de ses textes d'alchimie transmutatoire, existent aussi quelques textes médico-alchimiques fournissant une piste pour comprendre l'origine de la légende d'un Arnaud alchimiste. Le traité De aqua vitae simplici et composita (Eau-de-vie simple et composée) attribué au médecin Catalan est un traité de médecine s'appuyant sur l'autorité d'Hippocrate et Galien mais aussi de médecins du XIIIe siècle comme Pierre d'Espagne et Théodore Borgognoni. Il rappelle les grands principes de la médecine médiévale et prône l'utilisation de produits de la distillation en thérapeutique. Comme dans l'Antidotarium, on y lit que « L' aqua vitae est extraite et isolée par décoction et distillation du vin ». L'eau-de-vie (ou eau philosophique) est dotée de toutes les vertus, guérissant la plupart des maladies.

Calvet[12] argumente « que ce traité s'intègre dans la continuité de travaux initiés par Arnaud et poursuivis, achevés par des élèves plus au fait des théories distillatoires et plus convaincus de leur caractères d'universalité que le maître. Dans la version de Cambrai dédiée aux Pauvres de l'Évangile (ou évangélisants), le De aqua vitae simplici et composita garantit les bienfaits d'une « eau philosophique », c'est-à-dire alchimique, accordée aux règles de l'astrologie. On serait tenté de dire que là s'entremêlent les trois grand thèmes que le corpus alchimique attribué à Arnaud de Villeneuve ne cesse de gloser : médecine, alchimie et prophétie ».

L'hypothèse de Calvet est donc que tous ces traités auraient été développés par les fidèles servants d'Arnaud, œuvrant dans les hôpitaux nouvellement créés en Catalogne ou à Valence, où la mémoire du maître de Montpellier était scrupuleusement entretenue.

Œuvres médicales authentiques[modifier | modifier le code]

Paniagua donne la liste suivantes des œuvres d'Arnaud authentifiées avec certitudes[7] :

  1. Speculum medicine
  2. De intentione medicorum
  3. De humido radicali
  4. De considerationibus operis medicine
  5. Aphorismi de gradibus
  6. De dosi tyriacalium
  7. Medicationis parabole
  8. Commentum super quasdam parabolas
  9. Aphorismi particulares
  10. Aphorismi de memoria
  11. Aphorismi extravagantes
  12. Regimen sanitatis ad regem Aragonum
  13. Regimen Almarie (De regimine castra sequentium)
  14. Practica summaria
  15. De parte operativa
  16. De amore heroico
  17. Regimen de podagra
  18. Compendium regimenti acutorum
  19. Commentum super tractatum Galieni De malitia complexionis diverse
  20. Repetitio super canone Vita Brevis
  21. Tabula super Vita brevis
  22. De esu carnium
  23. De improbatione maleficiorum
  24. Translatio Albumasaris De simplicibus
  25. Translatio Avicenne De viribus cordis
  26. Translatio Galieni De rigore et iectigatione et tremore et spasmo
  27. Translatio doctrine Galieni De interioribus

Paniagua donne aussi une liste

  • de 14 œuvres présumées authentiques
  1. Tractatus contra calculum
  2. De tremore cordis
  3. Regimen contra catarrhum
  4. Regimen sive consilium quartane
  5. Consilium sive cura febris ethice
  6. Compilatio de conceptione
  7. Experimenta et recepte
  8. De simplicibus
  9. Antidotarium
  10. Libellus de arte cognoscendi venena
  11. Cura epilepsie
  12. Astrologia
  13. Expositio super aphorismo In morbis minus
  14. Abbreviatio libri prognosticorum
  • de 12 œuvres suspectées d'être apocryphes (dont Liber de vinis, Le livre des vins, Tractatus de venenis),
  • de 26 œuvres certainement apocryphes (dont Rosarius philosophorum, Flos florum) et
  • de 8 œuvres dont l'identité des auteurs véritables a été rétablie.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

Un hôpital de Montpellier ainsi que la maternité portent aujourd'hui son nom.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions[modifier | modifier le code]

  • Opera omnia, Lyon, 1532.
  • Arnaldi de Villanova opera medica omnia, Barcelona, Publicacions i Edicions de la universitat de Barcelona, 2014, 16 vol.
    • vol. II : Aphorismi de gradibus (1295-1300), 1975, XIV-338 p.
    • vol. III : De amore heroico, 1985, 110 p. [1]
    • vol. IV : Tractatus de consideracionibus operis medicine, sive de flebotomia
    • vol. V.1 : Tractatus de intentione medicorum, 2000, 226 p [2]
    • vol. V.2 : Tractatus de humido radicali (vers 1290), 636 p.
    • vol. VI.1 : Medicationis parabole
    • vol. VI.2 : Commentum inquasdam parabolas et alias aphorismorum series, 1993
    • vol. VII.1 : Epistula de reprobacione nigromantice ficcionis (De improbatione maleficiorum)
    • vol. X.1 : Regimen sanitatis ad regem aragonum (1305-1308), 1996, 936 p.
    • vol. X.2 : Regimen almarie (Regimen castra sequentium), 1998
    • vol. XI : De esu carnium (1304), 2001
    • XV : Commentum supra tractatum galieni de malicia complexionis diverse, 1985, 391 p.
    • vol. XVI : Aphorismi de gradibus, 1981, 111 p.
    • vol. XVII : Translatio libri albuzale de medicinis simplicibus, 2004
  • Arnaldi de Villanova opera theologica omnia, Barcelona, Institut d'estudis catalans, Facultat de teologia de Catalunya, 2004 ss., sous la dir. de Josep Perarnau
    • vol. III : Introductio in librum Ioachim. 'De semine scripturarum.' Allocutio super significatione nominis Tetragrammaton (1292), 2004, 212 p.
    • vol. IV : Alphabetum catholicorum ad inclitum dominum regem Aragonum pro filiis erudiendis in elementis catholicae fidei. Tractatus de prudentia catholicorum scolarium, 253 p., 2007
    • vol. V : Tractatus de tempore adventus Antichristi: ipsius et aliorum scripta coæva (1288), 2014, 435 p.

Œuvres authentiques traduites en français[modifier | modifier le code]

  • le corpus "catalan" des œuvres spirituelles : Confessió ou Déclaration de Barcelone (1305), Llicó ou Leçon de Narbonne, Raonament ou Exposé d'Avignon, Informació espiritual ou Instruction spirituelle au roi Frédéric de Sicile (1310) : Jean Canteins, Arnau de Villeneuve, t. I : Un "spirituel" soupçonné d'hérésie, Les Belles Lettres, 2015, p. 82-181.

Œuvres apocryphes traduites en français[modifier | modifier le code]

  • Rosarius philosophorum (déb. XIV° s.), De vita philosophorum... : Antoine Calvet, Les œuvres alchimiques attribuées à Arnaud de Villeneuve, Archè Milan, 2011, 728 p.
  • Traité parabolique, trad. Antoine Calvet, Chrysopoeia, V, 1992-1996, p. 145-170.
  • Le livre des vins (XIV° s.), trad. du latin Patrick Gifreu, Éditions de la Merci, 2011.
  • Semita semitae. Le chemin du chemin [3]
  • De sigillis (Des sceaux) : A. Germain, De la médecine et des sciences occultes à Montpellier dans leurs rapports avec l'astrologie et la magie, Montpellier, 1872, p. 15-18[34].

Études[modifier | modifier le code]

  • Pierre Joseph de Haitze (alias Pierre Joseph), Vie d'Arnaud, Aix, 1719, in-12.
  • B. Hauréau, "Arnauld de Villeneuve", in Histoire littéraire de la France, 28 (1881), p. 26-126, 487-490.
  • Marc Haven (Dr Emmanuel Lalande), La vie et les œuvres de maître Arnaud de Villeneuve (1896), Phénix, 2003.
  • Lynn Thorndike, History of Magic and Experimental Science, vol. II,‎ (lire en ligne), p. 52-84, 654-676
  • R. Verrier, Études sur Arnauld de Villeneuve, Leyde, 2 vol., 1947-1949.
  • M. Mc Vaugh, "The Development of Medieval Pharmaceutical Theory", apud Arnaldi de Villanova Opera medica omnia, vol. II, 1975.
  • Antoine Calvet : "Les alchimica d’Arnaud de Villeneuve à travers la tradition imprimée (XVIe-XVIIe siècles). Questions bibliographiques", in D. Kahn et S. Matton (édi.), Alchimie : art, histoire et mythes (1995), p. 157-190.
  • Antoine Calvet, "La tradition alchimique latine (XIII°-XV° siècle) et le corpus alchimique du pseudo-Arnaud de Villeneuve", Médiévales, 52, printemps 2007, p. 39-54. [4]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'incipit de son ouvrage Regimen Salernitanum, est Incipit Regimentum sanitatis seu ordinatum a magistro Arnaldo de Villanova, Cathalano, omnium medicorum nune viventium gemma
  2. la seigneurie de Montpellier, dont le suzerain était l'évêque de Maguelone, avait été l'héritage de Marie, fille de Guillaume VIII de Montpellier, lorsqu'elle se maria en 1204 à Pierre I (II), roi d'Aragon et comte de Barcelone. Les descendants de ce mariage ont occupé la seigneurie de Montpellier jusqu'à ce qu'elle soit transmise au roi de France, qui l'acheta en 1348 (L. Cifuentes, Université et vernacularisation au bas Moyen Âges, Colloque int. de Montpellier, mai 2001)
  3. pontificat de Boniface VIII : de janvier 1295 à octobre 1303
  4. Perarnau (1979) a montré qu'Arnaud a utilisé un texte cathare pour défendre le mode de vie des Béguins (Informatio beguinorum, 1305)
  5. Commentaires de l'Apocalypse, Expositio super Apocalypsi (1292)
  6. la date retenue par les historiens depuis Hauréau (1881) était 1299, mais les récents travaux méticuleux de M. McVaugh (2006) incitent à supposer que la confrontation a eu lieu en septembre-octobre 1300
  7. pontificat de Benoît XI : d'octobre 1303 à juillet 1304
  8. pontificat de Clément V : de novembre 1305 à avril 1314
  9. L'historien Georges Minois (Le prêtre et le médecin, CNRS éd., 2015) parle d'une « indéniable régression culturelle ». Si le terme de « régression » peut paraître excessif à certains, il peut mieux se comprendre à la lumière de la comparaison de l'histoire des médecines chinoise et gréco-romaine : à la fin de l'Antiquité, les savoirs médicaux avaient atteint un haut niveau de sophistication tout à fait comparable, aux deux extrémités de l'Eurasie. En Chine, l'effondrement de la dynastie Han fut suivie d'une période d'affrontements entre seigneurs de guerre et de quelques longs passages à vide, mais à partir des VIe ‑ VIIe siècle émergent les magnifiques dynasties Sui et Tang, regardées comme l'âge d'or de la culture chinoise. Au XIe siècle, on mesure déjà le retard prit par l'Europe qui malgré la renaissance du XIIe siècle, ne rattrapera jamais son handicap avant la révolution scientifique de l'époque moderne, comme l'attestent les travaux de l'équipe de Joseph Needham, rassemblés dans la collection des multiples volumes de Science & Civilisation in China, Cambridge University Press. À la célèbre question de Needham « pourquoi la Chine, avec sa considérable avance sur l'Europe jusqu'à la Renaissance, n'a-t-elle pas été le théâtre de cette révolution [scientifique] ? », pourrait légitimement faire écho la question « pourquoi l'Europe a-t-elle pris tant de retard sur la Chine durant le Moyen Âge ? »
  10. les alchimistes qui cherchaient à produire l'élixir, distillaient le plus souvent des sels de mercure, des composés soufrés, du sal ammoniac, du vitriol etc. (Livre des secrets, Ar-Razi). La distillation des pétales de rose, pour produire de l'eau de rose a aussi été développée dans le but d'obtenir des préparations médicinales
  11. Palerme, Biblioteca Comunale, 4° Qq A 10
  12. respectivement Le Rosaire de maistre Arnauld de Villeneuve sur la fleur d'alkemie (Paris, Biblio. de l'Arsenal) et Lo Rosari (Paris BnF)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Arnaldus de Villanova, trad. Antoine Calvet, Le rosier alchimique de Montpellier, Lo Rosari (XIVe siècle), Presses de l'Université de Paris-Sorbonne,‎
  2. a et b Marc Haven, La vie et les oeuvres de maître Arnaud de Villeneuve, Chez Chamuel, Paris,‎ mdcccxcvi (1896) (lire en ligne)
  3. John F. Benton, « New light on the "Patria" of Arnald of Villanova », Viator, vol. 13,‎ , p. 245-257
  4. a, b et c Antoine Calvet, « Arnaud de Villeneuve, 1235/1240 - 1311, Archives de France, 2011 » (consulté le 12 novembre 2015)
  5. a, b, c, d et e B. Hauréau, « Arnauld de Villeneuve, Médecin et chimiste (p. 26-126) », dans membres de l'Institut, Histoire littéraire de la France, tome 28, Paris, Kraus reprint,‎ 1881 (réimpression 1971) (lire en ligne)
  6. a, b et c (en) Henrik Lagerlund (Editor), Encyclopedia of Medieval Philosophy: Philosophy Between 500 and 1500, Springer-Verlag New York Inc., 1468 p.
  7. a, b et c Juan Antonio Paniagua, « En torno a la problemática del corpus científico arnaldiano », Actes de la i Trobada International d'Estudis sobre Arnau de Vilanova, Barcelona, vol. 2,‎ (lire en ligne)
  8. Lynn Thorndike, A history of magic and experimental science during the first thirteen centuries of our era, Columbia university press, New York,‎ (lire en ligne)
  9. a et b Michael McVaugh, « Further documents for the biography of Arnau de Vilanova », Dynamis, vol. 2,‎ , p. 368
  10. Jean Astruc, revus par M. Lorry, Mémoires pour servir à l'histoire de la Faculté de médecine de Montpellier, chez P.G. Cavelier, libraire, rue S. Jacques, au Lys d'or,‎ mdcclxvii (1767)
  11. Le De sigillis (Des sceaux, in Opera, 1585, col. 2037-2042) décrit douze sceaux, un par signe zodiacal, faits d'or pur, un jour astrologiquement propice, en prononçant des formules. Texte apocryphe selon Nicolas Weill-Parot ("Arnau de Villeneuve et les relations possibles entre le sceau du Lion et l'alchimie", Arxiu de Textos Catalans Antics, no 23-24, 2005, p. 269-280). J.-P. Boudet, "La papauté d'Avignon et l'astrologie", Cahiers de Fanjeaux, no 27 : Fin du monde et signes des temps, Privat, 1995, p. 257-293.
  12. a, b, c, d, e, f et g Antoine Calvet, Les œuvres alchimiques attribuées à Arnaud de Villeneuve ; Grand œuvre, médecine et prophétie au Moyen-Âge, S.É.H.A (Paris), ARCHÈ (Milan),‎ , 728 p.
  13. a et b Perarnau, l'Alia informatio Beguinorum d'Arnau de Vilanova, Barcelone, Édition de textes catalan et napolitain,‎
  14. a, b et c Antoine Calvet, « Alchimie et joachimisme dans les Alchimica pseudo-arnaldiens », dans J-C. Margolin, S. Matton (sous la direction de), Alchimie et philosophie à la Renaissance, Paris, Librairie philosophique J. Vrin,‎
  15. a et b Michael Mc Vaugh, « Arnau de Vilanova and Paris : one embassy or two ? », Archives d'histoire doctrinale et littéraire du Moyen Âge, vol. 73,‎ , p. 29-42
  16. Lawrence M. Principe, The Secrets of Alchemy, The University of Chicago Press,‎
  17. Georges Minois, Le prêtre et le médecin Des saints guérisseurs à la bioéthique, CNRS éditions,‎ , 458 p.
  18. D. Le Blévec, T. Granier (éditeurs), L’Université de Médecine de Montpellier et son rayonnement (XIIIe-XVe siècles): Actes du colloque international de Montpellier, Brepols Publishers, De Diversis Artibus, 71,‎ (lire en ligne)
  19. Suzanne Colnort-Bodet, Le code alchimique dévoilé Distillateurs, alchimistes et symbolistes, Librairie Honoré Champion, Éditeur,‎
  20. a et b Laurence Moulinier, « L'originalité de l'école de médecine de Montpellier », A. Leone, G. Sangermano. La Schola Salernitana e le altre, juin 2002, Salerne, p. 101-126, cf. archives-ouvertes
  21. Pedro Gil Sotre, « Les régimes de santé », dans sous la direction de Mirko D. Grmek, Histoire de la pensée médicale en Occident 1 Antiquité et Moyen Âge, Seuil,‎
  22. Luis Garcia Ballester, « Arnau de Vilanova (c. 1240-1311) y la reforma de los estudios médicos en Montpellier (1309) : El Hippócrates latino y la introduccion del nuevo Galeno », Dynamis, Acta Hispanica ad Medicinae Sci. Hist. Illus., vol. 2,‎ (lire en ligne)
  23. Danielle Jacquart, « Contribution de Luis García Ballester à l’histoire intellectuelle de la médecine médiévale », Dynamis, Acta Hispanica ad Medicinae Sci. Hist. Illus., vol. 21,‎ , p. 465-469 (lire en ligne)
  24. a et b Antoine Calvet, « Qu'est-ce que le corpus alchimique attribué à maître Arnaud de Villeneuve? », Arxiu de textos catalans antics, vol. 23-24,‎ , p. 435-456
  25. a, b, c, d et e Michael McVaugh, « Chemical medicine in the medical writings of Arnau de Vilanova », Actes de la II Trobada International d'Estudes sobre Arnau de Vilanova, J. Pararneau (éd.), Barcelona,‎
  26. José Rodriguez Guerrero, « El Origen del Pseudo-arnaldiano Liber de vinis, Obra del magister Silvester (ca.1322-1328), y su Tradición Manuscrita en el Siglo XIV », Azogue, vol. 7,‎
  27. Sebastià Giralt, « La tradition médicale d'Arnaud de Villeneuve, du manuscrit à l'imprimé », Médiévales, vol. 52,‎ , p. 75-88 (lire en ligne)
  28. Expo super Apocalypsi
  29. Anne Cazeneuve, « La vision eschatologique des spirituels fraciscains autour de leur condamnation (p. 393) », dans W. Verbeke, D. Verhelst, A. Welkenhuysen (éd.), The Use and Abuse of Eschatology in the Middle Ages, Leuven University Press,‎ , 514 p. (lire en ligne)
  30. Laurence Moulinier-Brogi et Nicolas Weill-Parot, « La science médiévale, du codex à l'imprimé », Médiévales, vol. 52,‎ , p. 7-14
  31. M. Batllori (éd.), Arnau de Vilanova, Obres catalanes, I : escrits religiosos, Barcelone, editorial Barcino,‎ , 215 p.
  32. Antoine Calvet, « La tradition alchimique latine (XIII-XV e siècle) et le corpus alchimique du pseudo-arnaud de Villeneuve », Médiévales, vol. 52,‎ , p. 39-54
  33. a et b M. Pereira, « Arnaldo da Villanova e l'alchimia. Un'indagine preliminare », dans J. Perarnau (éd.), Actes de la I trobada internacional d'estudis sobre Arnau de Vilanova, Barcelone, Institut d'Estudis Catalans,‎ (lire en ligne)
  34. Nicolas Weill-Parot, Les images astrologiques au MOyen Âge et à la Renaissance, 2002, p. 477-496.