Catharsis

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La catharsis (en grec κάθαρσις) signifie purification. La catharsis est l'épuration des passions.

Définition[modifier | modifier le code]

Pour Aristote, la catharsis est l'épuration des passions qui se produit par les moyens de la représentation artistique : en assistant à une tragédie ou en recourant aux "mélodies qui transportent l'âme hors d'elle-même", le spectateur se libère de ses émotions et éprouve "un allègement accompagné de plaisir".

Ce concept aristotélicien a été depuis étendu à toute forme d'abréaction émotionnelle. Dans ses formulations contemporaines il est principalement employé dans le champ de l'esthétique, de l'anthropologie et de la psychopathologie.

Histoire du concept[modifier | modifier le code]

Acception du terme dans la langue et la culture grecque[modifier | modifier le code]

Comme l'écrit Jean-Michel Vives :

« L’adjectif Katharos associe la propreté matérielle, celle du corps et la pureté de l’âme morale ou religieuse. La Katharsis est l’action correspondant à « nettoyer, purifier, purger ». Il a d’abord le sens religieux de « purification », et renvoie en particulier au rituel d’expulsion pratiqué à Athènes la veille des Thargélies. (...) La Katharsis lie la purification à la séparation et à la purge, tant dans le domaine religieux, politique que médical[1]. »

Ainsi, l'emploi métaphorique qu'en propose Aristote ne doit pas être compris comme une innovation radicale. Il s'inscrit dans l'usage linguistique, assez large, de ce terme. De plus, le mot catharsis n'a pas en grec un sens strictement médical, indépendant de connotations religieuses, dans la mesure où pour les grecs ces deux champs n'étaient pas clairement distingués. Son application à la musique (cf. La Politique) et au théâtre (cf. La Poétique) gagne ainsi à être comprise aussi bien à partir de la médecine que des pratiques rituelles, mais aussi politiques, de la Grèce antique.

Aristote[modifier | modifier le code]

Si le terme de catharsis est souvent référé à la Poétique, on ne trouve néanmoins une définition développée de ce terme que dans La Politique d'Aristote, à propos de la musique :

« Nous voyons ces mêmes personnes, quand elles ont eu recours aux mélodies qui transportent l'âme hors d'elle-même, remises d'aplomb comme si elles avaient pris un remède et une purgation. C'est à ce même traitement, dès lors, que doivent être nécessairement soumis à la fois ceux qui sont enclins à la pitié et ceux qui sont enclins à la terreur, et tous les autres qui, d'une façon générale, sont sous l'empire d'une émotion quelconque pour autant qu'il y a en chacun d'eux tendance à de telles émotions, et pour tous il se produit une certaine purgation et un allègement accompagné de plaisir. Or, c'est de la même façon aussi que les mélodies purgatrices procurent à l'homme une joie inoffensive[2]. »

Bien qu'il renvoie à sa Poétique pour plus d'éclaircissements (« nous en reparlerons plus clairement dans notre Poétique »), il devait faire allusion au deuxième livre car le terme n'apparaît qu'une seule fois dans l'ouvrage qui nous est parvenu :

« La tragédie (...) est une imitation faite par des personnages en action et non par le moyen de la narration, et qui par l'entremise de la pitié et de la crainte, accomplit la purgation des émotions de ce genre[3]. »

Aristote paraît surtout employer le terme en son sens médical, bien qu'il fasse également référence à des mélodies purgatrices, qui appartiennent probablement à des rites thérapeutiques. Le sens large que ce terme possède en grec, et ses connotations religieuses aussi bien que politiques traçeront la voie à son interprétation ultérieure comme une purification morale. En s'identifiant à des personnages dont les passions coupables sont punies par le destin, le spectateur de la tragédie se voit délivré, purgé des sentiments inavouables qu'il peut éprouver secrètement. Le théâtre a dès lors pour les théoriciens du classicisme une valeur morale, une fonction édifiante. Plus largement, la catharsis consiste à se délivrer d'un sentiment encore inavoué. Ce sens large a donné lieu à un emploi particulier de ce terme en psychanalyse et plus largement encore en psychothérapie.

Deux interprétations dominantes de la catharsis[modifier | modifier le code]

L'interprétation de ce passage très allusif est délicate et sujette à de nombreux débats. La question porte en particulier sur le mode de purgation qui a lieu : s'agit-il d'une purgation morale, ou bien Aristote veut-il simplement dire que le mode de représentation fait en sorte que l'on ne ressent pas ces émotions au premier degré ?

Entre les deux interprétations, la différence porte :

  • sur l'enjeu de la purgation : dans un cas, il s'agit de la morale, dans l'autre de la seule esthétique ;
  • sur la cause de la purgation : dans un cas, il s'agit des exemples montrés sur la scène, dans l'autre du seul dispositif de la représentation théâtrale.

Interprétation morale de la catharsis[modifier | modifier le code]

Dans l'interprétation classique de la catharsis, elle est une méthode de « purgation des passions », ou purification émotionnelle, utilisant des spectacles ou histoires tragiques considérées comme édifiantes.

Utilisée notamment par le cinéma, le théâtre et la littérature, elle montre le destin tragique de ceux qui ont cédé à ces pulsions. En vivant ces destins malheureux par procuration, les spectateurs ou lecteurs sont censés prendre en aversion les passions qui les ont provoquées. Pour que cette catharsis soit possible, il faut que les personnages soient en imitation (mimêsis) des passions humaines, le meilleur exemple, pour Aristote, étant Œdipe Roi de Sophocle.

Interprétation esthétique de la catharsis[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, certains considèrent que la catharsis n'est pas un enjeu moral, mais exclusivement esthétique. Le spectateur ne se purge pas de ses émotions en voyant des exemples édifiants, mais c'est plutôt le dispositif scénique, le mode de la représentation, qui purge le spectateur de ses émotions. L'homme peut « prendre plaisir aux représentations » :

« [N]ous prenons plaisir à contempler les images les plus exactes de choses dont la vue nous est pénible dans la réalité, comme les formes d'animaux les plus méprisés et des cadavres [...][4]. »

Psychanalyse[modifier | modifier le code]

En psychanalyse, la catharsis est un concept qui apparaît pour la première fois en 1893 dans la « Communication préliminaire » qui servira de premier chapitre aux Études sur l'hystérie (1895) de Josef Breuer et Sigmund Freud. Il sert à désigner la prise de conscience par laquelle un sujet se remémore un évènement traumatique passé[5], le revit puis le dépasse dans le cadre d'une cure psychanalytique. La catharsis repose sur l'abréaction des affects liés au traumatisme, c'est à dire la décharge émotionnelle qui accompagne la prise de conscience. La catharsis est ainsi le processus, parfois émotionnellement violent, au travers duquel le sujet se libère du refoulement. La catharsis est le premier pas nécessaire d'une mise à distance, ou d'une objectivation du trauma qui peut aboutir à un véritable processus de perlaboration[6] de l'évènement, c'est à dire son intégration, par les moyens du langage, dans l'histoire du sujet.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Michel Vives, « La catharsis, d'Aristote à Lacan en passant par Freud », Recherches en psychanalyse, no 9,‎ , p. 22-35
  2. La Politique, traduction de J. Tricot, Vrin, 1995, p584 (VIII, 7, 1342a 10)
  3. Aristote, Poétique, 1449b28
  4. Aristote, Poétique, 1448b10
  5. Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochothèque »,‎ (1re éd. 1997) (ISBN 978-2-253-08854-7), p. 251 : « La réaction du sujet qui subit quelque dommage n'a d'effet réellement "cathartique" que lorsqu'elle est vraiment adéquate comme dans la vengeance. Mais l’être humain trouve dans le langage un équivalent de l’acte, équivalent grâce auquel l'affect peut être "abréagi" à peu près de la même façon ».
  6. Le Commerce des regards, Marie-José Mondzain, Seuil, 2003, p. 120-130

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Bibliographie[modifier | modifier le code]