Wajdi Mouawad

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Wajdi Mouawad, né le à Deir-el-Qamar au Liban, est un homme de théâtre, metteur en scène, auteur, comédien, directeur artistique, plasticien et cinéaste libano-canadien (québécois).

Biographie[modifier | modifier le code]

Wajdi Mouawad quitte son pays natal à l’âge de huit ans à cause de la guerre civile au Liban et émigre avec sa famille à Paris en France, puis au Québec dans la ville de Montréal en 1983. Durant sa scolarité il rejoint la troupe de théâtre de son Cégep puis, encouragé par son professeur de français, il entre à l’École nationale du théâtre du Canada dont il sortira diplômé en 1991[1].

Débuts au théâtre[modifier | modifier le code]

De 1990 à 1999, il codirige la compagnie Théâtre Ô Parleur avec Isabelle Leblanc, comédienne dans une des pièces de son frère, Naji Mouawad. Il crée à Montréal de nombreuses mises en scènes et adaptations dont Macbeth ou encore L’Exil de son frère. En parallèle il écrit ses premières pièces Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, Journée de Noces chez les Cromagnons, Alphonse et Les Mains d'Edwige au moment de la naissance. Littoral et Incendies, les deux premiers volets de ce qui deviendra avec le temps une tetralogie intitulée Le Sang des promesses sont écrites respectivement en 1997 et 2003.

En 1998, sa création Willy Protagoras enfermé dans les toilettes est élue meilleure production montréalaise par l’Association québécoise des critiques de théâtre.

De 2000 à 2004, il dirige le Théâtre de Quat'Sous à Montréal. C'est en 2005 qu'il fonde les compagnies de création Au carré de l’hypoténuse en France et Abé carré cé carré à Montréal avec Emmanuel Schwartz.

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Ses nombreux succès outre-Atlantique, tels que Littoral (1997) ou encore Incendies (2003), lui apportent la reconnaissance du public et lui offrent la possibilité de revenir en France. L’ensemble de son travail sera à maintes reprises remarqué et récompensé par des prix. Ainsi, en 2000, il est lauréat du Prix littéraire du Gouverneur général du Canada dans la catégorie théâtre.

En 2004, il adapte au cinéma (scénario et réalisation) sa pièce Littoral.

Le 9 mai 2005, le Molière du meilleur auteur francophone de théâtre lui est attribué pour Littoral, mis en scène par Magali Leiris avec Renaud Bécard, mais il le refuse afin de dénoncer les théâtres sans comité de lecture et les directeurs de théâtre qui jettent les manuscrits[2].

En mars 2006, à Chambéry, en France, il crée Forêts qui, après Littoral et Incendies constitue le troisième volet d’une tétralogie sur le thème de la transmission et de l’héritage.

À partir de septembre 2007, Mouawad occupe le poste de directeur artistique du Théâtre français du Centre national des Arts du Canada à Ottawa. Il renoue également avec le théâtre pour la jeunesse : son texte Assoiffés, mis en scène par Benoît Vermeulen du Théâtre Le Clou (théâtre de création pour adolescents), est créé en 2007.

Durant la saison 2007-2008, il travaille en collaboration avec l’Espace Malraux, scène nationale de Chambéry et de la Savoie, où il crée notamment Seuls, pièce présentée en 2008 au festival d’Avignon.

En 2008, il répond à une commande de Dominique Pitoiset sur la Thébaïde et livre Le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face, joué au TNBA et au Théâtre de la Ville de Paris avec Nadia Fabizio (Cadmos), Nicolas Rossier (Œdipe) et Philippe Gouin (Laïos).

En 2009, son dernier volet, Ciels, est présenté avec le reste de la quadrilogie au festival d’Avignon, dont il est l’artiste associé. Il reçoit le grand prix du théâtre de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre dramatique.

Le 17 septembre 2010, Incendies, une adaptation cinématographique de la pièce éponyme, réalisée par Denis Villeneuve, sort en salle au Québec après avoir été présentée dans plusieurs festivals et remporté de prestigieuses récompenses au cours des mois précédents.

En avril 2016, sur proposition d’Audrey Azoulay (ministre de la Culture et de la Communication), il est nommé par François Hollande à la direction du Théâtre national de la Colline à Paris[3],[4].

Controverse[modifier | modifier le code]

En avril 2011, Mouawad se retrouve au centre d’une controverse pour avoir invité Bertrand Cantat à participer à sa dernière création, une trilogie de Sophocle qu'il monte notamment au Théâtre du Nouveau Monde[5].

Projet : Avoir 20 ans en 2015[modifier | modifier le code]

En 2011, Wajdi Mouawad propose à 50 adolescents (sélectionnés par des théâtres) de l’accompagner pour une aventure longue de cinq ans. Ce projet est nommé Avoir 20 ans en 2015. Cinq grandes villes y participent : les 50 jeunes forment cinq groupes de dix personnes provenant de Nantes, Namur, Mons, L’Île de la Réunion et Montréal. En plus des jeunes, on compte aussi environ vingt accompagnateurs. Le projet est né d’une réplique d’Incendies, où une grand-mère dit à sa petite-fille :

« Si tu veux t'en sortir, tu dois apprendre à : lire, écrire, compter, parler et penser. »

Chaque verbe est associé à une année et à un voyage dans une ville où tous les jeunes sont invités et se retrouvent : Lire à Athènes, Écrire à Lyon, Compter à Auschwitz, Parler dans un pays d’Afrique, et Penser au cours d’un voyage en mer (Wajdi Mouawad a blagué sur le fait que le voyage parfait pour ce verbe aurait été un voyage sur la Lune). Ils se retrouvent donc tous ensemble (Mouawad, les 50 jeunes et les accompagnateurs) une fois par an. L’aboutissement du projet n'est pas théâtral ; à la fin, les jeunes sortiront simplement d’une aventure littéraire et spirituelle exceptionnelle, enrichis d’un regard très riche sur le monde et de souvenirs inoubliables[note 1].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Il est vrai que je suis acteur et auteur, cinéaste parfois et plasticien, mais cette frénésie ne touche qu'à une chose : mon amour profond du théâtre[7]. »
  • « La question “d’où êtes-vous ?” n’a plus de sens pour moi et la seule question à laquelle je peux répondre c’est “où êtes-vous le mieux ?”[8] »

Œuvre[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

En tant qu'auteur dramatique[modifier | modifier le code]

En tant qu'adaptateur[modifier | modifier le code]

En tant qu'interprète[modifier | modifier le code]

En tant que metteur en scène[modifier | modifier le code]

Textes radiophoniques[modifier | modifier le code]

  • Loin des chaises
  • Wilfrid
  • William M.
  • Le Chevalier
  • Dans la cathédrale
  • Les trains hurlent quand on tue
  • Les Étrangers du bord du monde

Romans[modifier | modifier le code]

Éléments sur Anima[modifier | modifier le code]

Les personnages sont nombreux, autour de Wahhch Debch : Léonie, Welson Wolf Rooney, Nabila, Najma, Mary, Janice, Chuck Rain, Coach, Motherfucker, Tomahawk, Rolland One Bear Humbert, Jack Charlot, Ashleen, Jackson, Shelly, Raphaël Clément, Mason-Dixon Line, Winona, Natalie Davis, Josie Gaboriau, Fadi Melki, Maroun Debch, Naji Obéïd, Albert Chagnon, et beaucoup d'autres, certains monstrueux, certains pitoyables.

Les lieux sont principalement nord-américains : Montréal, Angola, Lebanon, Cairo (Illinois), Oran (Missouri), Ash Hill (Missouri), Carthage (Missouri), Wolf Point (Montana), Bloody Valley (Kansas), Virgil (Kansas), Last Chance (Colorado), Genesee (Colorado), Hebron (New Mexico), Paradise Hill (New Mexico), Arabia (Arizona), Winona (Arizona), Phoenix (Arizona), Mohawk (Arizona), Animas (Nouveau-Mexique), Tank Mountain (Nouveau-Mexique), Sainte-Émélie-de-l'Énergie (Québec).

Le récit commence par la découverte du meurtre de Léonie, enceinte, par son mari Wahhch, terriblement perturbé, à Montréal, dans les années 2010 sans doute. L'enquête piétine, le coroner le reconnaît. Wahhch part seul à la recherche de l'assassin, dans sa réserve mohawk de Kahnawake, mais pas pour se venger : il veut le voir et savoir qui il est. Aussitôt, tout s'enchaîne, sans aucun temps mort. Le récit, en très courts chapitres, est pris en charge par un animal (Bestiae verae, Bestiae fabulosae, Canis lupus lupus) : Wahhch a un rapport particulier avec le monde animal. La découverte du corps assassiné de Léonie lui a ouvert les portes du souvenir. En quelques mois, il est amené à traverser une grande partie des États-Unis et à découvrir d'où il vient, qui il est. Le lieu du traumatisme originel est Chatila (Liban), en 1982. Qui est vraiment son père ?

Essais[modifier | modifier le code]

  • Seuls - Chemin, texte et peintures, Actes Sud, 2008

Opéra[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Scénariste[modifier | modifier le code]

Le film représente le Québec lors des Oscars 2011 dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère[10].

Acteur[modifier | modifier le code]

  • 2011 : Pays rêvé de Jihane Chouaib : lui-même

Récompenses[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

  • Je suis le méchant !, entretiens avec le metteur en scène André Brassard, Leméac, 2004
  • Littoral, projection cinématographique de la pièce de théâtre du même nom, TVA Films, 2004
  • Architecture d’un marcheur, entretiens accordés à Jean-François Côté, Leméac, 2005
  • Le Sang des Promesses : Puzzle, racines, et rhizomes, notes de travail, de mise en scène, etc., Leméac/Actes Sud, 2009 À propos du processus d’écriture et de mise en scène de la tétralogie.
  • Traduire Sophocle, Actes Sud, 2011
  • Chœurs, l’album des chants du chœur antique de la trilogie « Des femmes », Actes Sud, 2011

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Wajdi Mouawad a expliqué qu'il a donné le premier souffle de vie à ce projet car il aurait aimé que l’on fasse la même chose pour lui quand il avait le même âge que ces jeunes.
  2. Non publié.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Wajdi Mouawad au sommet de la Colline », sur http://next.liberation.fr,‎ (consulté le 8 avril 2016)
  2. Déclaration dans un entretien réalisé par Jacques Téphany en novembre 2008 pour le magazine Cassandre :

    « J'ai seulement profité de la récompense qui m'était proposée pour dénoncer l’absence de comité de lecture dans les théâtres qui regorgent de textes non lus et qu'on jette à la poubelle. »

  3. « Pour Wajdi Mouawad, l’exil s’arrête à Paris », sur Le Monde,‎ (consulté le 8 avril 2016).
  4. « Nomination de Wajdi Mouawad à la direction du Théâtre national de la Colline à Paris », sur Les trois coups,‎ (consulté le 8 avril 2016).
  5. Emmanuelle Bouchez, « Bertrand Cantat ne jouera ni à Avignon ni au Canada », sur www.telerama.fr,‎ (consulté le 27 mai 2016).
  6. « La Gouverneure générale annonce 60 nouvelles nominations au sein de l’ordre du Canada. »
  7. Entretien avec Jacques Téphany pour le magazine Cassandre.
  8. Jean-François Perrier, « Entretien avec Wajdi Mouawad », réalisé dans le cadre de la présentation de “Seuls” au festival d'Avignon,‎
  9. Wajdi Mouawad, lauréat du Prix littéraire du 2e roman 2013.
  10. « Incendies, porte-drapeau du Canada », article de radio-canada.ca du mercredi 22 septembre 2010.
  11. Liste des lauréates et des lauréats du prix littéraire du Gouverneur général.
  12. Voir le site du Centre.
  13. Wajdi Mouawad, lauréat du prix littéraire du 2e roman 2013 sur lecture-en-tete.fr.
  14. Voir sur lireenpoche.fr.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charlotte Farcet, Les Tigres de Wajdi Mouawad, Joca Seria, 2009
  • Carole Guidicelli, « Wajdi Mouawad : Incendies - Etude d'une œuvre intégrale », NRP-Lycée, Hors série, janvier 2012. Présentation en ligne

Liens externes[modifier | modifier le code]