Jeanine Áñez

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Jeanine Áñez
Illustration.
Jeanine Áñez en 2020.
Fonctions
Présidente de l'État plurinational de Bolivie
En fonction depuis le
(11 mois et 12 jours)
Gouvernement Áñez
Prédécesseur Evo Morales
Successeur Luis Arce (élu)
Présidente de la Chambre des sénateurs
(intérim)

(2 jours)
Prédécesseur Adriana Salvatierra
Successeur Eva Copa
Deuxième vice-présidente de la Chambre des sénateurs

(4 ans, 9 mois et 24 jours)
Président Adriana Salvatierra
Elle-même (intérim)
Successeur Carmen Gonzales
Sénatrice bolivienne

(9 ans, 9 mois et 21 jours)
Élection 6 décembre 2009
Réélection 12 octobre 2014
Circonscription Département de Beni
Membre de l'Assemblée constituante

(1 an, 4 mois et 8 jours)
Biographie
Nom de naissance Jeanine Áñez Chávez
Date de naissance (53 ans)
Lieu de naissance Trinidad (Bolivie)
Nationalité Bolivienne
Parti politique Mouvement social démocrate
Religion Évangélisme[1]
Résidence Casa Grande del Pueblo,
La Paz (Bolivie)

Signature de Jeanine Áñez

Jeanine Áñez
Présidents de l'État plurinational de Bolivie

Jeanine Áñez, née le à Trinidad (département de Beni), est une femme d'État bolivienne.

Élue seconde vice-présidente de la Chambre des sénateurs en 2015, elle assure en raison de cette fonction la présidence de l'État à partir du , à la suite des démissions controversées d'Evo Morales et des autres potentiels successeurs prévus avant elle dans l’ordre constitutionnel.

Durant son mandat transitoire, elle fait face à des critiques sur sa gestion du pays et sur la question des libertés, ainsi qu'à la pandémie de Covid-19 et ses conséquences économiques. Elle retire dans la foulée sa candidature à l’élection présidentielle de 2020. Le MAS est de nouveau mis au povoir, avec l'élection, dès le premier tour, de Luis Arce avec une 54,10 % des voix.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et vie privée[modifier | modifier le code]

Née le à Trinidad[2], Jeanine Áñez est titulaire d'une licence de droit[3]. Elle est directrice de la chaîne de télévision, Totalvision[4].

Divorcée, elle est mère de deux enfants[3]. Elle est mariée à Héctor Hernando Hincapié Carvajal, un homme politique colombien qui a des liens historiques avec des groupes paramilitaires colombiens[5].

Parlementaire[modifier | modifier le code]

Jeanine Áñez en 2016.

Membre du Mouvement social démocrate, formation de centre droit, elle est membre de l'Assemblée constituante de 2006 à 2007[3], puis élue sénatrice pour le département de Beni aux élections de 2009 et réélue à celles de 2014. Elle devient seconde vice-présidente de la Chambre des sénateurs le [6]. Elle est très critique à l'égard du président Evo Morales[7].

Elle se fait régulièrement remarquer par des déclarations discriminantes, voire teintées de racisme, envers les indigènes, dont elle assimile les rituels au satanisme[8], notamment sur Twitter. Plusieurs de ses tweets ont ensuite été effacés[9]. Elle qualifie également Evo Morales de « pauvre Indien accroché au pouvoir »[10].

Durant cette période, elle s'oppose au projet d'Evo Morales de construire une route à travers le territoire indigène et parc national Isiboro-Sécure (finalement retiré). Elle s'engage aussi pour la lutte contre les violences faites aux femmes et la prévention des féminicides[11].

Présidente de l'État[modifier | modifier le code]

Investiture[modifier | modifier le code]

Elle accède à la présidence de l'État après la démission du président Evo Morales, du vice-président Álvaro García Linera, et du président de la Chambre des députés Víctor Borda[12],[13]. Le premier vice-président de la Chambre des sénateurs, Rubén Medinace, démissionne également. Le successeur d'Evo Morales est donc Jeanine Áñez, seconde vice-présidente de la chambre[14]. La présidente du Sénat, Adriana Salvatierra, troisième dans l'ordre de succession, affirme cependant ne pas avoir démissionné et avoir été empêchée d’accéder au Parlement[15],[16].

Le , elle annonce la convocation prochaine d'une nouvelle élection présidentielle, de façon qu'un nouveau président prenne ses fonctions d'ici le , comme prévu[17]. La séance parlementaire destinée à fixer la date de la présidentielle a lieu le [18]. La séance étant suspendue pour cause de quorum non atteint par le boycott des parlementaires du Mouvement vers le socialisme (MAS), conformément à la Constitution plurinationale. Elle se déclare responsable de la présidence de l'État, arguant de la nécessité de ne pas laisser le pays sans gouvernement et la nécessité de pacifier le pays[19]. Evo Morales dénonce alors « le coup d'État le plus astucieux et le plus odieux de l'histoire »[20].

Le Tribunal constitutionnel plurinational valide l'accession de Jeanine Áñez à la présidence de l'État dans un communiqué publié le [21], en s'appuyant sur la jurisprudence de 2001 relative à la démission d'Hugo Banzer Suárez[22]. Son accession au pouvoir est cependant contestée, des spécialistes estimant que les deux chambres parlementaires auraient dû élire leurs nouveaux présidents, et que la séance de ratification de la démission ne peut pas se tenir sans quorum[23]. Cependant, la Constitution est floue et ne précise pas si une démission doit être acceptée par le Parlement pour devenir effective[24].

Jeanine Áñez entre dans le palais présidentiel en tenant une Bible, déclarant : « La Bible est de retour dans le palais », puis prête serment dans la foulée[25]. L'Assemblée législative plurinationale, où le MAS détient la majorité parlementaire, tente d'invalider son investiture[7]. Elle reçoit également le soutien des opposants Carlos Mesa et Luis Fernando Camacho[26]. Elle devient la deuxième femme à la tête du pays, après Lidia Gueiler Tejada[27].

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Elle promet un gouvernement de transition et déclare que les élections auront lieu lorsque les conditions seraient réunies[28]. Le , elle change le chef de l'armée[29]. Elle forme un nouveau gouvernement, limité aux fonctions régaliennes, notamment des Finances, de l'Intérieur et de la Défense[7]. La composition de ce gouvernement — dont les membres ont, à l'instar de la présidente, prêté serment sur la Bible, alors qu'Evo Morales a fait du pays un État laïc en 2009 — ne comprend pas de ministre indigène alors que le ministère des Affaires étrangères leur était traditionnellement dévolu[30].

Elle se montre favorable à l'usage du Wiphala comme emblème national, mesure instituée par Evo Morales[3]. Les programmes télévisés publics en langues amérindiennes sont en revanche supprimés[31].

Elle déclare qu'en cas de retour dans le pays, son prédécesseur serait poursuivi pour fraudes électorales et pour corruption[32]. Elle a auparavant déclaré que celui-ci n'était pas éligible à un quatrième mandat[33]. Elle met par ailleurs en doute la possibilité pour le Mouvement vers le socialisme (MAS) de participer aux prochaines élections[34].

Par la suite, des ministres émettent le souhait de réformer le pays, avant de convoquer de nouvelles élections[1]. Le , elle annonce la convocation prochaines de nouvelles élections générales[35]. Pour ce faire, elle présente au Parlement un projet de loi destiné à annuler les résultats des élections législatives et présidentielle, et à renouveler la composition du Tribunal suprême électoral, qui devra fixer la date des élections[36]. Le , le Sénat approuve cette mesure et l'interdiction pour un individu ayant déjà effectué un deuxième mandat d’en faire un troisième[37], ainsi qu'une loi d'amnistie pour Morales — contre qui le gouvernement provisoire a porté plainte la veille pour « sédition » et « terrorisme »[38] —, une dernière mesure que la présidente rejette[39]. La Chambre des députés adopte quelques heures plus tard ce projet de loi[40]. Jeanine Áñez promulgue le texte le [41]. Celui-ci prévoit que le scrutin puisse se tenir d'ici [42].

Le , le Parlement adopte la loi amnistie pour les autorités sortantes au sujet du processus électoral, Áñez menaçant toujours d'apposer son veto à cette loi[43]. Le , elle annonce l'émission d'un mandat d'arrêt à l'encontre de son prédécesseur[44]. Début janvier, son gouvernement annonce l’ouverture de 600 enquêtes pour corruption. L'ensemble des anciens membres du gouvernement d'Evo Morales sont visés par ces enquêtes, de même que d'anciens hauts fonctionnaires et dirigeants d'entreprises publiques[45].

En septembre 2020, Human Rights Watch accuse le gouvernement intérimaire de persécutions politiques par manipulation de la justice à l'égard de l'ancien président[46].

En quelques mois, les dépenses de l’État bolivien en importation d’armes pour équiper la police ont été multipliées par 18 par rapport à l'année 2019[31].

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

Jeanine Áñez échangeant avec le diplomate américain David Hale.

Après sa prise de fonction, elle reçoit la reconnaissance des États-Unis[47] et de la Russie[48], qui qualifie cependant son accession au pouvoir de « coup d'État »[49]. De son côté, son gouvernement reconnaît l'opposant vénézuélien Juan Guaidó comme président du Venezuela[50]. Elle décide ensuite de l'expulsion du personnel vénézuélien de l'ambassade du Venezuela à La Paz[51].

Elle annonce également le retrait de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA)[32].

Plus de 700 membres de la mission de coopération médicale cubaine en Bolivie sont invités à quitter le pays dans les plus brefs délais[52].

Le , son gouvernement nomme un ambassadeur à Washington, une première depuis 2009[53]. Le , le pays rétablit ses relations avec Israël, rompues elles aussi en 2009[54].

Elle décide de rompre les relations diplomatiques avec le Venezuela et Cuba[55]. Elle fait déclarer persona non grata l’ambassadrice du Mexique en Bolivie, la chargée d’affaires d’Espagne en Bolivie et le consul d'Espagne, accusant l'Espagne et le Mexique d'avoir protégé d'anciens proches d'Evo Morales que son gouvernement cherchait à faire arrêter[56]. Les ambassades boliviennes en Iran et au Nicaragua sont fermées, officiellement afin de faire des économies[31].

Le gouvernement bolivien appuie en janvier 2020 la réélection de Luis Almagro à la tête de l'Organisation des États américains (OEA)[57].

Politique économique[modifier | modifier le code]

Son gouvernement adopte une politique favorable aux intérêts de l’agrobusiness, libéralisant dès janvier 2020 des exportations de produits agro-industriels et favorisant le défrichage forestier[58]. Un décret présidentiel adopté en mai 2020 autorise l’entrée de plusieurs semences transgéniques dans le pays[59]. Par ailleurs, le gouvernement autorise une hausse des taux d’intérêt bancaires et réduit le taux d’imposition des grandes entreprises. En juin, le gouvernement par intérim offre de nouvelles terres au secteur agro-exportateur et, pour faire face aux conséquences économiques causées par la pandémie de Covid-19, mobilise 600 millions de dollars issus des fonds publics pour rembourser les dettes de grandes entreprises privées (dont l’un des principaux bénéficiaires est le ministre de l’Économie Branko Marinkovic)[31].

La volonté du pouvoir de privatiser des grandes entreprises se heurte cependant à la résistance du Sénat[58]. Le projet de restitution des actions de l’entreprise publique d’électricité Elfec (nationalisée en 2010) à un ancien actionnaire privé, la Cooperativa de Teléfonos de Cochabamba, suscite des tensions au sein même du gouvernement et conduit à la démission de trois ministres[60].

Le pays est confronté à des problèmes financiers en raison de la pandémie de Covid-19 et son gouvernement est pointé du doigt pour sa gestion de la crise[61]. Le gouvernement déclare l'état de calamité publique pour pouvoir contracter un prêt d'urgence de la banque centrale[62].

Gestion des premières manifestations[modifier | modifier le code]

Un décret est pris le , après la mort de neuf producteurs de coca[1], pour autoriser l'armée à intervenir lors des manifestations et exonérer de responsabilité pénale les policiers et militaires participant à ces opérations. Dans les cinq jours qui suivent la constitution de son gouvernement, 24 manifestants sont tués. Le gouvernement bolivien est critiqué par la Commission interaméricaine des droits de l'homme, qui lui reproche d'avoir « ignoré les normes internationales relatives aux droits de l'homme » et d'avoir « encouragé la répression violente »[63]. L'Organisation des Nations unies dénonce de son côté l'« usage disproportionné de la force »[64]. Amnesty International appelle la présidente à abroger le décret[65]. Celui-ci est finalement suspendu le , après un accord avec les manifestants, qui acceptent de mettre fin à leur mouvement en échange du retrait des forces de l'ordre[66].

Le 15 et le 19 novembre, deux manifestations qualifiées de pacifiques par la CIDH sont réprimées dans le sang à Sacaba et Senkata[67],[68]. Ces événements, qui font un total de 36 morts, dont une fille de 12 ans, sont qualifiés de massacres par la CIDH[69].

Le , la ministre de la Communication du gouvernement intérimaire annonce que sera utilisé un article du Code pénal pour interdire la diffusion de nouvelles pouvant pousser à la sédition[70].

Fin janvier, alors que les manifestations reprennent, des contingents de 70 000 militaires et policiers sont déployés dans les grandes villes[45].

Prorogation du mandat, pandémie de Covid-19 et nouvelles manifestations[modifier | modifier le code]

Jeanine Áñez échangeant avec un fabricant de masques de protection lors de la pandémie de Covid-19.

Le , le Tribunal constitutionnel prolonge son mandat et celui du Parlement élu en 2014 jusqu'à l'investiture des nouvelles autorités élues[71].

Elle déclare sa candidature à l'élection présidentielle le [72]. Elle justifie sa candidature, alors qu'elle s'était engagée à ne pas se présenter, par la division de la droite[73]. Elle demande le lendemain aux membres du gouvernement de démissionner[74].

En raison de la progression de la pandémie de Covid-19 en Bolivie et du confinement total décrété par la présidente, le Tribunal suprême de justice décide le 22 mars de reporter sine die le scrutin[75]. Les différents partis parviennent finalement début juin à un accord fixant le scrutin au 6 septembre[76]. La hausse des cas de personnes affectées entraîne cependant un nouveau report au 18 octobre[77]. Le 28 juillet, des milliers de sympathisants du MAS manifestent pour s'opposer à cette décision, qu'ils estiment lié à la possibilité pour leur candidat de remporter le scrutin[78]. Des blocages des routes ont également lieu le 3 août[61]. Le mouvement se poursuit, alors que le gouvernement tente de reporter de nouveau le scrutin. Le 14 août, le Tribunal suprême électoral adopte une résolution empêchant tout nouveau report[79].

Elle prend un décret présidentiel en date du 10 mai pour instaurer des sanctions pénales allant jusqu'à dix ans d'emprisonnement pour toute personne qui émettrait de la désinformation sur le coronavirus, une décision qui est critiquée par des organismes de droits de la personne[80],[81]. Le 20 mai, elle décide de limoger le ministre de la Santé Marcelo Navajas, arrêté six jours plus tard pour corruption[82].

Le , Jeanine Áñez annonce s'être mise en quarantaine après avoir été testée positive au coronavirus de la Covid-19. Présentant officiellement des symptômes bénins, elle indique qu'elle continuera à travailler à l'isolement[83]. Le 24 juillet, elle annonce être guérie. Plusieurs ministres sont aussi contaminés[61].

Son gouvernement annonce la fin de l'année scolaire pour fin juillet, soit cinq mois avant son terme initial[61].

Début août, de nouvelles manifestations nationales ont lieu contre le gouvernement intérimaire et le report des élections[84].

Courant septembre, Jeanine Áñez est donnée en perte de vitesse dans les sondages. Devant le risque grandissant d'une division des voix des électeurs de droite, elle annonce le 17 septembre se retirer de la course à la présidence. Elle a été ainsi affaiblie par sa mauvaise gestion de la pandémie de Covid-19 et de ses conséquences économiques, ainsi que par son usage à outrance de symboles catholiques et ses tentatives de poursuites judiciaires envers les cadres du Mouvement pour le socialisme[85],[86],[87]. Le Tribunal suprême électoral doit prendre une décision au sujet de cette annonce alors que des bulletins de vote ont été imprimés dans certaines localités[88].

Le 18 octobre 2020 ont finalement lieu les élections générales, Luis Arce, du MAS, le parti d'Evo Morales, l'emporte avec 55,10 % des voix, et 88,42 % de participation, dès le premier tour[89].

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  88. (es) « Papeletas de Tarija ya tienen la foto de Añez y la franja de “Juntos” », sur elperiodico-digital.com, (consulté le 18 septembre 2020).
  89. Reuters, « Bolivie: Arce s'engage à "reconstruire" le pays », sur Challenges,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]