Internationalisme médical cubain

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Intervention chirurgicale par un médecin cubain pour PAIGC. Sara, Guinea-Bissau, 1974.
Consultation par un médecin cubain. Sara, Guinea-Bissau, 1974.

L'internationalisme médical cubain est la politique cubaine initiée après la révolution cubaine de 1959 consistant d'une part à envoyer du personnel médical à l'étranger et d'autre part à accueillir des étudiants en médecine et des patients à Cuba. En 2016, 50 000 médecins cubains sont présents dans 62 pays. Ces services payants rapportent à Cuba 11 milliards de dollars, les salaires des médecins étant perçus par l’État cubain qui n’en reverse qu’une faible partie au personnel médical.

Missions à l'étranger[modifier | modifier le code]

En 2007, il a été calculé dans le cadre d'une étude sur l'internationalisme cubain que « Depuis le début des années 1960, 28 422 personnes travaillant dans le secteur de la médecine ont travaillé dans 37 pays d'Amérique latine, 31 181 dans 33 pays africains et 7 986 dans 24 pays asiatiques. Pendant quatre décennies, Cuba a envoyé 67 000 professionnels de la médecine dans le cadre de programmes de coopération, généralement pour une période d'au moins deux ans dans 94 pays… une moyenne de 3 350 professionnels travaillant à l'étranger chaque année entre 1960 et 2000. »

En 2016, les médecins cubains sont présents dans 62 pays : 24 pays d’Amérique latine et des Caraïbes, 27 pays d’Afrique subsaharienne, sept pays d’Asie orientale et du Pacifique, deux du Moyen Orient et d’Afrique de l’Est, mais aussi au Portugal et en Russie[1].

Anticolonialisme[modifier | modifier le code]

Ce programme débute en 1963, il s'agit alors de l'un des axes de la politique étrangère de Cuba en faveur des luttes anticolonialistes. La première action des Cubains consiste à envoyer un petit groupe de médecins en Algérie, pays qui est en déficit de personnel médical à la suite du retrait des médecins français après la guerre d'Algérie[2]. Des soldats et des enfants blessés sont aussi transférés à Cuba afin d'être traités lors de cette opération. À cette époque, le pays connait lui-même une pénurie de médecins, en effet la moitié des 6 000 médecins cubains ont fui à la suite de la révolution. Entre 1966 et 1974, les docteurs cubains travaillent côte à côte avec le contingent de soldats envoyé appuyer les forces indépendantistes de Guinée-Bissau ans leur combat contre la puissance coloniale portugaise. L'opération de plus grande envergure initiée à cette époque par Cuba s'effectue en Angola, après deux ans de présence en 1977, les seize provinces du pays à l'exception d'une seule comptent du personnel cubain[3]. À partir de 1979, date à laquelle les sandinistes prennent le pouvoir, les efforts de Cuba se tournent vers ce pays avec lequel ils développent une relation solide[4].

Aspects financiers[modifier | modifier le code]

Selon José Luis Rodriguez, ancien ministre de l’économie, ce service permet à Cuba de percevoir plus de 11 milliards de dollars en moyenne par an entre 2011 et 2015. Le régime cubain facture cette activité dans 35 des 62 pays bénéficiaires. Il s’agit de la première source de ressources de l’île loin devant le revenu du tourisme qui a rapporté 2,8 milliards de dollars en 2016[1].

Les autorités cubaines reçoivent directement les salaires des personnels envoyés à l’étranger. Elles prélèvent alors entre 75 à 89 % du montant de ce salaire[5].

Accusations d’esclavagisme[modifier | modifier le code]

En 2019, alors que près de 50 000 médecins cubains travaillent à l’étranger[6], une ONG basée à Madrid, dépose plainte contre l’état cubain pour esclavagisme à leur égard[5]. Les États-Unis classe Cuba sur leur liste de pays qui ne s’opposent pas aux trafics d'êtres humains[7]. Selon l’uruguayen Luis Almagro, secrétaire général de l’Organisation des États américains : « Des dizaines de milliers de personnes sont ainsi obligées de vivre dans un autre pays sans avoir accès à leurs passeports, et alors que des agents du renseignement les contrôlent et que la majorité de leurs revenus est confisquée par le gouvernement cubain »[5]. Jair Bolsonaro qui dirige le Brésil dénonce les conditions de travail des médecins cubains les considérant comme proches de l'esclavage[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Les médecins, première source de devises de Cuba Le Monde, 18 avril 2017
  2. (en)Monthly Review, Janvier 2009, The Cuban Revolutionary Doctor: The Ultimate Weapon of Solidarity
  3. (en) Cohen, Sylvester, 1994 “Cuba and the liberation of Southern Africa.” Monthly Review 46 (Septembre): 17–25.
  4. (en) Schwab, T., Sims, H.D. (1985), "Cuba and Nicaragua: a key regional relationship, 1979-1984." Cuban Studies 15 (2), p. 73-81
  5. a b et c Cuba accusée « d’esclavagisme » sur ses médecins en mission internationale La Croix, 16 juin 2019
  6. Les "esclaves" à vie de l'internationalisme médical cubain L’Obs, 6 juin 2019
  7. Liste noire sur le trafic d'êtres humains : Cuba dénonce la décision des É.-U. de l'inclure La Presse, juin 2019
  8. Les "esclaves" à vie de l'internationalisme médical cubain L’Obs, 6 juin 2019

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]