Giovanni Ambrogio de Predis

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Giovanni Ambrogio de Predis
Giovanni Ambrogio de Predis - Blanca Maria Sforza (c. 1493, National Gallery of Art) crop.jpg
Bianca Maria Sforza, vers 1493, National Gallery of Art, Washington
Naissance
Décès
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MilanVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Peintre, enlumineur, peintre de courVoir et modifier les données sur Wikidata
Lieu de travail
Œuvres principales

Giovanni Ambrogio de Predis (ou Giovanni Ambrogio Preda) est un peintre italien et enlumineur de la Renaissance né vers 1455 à Milan et mort dans la même ville après 1509.

Ambrogio De Predis est connu pour être portraitiste officiel de la cour de Ludovic Sforza à Milan à partir des années 1480. Mais sa renommée lui vient d'être le collaborateur de Léonard de Vinci dans l'atelier duquel il travaille à partir de 1483. Il connaît ainsi sa plus grande commande avec la réalisation du retable de l'Immaculée Conception dont il est responsable des deux panneaux latéraux et dont il réalise certainement une grande partie de la seconde version du panneau central, La Vierge aux rochers.

Biographie[modifier | modifier le code]

Giovanni Ambrogio de Predis nait vers 1455 à Milan[1]. Il est le fils de Leondardo de Predis (ou Preda) et de sa dernière épouse, Caterina Corio. Il est le benjamin d'une fratrie de six frères issus des trois mariages de leur père[2] : Aloisio, Evangelista et Cristoforo nés de Margherita Giussani ; Francesco, né de Margherita Giovan ; puis Bernardino et Giovanni Ambrogio nés de Caterina. Deux d'entre-eux sont touchés d'infirmité : Cristoforo est sourd et muet[3], et Bernardino, boiteux[2]. Il semble que la famille ait connu une certaine aisance financière qui se serait, la famille s'agrandissant, progressivement réduite[2].

La famille constitue une famille d'artistes[1] qui possède un atelier[4] : Bernardino est créateur de médailles, Evangelista est sculpteur sur bois et Cristoforo est miniaturiste. Ambrogio semble plus éclectique puisqu'il est graveur de médailles, miniaturiste et portraitiste. Les productions des frères sont décrites par les historiens de l'art comme médiocres mais ils bénéficient de commandes, étant bien introduits socialement. Ambrogio demeure le plus doué de la fratrie[5] et commence à se faire connaître comme portraitiste en 1482[4].

En 1483, il héberge Léonard de Vinci à Milan dans la demeure qu'il partage avec Evangelista (dont l'adresse est « Paroisse de San Vincenzo in Pratot intus ») ainsi que dans son atelier[4] : il vient de quitter Florence et son maître Verrocchio et n'a pas encore les relations lui permettant de recevoir commande pour vivre de son art. Bien introduit dans la cour du duc de Milan, Giovanni a pu aider le peintre florentin à s'y faire connaître lors de son installation[3]. Giovanni Ambrogio de Predis est connu pour avoir collaboré avec lui et avec son propre frère Evangelis (mort en cours de réalisation en 1491[6]) sur le retable de La Vierge aux rochers pour la Confrérie de l'Immaculée Conception[5].

En 1493, il quitte Milan pour Innsbruck en compagnie du peintre Francesco Napoletano[7] à l'invitation de Blanche-Marie Sforza (italien : Bianca Maria Sforza) lors de son mariage avec Maximilien Ier du Saint-Empire[1]. Il y reste un peu moins de deux ans avant de revenir à Milan au début de l'année 1494[7].

Devenu collaborateur de Léonard de Vinci, Ambrogio bénéficie de toute la confiance de ce dernier, suffisamment en tous cas pour entreprendre entre 1491 et 1508 les démarches judiciaires dans le conflit opposant les deux artistes à la Confrérie de l'Immaculée Conception dans le cadre de la création de La Vierge aux rochers[8].

La date exacte de la mort d'Ambrogio de Predis n'est pas connue : un acte notarial daté du 12 juillet 1509 concernant la location d'un de ses biens, une ferme située à Sedriano, constitue un ultime témoignage de vie de sa part[2].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Débuts comme enlumineur[modifier | modifier le code]

Le Baiser de Judas, enluminure du livre d'Heures Torriani attribuée à Ambrogio de Predis (Vers 1490-1495, Chantilly, Musée Condé).

Il commence sa vie artistique en tant qu'enlumineur en collaboration avec son demi-frère Cristoforo, miniaturiste[5]. Il réalise ainsi entre 1472 et 1474 des miniatures pour un livre d'heures destiné à la famille Borromeo[4].

Il travaille ensuite comme graveur avec son frère Bernardino spécialisé dans la conception de monnaies locales à Milan[5]. C'est ainsi que son nom apparaît dans une lettre ducale datant du 8 août 1494 concernant la création de pièces et médailles[9].

Durant cette période, il réalise également quelques portraits[5] car il bénéficie d'une réputation locale et est très introduit dans la cour du duc de Milan, Ludovic Sforza[10] dont il devient peu à peu le portraitiste attitré[4].

Par la suite, malgré la place plus grande occupée par la création de portraits, Ambrogio continue le travail d'enluminure. En effet, il reprend l'atelier de Cristoforo, mort en janvier 1486 et réalise entre 1490 et 1495 des enluminures des livre d'Heures dits Heures Arconati puis Heures Torriani (Chantilly, Musée Condé) pour le compte d'un membre de la famille della Torre de Milan. Dans ce dernier, il reprend les compositions et modèles de son frère[11].

Le collaborateur de Léonard de Vinci[modifier | modifier le code]

La commande la plus prestigieuse reçue par Ambrogio de Predis : les Anges musiciens et crée particulièrement l'Ange musicien en rouge jouant du luth (1495-1499, National Gallery de Londres).

Sa commande la plus prestigieuse date de 1483 : il s'agit de la mise en peinture de trois panneaux du retable de l'Immaculée Conception, créé pour la décoration d'une chapelle de l'église Saint-François-Majeur de Milan et pour laquelle il collabore avec Léonard de Vinci[1] : il lui échoit la responsabilité des deux panneaux latéraux et crée particulièrement l'Ange musicien en rouge jouant du luth. Léonard de Vinci crée sur le panneau central ce qui sera nommé plus tard La Vierge aux rochers aujourd'hui conservée au musée du Louvre[12]. Cette collaboration est doublement gagnante pour les deux artistes : Ambrogio permet à Léonard de Vinci de se faire connaître de l'aristocratie locale grâce à son entregent et Léonard de Vinci apporte son expérience artistique[4].

À son retour d'Innsbruck à Milan, c'est certainement lui qui prend en charge la plus grosse part de la création de la seconde version de La Vierge aux rochers (aujourd'hui conservée à la National Gallery de Londres) sous la supervision plus ou moins lointaine de Léonard de Vinci qui en effectue lui-même les dernières touches en 1508[13]. Il semble que les partages des paiements lors du travail sur cette seconde versions soient la cause d'une brouille passagère entre les deux peintres puisque, au début du mois d'août 1507, ils prennent les services d'un intermédiaire[14]. Il apparaît que Ambrogio reçoit comme dédommagement du conflit le droit d'effectuer une autre copie de La Vierge aux rochers qu'il pourra revendre[15] (et en partageant les fruits de la vente avec Léonard de Vinci[16]) mais sans que l'on sache s'il la peint effectivement[17].

Ambrogio est d'ailleurs collaborateur (et non assistant[18]) de l'atelier de Léonard de Vinci, à tel point qu'il est parfois difficile de distinguer son travail de celui du maître dont il use volontiers des procédés[19] si ce n'est que le peintre florentin possède une plus grande maîtrise technique[20]. Les deux peintres entretiennent pendant une vingtaine d'années une relation de collaboration et, parfois, de concurrence[21].

Le portraitiste[modifier | modifier le code]

Lors de son séjour à Innsbruck, il assied sa réputation de portraitiste, notamment sous forme de miniatures, pour la cour de Ludovic Sforza. On lui attribue plusieurs portraits de la famille du duc de Milan[1].

L'attribution certaine d'œuvres à Ambrogio de Predis est difficile car la seule qu'il ait signée et datée est un portrait de l'empereur Maximilien datant de 1502 (Kunsthistorisches Museum, Vienne). De fait, ce tableau constitue un moyen privilégié pour lui attribuer des créations de portraits[1].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Ouvrage à trouver : (en) Janice Shell, The Legacy of Leonardo : Painters in Lombardy 1490-1530 [« L'héritage de Léonard. Peintres en Lombardie 1490-1530 »], New Haven, Skira, coll. « Grandi Libri », , 416 p., 24 x 28 cm (ISBN 888118463X), « Ambrogio De Predis », p. 123-130.

  • (en) Carmen C. Bambach (éd. scientifique), Carlo Vecce, Carlo Pedretti, François Viatte, Alessandro Cecchi, Martin Kemp, Pietro C. Marani, Claire Farago, Varena Forcione, Anne-Marie Logan et Linda Wolk-Simon (assistance : Alison Manges et Rachel Stern), Leonardo da Vinci, master draftsman [« Léonard de Vinci, maître du dessin du corps humain »] (catalogue de l’exposition du Metropolitan Museum of Art, New York, du au ), New York ; New Haven, Metropolitan Museum of Art ; Yale University Press, , xiv-786 p., 29 cm (ISBN 978-1-5883-9034-9).
  • Serge Bramly, Léonard de Vinci : Une biographie, Paris, Jean-Claude Lattès, coll. « Essais et documents », , 500 p., 23 cm (ISBN 978-2-7096-6323-6), chap. 6 (« La plume et le canif »), p. 249-310.
  • Charles Nicholl (trad. de l'anglais par Christine Piot), Léonard de Vinci : biographie [« Leonardo da Vinci, the flights of the minds »], Arles, Actes Sud, , 701 p., 24 cm (ISBN 978-2-7427-6237-8), Quatrième partie : De nouveaux horizons : 1482-1490, chap. 3 (« La Vierge aux rochers »), p. 238-244.
  • (en) Luke Syson et Larry Keith, Leonardo da Vinci : Painter at the court of Milan [« Léonard de Vinci, peintre à la cour de Milan »], New Haven, London National Gallery Company, distributed by Yale University Press, , 319 p., 33 cm (ISBN 978-1-8570-9491-6, OCLC 983812733), « Representing the Divine - The Virgin of the rocks », p. 161-175.
  • Frank Zöllner, Léonard de Vinci, 1452-1519 : Tout l'œuvre peint, Köln, Taschen, coll. « Bibliotheca universalis », , 488 p. (ISBN 978-3-8365-6296-6).

Lien externe[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f nga.
  2. a b c et d (it) Gerolamo Biscaro, La commissione della 'Vergine delle roccie' a Leonardo da Vinci secondo i documenti originali (25 aprile 1483) [« La commande de La Vierge aux rochers à Léonard de Vinci selon les documents originaux () »] (extrait des Archivio storico Lombardo, Milan, année XXXVII, fasc. XXV, 1910), Milano, Tip. L.F. Cogliati, , 41 p., 25 cm (OCLC 27348576, lire en ligne).
  3. a et b Bramly 2019, p. 266.
  4. a b c d e et f Nicholl et Piot 2006, p. 236.
  5. a b c d et e Bramly 2019, p. 267.
  6. Bambach et. seq., p. 231.
  7. a et b Syson et Keith 2011, p. 172.
  8. Bambach et. seq., p. 235-236.
  9. Nicholl et Piot 2006, p. 282.
  10. (it) Uffizi Gallery, « Ambrogio de Predis », sur virtualuffizi.com, (consulté le 28 mai 2019).
  11. Pier Luigi Mulas, « L'iconographie du mois d'août dans deux livres d'Heures milanais du XVe siècle : modèle et création », dans Sylviane Leoni et Alfredo Perifano, Création et mémoire dans la culture italienne : XVe – XVIIIe siècles, Presses universitaires franc-comtoises, coll. « Annales littéraires de l'Université de Franche-Comté », , 204 p., 21 cm (ISBN 2846270295, OCLC 49646337, lire en ligne), p. 23-37.
  12. Zöllner 2017, Catalogue critique des peintures, XI, p. 356.
  13. Zöllner 2017, Catalogue critique des peintures, XVI, p. 375.
  14. Nicholl et Piot 2006, p. 484.
  15. Bambach et. seq., p. 237.
  16. Marani, Villata et Guglielmetti 1999, p. 137.
  17. Nicholl et Piot 2006, p. 501.
  18. Nicholl et Piot 2006, p. 283.
  19. Bambach et. seq., p. 183.
  20. Bambach et. seq., p. 165.
  21. Nicholl et Piot 2006, p. 281.
  22. Notoce de la NGA
  23. Notice sur le site de la NG
  24. Notice sur le site des Offices
  25. Notice sur le site du KHM
  26. Notice sur le site du musée