La Vierge aux rochers

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La Vierge aux rochers
Version du Louvre
Leonardo Da Vinci - Vergine delle Rocce (Louvre).jpg
Artiste
Date
1484
Technique
Huile sur panneau
Mouvement
Dimensions
(H × L)
199 × 122 cm
Localisation
Numéro d’inventaire
INV 777
La Vierge aux rochers
Version de la National Gallery
Leonardo da Vinci Virgin of the Rocks (National Gallery London).jpg
Artiste
Date
Entre 1507 et 1508
Technique
Huile sur panneau
Mouvement
Dimensions
(H × L)
189 × 120 cm
Localisation
National Gallery, Londres (United Kingdom ou Royaume-Uni)


La Vierge aux rochers est un tableau de Léonard de Vinci dont il existe deux versions. La plus ancienne, réalisée entre 1483 et 1486, est conservée au musée du Louvre à Paris. La seconde se trouve à la National Gallery de Londres. Peinte pour une église de Milan, La Vierge aux rochers se distingue par son contenu symbolique complexe. Elle célèbre le mystère de l’Incarnation à travers les figures de Marie, du Christ et de saint Jean le Baptiste. Les figures divines, baignées d’une douce lumière, prennent place pour la première fois dans un paysage animé par les saillies des rochers. Le milieu naturel aux rochers est d'une originalité absolue, avec sa fascinante multiplication des sources lumineuses, des reflets et des brouillards lointains. Cette iconographie résolument nouvelle connut un succès immense, attesté par le grand nombre de copies contemporaines du tableau.

Histoire[modifier | modifier le code]

Ce tableau résultait d'une commande faite à Léonard de Vinci par la Confrérie de l'Immaculée Conception : réaliser le panneau central du triptyque surmontant l'autel de la chapelle Saint-François-Majeur de Milan (San Fransesco Grande en italien) aujourd'hui disparue. Les volets sont confiés à Ambrogio de Predis. Le contrat, signé devant le notaire Antonio di Captini, datant du 25 avril 1483, est très précis sur les dimensions (l’œuvre doit s'adapter au cadre sculpté par Giacomo Del Maino (it) et sur la technique (il « sera peint par le Florentin à l'huile ») [1]. Les commanditaires ont imposé des dimensions précises ainsi que les personnages de la scène : la Vierge Marie, l'Enfant Jésus, le petit Jean-Baptiste et l'ange Uriel, en mémoire d'une légende - tirée des Évangiles apocryphes et non canoniques - selon laquelle l'Enfant Jésus aurait rencontré son cousin Jean-Baptiste dans une caverne pendant son séjour en Égypte. La confrérie commanditaire défendait effectivement, comme son nom l'indique, ce dogme nouveau de l'Immaculée Conception qui ne fut sanctionné par le pape qu'en 1496. Le contrat imposait également que le triptyque soit livré avant le 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception.

L'artiste a pris de nombreuses libertés avec le contrat. La composition de la scène et la disposition des personnages peuvent prêter à confusion, certains détails étaient relativement étranges et dérangeant pour l'Église comme le fait que la Vierge enveloppe de sa main Jean et non Jésus, le geste d'Uriel qui pointe du doigt le Baptiste et regarde le spectateur, ou encore l'absence d'auréoles sur Marie, le Christ et Saint Jean-Baptiste : Vinci a renoncé à cette pratique.

En 1506, Léonard de Vinci et Ambrogio de Predis, qui a résolu le conflit qui opposait depuis 1483 Vinci et la confrérie de l'Immaculée Conception, commencent (ou achèvent) de peindre une nouvelle peinture des années plus tard en expurgeant tous ces détails dérangeants [2]. Cette peinture beaucoup plus orthodoxe est aujourd'hui exposée au National Gallery de Londres.

La première trace de la peinture du Louvre dans les collections françaises date de 1625 : l'érudit et collectionneur d'art Cassiano dal Pozzo rapporte l'avoir observée au château de Fontainebleau. Plusieurs hypothèses ont été formulées sur l'arrivée du tableau en France. La plus vraisemblable est que l'armée française de Louis XII l'a séquestrée lors d'une invasion de Milan, soit en 1499 au cours de la deuxième guerre d'Italie, soit en 1508 au cours de la quatrième guerre d'Italie. Il est également possible que Ludovic Sforza l'ait offerte à Maximilien Ier à l'occasion de son mariage avec Blanche-Marie Sforza, nièce du duc de Milan, en 1493. Il apparaît en tout cas que le tableau était en France avant 1517, date à laquelle Maître Claude dessina une reproduction de la peinture[3].

Analyse[modifier | modifier le code]

Les quatre personnages forment un triangle au centre de l'œuvre, souligné par un jeu de mains et de directions explicites. La Vierge Marie, parée de son traditionnel habit bleu (tradition médiévale), pousse de sa main droite Jean-Baptiste enfant à parler à l'enfant Jésus, béni par sa main droite. L'ange Uriel assiste à la scène, et montre du doigt Jean-Baptiste, avec un regard pour le spectateur, comme pour lui suggérer d'entrer à son tour dans la scène. Il est un intermédiaire entre le spectateur et les autres figures du tableau. Au loin, le paysage sombre permet de jouer sur le clair-obscur, et de faire ressortir avec plus d'importance les zones de lumière qui dirigent notre regard : les visages notamment, mais aussi les mains et les trouées dans les rochers, qui sont comme un appel au lointain et à l'horizon, donnant une certaine profondeur à la scène, grâce à la perspective atmosphérique que Léonard a beaucoup étudiée.

Le paysage serait un endroit, près de Florence, sur le mont Ceceri où Léonard de Vinci se serait promené étant jeune.

Analyse technique du tableau[modifier | modifier le code]

En 2010, l'European synchrotron radiation facility a permis de mieux comprendre la technique du sfumato, utilisée par Léonard de Vinci. Avec le soutien du Musée du Louvre et après examen de sept de ses tableaux par spectrométrie de fluorescence des rayons X, réalisée directement devant les œuvres au musée du Louvre, les scientifiques ont compris que ce dernier avait utilisé ses doigts pour passer des dizaines de couches de vernis pour peindre La Vierge aux rochers mais également d'autres œuvres comme La Joconde ou La Madone à l'œillet[4]. L'artiste se démarquait ainsi par la précision de l'application de ses couches de vernis, pour certaines 50 fois plus fines qu'un cheveu humain[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Serge Bramly, Léonard de Vinci, éditions Lattès, 1988, p.210 (ISBN 270960714X)
  2. Serge Bramly, Léonard de Vinci, éditions Lattès, 1988, p.390 (ISBN 270960714X)
  3. Collectif, Le musée du Louvre, Paris, Eyrolles, coll. « Les grands musées »,‎ , 254 p. (ISBN 9782212544633), p. 82.
  4. Communiqué de presse du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) du 15 juillet 2010.
  5. Site de Slate.fr.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]