Toucouleurs

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Toucouleurs
Description de cette image, également commentée ci-après
Femme Toucouleur de Matam au Sénégal.

Populations importantes par région
Drapeau du Sénégal Sénégal 1 520 000 (9,2%)[1]
Drapeau de la Mauritanie Mauritanie 468 000 (10,2%)[1]
Drapeau du Mali Mali 225 000 (2%)[1]
Drapeau de la Guinée Guinée 50 000 (0,4%)[1]
Drapeau de la Gambie Gambie 17 000 (0,6%)[1]
Autres
Langues Peul (également appelée poular)
Religions Islam (sunnisme prédominant)
Ethnies liées Peuls

Les Toucouleurs (Tukulor, Tekruri), encore appelés Haalpulaar, sont une population d'origine et de langue peule[2],[3] en Afrique de l'Ouest, vivant principalement dans le nord du Sénégal, dans le sud de la Mauritanie, au Mali et en Guinée (Dinguiraye).

Même s'ils sont souvent présentés comme une ethnie du groupe ethnique des Peuls, il ne s'agit pas, selon l'écrivain malien Amadou Hampâté Bâ, d'une ethnie mais plutôt « d'un ensemble culturel assez homogène, islamisé et foulaphone (c'est-à-dire parlant peul) »[4].

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Selon les sources, on observe de très nombreuses variantes : Al Pulaar (Haalpulaar, Haal Pulaar, Halpular, Hal Pular, Haalpulaaren), Foutanké (Foutankoré, Futankobé), Futatoro (Futa Toro), Pulaar, Takruri (Tekarir, Tekrourien, Tekrour, Tekruri, Tukri, Tokoror), Toucouleurs (Tuculeur, Tokolor, Toucouler, Tukuler, Tukuleur, Tukuloor, Tukulor, Turkylor)[5].

Le nom « Toucouleur » désignait les habitants du royaume de Tekrour. Dans ce nom « Toucouleur », cette population a trouvé un statut juridique territorial et une identité stable, donnés par l'administration coloniale française de la fin du XIXe siècle. Ils se désignent sous le nom de Haalpulaaren (ceux qui parlent le pulaar, au singulier Haalpulaar) ou Foutankobé (ceux qui habitent le Fouta).

Histoire[modifier | modifier le code]

Selon une théorie de Cheikh Anta Diop depuis lors remise en question, les Toucouleurs seraient originaires de la vallée du Nil. Ils sont eux-mêmes à l'origine de l'ancien royaume du Tekrour[6].

On ignore quand le Tekrour fut créé mais on sait que ce sont les Peuls Diawonko (Dia-Ogo) qui furent à l'origine de ce royaume. Selon Cheikh Moussa Camara, les Dia ogo étaient des Forgerons qui dirigeaient le Tekrour depuis la province du Namadirou. Il dirigèrent jusqu'au IXe siècle en suite le royaume sera annexé par l'empire du Ghana. Selon la légende Foutanké, c'est autour du IXe siècle que les premiers vague de nomades Peuls arrivèrent dans la région. Vers 1040, la dynastie Soninké des Mannas succéda à celle des Dia Ogo. le fondateur de la Dynastie fut War Diaby, un soninké origine du Diarra, dans le wagadou. Avec l'appui des Almoravides ce dernier imposa la religion musulmane au tekrour.

Femmes toucouleures du Boundou (gravure de 1890)

Les Tondyons (1300-1400) sont la troisième dynastie du Tekrour, d'origine Sérères.

De 1400-1450, trois familles vont se succéder à savoir, les Lam Termès (brassage de Peul, Mandingue et Soninké), les Laam Taaga à la tête d'un tribu Toucouleur métissée de Maures et enfin les Lamtoro de Eli bana Sall, d’origine Peul.

Le royaume sera par la suite annexe par les Lemtouna jusqu'en 1456 date a laquelle le tribu jolof (Wolofs) prirent possession du royaume avec l'aide des Lamtoro et des Wolofs du Tekrour.

Au début du XVIe siècle, le Tekrour fut conquis par Koli Tenguéla Ba, un chef Peul venu de Deni en Guinée actuelle, qui mit sur pied une nouvelle dynastie, celle des Denyankobe.

Koli Tenguella s'étant donné pour mission de finir ce que son père avait commencé, c'est-à-dire établir l'unité des Peuls. Il réunit ce qui restait de son armée et parcourut les royaumes depuis le Fouta-Djalon, dominé par les Dialonké, en passant par le Badiar, le Kaabu, les royaumes sérères, le Djolof, le Niani, le Wouli, le désert du Ferlo, dans le but de réunir toutes les tribus Peuls en vue de la guerre.

Avec plus ou moins de succès, il réussit à atteindre le Tekrour et là, après plusieurs tentatives, il parvint à imposer sa dynastie, vers le milieu du XVIe siècle jusqu'à l'année 1776, Koli Tenguella imposa sa domination sur un axe sud-nord, allant du Fouta-Djalon jusqu'au Tekrour.

Koli Ténguélla réalisa l’unité Peul de toute la région, qui va désormais s’appeler le Fouta-Toro et fonda la première dynastie Peul Denianké au royaume du Fouta-Toro.

À la fin du XVIIIe siècle, la dynastie denianké n'avait plus le soutien du peuple, face au nombreuses razzias des Maures, le Fouta-Toro était plongé dans une insécurité permanente. Les Maures avaient réussi à soumettre le Fouta à leur autorité, et à lui imposer de lourds tributs.

Au XVIIIe siècle, Souleymane Baal a mené la plus grande révolution du Fouta, connue sous le nom de Révolution torodo.

Souleymane Baal (de son vrai nom Souleymane Ba) était un peul du clan des Wodaabé, il portait initialement le patronyme Ba, il changea son nom de famille « Ba » et le remplaça par « Baal » pour se démarquer des membres de la dynastie des Peuls Denianke. Souleymane Baal renversa la dynastie peule Denianke aux côtés de Abdoul Kader Kane (Abdul Kaadiri Kan), mit fin au régime de monarchie absolue qu’avait instauré Koly Tenguela et abolit l’esclavage et toute forme de commerce humain. Malgré tout, l’esclavage domestique subsistait. Peu de temps après, Souleymane Baal mourût en partant combattre les Maures. Abdoul Kader Kane lui succéda.

Abdoul Kader connut une grande défaite militaire à Bankhoye contre les troupes wolofs Tiédos dirigées par le damel (roi) du Cayor, Amary Ngoné Ndella Coumba, allié au brack (roi) du Waalo, Fara Peinda Tégue Rella Mbodj. Il fut retenu captif à la cour du Damel pendant de nombreux mois avant d'être relâché. Abdul Kader, considéré comme le premier almamy (roi) du Fouta-Toro, délivrera cet État du joug des Maures, qui razziaient les villages de wolofs, à la recherche d'esclaves.

L'Empire Toucouleur[modifier | modifier le code]

Oumar Tall, de son vrai nom Omar Foutiyou Tall (ou Oumar Seydou Tall) est né à Halwar dans le Fouta-Toro, dans l’actuel Sénégal, entre 1794 et 1797, il fonda un empire toucouleur musulman sur le territoire de ce qui est aujourd'hui la Guinée, le Sénégal et le Mali.

C’est vers 1848 qu'Oumar Tall prépara le djihad (une guerre sainte), à Dinguiraye. Oumar Tall acquiert une réputation de saint et rassemble de nombreux disciples qui formeront les cadres de son armée. Son armée, équipée d’armes légères européennes reçues de britanniques de Sierra Leone, s’attaque à plusieurs régions malinkées à partir de 1850. Il occupe sans difficulté les territoires Païens du Mandingue et du Bambouk (1853), puis attaque les Bambaras Massassi dont il prend la capitale Nioro (1854). En 1856, il annexe le royaume bambara du Kaarta et réprime sévèrement les révoltes.

Luttant contre l’armée coloniale française, il fait construire un tata (une fortification) à Koniakary (77 km à l’ouest de Kayes). En avril 1857, il déclare la guerre contre le royaume du Khasso et assiège le fort de Médine, qui sera libéré par les troupes de Louis Faidherbe le .

Entre 1858 et 1861, El Hadj Oumar Tall s’attaque aux royaumes bambaras de Kaarta et de Ségou (bataille de Ngano).

El Hadj Omar Tall était contre les Bambaras païens et animistes mais aussi les Peuls de Macina qui, bien que musulmans, avaient refusé de lui prêter main-forte contre les « ennemis de la foi ».

Le , il conquiert Ségou qu’il confie un an plus tard à son fils Ahmadou pour partir à la conquête d’Hamdallaye, capitale de l’empire peul du Macina. Après trois batailles, l’empire peul du Macina tombera le .

Obligé de se réfugier dans les grottes de Deguembéré, près de Bandiagara, il disparaît dans une grotte le .

Son neveu Tidiani Tall sera son successeur et installera la capitale de l’empire Toucouleur à Bandiagara. Son fils Ahmadou Tall règne à Ségou, Nioro et commandait le Niger de Sansading à Nyamina, une partie des Bambaras du Beledougou, le Bakhounou, le Kaarta jusqu’à la conquête française.

Au milieu du XIXe siècle, Maba Diakhou Bâ du royaume du Saloum, sous les recommandations de Oumar Tall, mena une guerre sainte au Saloum, et réussit à en annexer quelques provinces. Il prit par la suite le titre d'almamy du Rip, sa province d'origine, où il renomma la capitale du Rip en Nioro du Rip. Il meurt en allant combattre les Sérères du Sine, dirigés par le Maad a Sinig, Coumba Ndofféne Famak Diouf.

Les Toucouleurs ont aussi créé le royaume du Boundou au Sénégal, et sont à l'origine de l'empire peul de Sokoto au Nigeria actuel fondé par Usman dan Fodio, dit Torodo, qui était toucouleur.

On trouve également quelques familles Toucouleur au Mali dans le cercle de Nioro et au Fouta-Djalon.

Les Toucouleurs sont majoritairement d’origine Peuls.

Également, au fil des siècles, de nombreuses familles Peules venues du Djolof et du Macina se sont intégrées à cet ensemble culturel et se définissent aujourd'hui comme Toucouleurs.

Population[modifier | modifier le code]

Les Toucouleurs sont classés parmi le groupe ethnique Peul mais ils se distinguent des Peuls de par leur sédentarité. La langue parlée est le peul du Fouta-Toro. Ils se nomment eux-mêmes Haalpulaaren, ce qui signifie « ceux qui parlent le pulaar ».

Les Toucouleurs sont presque tous musulmans et sont à l’origine de l’islamisation de l’Afrique de l’ouest, avec les Sarakolés.

Au Sénégal, les Toucouleurs sont très nombreux, il y a également une grosse communauté au Mali mais surtout en Mauritanie dans les wilayas du Gorgol et du Brakna.

Les Toucouleurs parlent tous le Peul, la distinction entre Peuls et Toucouleurs est surtout présente au Sénégal contrairement à la Mauritanie où beaucoup d'entre eux n'acceptent pas le terme "Toucouleur'", qu'ils jugent péjoratif et préfèrent qu'on les appelle les Foutanké ou bien les Peul-Tooro car d'après eux il n'y aurait aucune différence entre les Peuls et les Toucouleurs, car comme l'adage le dit « le Peul quelle que soit sa région sera toujours Peul » (Fulbe fof ko gotum).

Aujourd’hui, bon nombre de Toucouleurs ont émigré vers l’Afrique centrale et la France.

Système de castes[modifier | modifier le code]

Liste des castes[modifier | modifier le code]

La maison dite des Toucouleurs à Bandiagara au Mali.

La société Toucouleur est la plus hiérarchisée d'Afrique, de type patriarcal, elle est hiérarchisée en treize castes réparties en trois classes[7],[8].

Les nobles : [Rimbes, Dimo au singulier][9][modifier | modifier le code]

  • Les Tooroɓɓe (Toorodo) : Situé au plus haut de la hiérarchie sociale, ils représentent le pouvoir religieux, les patronymes Kane, Bâ et Tall sont très représentés.
  • Les Fulbe (Pullo) : Déniyanké, Yallalbé, Diawbé, Woodaabé etc…, ce sont ceux dont l'élevage est le métier, c’est aussi la caste du souverrain Koly Tenguela. Ils comptent quatre patronymes : Bâ, Sow, Diallo et Barry, ayant donné des dérivés [Ba et Sow sont très représentés].
  • Les Jaawanbe (Jaawando) : Conseillers et courtisans des rois et numériquement le plus faible groupe parmi les nobles, ils sont reconnaissables aux patronymes de : Bassoum, Bocoum, Daff, Kaam, Lah, Ndiade, Ndjim, Niane, Sam, Thiène. (Daff est très représenté).
  • Les Sebbe (Ceddo) : Ce sont les guerriers, ils étaient à l'origine au plus haut dans la hiérarchie, mais c’est après la prise du pouvoir par les Toorobé, qu’ils ont régressé, leur patronymes sont majoritairement d'origine Wolof ou Peul, [Ndiaye et Dia sont très représentés].
  • Les Subalbe (Cuballo) : Ces pêcheurs sont reconnus comme maîtres des eaux, le chef des Subalbe porte le titre de Diagodin-teen. Il est probable, comme le laissent à penser les anthroponymes, qu'ils soient d'origine Sérères et Peuls [Sy, Sarr et Maal sont très représentés].

Les Nyenybe [Nyenyo au singulier][modifier | modifier le code]

Libres cependant ils restent dépendants politiquement et économiquement des nobles ; Artisans ou laudateurs, de nombreux interdits les touchent. Ils pratiquant l'endogamie stricte. Il n'y a pas de véritable hiérarchie entre eux, chaque catégorie a ses croyances et ses rites liées au métier. Ils sont divisés selon leur métier : il existe à l'intérieur de ces castes des sous-castes :

  • Les Wayilbe (Baylo) : Forgerons et bijoutiers, ils seraient d’origine Peule et Soninké (les patronymes Thiam et Kanté sont très représenté).
  • Les Laobés (Labbo) : Ce sont les artisans du bois, ils sont très indépendants, à tel point qu'on les considère souvent comme une ethnie distincte, certains d’entre eux sont devenus les griots des Sebbe (Laobés gumbala), ils ont majoritairement le patronyme Sow et seraient d'origine Peule.
  • Les Maabube (Maabo) : Tisserands à l'origine, d’autres sont devenus les griots des Jaawambe (Maabube Jaawambe) et griots des Subalbe (Maabube Suudu Paate), les patronymes Kasse et Guissé sont très représentés.
  • Les Sakkeebe (Sakke) : La classe des travailleurs du cuir, les patronymes Beye et Gakou sont très représentés.
  • Les Buurnabe (Burnaajo) : La classe des potiers et des céramistes, le nom Wade est très présent ici, ils sont tous originaires du Waalo, et sont en fait d'anciens guerriers devenus artisans et griots.
  • Les Waambaabe (Bambado) : Griots et généalogistes des Fulbe, ils ont majoritairement le patronyme Ba et seraient d'origine Peule.
  • Les Awlube (Gawlo) : Griots et généalogistes des Toroobbe, ils ont majoritairement les patronymes Sam et Seck et seraient d'origine Peule et Wolof.

Les Maccubés[modifier | modifier le code]

Les Maccubés ou Jiyaabe (Maccudo au sing. Kordo au féminin) sont constitués par les esclaves[10].

Représentant la caste des captifs, ils se situent au plus bas dans la hiérarchie.

Une certaine verve populaire désigne parfois les Maccubés sous le terme de majjube (sing. majjudo) signifie proprement « personnes égarées, inconscients », on distingue les Jyaabe sottiibe, représentant les captifs affranchis, et les Jyaabe haalfabe qui eux sont demeurés captifs.

Une société hétérogène[modifier | modifier le code]

La société Toucouleur est donc très hétérogène. Le mot Haal Pulaar, sous lequel les Toucouleur se désignent, veut dire « qui parlent peul » et non « qui est Peul ». Aussi on ne peut pas affirmer l'idée que les Toucouleurs sont Peuls, bien que, dans la société Toucouleur, la plupart soient d'origine Peul, on les trouve dans toutes les castes de la société des Toucouleurs, aussi bien chez les nobles que chez les artisans, griots ou esclaves.

Les castes des Fulbe, Lawbe et Wammbaabe sont les plus liés aux Peuls, car ce sont des castes de la société Toucouleur, dont les Peuls sont à l'origine.

Les Toucouleurs sont avant tout les fidèles de plusieurs ethnies (majoritairement des Peuls), qui ont suivi Elhadj Oumar Tall dans sa guerre sainte.

Également au fil des siècles, de nombreuses familles Peuls venues du Djolof et du Macina se sont intégrées à cet ensemble culturel et sont définit aujourd'hui comme Toucouleurs.

En résumé, ce sont des Peuls métissés.

Patronymes[modifier | modifier le code]

Femme Toucouleur du Fuuta Tooro.

On trouve chez les Toucouleurs la plupart des patronymes Sénégalais.

Les études des chercheurs tels que Cheikh Anta Diop, le professeur Saïdou Kane, démontrent que les patronymes Kane, Hane, Athie, Sam, Sy, Bousso, Bass appartiennent à la souche Peul, cependant bon nombre de clans Maures, se sont alliés à ces familles, raison pour laquelle ces familles revendiquent des origines Maures.

Les patronymes Ka, Diallo, Ba, Sow, Dia, Deh, Barry… sont purement Peuls. Il existe encore plusieurs dizaines d'autres noms.

Les Toucouleurs portant les noms Diop, Sarr, Ngom, Diouf, Mbodji, Geye.. sont d'origine Wolof ou Sérère, et très souvent du groupe Sebbe/Ceddo et Subalbé. Beaucoup descendent des Farba Wolofs ayant dominé le Fouta-Toro durant l'empire Djolof. Les Sérères très représentés par les Subalbe sont parmi les plus anciens habitants du Fouta-Toro.

Le nom Thiam porté par des familles Toucouleurs l'est aussi par de nombreuses familles Wolofs castées, cela est dû aux migrations Toucouleurs en pays Wolof, très accentuées pendant que la dynastie des Denianke de Koli Tenguella était au pouvoir au Fouta-Toro du milieu du XVIe siècle à la fin du XVIIIe siècle.

Les noms Diaw, Daff, Lam, Dem, Tall, Mall, Sall, Aw, Ball.. sont d'origine Peule.

Chez les Toucouleurs, on trouve aussi la souche Peul, ces familles peules étaient regroupées dans une multitude de groupes et de sous-groupes, appelés Leeyi ou KinDe, tels les UrurBe, WodaaBe, WalwaalBe, Jaawbe, , etc. Chacun de ces groupes marquait ses particularités, liées à sa provenance géographique (Fouta-Toro, Diara, Macina, Diafunu, Tagant, Ferlo, , etc.), à ses Ardo, chef du groupe ou du lignage, ceux ayant conservé la religion traditionnelle et ceux ayant adhéré à l'islam, ceux étant nomades ou bien sédentaire. Les Peuls nomades, quels que soient leurs groupes ou lignages, étaient régis par une étude nommée pulaaku, que tout Peul se devait de respecter. Le socle de base du pulaaku, était avant tout le mode de vie nomade et l'activité pastorale.

Les Fulbe Toucouleur sont appelés 'Fulbe Saare' ou ‘Fulbe waalo’ par opposition aux Peuls nomades appelés Fulbe Jeeri, qui n'ont pas d'habitat fixe et transhument dans le Ferlo à la recherche de pâturages, leurs migrations prennent de grande amplitudes. Les Fulbe Jeeri ce sont les Peuls du Djolof (Ferlo) on les trouve aussi dans le sud de la Mauritanie et au Sine et Saloum, semi-nomades, ils sont généralement moins métissés avec les autres ethnies noires que les autres Fulbe de la vallée du fleuve avec qui ils ont en commun la langue. Un éleveur, quelle que soit son origine, sera toujours qualifié de Pullo, dans la société Toucouleur, les Fulbe Toucouleur, sédentarisés, sont devenus des agriculteurs, tout en conservant un goût prononcé pour l'élevage du gros bétail, ils ont donné le goût de l'élevage aux populations sédentarisées sur le bord du fleuve (waalo), les Fulbe Saare font partie de la classe des nobles chez les Toucouleurs et sont divisés en plusieurs groupes, les Deeniyankoobe, les Sammankoobe, les Yaalalbe, les Sayboobe, les Yirllaabe, les Jaawbe, les Ranaabe Waalo, les Ururbeetc.

Ces Fulbe Saare sont aussi appelés sous le nom de Waalwaalbe (les habitants du Waalo) par les Fulbe Jeeri, nom qu'ils partagent avec tous les habitants du Daande Maayo et du Jeejegol, que les étrangers appellent improprement Toucouleurs[11].

Les Toucouleurs portant des noms Mandingues (Camara, Soumaré, Touré, Traoré , etc.) sont souvent de familles Maccubés et ceux portant des noms d'origine Maures (Aïdara, Jebaay, Jeng, Kane, Sam…) de familles Toorobbe et Awlube :

Culture[modifier | modifier le code]

Entre les Toucouleurs et les Sérères, il existe un lien qu'on appelle la parenté à plaisanterie. Ce lien qui unit les deux ethnies leur permet de se critiquer, mais les oblige aussi à l'entraide, au respect mutuel. Les Haalpulaaren appellent ce cousinage le dendiraagal ou jongu. Ce lien existe aussi entre les noms claniques ou patronymes. Les classes d'âge concernaient surtout les enfants et les adolescents.

Les Toucouleurs sont reconnaissables grâce à leur chapeau conique, que les Sérères, Diolas et Peuls portent aussi. Traditionnellement, les hommes se rasaient le crâne et laissaient pousser leur barbe qu'ils taillaient en pointe. Certains se tressaient les cheveux et il y avait une multitude de coiffures. Les femmes se coiffaient à la manière des femmes wolofs, des coiffures très complexes, et portaient toujours un léger voile par-dessus la tête. Les Toucouleurs pratiquent encore de nos jours la scarification. Souvent ils se font deux incisions sur les tempes, autant les hommes que les femmes. Il y avait aussi le tatouage des lèvres pour les femmes, que les femmes de sakeebe, caste des travailleurs du cuir, pratiquent.

L'excision des femmes est une pratique que les Toucouleurs partagent avec les Mandingues au Sénégal, au Mali et en Mauritanie, mais avec les dispositifs de lutte contre cette pratique, elle se fait de moins en moins[réf. nécessaire].

Le yela est un chant d'origine haalpulaar.

Le mariage entre castes chez les Toucouleurs[modifier | modifier le code]

Chez les Toucouleurs viennent en premier lieu les hommes libres (Rimbé), n'appartenant pas aux castes de métier, et parmi eux, en, tête, les Fulbe (environ 15 %) et les Toorobbe qui représentent environ 30 % de l'ethnie Toucouleur, ce sont les classes dominantes, entre ces deux castes, les unions sont très fréquentes puis viennent les Jaawanbe qui représentent environ 1 % de l"ethnie, même s'ils sont plus endogames que les deux castes précédentes, les mariages entre Fulbe/Jaawanbe où Toorobe/Jaawanbe sont fréquents.

La couche sociale qui vient au-dessous est celle du Ceddo (Sebbe) et du Cuballo (Subalbe) qui représentent respectivement 10 % et 9 % de l'ethnie, on pense que leurs ancêtres étaient les premiers occupants du sol, et ils ont conservé leurs traditions. La caste des Subalbe est assez fermée, beaucoup se marient entre eux ou dans certains cas avec les Sebbe alors que la caste des Sebbe changerait des unions avec les Toorobe, les Fulbe et les Subalbe.

Libres aussi, mais à un rang social inférieur, sont situées les castes de métier, les castes de la classe Nyeenbe « Laobé, Wayilbe, Buurnabe, Sakkebbe, Awlube, Waambaabe, Maabuube », ils représentent environ 20 % des Toucouleur, toutes castes confondues, même s'il n'y a pas de réelle hiérarchie entre eux, ils pratiquent une endogamie stricte, les mariages entre différentes castes de la classe des 'Nyeenbe' sont très rares voire impensables.

Enfin en bas de la hiérarchie sociale se trouve le groupe des captifs, les Maccube représentent 15 % de l'ethnie. Il existe une distinction entre l'affranchi (Galounke) et le captif (Maccudo), mais ils sont en fait réunis par le même préjugé qu'ont vis-à-vis d'eux les autres castes. Les Maccubé ne prendront femme qu'au sein de leur propre caste.

Les souverains du Fouta-Toro et leurs liens avec la traite orientale et occidentale[modifier | modifier le code]

Les Rois du Fouta du haut fleuve Sénégal étaient souvent les principaux vassaux des négriers arabes de Mauritanie dès le XIIIe siècle. À de très nombreuses reprises, sous le joug des Arabes ou des Maures, les rois du Fouta-Toro leur ont payé un tribut, très souvent constitué d'esclaves Foutankobés. C'est à grand peine que les Foutankobés réussirent à mettre un terme aux razzias des Arabo-berbères au XIXe siècle.

Il en fut de même avec l'arrivée des Européens à partir du XVIIIe siècle ou les almamys étaient les principaux vassaux des colons occidentaux basés dans le comptoir de Saint-Louis du Sénégal. Les almamys, divisés en clans nommés Jagoordo, étaient souvent liés aux commerçants européens par des liens de vassalité.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Jacques Leclerc, « « Répartition des Peuls d'Afrique » dans L'aménagement linguistique dans le monde, », sur axl.cefan.ulaval.ca
  2. (en) William J. Foltz, Yale studies in political science, vol. 12 : From French West Africa to the Mali Federation, Yale University Press, , p. 136
  3. David J. Phillips, Peoples on the Move : Introducing the Nomads of the World, William Carey Library, , 488 p. (ISBN 978-0-87808-352-7, lire en ligne), p. 161
  4. « Toucouleurs : peuple d'Afrique occidentale, vivant surtout au Sénégal et en Guinée (ancien royaume du Fouta Toro). Il ne s'agit pas d'une ethnie, mais d'un ensemble culturel assez homogène (islamisé et foulaphone, c'est-à-dire parlant peul) », Amadou Hampâté Bâ, « Vie et Enseignement de Tierno Bokar : Le Sage de Bandiagara », 1957
  5. Source RAMEAU, BnF [1]
  6. Bernard Lugan, Histoire de l'Afrique du Nord : (Égypte, Libye, Tunisie, Algérie, Maroc) Des origines à nos jours, (DOI 10.14375/np.9782268081670, lire en ligne)
  7. Ousmane Kamara, « Les divisions statutaires des descendants d'esclaves au Fuuta Tooro mauritanien », Journal des Africanistes, vol. 70, no 1,‎ , p. 265–289 (DOI 10.3406/jafr.2000.1231, lire en ligne, consulté le )
  8. « Castes et stratification sociale au Fuuta Tooro (Mauritanie/Sénégal) – Almuube » (consulté le )
  9. « Dossier: Qui sont les Peuls ? », sur m.ndarinfo.com (consulté le )
  10. « Sénégal : qui sont les esclaves du Fouta ? », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  11. Oumar Kane, La première hégémonie peule : le Fuuta Tooro de Koli Ten?ella à Almaami Abdul, KARTHALA Editions, , 670 p. (ISBN 978-2-84586-521-1, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Seynabou Cissé-Male, L’émigration Toucouleur en Casamance : Exemple de trois villages de Balantacounda, Dakar, Université de Dakar, 1984, 72 p. (Mémoire de Maîtrise)
  • Babacar Coulibaly, L’armée toucouleur, du Jihad omarien à la fin de l’Empire, Dakar, Université de Dakar, 1978, 180 p. (Mémoire de Maîtrise)
  • Abdoulaye Bara Diop, L’Immigration Toucouleur à Dakar (enquête 1958-1959), Dakar, Université de Dakar, 1962, 98 p. (Mémoire de Maîtrise géographie)
  • Abdoulaye Bara Diop, Société toucouleur et migration (enquête sur l’immigration toucouleur à Dakar), Dakar, IFAN-Univ. de Dakar, 1964, 309 p. (Thèse de 3e cycle, éditée en 1965)
  • Bassirou Diop, Le rôle joué par les marabouts toucouleurs dans l’islamisation du Sénégal, Dakar, Université de Dakar, 1983 (Mémoire de Maîtrise)
  • Cheikh Anta Diop, Nations nègres et culture, Éditions africaines, 1955 (nombreuses rééditions, dont Présence africaine, 2000, 564 p. (ISBN 978-2708706880)
  • Oumar Kane, La première hégémonie peule : le Fuuta Tooro de Koli Teŋella à Almaami Abdul, Karthala, Presses universitaires de Dakar, 2004, 672 p. (ISBN 2-84586-521-X)
  • Gérard Kisyeti, Recherches sur le commerce dans l’empire toucouleur : 1860-1890, Dakar, Université de Dakar, 1980, 147 p. (Mémoire de Maîtrise)
  • Boubacar Ly, L’honneur et les valeurs morales dans les sociétés ouolof et toucouleur du Sénégal. Étude de sociologie, Paris, Université de Paris I, 2 vol., 1966, 574 p. (Thèse de 3e cycle)
  • Yves Jean Saint-Martin, L’empire toucouleur et la France. Un demi-siècle de relations diplomatiques (1846-1893), Dakar, Univ. de Dakar, 1967, 482 p. (Thèse de 3e cycle publiée en 1968, Dakar, Publications FLSH, no 11)
  • Adama Yaya Sow, Approche socio-historique de l’éducation en milieu toucouleur, Dakar, Université de Dakar, 1984, 180 p. (Mémoire de Maîtrise)
  • Yaya Wane, Les Toucouleurs du Fouta Tooro (Sénégal). Stratification sociale et structure familiale, Dakar-IFAN-CNRS, 1966, 369 p. (Thèse de 3e cycle, publiée en 1969 dans Initiations et Études Africaines no 25)
  • Bernard Lugan, Histoire de l'Afrique, Editions Ellipses, 2009

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]