Îles Chausey

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Chausey)
Aller à : navigation, rechercher
Îles Chausey
L'archipel sous un ciel d'orage
L'archipel sous un ciel d'orage
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Archipel Chausey
Localisation Manche
Coordonnées 48° 52′ 51″ N, 1° 49′ 07″ O
Superficie 0,65 km2
Nombre d'îles 365 à marée basse  52 à marée haute
Île(s) principale(s) La Grande Île
Administration
Statut Dépendance de la commune de Granville
Démographie
Population 11 hab. (2014)
Densité 16,92 hab./km2
Gentilé Chausiais
Autres informations

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Îles Chausey
Îles Chausey

Géolocalisation sur la carte : Manche

(Voir situation sur carte : Manche)
Îles Chausey
Îles Chausey

Les îles Chausey constituent un archipel granitique situé en Normandie, au nord de la baie du Mont-Saint-Michel, et dont l'île principale se localise à 17 km au large de Granville (département de la Manche et région Normandie). Sur le plan administratif, les îles Chausey font partie de la commune de Granville.

L'archipel s'inscrit dans un rectangle d'environ 6,5 km de largeur (nord-sud) et 12 km de longueur (est-ouest) et comporte 52 îles. La Grande-Île comporte des habitations occupées par une petite population permanente d'une trentaine de personnes.

Aujourd'hui, l'archipel est devenu une zone de villégiature et un lieu d'excursion prisé.

Géographie[modifier | modifier le code]

L'archipel de Chausey est constitué d'une île principale, la Grande-Île, qui est certainement celle qui a donné son nom à tout l'archipel, qui fait environ 1,5 km sur 0,5 km pour ses dimensions les plus larges (environ 45 hectares), et de 365 îlots à marée basse contre environ 52 îles à marée haute.

De quelques dizaines d'hectares de terres émergées à marée haute, l'archipel passe à environ 2 000 hectares d'estran à marée basse dans un rectangle d'environ 6,5 km de largeur et 12 km de hauteur[1]. La Grande Île n'est appelée ainsi que pour la distinguer des autres îles, car en fait Chausey désigne à la fois l'archipel et la Grande Île, qui est la seule habitée.

Des grèves de sables et cordons relient plusieurs parties de l'archipel. Les marées y sont les plus fortes d'Europe (jusqu'à 14 mètres de marnage lors des marées d'équinoxe). Les hauteurs d'eau variables nécessitent donc de bonnes ancres pour tous les bateaux au mouillage.

Principales îles[modifier | modifier le code]

  • Grande île : 45 hectares
  • La Genétaie : 1,82 ha
  • La Meule : 1,38 ha
  • La Houllée : 0,86 ha
  • L'île aux Oiseaux : 0,62 ha
  • Grand Épail : 0,29 ha
Carte des îles Chausey

Géologie[modifier | modifier le code]

L'île est constituée d'une formation géologique granitique (granitoïde précambrien) soumise à l'érosion de la mer et du vent.

L'étonnante dentelle de granite qu'est cet archipel a été longtemps exploitée : pendant huit siècles, il servit, entre autres, à la construction des manoirs du Cotentin, de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, des quais des ports de Dieppe et de Londres, au pavage des trottoirs de Paris du baron Haussmann, à la reconstruction de Saint-Malo (trottoirs, quais) en 1949[2]. Au milieu du XIXe siècle, Chausey abrite jusqu'à 500 carriers, la majorité sont des granitiers bretons installés au village des Malouins près de Port-Marie. Ce nombre paraît important et laisse imaginer des conditions de vie très difficiles[3].

Toponymie[modifier | modifier le code]

Le nom des îles est attesté pour la première fois sous la forme Calsoi en 1022 - 1026 ([insula que dicitur Calsoi]); Chausie en 1322[4].

-oi est une variante plus récente de -ei que l'on rencontre davantage dans les textes picards et de l'est de la France, mais parfois aussi en Normandie. Cette terminaison -ei reflète en général l'évolution d'oïl du suffixe collectif gallo-roman -ETU servant par exemple à dériver des noms d'arbres pour signifier un ensemble appartenant à la même espèce (cf. le gallo-roman Casnetum qui a donné l'ancien français Chesnay « chênaie », Salcetum qui a donné Saussay « saulaie », etc.)[5]. Cependant, la forme en -oi dans ce cas est liée à un phénomène d'analogie, -ei représentant ici le vieux norrois ey « île » qui constitue également le second élément du nom des autres îles de la Manche comme Jersey, Guernesey et Alderney. La forme en -ie de 1322 représente également une alternative à -ei, sans doute féminisée d'après île, nom féminin. La graphie -ey apparait plus tardivement.

François de Beaurepaire penche quant à lui pour l'élément pangermanique augia (comprendre le proto-germanique *agwjō > *aujō[6]) qui s'est répandu sur les côtes de la Gaule de la mer du nord à l'Atlantique comme le montrent par exemple Oye-Plage (Pas-de-Calais, Ogia VIIIe siècle) et l'île d'Yeu[7] (Augia VIe siècle). En renfort de cette explication l'élément Cals- > Chaus- n'admet aucune explication certaine par l'ancien scandinave, mais peut être de façon conjecturale rapproché de l'élément Chols- dans Cholsey (Angleterre, Berkshire, Ċeolesiġ 891) signifiant « île de Ċeola », nom de personne anglo-saxon[8]. Il est possible que l'ancien norrois -ey ait renforcé cet élément germanique préexistant.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les îles Chausey ont longtemps fait l'objet de rivalités entre Anglais et Français. Contrairement aux îles voisines anglo-normandes, l'archipel est français depuis le XIIIe siècle. Site de piraterie et de contrebande, cet univers labyrinthique fut longtemps un repaire prisé des navigateurs-fraudeurs. Il suffisait de s'engager dans le Sound (le chenal naturel longeant la Grande Île, sound) ou de mouiller dans la Passe Beauchamp pour être à l'abri des regards indiscrets. Sound est un terme issu du vieil anglais sund signifiant « détroit, chenal » (anglais moderne sound, même sens), renforcé par le vieux norrois sund de signification semblable.

Selon la légende de la forêt de Scissy, une marée aurait en 709 séparé ces îles, comme les Mont-Dol et Tombelaine, du continent.

En 1022, Richard II, duc de Normandie, fait don des îles Chausey et de la baronnie de Saint-Pair-sur-Mer aux religieux du Mont Saint-Michel, qui bâtissent sur la Grande Île un prieuré bénédictin, proche de l'actuelle Ferme[9].

Calsoi, le nom primitif de Chausey, apparaît d'ailleurs pour la première fois à l'occasion de la rédaction de cet acte de cession [10].

Au XVIIIe siècle, l'abbé Jean-Michel Nolin tente d'importer sur Grande-Île les principes de la physiocratie alias le «gouvernement par la nature»[11].

Longtemps, des exploitants venus de Blainville, qui ont donné leur nom au village des Blainvillais situé au nord de l'île,, exploitèrent la soude, en fait du carbonate de sodium tiré du varech recueilli sur les côtes et qui servit à l'industrie du verre jusqu'à ce que les chimistes produisent le carbonate de sodium de synthèse. Cette soude a peut-être été utilisée dans l'industrie du savon de Rouen[1].

Ensuite, le varech a été utilisé, toujours par brûlage, pour produire de l'iode, élément de base de la teinture d'iode, utilisée comme désinfectant en pharmacie.

Le constructeur Louis Renault passa beaucoup de temps et investit beaucoup d'argent dans l'archipel, au point d'en être considéré comme un bienfaiteur[12],[13].

Population[modifier | modifier le code]

Malgré ses dimensions réduites, la Grande Île de Chausey (45 ha) abrite plusieurs dizaines de maisons, occupées surtout en été. L’hiver, seule une petite dizaine de Chausiais y réside : pêcheurs, gardes du littoral et ponctuellement entreprises intervenant sur l’île. Les gardiens de phare ont quitté l’île en 2008.

L'île est reliée à Granville par une ou plusieurs navettes en fonction de la saison : en hiver, deux passages par semaine, mais jusqu’à plus de dix passages effectués par trois vedettes en été. Une liaison maritime existe également avec Saint-Malo, uniquement en période estivale.

L’été, la population augmente fortement en raison de la venue des touristes avec près de 200 000 touristes annuels, ce qui représente un des plus forts taux d’occupation des îles françaises rapportées à la surface de la Grande Île. On frôle ainsi les limites de la capacité d’accueil[1].

Un archipel à protéger[modifier | modifier le code]

La partie sud de la Grande Île appartient à l’État qui l’a affectée à titre définitif au Conservatoire du littoral[14]. L'établissement public est ainsi propriétaire de huit hectares. Il loue une partie importante du patrimoine bâti (une quinzaine de maisons) dans le cadre actuel de baux emphytéotiques, et gère la protection du patrimoine naturel côtier.

La plus grande partie de la Grande Île (au nord), soit 38 hectares sur 46, et la totalité des îlots (20 hectares) sont privées : les terrains appartiennent à la SCI des îles Chausey fondée en 1919. Les trois familles à l'origine de cette société immobilière en possèdent encore aujourd'hui chacune un tiers[15], sans pouvoir construire de nouveaux bâtiments sur l'île, en vertu de la loi française de protection du littoral, qui fait de la zone côtière, des rochers et îlots et des plages un domaine naturel public protégé. De fait, Chausey relève du programme de préservation Natura 2000[15]. Le site est cependant soumis à une fréquentation touristique croissante (touristes et pêcheurs à pied), via les navettes de liaison avec le continent, les voiliers de plaisance « et, surtout, bateaux à moteur, petites vedettes et pneumatiques, dont les courbes de ventes sont aujourd'hui exponentielles »[14]. En effet, malgré le caractère privé de l'essentiel des terrains de l'archipel, « le passage des touristes y est toléré par les propriétaires »[1]. Les répercussions de cette surfréquentation, y compris celle des îlots accessibles par navire de plaisance, sont actuellement étudiées par le Conservatoire du littoral, avec l'objectif de définir une série de mesures adaptées à la préservation de l'archipel[14].

Les embarcations typiques de Chausey sont le doris, une embarcation à rames ou à moteur utilisée par les pêcheurs, et le canot chausiais, un petit bateau à voile de plaisance. Ces embarcations entrent en compétition lors des « Régates de Chausey » qui ont lieu pendant deux jours, tous les ans en août, le premier week-end de mortes-eaux. Plusieurs régates sont organisées : régate de doris, de canots chausiais ainsi qu'une régate pour les enfants. Sur la plaine, se déroulent aussi des jeux auxquels participent enfants et adultes.

Économie[modifier | modifier le code]

Actuellement, l'activité économique provient essentiellement du tourisme mais aussi de la pêche : l'eau très pure, continuellement brassée par des courants violents, permet la pêche du homard, du bouquet, du congre, du bar et du mulet. L'immense plateau de l'archipel est également exploité pour l'élevage des moules et des huîtres, mais cette activité n'est pas réalisée par les pêcheurs de l'île. Le tourisme est soutenu par la présence de trois commerces (un hôtel, un restaurant et une épicerie) ainsi que par la présence de gîtes dans l'ancienne ferme et à Port Marie. Jusqu'en 1989, une exploitation agricole persistait sur l'île avec l'élevage de vaches, dont le bocage encore visible sur Chausey est l'héritage[1].

Personnages célèbres[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Brochure officielle 2008 de l'archipel Chausey
  2. Jacqueline Lorenz, Carrières et constructions en France et dans les pays limitrophes, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, , p. 338.
  3. Jacqueline Lorenz, « opcit », p. 336
  4. François de Beaurepaire (préf. Yves Nédélec), Les Noms des communes et anciennes paroisses de la Manche, Paris, A. et J. Picard, , 253 p. (ISBN 2-7084-0299-4, OCLC 15314425), p. 100
  5. Auguste Longnon, Les noms de lieu de la France : leur origine, leur signification, leurs transformations, Champion, , p. 159-160.
  6. T.F. Hoad, English Etymology, OUP.
  7. François de Beaurepaire, op. cit.
  8. François de Beaurepaire, op. cit.
  9. D'après Jacques Doris, Les îles Chausey, Coutances : imprimerie, 1929. Disponible sur Normannia
  10. Les îles Chausey - Inventaire et Histoire des Toponymes, de Claude et Gilbert Hurel, 1985, p. 29
  11. Un archipel normand, les îles Chausey et leur histoire, avec gravures, cartes et notes d'histoire naturelle, vicomte Paul de Gibon, Coutances, Imprimerie Notre-Dame, 1918.
  12. Louis Renault, bienfaiteur de Chausey, article de La Manche Libre
  13. Extrait de la biographie de Louis Renault
  14. a, b et c Hervé Hillard, Chausey, Actes Sud, 2002, p. 46.
  15. a et b Hervé Hillard, Chausey, Actes Sud, 2002, p. 45.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Les Iles Chausey par Roger Vercel, prix Goncourt 1934 pour " Capitaine Conan".Source:Roger Pierre Pouillot -Vercel,petit fils de Roger Vercel.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :