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Bernard de Tiron

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Bernard de Tiron
Statue de saint Bernard de Tiron, abbaye de la Sainte-Trinité à Thiron-Gardais (Eure-et-Loir).
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Abbé
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Saint Bernard de Tiron (Abbeville c. 1050 - Abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron [1]), appelé aussi Bernard de Ponthieu, saint Bernard de Ponthieu ou saint Bernard d'Abbeville, est un ermite qui vécut dans le département actuel de la Mayenne à la fin du XIe et au début du XIIe siècle, contemporain et émule de Robert d'Arbrissel, Raoul de la Futaie, Vital de Mortain et saint Alleaume, qui édifia en 1109 l'abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron, dans le Perche. C'est un moine bénédictin, réformateur monastique et fondateur de l'Ordre de Tiron. Figure majeure du mouvement érémitique et de la réforme grégorienne, il est connu pour son ascétisme rigoureux, sa prédication itinérante et son engagement en faveur de la pauvreté évangélique[1].

Gravure de l'abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron au XVIIe siècle, Dom Michel Germain, Monasticon gallicanum, BnF.

Origines et jeunesse

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Le fondateur du monastère de Tiron, saint Bernard de Ponthieu[note 1], naît dans la région du Ponthieu[1], au nord de la France, près d’Abbeville vers 1050[2]. La date exacte de sa naissance reste incertaine : les sources proposent 1046, 1056 ou 1070, mais aucune n’est attestée avec certitude. Il est issu d’une famille dont on sait peu de choses, si ce n’est que ses parents étaient réputés pour leur piété. Dès son enfance, il est surnommé « le moine » par ses camarades, ce qui pourrait indiquer une vocation précoce[1].

Formation monastique

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Vers l’âge de vingt ans, Bernard quitte sa région natale pour le Poitou[1]. Il entre comme moine à l’Saint-Savin-sur-Gartempe, où il devient prieur. Il se distingue par son opposition à la simonie et aux abus de l’abbaye, notamment sous l’abbatiat de Gervais, accusé de malversations. En 1078 ou 1080, Gervais est contraint à la fuite après avoir été convaincu de simonie par le légat du pape Amat d'Oloron[1]. Bernard, déjà prieur, est ensuite élu abbé de Saint-Cyprien près de Poitiers en 1100, après la mort de l’abbé Renaud.

Conflit avec Cluny et départ

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L’abbaye de Saint-Cyprien, dépendante de l'Ordre de Cluny, est le théâtre de tensions entre les moines et les Clunisiens. Bernard, hostile à cette dépendance, est suspendu par le pape Pascal II pour avoir résisté à l’autorité clunisienne[1]. Devant cette perspective et obéissant à une impulsion qui pousse alors les plus fervents d'entre les moines à la vie érémitique, à la suite de longs démêlés avec les moines de Cluny, il résigne sa charge et, avec la permission du pape, s'en vient, guidé par Pierre de l'Étoile, son voisin, dans la partie du Maine limitrophe de la Bretagne, trouver les trois grands chefs des ermites, Robert d'Arbrissel (dans la forêt de Craon en 1096), Vital de Mortain et Raoul de la Futaie. Il quitte alors Saint-Cyprien en 1101, refusant de se soumettre, et entame une vie de prédicateur itinérant[1].

Prédication et vie érémitique

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Prédicateur errant

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Bernard se joint à Robert d'Arbrissel et à Pierre de l'Étoile, deux figures majeures de la réforme monastique. Il prêche la pauvreté, la pénitence et la réforme du clergé, où il dénonce le nicolaïsme (mariage des prêtres) et les abus ecclésiastiques[1]. Son mode de vie ascétique, son apparence hirsute et ses pieds nus impressionnent les foules. Il est souvent comparé à Robert d’Arbrissel pour son charisme et son radicalisme[1]. Accueilli sous un nom d'emprunt, on lui donne le choix d'un ermitage ou d'un compagnon. Il choisit, près d'une église en ruines dédiée à saint Médard, probablement dans la région de Saint-Mars-sur-la-Futaie, la cabane d'un ermite, Pierre, tourneur sur bois, qui lui apprend le travail manuel.

Retraite à Chausey

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Malgré le nom de Guillaume, qu'a pris Bernard depuis sa fuite, malgré la distance qui le sépare de l'abbaye poitevine, ses anciens compagnons finissent par découvrir sa retraite. En 1105, après quatre années de prédication, Bernard se retire dans l’île de Chausey, au large du Mont-Saint-Michel, avec quelques disciples[1]. Dans ce nouvel asile, bravant les rigueurs du climat et sans crainte des pirates, il vit dans une caverne, jusqu'à ce que les habitants lui fassent une cabane des épaves de la mer. La communauté est cependant pillée par des pirates, ce qui le pousse à chercher un nouveau lieu d’établissement.

Le retour en Mayenne

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Mais les souvenirs des forêts situées en Mayenne ne le quittent pas et, cédant aux prières de ses anciens compagnons, il y revient, en se fixant cette fois à Fontaine-Géhard[3], qui était déjà ou devient grâce à lui, le centre principal des ermites de la région. De nombreux ermites viennent bâtir des cellules autour de la sienne, et des foules désireuses de connaître ses leçons viennent le rencontrer.

Sa renommée va jusqu'au monastère de Saint-Cyprien en Poitou où le vieil abbé Renault, qui avait accueilli Bernard dans sa vingtième année, vit encore. Celui-ci ne peut résister au désir de ramener son disciple auprès de lui. Il y parvient, et Bernard reprend l'habit de son ordre. Renault le désigne comme son successeur à la communauté. Au concile de Poitiers (), Bernard donne avec Robert d'Arbrissel un exemple de fermeté apostolique en bravant les menaces du duc d'Aquitaine. Puis, quand l'ordre de Cluny veut s'emparer de son abbaye, plutôt que d'y donner la main, Bernard revient trouver Robert d'Arbrissel et Vital de Mortain, cette fois pour prêcher de ville en ville, dans le Maine et en Normandie, la réforme des peuples et du clergé.

Un nouvel appel des religieux de Saint-Cyprien lui fait entreprendre un voyage à Rome, où il plaide leur cause contre les prétentions envahissantes de l'ordre de Cluny. De là, l'amour de la retraite le pousse de nouveau dans l'île de Chausey, d'où, chassé par les pirates, il revient dans ses forêts, cette fois à Chêne-Douet près de Fougères.

Mais, en ce début du XIIe siècle, la vie érémitique, par le fait même de la multiplication des vocations, devient impraticable : il faut grouper dans des établissements stables, où la régularité constitue une sauvegarde, les ermites trop nombreux. Comme le font par ailleurs Robert d'Arbrissel, Vital de Mortain et Raoul de la Futaie, Bernard réunit de nombreux disciples dans la forêt de La Guierche, mais s'aperçoit que le voisinage de Savigny où Vital de Mortain avait créé son abbaye, s'oppose à leur développement commun.

Fondation de l’abbaye de Tiron

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Installation à Tiron

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C'est alors qu'il va s'établir dans le Perche, dont le comte est Rotrou III le Grand. Ce prince lui offre d’abord Arcisses (commune de Brunelles). Le site, isolé et inhospitalier, correspond à l’idéal de pauvreté et de simplicité qu’il prône[1]. La communauté adopte la règle bénédictine, mais avec une interprétation plus stricte : vêtements de peaux, abstinence, travail manuel, et rejet des dîmes[1]. Bernard édifie un monastère primitif où il célèbre pour la première fois la messe le jour de Pâques 1109, avec l’évêque Yves de Chartres. Une chapelle dédiée à sainte Anne, proche de l’étang du même nom, marque aujourd’hui cet emplacement.

Des difficultés s’étant élevées avec les moines clunisiens de Saint-Denis de Nogent, saint Bernard abandonne son monastère de Sainte-Anne[1]. La donation est révoquée par la mère de Rotrou III, qui défend les moines clunisiens de l’abbaye Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou. Alors Rotrou III lui donne un lieu inculte en pleine forêt, à peu de distance du bourg actuel de Thiron. Avec l’autorisation de l’évêque saint Yves, vint se fixer sur la paroisse de Gardais, dépendant du chapitre de Chartres, là où s’élève actuellement Thiron (1114)[1].

Développement de l’ordre

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Grâce aux dons des rois et des plus grands seigneurs de France, d’Angleterre et même d’Écosse, il se met à construire un nouveau monastère. De cette époque, il ne reste que l’église telle qu’elle existe actuellement. Le manque d’ornementation architecturale montre bien l’esprit de saint Bernard, plus austère que celui de la règle de saint Benoît dont il s’inspirait. L’ordre de Tiron se développe rapidement, attirant des dons et des vocations[1]. Bernard y impose une discipline rigoureuse : les moines vivent de leur travail (agriculture, artisanat), portent des habits de peaux, et observent un silence quasi-permanent[1]. L’abbaye essaimera en plusieurs prieurés, notamment en France et en Écosse, sous la protection de grands seigneurs comme Henri Ier d’Angleterre et Louis VI de France.

Les disciples de saint Bernard différaient en outre des bénédictins par leur robe gris fumée, à longs poils. Ils s’adonnaient à la prière et à toutes sortes de travaux manuels. C’est à eux que l’on doit le défrichement et la mise en culture du pays, la création de l’étang de Thiron, de celui de Saint-Anne, de celui des Aulnaies, asséché en 1842 et dont la route de Thiron à Combres emprunte la levée.

Dernières années et mort

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Bernard meurt le , après une courte maladie. Jusqu’à la fin, il refuse tout soulagement, restant fidèle à son idéal de pauvreté[1]. Sa mort est marquée par des récits de visions et de miracles, bien que les sources soient souvent légendaires[1].

Héritage et postérité

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Influence spirituelle

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Bernard de Tiron incarne l’idéal de l’imitatio Christi : pauvreté, humilité, et rejet des honneurs. Il est considéré comme un précurseur des ordres mendiants, par son refus de la richesse et son engagement auprès des pauvres et des pécheurs[1].

Décadence de l’ordre

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Après sa mort, l’ordre de Tiron connaît un relâchement progressif. Les dons affluent, les bâtiments s’agrandissent, et la règle primitive s’adoucit[1]. Au XIIIe siècle, l’ordre compte une centaine de prieurés, mais perd peu à peu son caractère austère.

Culte et mémoire

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Bernard de Tiron est vénéré comme saint. Plusieurs miracles et visions lui sont attribués, notamment des apparitions de la Vierge et des combats contre le démon. Bernard de Tiron eut le plus long procès de canonisation de toute l'histoire de la chrétienté : 744 ans (1117-1861). Il est fêté le .

Controverses et historiographie

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Les sources sur Bernard de Tiron sont principalement deux Vies (A et B), souvent contradictoires, ainsi que les chroniques d’Orderic Vital. Les historiens soulignent la difficulté à démêler les faits historiques des éléments légendaires, notamment concernant ses visions et ses conflits avec les Clunisiens[1].

Œuvres et écrits

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Aucun écrit de Bernard de Tiron ne nous est parvenu. Sa pensée et son action sont connues par les récits de ses disciples et les chartes de fondation[1].

  • Bernard Beck, Saint Bernard de Tiron, l'ermite, le moine et le monde, La Mandragore. Esquisse d'un portrait de Bernard de Tiron (vers 1050-1117) : vocation, cheminements (de la collectivité monastique à l'ermitage, de l'anachorèse au cénobitisme), charismes (thaumaturgie, don divinatoire, prédication) et traits physiques.
  • « Bernard de Tiron », dans Alphonse-Victor Angot et Ferdinand Gaugain, Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Laval, A. Goupil, 1900-1910 [détail des éditions] (BNF 34106789, présentation en ligne)

Références

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  • Orderic Vital, Historia Ecclesiastica
  • Vita Bernardi Tironensis (sources A et B)
  • Mabillon, Annales Ordinis Sancti Benedicti
  • Hefelé, Histoire des conciles

Articles connexes

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Liens externes

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Notes et références

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  1. Il ne faut pas le confondre avec saint Bernard de Clairvaux, cistercien qui prêcha la deuxième croisade.

Références

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  1. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v et w Société d'archéologie et d'histoire de la Mayenne., Bulletin de la Commission historique et archéologique de la Mayenne, Imprimerie de L. Moreau (Laval), 1909, p. 17-44. Article de J. Von Walter, traduit par Bernard Joseph Cahour.
  2. François Neveux, La Normandie des ducs au rois, Xe – XIIe siècle, Rennes, Ouest-France université, , 676 p. (ISBN 2-7373-0985-9), p. 315.
  3. Actuellement sur la commune de Châtillon-sur-Colmont.