Alberto Santos-Dumont

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Alberto Santos-Dumont
Description de l'image Alberto Santos-Dumont portrait.jpg.
Naissance
Palmira, Minas Gerais, Brésil
Décès (à 59 ans)
Guarujá, São Paulo, Brésil
Nationalité Drapeau du Brésil Brésilienne
Activité principale
Signature de Alberto Santos-Dumont
Santos-Dumont à bord d'un de ses dirigeables.

Alberto Santos-Dumont est né le à Palmira — aujourd’hui ville de Santos DumontBrésil, et mort le à Guarujá, Brésil, est un pionnier franco-brésilien de l'aviation. Il passe la majeure partie de sa vie en France, où il construit de nombreux ballons à bord desquels il vole et conçoit le premier dirigeable pratique. La démonstration de son étonnant aéronef « plus-lourd-que-l'air », le 14 Bis, a lieu dans la plaine de jeux de Bagatelle (48° 52′ 05″ N 2° 14′ 24″ E / 48.86806, 2.24), à côté du parc de Bagatelle près de Paris, lors d'un vol public, et lui permet par la même occasion d'homologuer le premier record du monde d'aviation, le . C'est le premier homme à posséder les trois brevets de pilote : ballon, dirigeable et aéroplane.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Son père, Henri Dumont était français naturalisé brésilien et avait fait fortune dans les plantations de café. Sa mère Dona Francisca dos Santos était la fille d’un notable brésilien. Santos-Dumont eut sept frères et sœurs.

Enfance[modifier | modifier le code]

Alberto suivit des études à São Paulo et à la prestigieuse école des mines d'Ouro Preto. À la suite d'un accident de cheval, son père devint paraplégique et vendit les plantations. Sa famille décida d’émigrer à Paris en 1891. En 1896, Alberto retourna au Brésil, où vivait sa mère, mais en 1897 il revint vivre à Paris.

1898 : l'Amérique, le Brazil et le Numéro 1[modifier | modifier le code]

Santos-Dumont décolle le 4 juillet 1898 sur le Brazil.

En 1898, Alberto participe à une course de ballons avec un ballon de 1 800 m³ nommé l'Amérique. Durant cette course il effectue un vol de 22 heures, de Paris jusque dans la Creuse[1]. Cette même année, il commande à une fabrique de dirigeables fondée par deux ingénieurs français, Henri Lachambre et Alexis Machuron, le plus petit ballon du monde, qu'il appela le Brazil. Le diamètre de ce ballon était de 6 mètres, ce qui correspond à une sphère dont le volume et la surface sont numériquement égaux : 113 mètres cubes et 113 mètres carrés. Construite en soie du Japon, l'enveloppe ne pesait que 3,5 kg et 14 kg après avoir été vernie en trois couches[réf. nécessaire]. Le filet en coton pesait 1 800 g. La nacelle, petite mais suffisamment spacieuse, pesait, elle, 6 kg. Un guiderope de 8 kg et un grappin de 3 kg complétaient l'équipement. Son poids total était de 27,5 kg sans ses engins d'arrêt. En raison du poids réduit de l'aéronaute, 50 kg, le Brazil gonflé à l'hydrogène réussit à emporter 30 kg de lest. L'inauguration eut lieu le . L'ascension se prolongea pendant cinq heures, durée impressionnante pour un si petit ballon, et se termina près de Pithiviers.

L'un des dirigeables Santos-Dumont, vers 1904 au-dessus de son hangar à Paris.

Santos-Dumont fit construire son premier dirigeable, le Numéro 1 en 1898 par Henri Lachambre. Celui-ci était équipé d'un moteur De Dion-Bouton. Une grande lignée suivit jusqu'à 1905.

1900 : première compétition en dirigeable et controverse[modifier | modifier le code]

En 1900, Henry Deutsch de la Meurthe crée une compétition, dotée de 100 000 francs, réservée aux seuls dirigeables et qui consiste à couvrir en moins de 30 minutes la distance entre Saint-Cloud et la Tour Eiffel. Santos-Dumont y participe et la remporte mais pas à son premier essai. Il est notamment victime, le , d'un accident : alors qu'il a déjà viré la tour Eiffel, à la suite d'un dégonflement incontrôlable, son dirigeable heurte un immeuble au quai de Passy et il se retrouve suspendu au 5e étage[2],[3] ! Il réussit finalement le [4] mais la question de savoir s'il a, à quelques secondes près, fait l'aller et retour dans le temps imposé agitera l'Aéro-club de France et les média jusqu'en novembre. Le prix lui est finalement attribué, mais Santos-Dumont démissionne de l'Aéro-club en constatant que sa cause n'a été sauvée que par le vote des membres de l'Académie des sciences, qui n'en font pas partie[5]. La réconciliation a lieu lors du dîner-conférence du , présidé par le marquis Jules-Albert de Dion ; les ballons automobiles de Santos-Dumont sont à l'honneur lors de la séance de lanterne magique offerte par Léon Gaumont, à l'issue de laquelle, sur la proposition d'Étienne Giraud, Santos-Dumont est réintégré dans l'Aéro-club par acclamations[6].

Monument au vol du 12 novembre 1906 dans la plaine de jeux de Bagatelle
Vol de Santos-Dumont dans la plaine de jeux de Bagatelle

Aéroplanes[modifier | modifier le code]

En 1904, Santos-Dumont publie son livre Dans L'air chez Fasquelle, qui n'est tiré qu'à cinquante exemplaires numérotés. Il se passionne également pour les « machines volantes » de Clément Ader, des frères Wright et d'Otto Lilienthal. Six mois après le premier vol (non homologué) de l'inventeur roumain Traian Vuia, le , dans la plaine de jeux de Bagatelle à côté du parc de Bagatelle, Santos-Dumont parvient à maintenir sa machine au-dessus du sol sur une distance d’une soixantaine de mètres « au-dessus de l’herbe ». L'histoire retient cet événement comme l'un des premiers vols effectués hors des États-Unis. Conforté par cet exploit, le , à bord du 14 Bis, un biplan à moteur Antoinette d’une puissance de 50 ch, il franchit en vol une distance de 220 mètres en 21 secondes, à une hauteur atteignant deux mètres et à la vitesse – considérable pour l'époque – de 41,3 km/h ; cette prouesse figure sur les tablettes de la toute nouvelle Fédération aéronautique internationale comme le premier record du monde d'aviation. Il remporte ainsi le prix de l’Aéro-Club de France qui s'élève à 1500 francs (prix remis à l'aviateur réalisant un vol en ligne droite d'au moins 100 mètres)[7]. Il avait appelé son aéroplane « 14 Bis » parce que ses premières expériences de sustentation s’étaient déroulées avec un dirigeable immatriculé « 14 ». S'ensuivit une controverse - toujours d'actualité - Santos-Dumont revendiquant être le premier à avoir quitté le sol, en Europe, à bord d'un aéronef « plus lourd que l’air » motorisé (en l'occurrence par un moteur à combustion interne), alors qu'Ader, sous contrat avec l'armée française, avait peut-être décollé en 1890 sur un aéronef propulsé par un moteur à vapeur.

Demoiselle no 21 moteur flat-twin Darracq de 30 ch refroidi par eau (1909) au musée de l'air et de l'espace du Bourget.

Le , Santos-Dumont remporte le prix d'aviation créé conjointement par Deutsch de la Meurthe et Ernest Archdeacon. En 1907, il tente à quinze reprises des vols motorisés avec les moteurs Antoinette. Bon nombre furent des échecs.

Hommage de l'Aéro-Club de France à Santos Dumont à Saint-Cloud

Alors que le nom de Santos-Dumont résonne depuis plus de dix ans dans le milieu des aéronautes et des aérostiers, Alberto entreprend la construction des « Demoiselle », petits monoplans motorisés. Ces réalisations firent grandir sa popularité auprès du public français mais aussi auprès des vedettes des meetings aériens. Son aura augmenta d'autant plus qu'il offrait gratuitement les plans de ses avions à ceux qui souhaitaient les construire. Ces appareils étaient d’une incroyable maniabilité, si bien qu’ils devinrent à leur tour les vedettes des exhibitions aériennes que le public réclamait. Encouragé par ses succès et sa célébrité naissante, Santos-Dumont modifia et améliora ses aéronefs. Bientôt ce furent de véritables avions de tourisme faits de toile de chanvre et de bambous qu’il vendit en kit au public. Il en abandonna les droits de licence ce qui en favorisa la construction par des tiers. Roland Garros, Audemars et Brindejonc des Moulinais firent leurs premiers vols sur des « Demoiselle » ; on les appelait alors les « demoisellistes ».

1910 : fin du pilotage[modifier | modifier le code]

Santos-Dumont fait son dernier vol comme pilote sur une Demoiselle le 4 janvier 1910. Le vol se termine par un accident quand un hauban d’aile casse alors qu'il volait à une altitude d'environ 25 m, ce qui provoque le détachement de l’aile et sa chute dans un arbre. Il en réchappe avec juste quelques contusions - tandis que ce même jour le pionnier Léon Delagrange périt en pilotant un Blériot. Néanmoins en mars 1910 Santos-Dumont annonce qu'il abandonne l'aviation, et son intention de vendre son avion et son atelier après avoir licencié son personnel. Reclus chez lui, il souffrait, disait-on, d'une dépression nerveuse causée par le surmenage. Il est probable que se manifestaient les premiers signes de la sclérose en plaques dont il souffrit gravement plus tard.

Accusations et retour au Brésil[modifier | modifier le code]

En 1911, il déménage dans la petite station balnéaire normande de Bénerville (maintenant Benerville-sur-Mer), où il s'adonne à l'astronomie. Après le déclenchement de la Grande Guerre en 1914, des voisins, ignorant sa renommée et ses exploits passés à Paris quelques années plus tôt, l’accusent d’être un espion allemand suivant l’activité navale française, induits en cela par son télescope de fabrication allemande et son accent étranger[8],[9]. Cela conduit la gendarmerie à perquisitionner à son domicile de façon brutale[10]. Bouleversé par cette accusation, et déprimé par sa maladie, Santos-Dumont brûle tous ses papiers, plans et notes, vend sa maison et retourne au Brésil. Pour cette raison, il reste aujourd'hui peu d'informations directes concernant ses conceptions.

Retour en France[modifier | modifier le code]

Après la Première Guerre mondiale, Santos-Dumont revient vivre en France une dizaine d’années. Mais la perspective de voir évoluer l'aviation aux seules fins militaires le révulse. À l'occasion de la première conférence sur le désarmement, organisée par la Société des Nations, il écrit une lettre-manifeste publique s'élevant contre l'utilisation de l'aviation à des fins militaires.

Mort au Brésil[modifier | modifier le code]

En 1928, atteint de sclérose en plaques, il retourne dans son pays natal où il est acclamé comme un héros, et participe encore à quelques meetings. Mais en 1932, la vision des avions bombardant la population lors de la guerre civile brésilienne le démoralise. Il finit par se suicider dans une chambre du Grand hôtel de Guarujá le [11].

Distinctions et honneurs[modifier | modifier le code]

Nacelle ayant appartenu à Alberto Santos-Dumont

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La course aux ballons des fêtes de Paris », CNAM.
  2. Stéphanie Meyniel, « Le 8 août 1901 dans le ciel : Santos-Dumont tente de nouveau le prix Deutsch de la Meurthe », sur Air-journal,‎ .
  3. « Dernières nouvelles : la fin du Santos-Dumont no 5 », Le Temps, no 14668,‎ , p. 4 (lire en ligne).
  4. Stéphanie Meyniel, « Le 19 octobre 1901 dans le ciel : Santos-Dumont gagne le prix Deutsch »,‎ .
  5. « Au jour le jour : le prix Deutsch et M. Santos-Dumont », Le Temps, no 15757,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  6. « Le dîner-conférence du 4 décembre 1902 », L'Aérophile,‎ , p. 299 (lire en ligne).
  7. « Le 12 novembre 1906 dans le ciel : Santos-Dumont réalise un vol de 220 m et gagne le prix de l’Aéro-Club de France », sur air-journal.fr.
  8. « Le retour de Santos-Dumont », La Croix,‎ , p. 1 (lire en ligne).
  9. « Le retour de Santos-Dumont », Les Annales politiques et littéraires, no 2030,‎ , p. 548 (lire en ligne).
  10. Le Temps rapporte pourtant, le , un échange entre Santos-Dumont et le général Vayssière aux termes duquel le premier déclarait mettre volontiers son observatoire à disposition de l'autorité militaire. Cf. « L'observatoire de M. Santos-Dumont », Le Temps, no 19309,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  11. Cf. film "Santos-Dumont, l'homme libre", 2005, de Eve Cetera et Bernard Chabbert, diffusé par la 5 et la chaine Aerostar TV en 2015.
  12. Alberto Santos-Dumont est fait commandeur de la Légion d'honneur pour « services exceptionnels rendus à l'aviation », décret du . Voir « Ministère des affaires étrangères », Journal officiel de la République française,‎ , p. 9286 (lire en ligne).
  13. « La maison Cartier à travers le temps », sur cartier.fr.
  14. « Avenue Santos-Dumont, Bois d'Arcy 78390 ».
  15. « Alberto Santos-Dumont, Bois-d'Arcy », sur topic-topos.com (consulté en janvier 2014).
  16. Lycée Santos-Dumont à Saint-Cloud.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

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