Robert d'Arbrissel

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Robert d'Arbrissel
Image illustrative de l'article Robert d'Arbrissel
Robert d'Arbrissel, fresque à la cire d'Alphonse Le Henaff, Cathédrale Saint-Pierre de Rennes, peinte entre 1871 et 1876.
Biographie
Naissance vers 1047
La Bussardière à Arbrissel en Bretagne
Ordination sacerdotale inconnue
Décès vers 1117
Prieuré d'Orsan
Abbé de l’Église catholique
Fondateur de Abbaye de la Roë, de l'Abbaye de Fontevraud et de l'ordre de Fontevraud.
10991115
Pétronille de Chemillé Suivant
Autres fonctions
Fonction laïque
docteur en théologie

Robert d’Arbrissel, né vers 1047 dans le village d’Arbrissel (actuel département d'Ille-et-Vilaine) dans le diocèse de Rennes en Bretagne et mort au Prieuré d'Orsan (Cher), probablement autour de 1117, est un ermite et moine breton.

Prêcheur itinérant, reconnu par le pape Urbain II, il suit une pratique érémitique extrême. Il est le fondateur des abbayes de Fontevraud et de la Roë et de l'ordre de Fontevraud.

Ses exigences spirituelles et sa conduite lui créeront des difficultés pendant toute sa vie et bloqueront les tentatives de canonisation au XVIIe siècle. Les historiens contemporains se disputent encore sur le sens de son action, le décrivant tour à tour comme un précurseur du féminisme, un défenseur des pauvres, un réformateur exigeant.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine familiale et formation[modifier | modifier le code]

L'église Notre-Dame d'Arbrissel - XIe et XIIe

Robert serait né vers 1055-1060 au village de La Bussardière, près d'Arbrissel[1]. Son père était un prêtre nommé Damalioch[2].

Robert, dont la date d'ordination est inconnue, aurait succédé à son père dans la charge de recteur d’Arbrissel et aurait comme lui vécu avec une femme (ce n'est qu'au premier concile du Latran de 1123 que le mariage et le concubinage des prêtres ont été interdits).

Compromis dans l’élection jugée irrégulière de Sylvestre de la Guerche comme évêque de Rennes en 1076 puis déposé en 1078, il s’exile à Paris.

Il y suit des enseignements théologiques, peut-être d'Anselme de Laon[3]. Il y est reçu docteur en théologie et devient un ardent partisan de la réforme grégorienne, promue par le pape Grégoire VII.

Réformateur du diocèse de Rennes[modifier | modifier le code]

Son évêque, Sylvestre de la Guerche, rétabli sur son siège en 1089, l'appelle auprès de lui pour le seconder dans son effort de moralisation du clergé breton et lui confère les dignités d'archiprêtre et d'official. Dans ce nouveau rôle, il devient un exigeant opposant à la simonie, l'incontinence et les autres vices de son clergé[4].

Après avoir travaillé pendant quatre ans à l'extirpation de ces désordres, Robert se voit exposé, avec la mort de l'évêque en 1093, au ressentiment des ecclésiastiques qu'il a humiliés. Marbode, successeur de La Guerche, qui apparemment n'aime pas autant que celui-ci les réformateurs, le laisse partir pour Angers, où il va enseigner la théologie. Il s'y lie avec Geoffroy, abbé de Vendôme qui apprécie ses qualités intellectuelles et religieuses

Vie érémitique et fondation de l'abbaye de La Roë[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Abbaye de la Roë.

Vers 1095, Robert d'Arbrissel fait siens les principes de pauvreté prônés par Grégoire VII et attire les foules par de fougueuses prédications[4]. Cédant à son goût pour la vie solitaire, il va vivre en ermite dans la forêt de Craon, en Anjou, à proximité de la Bretagne.

L'évêque d'Angers, Geoffroy de Mayenne, le reçoit en audience avec Renaud Ier de Craon, fils de Robert le Bourguignon, seigneur de Craon, et ses fils. C'est là qu'a lieu la concession de sept masures dans la forêt où les chanoines peuvent s'établir.

Il est bientôt entouré d'une foule d'anachorètes attirés par la renommée de ses vertus et de la sainte austérité de sa vie. D'ermites, ils deviennent cénobites sous la direction de leur chef, qui leur donne la règle des chanoines réguliers récemment réformée et refondue par Yves de Chartres.

Sa réputation de sainteté se répand et de nombreux clercs et laïcs le rejoignent, ce qui conduit à créer des logements qui deviennent l’Abbaye de la Roë. Il les partage en trois colonies, se charge d'en gouverner une, et confie les autres à Vital de Savigny et Raoul de La Futaie. À Craon il rencontre également d'autres ermites de la région comme saint Alleaume ou Bernard de Tiron.

Le prêcheur[modifier | modifier le code]

Le , le pape Urbain II, qui a lancé, un an auparavant, l’appel à la première croisade, est à Angers, accompagné de nombreux prélats, Hugues de Bourgogne, archevêque de Lyon, Amat d’Oloron, archevêque de Bordeaux, Yves de Chartres, évêque de Chartres, Hoël, évêque du Mans, et des plus nobles seigneurs de la région.

Robert d'Arbrissel est aussi présent dans cette assemblée. Il a prêché la veille devant le pape à la consécration de l'église Saint-Nicolas de Craon. Urbain II apprécie tellement ses sermons qu'il lui confère le titre de prédicateur apostolique, avec la permission de prêcher per universum mundum.

En 1100, Robert assiste au concile de Poitiers en compagnie de Bernard de Tiron.

Fondation de l'abbaye et de l'ordre de Fontevraud[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Abbaye de Fontevraud et Ordre de Fontevraud.

En 1096, Robert d'Arbrissel reçoit du pape Urbain II en visite à Angers, une mission de prédication[5]. Devenu prédicateur itinérant, Robert d'Arbrissel se voit bientôt suivi par une foule nombreuse, d'hommes et de femmes de différentes classes sociales[4]. « Sa parole avait la suavité du miel, un charme divin sortait de ses lèvres et captivait les âmes ». Séduits, ses auditeurs se mirent à le suivre en grand nombre dans ses pérégrinations. [6]

Il s'installe entre 1099 et 1101, avec l'aide de Pierre II, évêque de Poitiers, dans un vallon nommé Fons Ebraudi et y fonde avec ses disciples une maison mixte, rompant avec les règles du monachisme ordinaire[Note 1]. En période de réforme grégorienne, l'attitude de Robert lui attire les foudres de la hiérarchie religieuse : la cohabitation d'hommes et de femmes dans un même lieu passe mal, et Robert scandalise quand il dort au milieu des femmes[7]. Cette proximité entre les sexes voulue par Robert s'explique par la pratique par l'ermite du syneisaktisme[8], pratique ascétique qui consiste en la cohabitation chaste de personnes de sexe différent afin de surmonter les tentations charnelles.

Il commence à organiser la vie communautaire en fixant son groupe. Les fondations du monastère sont entreprises aussitôt. Le premier protecteur est le seigneur de Montsoreau, dont le château est tout proche. Le rayonnement du fondateur, apparaissant comme un féministe avant la lettre, y attire de nombreuses femmes nobles. Ermengarde d'Anjou est un des premiers membres de la famille comtale angevine à prendre l'abbaye en considération. Fille de Foulque le Réchin, elle fait ratifier par son frère, Foulque V, ses dons à l'abbaye de Fontevraud. Elle s'y retire vers 1112 et ne quitte l'abbaye qu'en 1118[9].

Il s'agit d'un monastère double et non mixte, c'est-à-dire que Robert s'engage à ce qu'à aucun moment il n'y ait de contact entre un moine et une moniale. Il répartit ses adeptes en quatre lieux distincts: le Grand-Moustier avec les contemplatives, des moniales de chœur, Sainte-Marie Madeleine avec des sœurs converses, des femmes ayant vécu dans le siècle, Saint-Jean-l'Habit pour les moines et Saint-Lazare pour les sœurs qui soigneront les lépreux qui seront, eux, hébergés à l'extérieur[10]. Les contemplatives se consacrent à l'office divin (prières) les sœurs converses et les moines au travail à leur profit (seuls les moines pourront dire la messe).

La fondation rencontre un grand succès. On atteindra très vite 300 moniales de chœur. Cependant, Robert, qui dirige l'ensemble mais sans prendre le titre d'abbé, continue de fréquenter les différents lieux du monastère et notamment, s'entretient en privé avec les femmes. Il pratique à ces occasions le syneisaktisme, pratique ascétique que lui reproche dans sa lettre Geoffroy, abbé de la Trinité de Vendôme, vers 1106-1107[11],[12].

Retour à la prédication[modifier | modifier le code]

Lorsqu'il croit que son établissement peut se passer de lui, il reprend son premier emploi de prédicateur itinérant, parcourt la France, exhortant les riches à la charité, les pauvres à l'humilité, les femmes à la continence, et les hommes à l'amour de Dieu. On le voit à Chartres, Toulouse, Rouen, Poitiers, Blois, Périgueux[4],.... Il assiste, en 1104, au concile de Beaugency, et prend place parmi les prélats. L'évêque de Poitiers est si satisfait de sa doctrine et des lois qu'il donne à ses disciples, qu'il sollicite auprès du Saint-Siège les bulles de confirmation ; et, en les délivrant, le pape Pascal II déclare qu'il prend cet ordre sous sa protection spéciale.

Dernières missions[modifier | modifier le code]

En 1115, sentant sa fin proche, Robert d'Arbrissel fixe les statuts de Fontevraud avec les moniales. Il convoque les évêques et les abbés afin de pouvoir faire nommer et reconnaître la nomination d'une abbesse à la tête de l'abbaye. La décision est avalisée et la même année est nommée une jeune femme d'origine noble, Pétronille de Chemillé.

La même année, il fait donner à son ami Géraud de Salles, les terres pour fonder l'abbaye de Cadouin, en présence du duc d'Anjou Foulque V et de personnalités angevines et poitevines[13].

C'est au milieu de ses travaux apostoliques que Robert tombe malade ; il est obligé de s'arrêter au prieuré d'Orsan, diocèse de Bourges dans le Berry. Il y meurt le ou 1117 selon les sources[4], léguant son cœur à Orsan et son corps à Fontevraud. L'archevêque de Bourges, son clergé, la noblesse des environs et une foule de laïcs, accompagnent son corps jusqu'à l'abbaye de Fontevraud, où on lui fait des obsèques solennelles. Lui qui avant demandé à être inhumé dans la boue du cimetière commun fut enterré près du Maître-autel de l'Eglise abbatiale de Fontevraud, un lieu peu propice à la dévotion populaire. [14]

Postérité[modifier | modifier le code]

Il est rare qu'une congrégation religieuse se retienne d'honorer celui qui fut son fondateur. C'est pourtant ce que fit l'ordre de Fontevraud avec Robert d'Arbrissel. Après sa mort, sa mémoire fut maintenue dans un oubli intentionnel. [15]

Tombeau et épitaphe[modifier | modifier le code]

Gravure du XVIIIe siècle, évoquant le gisant disparu de Robert d'Arbrissel à l'abbaye de Fontevraud.

En 1655, Jeanne-Baptiste de Bourbon, abbesse de Fontevraud, fille légitimée d'Henri IV et de Charlotte des Essarts, comtesse de Romorantin, sœur naturelle de Louis XIII, dernière abbesse de la famille des Bourbon, fit placer les restes de Robert dans un superbe tombeau de marbre, sur lequel on lisait l'épitaphe qu'Hildebert, évêque du Mans, avait faite en son honneur, et dont voici quelques vers :

« Attrivit lorica laïus, silis arida fauces, Dura famés stomacbum, lumina cura vigil. Induisit raro requiem sibi, rarius eseam. Gultura pascebat graraiue, corda Deo. Legibus est subjecta carq dominas rationis ; Et sapor unus ei, sed sapor ille Deus. »

Tentatives de canonisation[modifier | modifier le code]

Ses audaces dérangèrent et bloquèrent sa canonisation. Il est tout de même fêté avec le titre de «bienheureux» le 25 février.

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie ancienne[modifier | modifier le code]

  • Vita Roberti, in « Patrologia Latina », CLXII, 1050, hagiographie rédigée par Baudri de Bourgueil, au XIIe siècle, repris dans La Vie du bienheureux Robert d'Arbrissel, fondateur de l'ordre de Fontevraud (par Baudri, traduite par Sébastien Ganot). - Les Maximes de la vie spirituelle tirées de la vie de l'esprit et de la conduite du bienheureux Robert d'Arbrissel,... La Flèche, G. Griveau, 1648.
  • Dissertation apologétique pour le bienheureux Robert d'Arbrissel, sur ce qu'en a dit M. Bayle dans son Dictionnaire, Père de Soris, Anvers, 1701
  • Le Fondateur de l'ordre de Fontevrault, Robert d'Arbrissel. Un apôtre du XIe siècle, son temps, sa vie, ses disciples, son œuvre par le colonel L. Picard, Louis-Auguste Picard, éd. Girouard et Richou, (1932)

Bibliographie moderne[modifier | modifier le code]

  • Célestin Port, Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire et de l'ancienne province d'Anjou : A-C, t. 1, Angers, H. Siraudeau et Cie,‎ 1965, 2e éd. (notice BnF no FRBNF331411051, lire en ligne)
  • Collectif, Abbaye royale de Fontevraud, Nantes, Revue 303,‎ 2001, 233 p. (notice BnF no FRBNF38779909)
  • Jean Favier, Les Plantagenêts : Origine et destin d'un empire, Poitiers, Fayard,‎ 2004, 960 p. (ISBN 2-213-62136-5)
  • Jacques Dalarun, Les deux vies de Robert d'Arbrissel, fondateur de Fontevraud: légendes, écrits et témoignages, éd. Brepols, 2007, édition bilingue français et anglais, 772 p. (ISBN 2503524192)
  • Jacques Dalarun, Robert d'Arbrissel ou l'impossible sainteté, éd. Albin-Michel, 1986, 226 p. (ISBN 2226026282)
  • Jacqueline Martin-Bagnaudez, Petite vie de Robert d'Arbrissel, éd. Desclée de Brouwer, 2008, coll. Petites vies (ISBN 2220060349)
  • Jean-Marc Bienvenu, L'Étonnant fondateur de Fontevraud, Robert d'Arbrissel, Nouvelles Éditions latines, 1981 (ISBN 2723301494).
  • Genèse d'une abbaye canoniale, Notre-Dame de La Roë au tournant des années 1100 (analyse et édition critique des actes du cartulaire de La Roë des années 1096-1102/1105), Jean Bienvenu, mémoire de maîtrise sous la direction d'Olivier Guillot, UCO, Angers, 1989, publié dans La Mayenne, Archéologie, Histoire, no 14, 1991, bulletin de la Société d'archéologie et d'histoire de la Mayenne ; mémoire également consultable sur le blog de l'auteur : http://mes-recherches-en-histoire-medievale.over-blog.com/
  • Hervé Oudart, « Robert d'Arbrissel magister dans le récit de Baudri de Dol », in Ermites de France et d'Italie XIe-XVe siècle, collection de l'École française de Rome, no 313, déc. 2003, p. 137-154, sous la direction d'André Vauchez ; article également consultable sur le site de casalini digital division : http://digital.casalini.it/efr

Articles scientifiques[modifier | modifier le code]

  • Dédales de la création historique : Robert d'Arbrissel vu par Michelet, Jacques Dalarun, Revue Persée, no 48, 1985
  • Colloque international Robert d'Arbrissel (1045-1116) et le monde de son temps, 9-11 juin 1988
  • Genèse d'une abbaye canoniale, Notre-Dame de La Roë au tournant des années 1100 (analyse et édition critique des actes du cartulaire de La Roë des années 1096-1102/1105), Jean Bienvenu, mémoire de maîtrise sous la direction d'Olivier Guillot, UCO, Angers, 1989, publié dans La Mayenne, Archéologie, Histoire, no 14, 1991, bulletin de la Société d'Archéologie et d'Histoire de la Mayenne ; mémoire également consultable sur le blog de l'auteur: http://mes-recherches-en-histoire-medievale.over-blog.com/
  • Hervé Oudart, « Robert d'Arbrissel magister dans le récit de Baudri de Dol », in Ermites de France et d'Italie XIe-XVe siècle, collection de l'École française de Rome, no 313, déc. 2003, p. 137-154, sous la direction d'André Vauchez ; article également consultable sur le site de casalini digital division : http://digital.casalini.it/efr

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Port 1965, p. 176
  2. Jean-Marc Bienvenu, L'étonnant fondateur de Fontevraud, Robert d'Arbrissel, Nouvelles Éditions Latines, 1981, p. 17
  3. Jean-Marc Bienvenu, op. cit., p. 20
  4. a, b, c, d et e Port 1965, p. 177
  5. Revue 303, p. 9
  6. Xavier Lecoeur , op. cit.
  7. Favier 2004, p. 151
  8. Jacques Dalarun, Robert d'Abrissel ou l'impossible sainteté, Albin-Michel,‎ 1986
  9. Port 1965, p. 113
  10. Favier 2004, p. 152
  11. Jacques Dalarun, Robert d'Arbrissel ou l'impossible sainteté, p. 71-80
  12. La Lettre volée, le sens de la lettre : les reproches de Geoffroy à Robert
  13. Revue 303, no 67, L'Abbaye de Fontevraud, réédition de 2008
  14. Xavier Lecoeur Quotodien La Croix , 23/24 février 2013 , P.16
  15. Xavier Lecoeur ,Quotidien La Croix , 23/24 février 2013 page 10

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Cependant, voyant augmenter la foule de ceux qui le suivaient, il décida, pour éviter tout acte inconsidéré, et puisqu'il importait que les femmes habitassent avec les hommes, de rechercher un lieu où ils pussent vivre sans scandale et de trouver un désert, s'il en rencontrait. Or, il y avait un lieu, inculte et aride, planté de buissons épineux, appelé Fontevraud depuis les temps anciens... »

    — Baudri de Bourgueil, évêque de Dol, Vie du bienheureux Robert d'Arbrissel