Régimes spéciaux de retraite

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En France, les régimes spéciaux de retraite sont des régimes de retraite dont bénéficient des employés de certaines grandes entreprises publiques, (SNCF, RATP), ou de branches entières comme celle des Industries Electriques et Gazières[1] (EDF, GDF, Entreprises locales de distribution d'électricité et de gaz en France), les membres de certaines professions liées à la fonction publique (militaires, policier etc.) mais aussi d'autres professions (marins, clerc de notaire, salariés de l'opéra de Paris, etc.). Les différences de statut portent sur l'âge de cessation d'activité (généralement inférieur à 60 ans) et sur la durée de cotisation (en général moins que les 43 annuités exigées pour le régime général).

Le Conseil d’orientation des retraites[2], montre que les pensions sont servies beaucoup plus tôt et beaucoup plus longtemps ; les âges moyens au décès sont parfois un peu plus bas que dans le régime général, mais cela peut s'expliquer par les spécificités démographiques des populations concernés (la proportion d'hommes par rapport aux femmes, notamment). Ce même document assorti ses conclusions de plusieurs remarques :

  • Les régimes spéciaux jouent en général le rôle des dispositifs de préretraite des salariés du privé. Il est intéressant de rapprocher l’âge de cessation d’activité (57,5 ans dans le privé) et l’âge d’ouverture des droits à retraite (61,3 ans). La différence est pour l'instant prise en charge par l’État, via les dispositifs de préretraite ou de dispense de recherche d’emploi.
  • La comparaison est difficile lorsque l’on rapproche les montants des prestations, les taux de remplacement ou les taux d’effort contributif des différents régimes.
  • La retraite « a souvent été intégrée dans la négociation salariale, un certain niveau de retraite ayant pour contrepartie un niveau plus faible de rémunération à certaines étapes de la carrière ».

Aucun de ces régimes ne calcule la future pension sur la moyenne des 25 meilleures années mais le plus souvent sur la moyenne des 6 derniers mois (ou parfois sur le dernier mois de salaire).

Ces régimes présentent globalement des ratios démographiques entre actifs et pensionnés plus faibles que le régime général :

Leur financement est assuré par des ressources internes (cotisations salariales et patronales plus élevées), des subventions d'État, et/ou des contributions au titre de la compensation du déséquilibre démographique.

Toutefois le système de compensation bénéficie en premier lieu aux régimes des exploitants et salariés agricole, des artisans et des commerçants. Certains de ces régimes, comme celui des Industries Electriques et Gazières, contribuent à cette compensation.

Historique des régimes spéciaux[modifier | modifier le code]

SNCF[modifier | modifier le code]

En 1850, les premières compagnies de chemins de fer françaises ont créé des caisses de retraite pour leurs employés. Le but était de compenser contraintes du service et pénibilité, mais aussi de fidéliser des ouvriers très qualifiés, à une époque où le marché du travail dans ce secteur est défavorable aux employeurs.

La SNCF a été créée en 1937 et les systèmes de retraites existants ont été conservés. En 1945, le régime général pour l'ensemble des salariés a été créé, mais le régime spécial de la SNCF a continué d'exister de manière indépendante[3].

autres régimes spéciaux[modifier | modifier le code]

  • Régime des ouvriers des établissements industriels de l’État
  • Régime des agents des collectivités locales
  • Régime du Port autonome de Bordeaux
  • Régime des Clercs et employés de Notaire
  • Régime de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris
  • Régime des Cultes
  • Régime Minier

En outre, il est utile de mentionner que les actifs relevant de la mutualité sociale agricole, tout en relevant du régime général, bénéficient d'un quasi "régime spécial" puisque la Caisse de Compensation destinée en principe à compenser les "déficits" des régimes spéciaux consacre aux exploitants agricoles les deux tiers de ses ressources alors que la Caisse de Compensation est alimentée à 94 % par les salariés tous confondus (Régime général & Régime spécial des salariés).

Bénéficiaires de régimes spéciaux[modifier | modifier le code]

  • Militaires : âge moyen de départ en retraite, 45,7 ans, 75 % de la première ligne de son salaire (solde brut, elle est égale à environ 70 % de la solde totale) des 6 derniers mois si le militaire atteint ses 41 annuités (en 2012) sinon il y a un système de décote (après 25 ans de service pour les officiers et après 15 ans pour les sous officiers) ; Il existe un minimum garanti (exemple pour un Adjudant échelon 4 après 15 ans de service environ 500 euros nets par mois, chiffre 2003)
  • Branche professionnelle des industries électriques et gazières (EDF et GDF Suez notamment) ; âge moyen de départ en retraite 56,9 ans (chiffre 2012) ;
  • RATP ; âge moyen de départ en retraite 54,8 ans ;
  • SNCF ; âge moyen de départ en retraite, 54,5 ans ;
  • La Banque de France a aligné ses règles sur celles des fonctionnaires mais a conservé une caisse autonome ;
  • les marins : âge moyen de départ en retraite, 57,6 ans ;
  • Comédie-Française ;
  • Opéra de Paris (1 693 cotisants pour 1 272 retraités) ;
  • les retraités des mines (14 489 actifs pour 150 464 retraités et plus de 200 000 ayants droit) ;
  • les élus de l'Assemblée nationale et du Sénat ;
  • les clercs de notaire (45 052 actifs pour 24 915 retraités) ;
  • Police Nationale.
  • Les agents du Port autonome de Strasbourg, qui est le plus petit régime spécial de France avec 156 cotisants et 203 retraités[4].


À partir de 2007 à nous jours [5]:

Régime Régime général Régime de la Fonction publique d'État Régime spécial SNCF (rail) Régime spécial de retraites du personnel de la RATP (parisien)

Décret n°2008-637 du 30 juin 2008 modifié

Régime spécial CNIEG (Secteur Electricité-Gaz)
Base de calcul du montant de la retraite 25 ans en 2008 6 mois du dernier traitement de base dernier traitement (validé 6 mois) Dernier salaire soumis à cotisation sur les 6 derniers mois de son activité (art. 22 du décret 2008-637 du 30 juin 2008) 6 mois
Durée de cotisation 39,5 ans en 2007, 40 ans en 2008, 41 ans en 2012 39,5 ans en 2007, 40 ans en 2008, 41 ans en 2012 37,5 ans 41 ans en 2016 40 ans et 3 mois (161 trimestres) depuis le 1er juillet 2013 37,5 ans en 2007, 40 ans en 2012, 41,5 années en 2017
taux de cotisation employé entre 10 et 11 % 7,85 % 7,85 % Depuis le 1er janvier 2006 : 12% (décret n°2005-1638 du 26 décembre 2005 initial).

À compter du 1er janvier 2014, le taux est de 12,20 % puis augmente jusqu'à atteindre 12,50% en 2020 (décret n°2005-1638 du 26 décembre 2005 modifié)

12,33 %
âge de départ théorique 60 ans 60 ans (parfois 55 ans pour gendarmes, pompiers, ..) 50 à 55 ans Entre 50 et 60 ans (selon l'exercice ou non d'un métier soumis à pénibilité) 62 ans [6]. Ou 57 ans (en cas d'exercice d'un métier soumis à pénibilité)[7] (Pour les personnes nées après le 01/01/1957, dispositif supprimé pour tous les embauchés à compter du 1er juillet 2009)
âge moyen effectif 61 ans 57 ans 50 à 55 ans 60 ans (chiffre 2012 de la CRP RATP) 56,9 ans (2012)[8]
décote par année manquante 10 % puis 5 % en 2013 0,6 % puis 5 % en 2013 0,6 % puis 5 % en 2013 5 % depuis 1er juillet 2008 0,125 % (2010), puis 1,25 % en 2019[9]
revalorisation inflation inflation inflation inflation depuis le 1er janvier 2009 (article 42 du décret 2008-637 du 30 juin 2008) inflation

Financement des régimes spéciaux[modifier | modifier le code]

Principalement à cause d'une baisse importante du nombre d'actifs dans ces secteurs, flagrante chez les mineurs ou les cheminots, les cotisations ne couvrent pas forcément une part importante des produits. Ce sont l'État, les collectivités locales et le régime général qui assurent l'équilibre de la plupart de ces régimes.

Ces différents régimes sont globalement déficitaires. Globalement, en 2006, le montant des pensions versées s'élevait à 14,7 MM€ pour des cotisations de l'ordre de 6,2 MM€. Les comptes sont donc rééquilibrés par le biais de quatre mécanismes :

  • Des cotisations patronales plus importantes : certaines entreprises versent des cotisations vieillesses supérieures au régime général. Ce surcoût se répercute par la suite sur le prix de revient des biens ou services produits.
  • Les subventions d’équilibres et transferts de recettes : les subventions sont versées par l'État et des collectivités territoriales (estimé à 5,9 MM d’€), les transferts de recettes concernent essentiellement le transfert d'une quote-part de la CSG normalement destinée à l'assurance maladie.
  • La compensation démographique : compte tenu de la diminution du poids démographique relatif de ces secteurs dans l'économie française, la CNAV et la CNAVPL versent une contribution pour compenser ce déséquilibre. Le même mécanisme existe avec le régime agricole (1,6MM €).
  • La fiscalité affectée : il existe certains impôts qui sont directement affectés au financement des régimes spéciaux. Ainsi, la contribution tarifaire d'acheminement, qui taxe les fournitures d'électricité et de gaz, sert à financer le régime spécial des gaziers et électriciens, en 2005 son montant était de 1 011 millions d'euros à comparer aux 2 554 millions d'euros recouvrés au titre des cotisations employeurs et salariés[10].

Transferts définitifs entre régimes vieillesse au titre de la compensation démographique généralisée[modifier | modifier le code]

Certains caisses de retraites de branches sont en déficit structurel pour des raisons démographiques ou de niveau de cotisation. Pour compenser ces déficits, la Loi[11] puis le Code de la Sécurité sociale ont institué le principe de transferts de financement en faveur des régimes les plus déficitaires.

Deux régimes sont particulièrement bénéficiaires de ce dispositif le régime général des exploitants agricoles (75 %) et le régime des non-salariés non agricoles de l'industrie et du commerce (15 %). À eux deux ils absorbaient en 2004 environ 90 % des transferts.

Le régime général fournissant un peu moins de la moitié des ressources ainsi que les différents régimes du secteur public (État, Collectivité Locales, Industries Electriques et Gazières...) les 5 % restant provenant du régime de profession libérales.


comptes 2004 de la caisse de compensation (produits)[12]

régimes millions €
Régime des non-salariés non agricoles (Professions libérales) 370
Régime général & Régime spécial des salariés 5 800
détails
Régime général CNAV 2 806
Régime spécial fonctionnaires État 1 395
Régime spécial fonctionnaires Collectivités locales 1 436
Régime spécial salariés EDF+GDF 80
Régime spécial salariés Divers 83
Total produits CDC 6 170

comptes 2004 de la caisse de compensation (charges)

régimes bénéficiaires millions €
Régime général Exploitants agricoles RFPSA 4 276
Régime spécial des salariés Mines 310
// SNCF 9
// Marins 60
Régime des non-salariés non agricoles Industrie Commerce 898
// Artisans 436
// Cultes 175
// Clercs de notaires 6
Total charges CDC 6 170

Poids des cotisations selon les régimes[13][modifier | modifier le code]

  • Militaires : poids des cotisations dans l’ensemble des produits 45,1 %, poids des prestations dans l’ensemble des charges 87,7 %
  • EDF et GDF : Poids des cotisations dans l’ensemble des produits 35,8 %, poids des prestations dans l’ensemble des charges 52,5 %
  • RATP : Poids des cotisations dans l’ensemble des produits 28,1 %, poids des prestations dans l’ensemble des charges 92,7 %
  • SNCF : Poids des cotisations dans l’ensemble des produits 33,40 %, Poids des prestations dans l’ensemble des charges 96,30 %
  • Les marins : poids des cotisations dans l’ensemble des produits 13,4 %, Poids des prestations dans l’ensemble des charges 95,0 %
  • Opéra de Paris : poids des cotisations dans l’ensemble des produits 46,90 % , Poids des prestations dans l’ensemble des charges 97,17 %
  • Les retraités des mines : Poids des cotisations dans l’ensemble des produits 4,5 % , Poids des prestations dans l’ensemble des charges 89,9 %
  • Les élus de l'Assemblée nationale et du Sénat : non connu
  • Le régime des agents des collectivités locales : Poids des cotisations dans l’ensemble des produits 97,5 % , Poids des prestations dans l’ensemble des charges 78,1 %
  • Les clercs de notaire : Poids des cotisations dans l’ensemble des produits 75,2 %, Poids des prestations dans l’ensemble des charges 89 %
  • Régime des cultes ; poids des cotisations dans l’ensemble des produits 15,8 % , Poids des prestations dans l’ensemble des charges 90 %
  • Régime des ouvriers des établissements industriels de l’État : poids des cotisations dans l’ensemble des produits 29,5 %, poids des prestations dans l’ensemble des charges 99,2 %

Le régime spécial de la SNCF[modifier | modifier le code]

Le décret 54-24 prévoit que le personnel de la SNCF peut demander sa mise à la retraite sous la double conditions d'avoir 55 ans (50 ans pour le personnel de conduite ayant conduit au moins 15 ans) et un minimum de 25 annuités de cotisations. La retraite est égale à 2 % par année de service avec un maximum de 75 %, taux impossible à atteindre à 55 ans. La caisse de retraite de la SNCF créée par décret 2007-730 est financée principalement par :

  1. Une compensation du déséquilibre démographique par l'état (conformément aux exigences du règlement (CEE) no 1192/69 du Conseil du 26 juin 1969 relatif aux règles communes pour la normalisation des comptes des entreprises de chemin de fer)
  2. Cotisation ouvrière de 7,85 %
  3. Cotisation patronale de 38,15 %, plus élevée que pour les salariés du privé, destinée à prendre en charge les avantages spécifiques du régime

Les réformes des régimes spéciaux[modifier | modifier le code]

En 1995, le gouvernement d'Alain Juppé échoue à rapprocher les régimes spéciaux de retraite du régime général à la suite d'un important mouvement de grève.

La réforme Fillon de 2003 :

La loi du 21 août 2003 réforme l’ensemble des régimes de retraite, à l’exception des régimes spéciaux. Les principales mesures sont :entre 2004 et 2008, alignement progressif de la durée de cotisation des fonctionnaires sur celle des salariés du privé (de 37,5 ans à 40 ans),à partir de 2009, allongement progressif de la durée de cotisation pour tous afin d’atteindre 41 ans en 2012,création d’un mécanisme de décote (baisse de la pension lorsque l’assuré prend sa retraite avant d’avoir la durée de cotisation requise) et de surcote (hausse de la pension en cas de départ retardé),création d’un dispositif de départ anticipé pour les carrières longues permettant à ceux qui ont commencé à travailler entre 14 et 16 ans et ont cotisé la durée requise pour leur génération de prendre leur retraite avant 60 ans,création de deux nouveaux dispositifs d’épargne retraite : un produit d’épargne individuel, le Plan d’épargne retraite populaire (PERP), et un dispositif collectif, le Plan d’épargne pour la retraite collectif (PERCO),limitation du recours aux préretraites,indexation des pensions des fonctionnaires sur les prix et non plus sur le point de la fonction publique,

Le bilan de la réforme dressé par la Caisse nationale d’assurance vieillesse en 2008 apparaît mitigé. Elle n’est pas parvenue à retarder le départ à la retraite (le taux d’emploi des 55-64 ans reste faible). En revanche, les mesures destinées à cesser le travail plus tôt ont rencontré un franc succès.

La réforme des régimes spéciaux

la réforme sur les régimes spéciaux entre en vigueur en juillet 2008. Elle concerne deux types de régimes :les régimes des établissements publics à caractère industriel et commercial gérant un service public (EDF, GDF, SNCF, RATP, Banque de France, Opéra national de Paris, Comédie française).les professions à statut (clercs et employés de notaires).Trois principes directeurs ont conduit la réforme : passage progressif de la durée de cotisation de 37,5 ans à 40 ans, instauration d’un mécanisme de décote/surcote et indexation des pensions sur l’évolution des prix et non plus sur celle des traitements des agents publics en activité.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]