Politique de songun

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La politique de Songun est une doctrine donnant la priorité à l'armée dans la construction du socialisme nord-coréen,

Elle a été élaborée et développée par le dirigeant Kim Jong-il dans le prolongement des idées du Juche. Selon le site officiel nord-coréen Naenara, « la politique de Songun est un mode politique qui fait des affaires militaires les tâches prioritaires de l’Etat et permet de défendre la patrie, la révolution et le socialisme et de pousser avec force l’édification socialiste dans son ensemble en s’appuyant sur la nature révolutionnaire et la combativité de l’Armée populaire[1]. »

Le renforcement de la puissance militaire doit avoir pour corollaire une puissance économique accrue, dans la perspective de la réunification de la Corée. Ainsi, toujours selon le site Naenara, « c’est grâce à la politique de Songun et à la direction de la révolution fondée sur le Songun que la République populaire démocratique de Corée a pu donner lieu à de nouvelles réalisations dans l’édification d’une grande puissance prospère et que l’œuvre de réunification de la patrie a pu aborder une phase marquante[1]. »

La politique de Songun a été présentée pour la première fois officiellement le 20 octobre 1998[2].

Un facteur de développement potentiel[modifier | modifier le code]

Pour Alexander Vorontsov, chercheur au Centre d'études politiques sur l'Asie du nord-est de la Brookings Institution, la politique de Songun ne devrait cependant pas être réduite à une « impasse idéologique ». En effet, comme le démontre l'expérience de la Corée du Sud dirigée par le dictateur Park Chung-hee, une orientation militaire peut, sous certaines conditions, avoir des effets positifs sur la société. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner, d'après Vorontsov, qu'au cours des dernières années Kim Jong-il « se soit mis à parler en termes favorables de Park Chung-hee[3]. »

Ainsi, la mise en œuvre de la politique de Songun au milieu des années 1990 a amené l'armée à participer encore plus aux prises de décision sociales et économiques, au développement d'infrastructures à grande échelle et à la production de sa propre nourriture. Même si le service militaire dure 10 ans, il est en majorité consacré à des travaux dans divers secteurs de la vie socio-économique. L'idée selon laquelle l'armée serait un fardeau pour l'économie nord-coréenne devrait donc être relativisée, en ce qu'elle pourrait être aussi, sous certaines conditions, une ressource et un catalyseur pour le développement de l'économie nationale.

Toujours selon Alexander Vorontsov, la priorité donnée à l'armée accompagne une transformation graduelle de l'économie planifiée de la Corée du Nord dans la direction d'une économie mixte. Le résultat final pourrait être un réseau de grandes sociétés sur lesquelles l'État exerce un moindre contrôle et partageant des relations étroites avec les agences gouvernementales, similaires aux chaebol créées par Park Chung-hee en Corée du Sud[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b "Politique de songun" sur le site officiel nord-coréen Naenara
  2. Ilpyong J. Kim, "Kim Jong Il's Military First Politics", in Young Whan-kihl et Hong Nack-kim (sous la direction de), North Korea. The Politics of Regime Survival, East Gate Book, New York, 2005, p. 65.
  3. a et b Alexander Vorontsov, "North Korea's Military-First Policy: A Curse or a Blessing", sur le site du Nautilus Institute, 8 juin 2006