Point de vue religieux sur le suicide

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Le suicide est un acte traditionnellement condamné par les doctrines religieuses. En effet, si le fait de se suicider est d'abord un acte contre soi-même, dans certaines conceptions religieuses la destinée de l'homme appartient à Dieu et le suicide constitue alors une rupture dans la relation de l'homme avec la souveraineté de son Dieu. Dans d'autres cas, l'acte est plus simplement considéré comme une action négative. Il existe cependant des nuances à ce rejet global du suicide quand la notion de sacrifice ou d'honneur entre en jeu.

Article connexe : suicide.

Bouddhisme[modifier | modifier le code]

Selon les enseignements de Bouddha, ce qu'un individu fait à tout moment aura une conséquence sur son avenir, dans cette vie ou dans la suivante (voir le principe de la réincarnation). Il y aurait donc un lien de cause à effet, appelé karma par lequel toute action intentionnelle du corps, de l'esprit ou de la parole aurait des conséquences et des répercussions à l'avenir. Nos actions passées détermineraient ainsi les caractéristiques de notre existence terrestre. Selon certains maîtres bouddhistes, le suicide commis dans une vie pourrait entraîner sa répetition dans plusieurs vies suivantes. Une exception cependant, le suicide altruiste, dans une vie passée, le bouddha aurait sacrifié son existence en offrant son corps à une tigresse affamée allaitant cinq tigrons, qui devinrent les cinq premiers disciples de Bouddha.

Le premier précepte des bouddhistes étant d'empêcher la destruction de la vie, y compris la sienne, le suicide est clairement considéré comme une forme d'action négative entraînant un karma négatif, mais moins grave que le meurtre[réf. nécessaire]. Malgré ce point de vue, il n’y aura pas jugement de la personne qui se suicide sauf s’il est moine ou moniale (par l’exclusion des ordres par l'acte en lui-même, considéré comme faute très grave : "parajika 3" dans le Vinaya), mais seulement de l’acte en lui-même. Elle sera prise en charge de la même manière que n’importe qui pour ce qui est des funérailles et autres cérémonies.[réf. nécessaire]

En revanche, le suicide est permis pour celui qui a atteint le stade d'arhat et donc le détachement total : dans plusieurs textes (le Godhika Sutta, le Dabba Sutta, le Channovada Sutta), le Bouddha loue le comportement de moines qui ont volontairement mis fin à leurs jours. De même, selon le Samantapasadika, un moine dont l'état de santé est sans espoir peut se suicider pour éviter d'être une charge pour la communauté.[réf. nécessaire]

Par contre l’acte d’assistance au suicide est assimilé au meurtre d’un point de vue religieux. Il entraîne pour cette personne des retombées très négatives sur son karma et dans la vie religieuse. En effet, si cette personne aide son père ou sa mère à se suicider elle ne pourra plus faire partie des ordres religieux à vie (il est très courant surtout chez les bouddhistes asiatiques de passer un moment de leur vie dans un monastère en tant que religieux). [réf. nécessaire]

Malgré ce point de vue, une ancienne pratique asiatique semblable au seppuku japonais s'est maintenue et les Bouddhistes qui peuvent commettre un acte d'« honorable » suicide en cas d'oppression. Ainsi, les moines tibétains ont utilisé cette pratique pour protester contre l'occupation chinoise du Tibet et les violations des droits de l'homme envers les Tibétains par la Chine.[réf. nécessaire]

Des moines et des nonnes tibétains ont parfois été amenés à choisir le suicide pour échapper à la repression chinoise au Tibet et les violations des droits de l'homme envers les Tibétains par la Chine[1],[2],[3].

Hindouisme et jainisme[modifier | modifier le code]

Chez les hindous et les jaïns, se suicider est considéré comme un acte aussi grave que tuer autrui. Cependant, dans certaines circonstances, il est considéré comme acceptable d'en finir avec la vie en jeûnant. Cette pratique, appelée prayopavesha, nécessite suffisamment de temps et de volonté pour qu'il n'y ait aucun risque que l'acte soit fait impulsivement. Cela laisserait aussi le temps à l'individu de régler ses affaires, de réfléchir à la vie et de se rapprocher de Dieu.

Un cas historique et célèbre est celui de Chandragupta Maurya qui renonça au trône, se rendit dans le Karnataka, se fit moine jaina à Shravana-Belgola et mit fin à ses jours en commettant le suicide rituel par inanition.

Christianisme[modifier | modifier le code]

Dans les dix commandements de la Bible il est dit : "Tu ne tueras point" (Exode 20:13).
Le suicide est gravement contraire à la justice, à l'espérance et à la charité. Il constitue un meurtre[4].

Chez les protestants[modifier | modifier le code]

Dans le protestantisme, se suicider est aussi grave par rapport à Dieu que n'importe quel autre péché. En effet, celui qui désobéit à un commandement de la loi désobéit à toute la loi. Mais plus profondément, le péché est rupture de la communion entre Dieu et l'être humain. Cette rupture est graciée, réparée, par la mort et la résurrection de Jésus-Christ, et cette grâce se vit dans la repentance et dans la foi. La particularité du suicide est qu'il n'y a évidemment pas de possibilité de repentir et de foi ; la grâce de Dieu n'a plus de moyen d'agir (à vues humaines). Le suicide est donc un déni de la grâce, un refus de la possibilité que l'amour de Dieu puisse réparer une vie.

Mais la souffrance psychique brouille certainement le rapport à la vie et à Dieu. La question n'est donc pas de condamner ou de justifier. Une Église protestante ne refusera jamais un service religieux à l'occasion de l'enterrement d'une personne qui s'est suicidée ; il s'agit d'y proclamer la souveraineté du Dieu capable de ressusciter les morts, de redonner vie et paix à ceux qui en manquent, de justifier ceux qui n'en sont pas dignes. C'est un culte de consolation d'autant plus nécessaire dans le cas d'un suicide[réf. nécessaire].

Chez les catholiques[modifier | modifier le code]

Dans le catholicisme, le suicide est considéré comme un péché grave sauf chez les « fous » ou les victimes d’un « grand chagrin » selon le premier concile de Braga qui s'est tenu vers 561. Il s'agissait alors pour l'Église de marquer une différence avec la mentalité héritée de la civilisation romaine qui voyait dans le suicide une mort comme une autre pour le désespéré et une voie honorable, un moyen de rachat pour le criminel. Pour les catholiques, reconnaître ses fautes et accepter de rendre des comptes à la justice des hommes était la seule voie pour un criminel. Le désespéré, quant à lui, n'ayant plus la claire vision de son acte, son suicide n'était pas une opposition choisie à Dieu, un péché mortel.

« Chacun est responsable de sa vie devant Dieu qui la lui a donnée. C’est Lui qui en reste le souverain Maître. Nous sommes tenus de la recevoir avec reconnaissance et de la préserver pour son honneur et le salut de nos âmes. Nous sommes les intendants et non les propriétaires de la vie que Dieu nous a confiée. Nous n’en disposons pas »[5].

En outre, le suicidé "volontaire et de sang-froid" contrevient aux trois vertus théologales : la Foi (en Dieu), l'Espérance et la Charité (ici : envers soi-même). Cette idée est illustrée par le suicide de Judas après sa trahison de Jésus. Traditionnellement, les suicidés n'étaient pas inhumés en terre consacrée, mais à l'extérieur du cimetière, sans cérémonie religieuse. Coupables de péché mortel, entrainant la rupture avec Dieu, leurs âmes ne pouvaient pas accéder au paradis. :Le péché mortel se définit par 3 caractéristiques : il faut la matière (une faute grave), la connaissance (savoir que c'est une faute), et la volonté (vouloir la commettre)[6].

Aujourd'hui, l'Église applique largement les conclusions du concile de Braga du VIe siècle, et parle essentiellement des suicidés comme de personnes "dans un état de détresse". La troisième condition du péché n'est alors pas forcément remplie (pleine volonté de commettre le mal) et il n'y a donc pas forcément péché mortel; de plus le suicidé deliberato consilio peut se repentir de son acte juste avant de mourir.

« On ne doit pas désespérer du salut éternel des personnes qui se sont donné la mort. Dieu peut leur ménager par les voies que lui seul connaît, l’occasion d’une salutaire repentance. L’Église prie pour les personnes qui ont attenté à leur vie. »[7]

Dans la Bible, Saül, voulant échapper aux incirconcis, se suicide en se transperçant le cœur, et son écuyer fait de même. D'autres personnages de la Bible mettent fin à leurs jours sans que cela soit pour autant considéré par les exégètes comme des suicides. La mort de Samson n'est pas considérée comme un suicide mais comme une vengeance contre les Philistins. Eléazar fils de Mattathias aurait fait, quant à lui, preuve de « courage » lors de son « sacrifice », lorsqu'il tua l'éléphant pour libérer son peuple selon certains catholiques[8].

Selon Augustin d'Hippone, les martyrs des premiers temps de la chrétienté sont des faits historiques qui ne doivent pas être imités mais jugés[9].

Dans La Cité de Dieu, Augustin examine des cas où l'on pourrait croire que le suicide, violence faite contre soi, donc contre un être humain, devrait être permis. Sa conclusion est que le suicide est formellement interdit :

« Si donc celui qui porte faux témoignage contre soi-même n’est pas moins coupable que s’il le portait contre son prochain, bien qu’en cette défense il ne soit parlé que du prochain et qu’il puisse paraître qu’il n’est pas défendu d’être faux témoin contre soi-même, à combien plus forte raison faut-il regarder comme interdit de se donner la mort, puisque ces termes “Tu ne tueras point”, sont absolus, et que la loi n’y ajoute rien qui les limite ; d’où il suit que la défense est générale, et que celui-là même à qui il est commandé de ne pas tuer ne s’en trouve pas excepté. » (§20, livre 1).

Il y a pourtant une exception, en cas de permission divine :

« De même, comment justifie-t-on Samson de s’être enseveli avec les ennemis sous les ruines d’un édifice ? En disant qu’il obéissait au commandement intérieur de l’Esprit, qui se servait de lui pour faire des miracles. »(§21).

Pour les catholiques, on ne devrait pas se tuer pour éviter un mal, qu'il soit commis par autrui (viol, torture), ou par soi-même (ce dernier cas est selon lui absurde, car pour éviter de commettre le mal, on pourrait faire la recommandation de se tuer après le baptême. Selon Augustin, le cas du suicide (avec l'ensemble des autres maux) enseigne comme l'homme doit faire face à la violence du monde : l'attitude chrétienne consiste à subir le mal pour être corrigé et purifié, et à le supporter en conservant son âme intacte de toute souillure. Dans le cas du suicide, le chrétien ne doit pas céder aux sentiments qui peuvent l'y pousser, ces sentiments étant en général des signes de faiblesse et de lâcheté, comme la peur et la honte. Augustin, élevé dans l'Empire fait mention du suicide romain aux motifs souvent nobles (Lucrèce, Paetus, Sénèque le Jeune, et Régulus dont l'héroïsme suicidaire était considéré comme l'un des plus hauts exemples de la Vertu romaine, et dont il avait nécessairement entendu parler) mais il les condamne, les jugeant inspirés par l'orgueil, et ne valant pas la vertu chrétienne qui s'en remet à Dieu, à l'entraide fraternelle et à ses efforts dans l'épreuve. L'Église a toujours célébré ses martyrs, et le refus d'abjurer lorsqu'on en connaissait les conséquences n'avait aucun aspect suicidaire puisque la mort n'était pas recherchée mais reçue du persécuteur. [réf. nécessaire]

Thomas d'Aquin considère le suicide commis volontairement et de sang-froid, comme un péché mortel contre soi, contre les autres et contre Dieu. Cette condamnation se retrouve dans le Code de Droit Canon de 1917 dans l'expression de la privation de sépulture ecclésiastique à celui qui deliberato consilio mit fin à ses jours[9]. Les funérailles religieuses sont donc refusées sur cette base aux personnes qui se sont suicidées. Thomas d'Aquin confirme dans la Somme théologique (question 64, Homicide, article 5, Est-il permis de se tuer ?) : L’homicide est un péché non seulement parce qu’il s’oppose à la justice, mais parce qu’il est contraire à la charité que chacun doit avoir envers soi-même. De ce point de vue le suicide est un péché par rapport à soi-même.

Par ailleurs, interrogée après la guerre, sur le cas de Résistants suicidés pendant l'Occupation pour ne pas parler sous la torture et dénoncer leurs camarades de réseau, l'Église a déclaré qu'il s'agissait là d'une manière de mourir pour leur patrie, pour sauver leurs camarades et qu'elle n'était en rien condamnable.[réf. nécessaire]

Islam[modifier | modifier le code]

Comme les autres religions abrahamiques, l'islam voit le suicide comme un péché et un obstacle à l'évolution spirituelle. Cependant, les êtres humains ne sont pas infaillibles et peuvent commettre des erreurs. Allah leur pardonne les péchés s'ils sont sincères dans leur repentir. Le suicidé est soit condamné un certain temps en enfer et pourra venir ensuite au paradis en ayant eu les souffrances de ses derniers instants (avant sa mort) soit Dieu lui pardonne et il est admis directement au paradis.

Selon cette croyance, pour ceux qui renoncent à croire en Dieu, les conséquences seraient mauvaises. En effet, dans le Coran, si Allah est grand et miséricordieux, pardonnant bon nombre de péchés, il ne pardonne cependant pas l'incroyance mais il pardonne l'ignorance[réf. nécessaire].

L'islam interdit le suicide, car il n'est pas permis au croyant musulman de porter atteinte à son corps (automutilation comprise[réf. nécessaire]) ni de penser qu'il peut décider lui-même de la fin de sa vie, car la mort survient à une date prédéfinie divinement pour chacun.

Judaïsme[modifier | modifier le code]

Le suicide est considéré par le judaïsme comme un acte contre nature, la vie, et la vie humaine en particulier étant un privilège divin. La sauvegarde d'une vie a plus d'importance que tous les commandements, y compris le Shabbat.
Lorsqu'on établit formellement la cause d'un individu par suicide, il n'a alors pas droit à la traditionnelle marque d'honneur réservée aux morts. Encore faut-il qu'il s'agisse d'une intention délibérée de mettre fin à ses jours, et non d'une pulsion irrésistible ou d'un sacrifice de soi. Selon le principe du Kiddoush Hashem, c'est sanctifier le Nom de Dieu que de préférer mourir plutôt que le profaner. Ce fut le cas de Saül, le premier roi des Israélites en Terre d'Israël.

Le suicide dans la tradition japonaise[modifier | modifier le code]

Les religions du Japon sont le shintoïsme et le bouddhisme. Le rituel du suicide, le seppuku, a été pratiqué par la noblesse et les guerriers (samouraïs). Le suicide pratiqué à la mort de son supérieur est appelé junshi[réf. nécessaire]. De manière générale, la culture japonaise, et la religion, ne condamne pas le suicide. Le taux des suicides au Japon a d'ailleurs toujours été très élevé. Contrairement aux civilisations occidentales, ce n'est pas dans les villes mais à la campagne que le taux de suicide y est le plus élevé.

Le suicide chez les Cultures archaïques[modifier | modifier le code]

Il a longtemps été pensé qu'il n'existait pas de suicide dans les cultures dites « primitives ». Il n'existe en fait aucune culture qui ne connaisse le suicide. L'acte est considéré normal dans de nombreuses circonstances. Dans certaines cultures, il existe même des divinités du suicide, comme chez les Mayas avec la déesse Ixtab représentée avec une corde autour du cou. Les Inuits, les amérindiens et les aborigènes ont des taux de suicide très élevés, ce qui serait dû à leur sentiment de ne pas appartenir à la communauté qui les entoure.

Le suicide dans l'antiquité[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Suicide dans l'Égypte antique.

Le suicide pour abréger les souffrances de l'athée : Euthanasie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Euthanasie.

Notes et références[modifier | modifier le code]