Pierre-Paul Riquet

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Portrait de Pierre-Paul Riquet

Pierre-Paul Riquet, baron de Bonrepos, né le 29 juin 1609 à Béziers dans la province de Languedoc et mort le 1er octobre 1680 à Toulouse, est un fermier général des gabelles et entrepreneur français qui a conçu et réalisé le canal du Midi dans le sud de la France entre la Garonne et la mer Méditerranée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Pierre-Paul Riquet naît à Béziers (Hérault), probablement le 29 juin 1609 (le 29 juin étant le jour de la fête des saints Pierre et Paul, ce qui justifierait le choix de son prénom, et l'année de 1609 est déduite de son acte de dècès qui mentionne qu'il est mort à 71 ans)[1], dans une famille de notables et de commerçants. Les sources diffèrent sur sa date de naissance, laissant le doute entre 1604, 1608 ou 1609[2]. Son père, Guillaume Riquet, est un notaire et homme d'affaires qui a fait partie du « Conseil des Trente » de Béziers.

Selon la légende familiale, il aurait[3] fait ses études au Collège jésuite de Béziers (l'actuel Lycée Henri IV), puis aurait reçu[4] une formation d'ingénieur. Il se marie avec Catherine de Milhau vers 1637 avec qui il a huit enfants dont trois meurent en bas âge[2]. Il mène une carrière prospère comme gabelou dans l'administration des gabelles, la perception de l'impôt sur le sel (grénetier au grenier à sel de Mirepoix de 1639 à 1641, receveur du même grenier à sel en 1645, sous-fermier des gabelles de Mirepoix et Castres en 1647 puis fermier des gabelles de Languedoc en 1661). Il s'enrichit notablement comme entrepreneur du transport du sel entre les entrepôts de Narbonne et les greniers à sel du Haut-Languedoc[5]. En 1652, il achète la seigneurie de Bonrepos près de Verfeil au nord-est de Toulouse et fait construire un château Renaissance à la place de l'ancien fort communal[6].

Affairiste comme son père[7], il est pendant de nombreuses années banquier privé, petit puis gros prêteur puis, aspirant à l'ennoblissement, se lance dans un grand projet, la construction du canal du Midi. La légende veut que son père, Francois-Guillaume Riquet, se soit opposé au début du siècle à la construction d'un canal reliant l'Atlantique à la Méditerranée. Le projet de Bernard Arribat, comme tant d'autres, ne parvenait pas à résoudre le problème de l'approvisionnement en eau du canal. Riquet passe cet écueil grâce à sa connaissance de la Montagne noire environnante et en reprenant le projet de Thomas de Scorbiac, conseiller à la Chambre de l’Édit de Castres, et dont le père et le grand-père en auraient déjà fait la proposition[8] [9]. Il connait un point de partage — le seuil de Naurouze — déjà identifié par ses prédécesseurs, de part et d'autre duquel les cours d'eau s'écoulent soit vers l’océan Atlantique, soit vers la mer Méditerranée. Riquet y positionne le point culminant du canal, à 48 mètres au-dessus du niveau de la Garonne.

Le 15 novembre 1662, Pierre-Paul Riquet propose son projet à Colbert sur l'injonction de l'archevêque de Toulouse, Charles-François d'Anglure de Bourlemont. Il avance des arguments économiques (enrichir le Languedoc, notamment en développant le commerce du blé) et politiques (canal suffisamment large[10] pour faire passer les galères du roi en évitant de passer par Gibraltar, évitant ainsi l'Espagne et les Barbaresques). Quelques mois plus tard, le ministre nomme des commissaires chargés d'étudier la faisabilité de l'ouvrage. Après qu'une rigole d'essai entre le torrent de l'Alzeau, sur le versant méridional de la Montagne Noire, et le seuil de Naurouze a été réalisée avec succès, une première tranche des travaux est confiée par Colbert à Riquet (édit royal d'octobre 1666 qui décrète le début des travaux au 1er janvier 1667). Durant toute la durée des travaux, et profitant de sa fonction de fermier général des Gabelles de Languedoc et Roussillon, Riquet investira sur ses fonds propres deux millions de livres, sur un projet estimé entre 17 et 18 millions de livres de l’époque[11] et qui constitue le deuxième chantier du royaume après celui du château de Versailles. En contrepartie, il reçoit les droits de péage du canal et bénéficie des retombées des échanges commerciaux, ce qui ne l'empêche pas d'être fortement endetté (en raison des retards de paiement de Colbert, les finances de l'État en guerre étant au plus bas), à tel point qu'à sa mort ses héritiers devront vendre la moitié de leurs parts du canal[12].

Lorsque son ouvrage est mis en doute, Riquet fait preuve d'une étonnante ténacité, allant jusqu'à désobéir aux ordres de Colbert. Ainsi, il fait percer l'improbable tunnel de Malpas malgré les ordres royaux, détournant des ouvriers. Son audace ne fut pas seulement technique (pour ce faire il s'entoura d'hommes compétents comme par exemple François Andréossy, son cartographe et dessinateur technique) : il est aussi le premier à instituer la mensualisation des salaires et la sécurité sociale pour ses ouvriers (même malades ou s'il pleuvait, ils étaient payés) afin de les fidéliser[7].

Il propose également un projet de construction d'un canal de la Loire au château de Versailles pour alimenter le parc de Versailles, gros consommateur d'eau. Il obtient une oreille favorable de Louis XIV mais l'abbé Picard, chargé par Colbert de vérifier la viabilité du projet démontre grâce à son nouveau niveau à lunette l'impossibilité du projet : la Loire étant plus basse que le domaine de Versailles[13], contrairement à ce que pensait Riquet[14].

Article détaillé : Canal de la Loire à Versailles.

Atteint de goutte et souvent victime d'accès de fièvres quartes caractéristiques d'un paludisme dégénérant, Riquet associe à la construction du canal son fils ainé, Jean-Mathias, qui est souvent son intermédiaire auprès de Colbert. Pierre-Paul Riquet meurt à Toulouse le premier octobre 1680, dans son hôtel de Frascati[7], avant la fin des travaux du Canal du Midi. Ses deux fils achèvent l'ouvrage (Jean-Mathias en prenant la direction), inauguré un an plus tard[12]. Il est inhumé dans la Cathédrale Saint-Étienne de Toulouse dans un caveau voûté accessible sous une dalle au sol aux inscriptions difficilement lisibles. Une plaque commémorative sur le pilier rappelle néanmoins sa présence[15].

Postérité[modifier | modifier le code]

Sa première maison à Toulouse est encore visible 1, place Roger Salengro. On peut flâner dans le parc de son hôtel (disparu) de Frascati, qu'il avait acheté en 1675, qui constitue maintenant la plus grande partie du Jardin des Plantes de Toulouse[7]. Sa statue se trouve en haut des allées Jaurès, à quelques mètres du canal, tournant le dos à celui-ci. Réalisée par Bernard Griffoul-Dorval au XIXe siècle, elle a retrouvé cette place d'honneur à l'occasion de l'ouverture du métro, le 26 juin 1993. Une autre statue, œuvre de David d'Angers, inaugurée en 1838, se trouve au milieu des allées Paul-Riquet à Béziers.

En hommage au créateur du Canal du Midi, la station de métro Riquet sur la ligne 7 du métro parisien. Elle est située dans le 19e arrondissement de Paris.

Mariage et enfants[modifier | modifier le code]

Il épouse en 1638 Catherine de Milhau qui lui donne sept enfants dont cinq atteindront l'âge adulte :

  • Jean-Mathias (1638-1714)
  • Pierre-Paul (1644-1730)
  • Marthe (1648-1736)
  • Guillaume (1652-1652)
  • Catherine (1652-1719)
  • Anne-Marie (1653-1653)
  • Anne (1659-1720)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Fernay, Un grand Français du XVIIe siècle, Pierre-Paul Riquet et le canal du Midi, Charavay, Mantoux, Martin, Librairie d’éducation de la jeunesse, s.d.
  • Jeanne Hugon de Scoeux, Le chemin qui marche - Pierre-Paul Riquet, créateur du Canal Royal de Languedoc, Loubatières, 2005
  • Jacques Morand, Le canal du Midi et Pierre-Paul Riquet. Histoire du Canal royal en Languedoc, Edisud, 2008
  • Monique Dollin Du Fresnel, Pierre-Paul Riquet, l'incroyable aventure du canal des deux mers, Éditions Sud Ouest, 2012
  • Mireille Oblien-Brière, Riquet, le génie des eaux : Portrait intime, Editions Privat, 2013

Filmographie[modifier | modifier le code]

Début 2014, le documentaire La Fabuleuse Histoire de monsieur Riquet de Jean Périssé, consacré à Pierre-Paul Riquet, avec notamment Bernard Le Coq en narrateur / Riquet, sort sur les écrans (sortie nationale)[16].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Paul Riquet sur le Site du Canal du Midi
  2. a et b Michel Cotte, Canal du Midi, merveille de l'Europe, édition Belin Herscher, 2003, (ISBN 2-7011-2933-8), p. 22
  3. Aucun document historique ne l'atteste, ce fait est d'autant plus douteux qu'il n'a pas étudié le latin et le grec, comme il le confie dans une lettre à Colbert
  4. Il admettra plus tard n'avoir jamais reçu une telle formation
  5. Gérard Crevon, « De Mirepoix à Revel : Riquet aux gabelles », L’AUTA, no 32,‎ fevrier 2012, p. 66–70
  6. Gabriel Bernet, « Sur les pas de Riquet en pays toulousain (1648-1668) », L’AUTA, no 413,‎ août1975
  7. a, b, c et d Mireille Oblien-Brière, Riquet, le génie des eaux : Portrait intime, Editions Privat,‎ 2013, 528 p.
  8. Philippe de Scorbiac, « Aux origines d’un aménagement d’une liaison navigable entre les « deux mers » au XVIIe siècle », présentation d’Hubert de Vergnelle, Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers, 9e série, volume 4, 1999-2000
  9. En fait, le projet du grand-père et du père de Thomas de Scorbiac ne visait qu'à rendre l'Agout navigable. Gérard Crevon, « Charles d'Anglure de Bourlémont, Thomas de Scorbiac et Pierre Pol Riquet aux origines du Canal du Midi », L’AUTA, no 52,‎ fevrier 2014, p. 73–80
  10. Lors de la rédaction du devis en 1666, le chevalier de Clerville, jugera inutile de donner une telle largeur à ce canal à cause du gabarit insuffisant de la Garonne entre Toulouse et Langon.
  11. Bernard Pujo, Vauban, Albin Michel,‎ 1991 (ISBN 978-2226052506), p. 130
  12. a et b Monique Dollin Du Fresnel, Pierre-Paul Riquet (1609-1680) : L'incroyable aventure du canal des Deux-Mers, Sud Ouest éditions,‎ 2012, 463 p.
  13. Philippe Testard-Vaillant, « Des grands travaux en cascade », Les Cahiers de Science & Vie, no hors-série Les Sciences au château de Versailles,‎ octobre 2010, p. 64-71
  14. Michallet, Histoire de l’Académie royale des sciences, vol. 6, Académie royale des sciences,‎ 1730 (lire en ligne), p. 694.
  15. RIQUET Pierre-Paul. Cathédrale Saint-Étienne de Toulouse
  16. « La Fabuleuse Histoire de Monsieur Riquet (Documentaire) », Première (consulté le 7 février 2014)