Opérateur de marché

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opérateur de marché
Stockbroker.jpg

Un opérateur action.

Appellation
opérateur de marché ou opérateur financier ou trader ou cambiste lorsqu'il intervient sur les devises
Secteur d'activité
Bourse, Banque, Agence d'assurance, immobilier
Compétences requises
Niveau de formation
Bac +4 a 6[1].
Salaire
Débutant avec un salaire entre 4000 € et 6000 € sans les primes[1].
Professions voisines
Code ROME (France)
C1301

Un opérateur de marché ou opérateur financier, plus communément appelé trader (ou cambiste lorsqu'il intervient sur les devises), est un négociateur de produits financiers. Il intervient sur les marchés organisés ou de gré à gré.

Les traders sont souvent rassemblés au front office, dans la salle de marchés d'une banque d'investissement ou d'une société de gestion d'actifs.

Certains d'entre eux sont habilités à traiter en dehors de la salle et en dehors des horaires de bureau.

Cependant, certains particuliers se font traders indépendants, intervenant sur les marchés depuis chez eux au moyen d'une connexion sur Internet.

Rôles[modifier | modifier le code]

Le trader cherche à dégager des gains d'intermédiation sur des opérations d'achat et de vente ou de prêt et d'emprunt, tout en minimisant son risque.

Son objectif est de gérer un risque engagé par une prise de position sur le marché. Selon le desk (bureau) occupé par le trader, la position sera prise à sa propre initiative ou à l'initiative d'un client, et la durée de tenue de la position sera plus ou moins longue.

Les traders sont généralement spécialisés par segment du marché financier, sauf ceux qu'on appelle « sales » (ventes), qui, eux, sont en contact avec la clientèle.

Par exemple, le trader actions est contacté (par l'intermédiaire d'un « sales ») par un client désirant vendre une quantité donnée d'actions d'une société. En fonction de la tendance du marché et de sa liquidité, le trader donne un prix à son client et lui achète les actions à ce prix. Il prend donc une position à l'achat sur ces actions. Une fois la position prise, le trader doit gérer le risque porté par l'action en question. S'il anticipe une hausse du prix du titre détenu, il détermine un point de sortie, un prix auquel il revend les titres afin de dégager une plus-value. S'il anticipe une baisse, il doit les revendre assez rapidement pour se débarrasser du risque. Toutefois, un débouclage trop rapide sur une position importante peut provoquer une chute du cours du titre. Le trader peut donc être amené, après une analyse de la liquidité du titre, à fractionner sa vente en plusieurs ordres étalés sur une période.

Si le trader tient sa position sur plusieurs jours, celle-ci doit être financée. On appelle coût de portage, le coût représenté par les intérêts des fonds implicitement empruntés sur le marché interbancaire pendant la durée du portage. Ce coût vient donc obérer les gains tirés du trading.

Les traders sont généralement spécialisés par segment du marché financier. En effet, au sein d'une même banque d'investissement, la salle des marchés est organisée par desks (bureaux). Chaque desk a sa spécialisation (actions, produit dérivé, devises, etc.). De plus, sur chaque desk, chaque trader a un horizon de temps différent.

On appelle market-maker ou « animateur de marché », celui qui, au sein de la salle de marché, agit en grossiste. Ses transactions sont standardisées et de grande taille. Il fait l'interface entre l'ensemble des donneurs d'ordre à l'intérieur de la banque et le marché.

Profils[modifier | modifier le code]

Le scalping ou « négoce-minute » consiste à ne conserver des positions que quelques minutes ou quelques secondes. Les scalpers essaient de dénouer rapidement leurs positions au prix du marché en bénéficiant de fait d'une faible différence de prix. Ils réalisent de nombreuses opérations par jour. La taille des positions est relativement importante pour tirer un bon revenu de petites variations. Il doit savoir éviter d'être pris par un mouvement contraire à sa position, généralement en instaurant un ordre « Arrêt » ou « Stop ». Les autres intervenants trouvent toujours une contrepartie grâce aux scalpers.

Les days traders cherchent à anticiper la fluctuation générale des prix durant une séance et prennent une position acheteuse ou vendeuse selon leur appréciation. La taille des positions est plus importante que celle des scalpeurs. Les day traders prennent des positions différentes durant une séance mais ils annulent toujours leurs positions nettes avant la clôture des transactions, qu'ils soient gagnants ou perdants. Son horizon est la journée : il doit pouvoir annoncer son profit ou perte (Profit and loss, ou P&L) en fin de journée, et éviter d'avoir alors des positions « ouvertes », c'est-à-dire des opérations non encore débouclées par une opération de sens contraire. Dans ce cas, il faut financer ces positions ouvertes auprès du desk de trésorerie ; on appelle « coût de portage » le coût de ce financement, qui vient en déduction des gains de trading.

Les day to day traders prennent des positions sur quelques jours. Entre le day trader et le swing trader, le day to day trader accepte l' overnight (garder des positions ouvertes d'une séance à l'autre).

Les swing traders détiennent de lourdes positions pendant plusieurs semaines. Grâce à une assise financière solide, ces spéculateurs sont capables d'absorber les fluctuations défavorables à court terme, notamment en payant les appels de marges et de tenir une position jusqu'au terme.

Selon le psychologue canadien Robert Hare, 10 % des traders peuvent être qualifiés de psychopathes, pourcentage 10 fois plus élevé que dans l'ensemble de la population[2].

Les stratégies[modifier | modifier le code]

Les différentes stratégies se caractérisent par des ratios rendement / risque très variables. Il existe de nombreuses présentations des différentes stratégies alternatives.

  • Arbitrage de convertible ((en)convertible arbitrage) : investit dans les obligations convertibles mal cotées sur le marché. Typiquement, cette stratégie consiste à acheter l'obligation convertible, tout en vendant l'action sous-jacente à découvert.
  • Sélection de titres (long short Equity) : consiste à prendre des positions aussi bien longues (acheteuses) que courtes (vendeuses) sur des actions sélectionnées appartenant au même secteur ou à la même zone géographique, avec une position nette résultante plutôt longue (long bias), ou plutôt vendeuse (short bias), ou neutre (market neutral). Ceci nécessite de bien maîtriser les outils de sélection des titres (stock picking).
  • High Frequency Statistical arbitrage : consiste à prendre des positions basées sur un écart de comportement par rapport à l'historique, i. e. à miser sur un retour à la moyenne. Ceci peut consister à tirer profit d'une baisse ou d'une hausse de la corrélation entre des titres, secteurs ou marché, lorsque celle-ci semble injustifiée d'un point de vue fondamental. Ce comportement est auto prédictif, i. e. son adoption favorise la stabilité des observations. ex. : tirer profit d'une baisse de la corrélation entre BNP et GLE en achetant l'une et en vendant l'autre.
  • Quantitative trading : consiste à prendre des positions basées sur des prédictions effectuées par un modèle quantitatif, i. e. une analyse des cours et des informations dans le but de déceler des signaux acheteurs ou vendeurs. Stratégie efficace sur les futures uniquement (frais de courtages très faibles et liquidité suffisante).
  • Macro / opportuniste (global macro) : tente de tirer profit des évolutions de l'économie globale, en particulier les évolutions de taux dues aux politiques économiques des gouvernements. Elle utilise les instruments reflétant la situation économique mondiale : devises, indices, courbes de taux, matières premières.
  • Arbitrage sur produits de taux (fixed income arbitrage) : cherche à tirer profit des mouvements et des déformations de la courbe des taux. Elle utilise comme véhicules les titres d'État, les futures et les swaps de taux.
  • Situations spéciales (event driven) : le gestionnaire recherche les opportunités générées par des événements intervenant dans la vie des entreprises : filialisation, fusions, ou des difficultés (distressed securities)
  • Arbitrage sur fusions-acquisitions (merger arbitrage) : la possibilité d'arbitrage dans ce genre de situations (OPA, OPE) résulte de l'écart entre le prix annoncé par l'acquéreur et le prix auquel la cible se traite sur le marché. Le merger arb est une sous-catégorie de l'event driven.
  • Marchés émergents (emerging markets) : investit dans les marchés en développement. Stratégie très risquée car les instruments de couverture ne sont pas toujours disponibles sur ce type de marché. En outre, le gérant est confronté au risque de liquidité, les marchés émergents étant souvent peu liquides.
  • Analyse collaborative (Collaborative System) : approche innovante consistant à utiliser des algorythmes afin de mettre en relation et d'exploiter les meilleures strategies ou choix d'analystes et traders professionnels (par exemple Marshall Wace) ou bien amateurs (par exemple UHedgeFund).
  • ...

Accès et rémunération[modifier | modifier le code]

  • Ce métier, théoriquement accessible à n'importe qui, nécessite néanmoins des compétences solides pour être efficace, acquises généralement dans le cadre d'une formation de niveau bac+5, et parfois dans le cadre d'une expérience préalable dans une institution financière ou de manière autodidacte.
  • Une formation de niveau bac+5 en mathématiques financières, basée sur les probabilités et plus particulièrement sur le calcul stochastique, est de plus en plus fréquente. Elle permet notamment de mieux appréhender les produits dérivés financiers et la gestion des risques[3].
  • C'est un métier qui exige une bonne résistance au stress, de l'audace et une forte capacité d'analyse et d'adaptation.

Depuis la crise financière de 2008, et sur une recommandation émise lors du Sommet du G20 à Washington cette année-là, les pays ayant les activités de marché les plus développées ont introduit dans leur législation ou leur réglementation bancaire de nouvelles contraintes dans la politique de rémunération variable des traders[4], [5],[6]. On retrouve en général les principes suivants :

  • la part des résultats opérationnels des opérations de marché versée aux traders au titre de leur rémunération variable doit baisser.
  • la rémunération variable ne peut plus être garantie au-delà d'un an dans tout nouveau contrat de travail.
  • une partie de la rémunération variable allouée à chaque trader doit être différée dans le temps, d'au moins une année, cette partie étant susceptible d'être réduite ou annulée si des pertes ultérieures se rapportant à cette activité peuvent lui être imputées
  • une partie de cette rémunération différée doit être de préférence versée sous forme de titre de capital de l'entreprise ou être assortie d'achats d'actions, dans la durée, par le trader.

En France, 8200 traders ont touché, en 2010, un bonus annuel moyen de 242 000 euros, en plus de leur salaire fixe[7].

La rémunération peut cependant être nettement supérieure : par exemple la rémunération totale de Bruno Iksil, surnommé « la baleine de Londres », était de 7,32 millions de dollars en 2010 et de 6,76 millions de dollars en 2011, selon le rapport du Sénat américain[8].

Sources d'information[modifier | modifier le code]

Pour atteindre ses objectifs, le trader doit être en mesure d'utiliser la bonne information au moment opportun.

L'information lui parvient, outre les médias traditionnels (télévision, journaux...), par le biais d'agences de presse, type Reuters, Bloomberg, Dow Jones, Agence France-Presse, grâce à des terminaux spécialisés. Ces sociétés fournissent en temps réel des dépêches, des analyses, des reportages, le plus souvent sous forme textuelle, sur ce qui se passe sur la planète. Le trader est la deuxième personne sur terre à recevoir l'information, après le journaliste lui-même.

Ces agences permettent aussi d'accéder aux données de marché, soit en transmettant les cotations, volumes, etc. des bourses, soit en interrogeant les acteurs des marchés de gré à gré et en rendant publiques ces informations.

Enfin, des analystes et des économistes travaillent sur des analyses approfondies des marchés (offre, demande, éléments porteurs ou défavorables, perspective d'évolution à plus ou moins long terme, etc.).

Le trader doit trier et compiler ces informations afin d'en tirer ce qui lui semble pertinent pour le marché auquel il s'intéresse. Il va essayer d'élaborer ses propres anticipations d'évolution. Il reste seul responsable des gains ou pertes qu'il pourrait générer.

Modes opératoires[modifier | modifier le code]

Le trading systématique repose sur des règles claires et mathématiques de sorte que l’on puisse les tester et les évaluer sur le long terme. Elles s'appuient sur l'analyse technique. Des événements déclencheurs aboutissent à des signaux d’achat ou de vente. Suivant la tendance de marché, certains logiciels vous permettent de configurer suivant vos critères les plus percutants les déclencheurs d’achat ou de vente (chandeliers, RSI…).

Il est bien de noter que de plus en plus de transactions sur les bourses mondiales s'effectuent par le biais de robots de trading. Cette pratique, le high frequency trading (trading haute fréquence), représente désormais plus de la moitié des échanges en carnets. Impossible à travailler pour l'humain (les ordres se réalisent en millième de seconde !), ce trading du XXIe siècle donne de plus en plus de place aux logiciels mais surtout permet aux grands noms de la finance de « commander » les indices in fine. Ce système de trading aboutit parfois à des dysfonctionnements très importants comme lors du micro-krach de Wall Street du 6 mai 2010 qui fit plonger en l'espace de quelques minutes le Dow Jones de -2 à -10 %[réf. nécessaire].

Opérateurs de marché célèbres[modifier | modifier le code]

  • Nick Leeson, qui a fait une perte de 1,3 milliard de dollars ayant entraîné la faillite de la banque Barings.
  • Jérôme Kerviel, qui a été jugé responsable d'une perte de 4,82 milliards d'euros par la Société Générale en 2008.
  • Blythe Masters, opératrice de J.P. Morgan & Co., qui a inventé le contrat d'échange sur défaut de paiement (en anglais credit default swap, ou CDS).
  • Bruno Iksil, surnommé la « baleine de Londres » pour ses positions importantes sur les marchés de CDS, accusé d'être responsable, avec ses supérieurs de J.P. Morgan, d'une perte de 6,2 milliards de dollars[9].

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Le cinéma s'est plusieurs fois inspiré des traders, voire en ont fait les acteurs principaux de films[10] :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b CIDJ Métiers
  2. Trader, cette profession qui concentre un taux anormalement élevé de... psychopathes.
  3. « Nicole el Karoui, les marchés lui disent merci ! », sur Agefi,‎ 3 janvier 2008 (consulté le 15 mars 2013)
  4. « Règlement CRBF 97-02, Titre IV, Chapitre VI sur la prise en compte des risques dans la rémunération », sur le site de la Banque de France (consulté le 1er avril 2010), p. 23
  5. « La FINMA publie sa circulaire sur les systèmes de rémunération », sur le site de l'Autorité Fédérale (suisse) de Surveillance des Marchés Financiers (FINMA),‎ 11 novembre 2009 (consulté le 1er avril 2010)
  6. « Circulaire CSSF 10/437 « Lignes directrices concernant les politiques de rémunération dans le secteur financier » », sur le site de la Commission de Surveillance du Secteur Financier (Luxembourg),‎ 1er février 2010 (consulté le 1er avril 2010)
  7. « Dans les banques françaises, 8.200 traders ont touché un bonus moyen de 242.000 euros » », sur La Tribune,‎ 1er 17/01/2011 (consulté le 8 octobre 2011)
  8. US Senate report "JPMORGAN CHASE WHALE TRADES: A CASE HISTORY OF DERIVATIVES RISKS AND ABUSES", MAJORITY AND MINORITY STAFF REPORT, PERMANENT SUBCOMMITTEE ON INVESTIGATIONS, UNITED STATES SENATE, RELEASED IN CONJUNCTION WITH THE PERMANENT SUBCOMMITTEE ON INVESTIGATIONS, MARCH 15, 2013 HEARING, p. 58.
  9. Senate report "JPMORGAN CHASE WHALE TRADES: A CASE HISTORY OF DERIVATIVES RISKS AND ABUSES", MAJORITY AND MINORITY STAFF REPORT, PERMANENT SUBCOMMITTEE ON INVESTIGATIONS, UNITED STATES SENATE, RELEASED IN CONJUNCTION WITH THE PERMANENT SUBCOMMITTEE ON INVESTIGATIONS MARCH 15, 2013 HEARING.
  10. Éric Neuhoff, « Au cinéma, le tracer à la cote », in Le Figaro, encart Culture, lundi 18 novembre 2013, page 36.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Godechot, Les Traders. Essai de sociologie des marchés financiers, La Découverte, coll. « Texte à l'appui », Paris, 2001.
  • Christophe Gautheron, Comprendre les émotions qui interviennent dans le trading, éditions Édouard Valys, Paris, 2011, ISBN 9782915401363.