Libor

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Le Libor est une série de taux de référence du marché monétaire de différentes devises.

Son nom a été formé à partir des initiales de la dénomination anglaise London interbank offered rate (en français : « taux interbancaire pratiqué à Londres »). Historiquement, c'est le premier des nombreux taux IBOR.

Définition[modifier | modifier le code]

Il s'agit, pour une devise considérée et pour une échéance donnée, d'un indice de taux calculé chaque jour ouvré à 11h (heure de Londres) et publié par la ICE Benchmark Administration[1], devant en principe refléter le taux moyen auquel un échantillon de grandes banques établies à Londres prêtent "en blanc" (c’est-à-dire sans que le prêt soit gagé par des titres) à d'autres grandes banques (voir IBOR).

L'échantillon des banques choisies est connu à l'avance et plutôt stable dans le temps. Les taux les plus extrêmes relevés sont écartés du calcul, afin de protéger l'indice d'éventuelles erreurs ou d'une crise de liquidité qui affecterait telle ou telle banque de l'échantillon.

Devises concernées[modifier | modifier le code]

Les devises pour lesquelles il existe un taux LIBOR sont les suivantes :

Échéances publiées[modifier | modifier le code]

Les maturités publiées sont :

  • 1 jour (spot-next ou overnight),
  • 1 semaine,
  • 2 semaines,
  • 1 mois,
  • 2 mois,
  • 3 mois,
  • et ainsi de suite jusqu'à 12 mois.

Importance économique[modifier | modifier le code]

Les LIBOR qui sont les plus utilisés sont le 1, le 2 et surtout le 3 mois, qui sert de référence principale au marché des swaps. De plus, l'expérience montre que les données fournies par les banques participantes pour les échéances supérieures à trois mois peuvent être fort approximatives, voire intéressées[2].

Par ailleurs, les taux publiés pour le yen et les dollars australien et néo-zélandais sont en fait calculés et non constatés, à cause du décalage horaire, alors que ces marchés sont fermés depuis longtemps dans leur pays d'origine. Il est donc prudent de les considérer avec un certain degré de scepticisme.

Le LIBOR 3 mois Dollar sert de base à l'un des contrats à terme les plus actifs du monde, véritable marché directeur des taux d'intérêts américains à court et moyen terme : le contrat eurodollar. Ce contrat se traite notamment sur le CME à Chicago, le LIFFE à Londres et le SGX à Singapour.

Manipulation du Libor[modifier | modifier le code]

Outre son caractère déclaratif plutôt que basé sur des transactions effectivement recensées, le taux Libor est une moyenne qui n'a de sens que si toutes les grandes banques sont très proches de cette moyenne. La crise économique mondiale des années 2008 et suivantes a fait exploser ces écarts à la moyenne, faisant perdre tout son sens au Libor[3].

L'une des préoccupations des salles de marché depuis est de trouver un taux alternatif au Libor pour mieux rendre compte du coût réel de financement, tel que le taux OIS (Overnight Indexed Swap) par exemple[réf. souhaitée].

En 2011, la banque UBS, en échange de clémence, révèle aux autorités américaines de régulation qu'elle et de nombreuses autres institutions bancaires se sont concertées pendant 3 ans, de 2006 à 2009, pour orienter le taux Libor en violation des dispositions anticoncurrentielles (le taux change chaque jour en fonction des réponses envoyées par les banques à un questionnaire quotidien permettant cette fixation). Il s'agissait soit de diminuer les risques de vulnérabilité (en cas de taux Libor fixé trop haut), soit de cacher des vulnérabilités (pour les banques déclarant des taux plus bas que ceux qu'ils payent) et possiblement de manipuler les cours dans l'objectif d'obtenir des plus-values[4]. À la suite de ces révélations, les autorités de régulation du secteur bancaire, le FSA britannique, mais aussi le FBI et le département de la Justice des États-Unis, ont diligenté des enquêtes, tandis que le Financial Times révèle en février 2012 que plusieurs traders et responsables ont été limogés par de nombreuses banques à la suite de la révélation du scandale[4].

Le 27 juin 2012, Barclays révèle qu'elle versera 290 millions de livres « pour mettre fin à des enquêtes des régulateurs britannique et américain dans une affaire de manipulation du taux interbancaire britannique Libor et européen Euribor entre 2005 et 2009 ». En agissant ainsi, Barclays semblait jouir d'une bonne santé financière et pouvait mener à terme différentes levées de fonds sans être mise sous surveillance par les institutions de régulation[5]. Le 10 juillet 2012, le Sénat des États-Unis convoque le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, et le président de la Fed, Ben Bernanke, pour en savoir plus sur le « scandale du Libor ». En effet, le Libor sur le dollar américain se calcule d'après des informations fournies par 18 institutions de niveau mondial, dont des banques américaines (parmi lesquelles Citigroup et JPMorgan Chase)[6].

Pour limiter les risques de conflit d'intérêt et d'abus de position dominante dans le secteur financier, notamment pour ce qui attrait à la détermination du taux de base inter-bancaire, un nombre grandissant d’experts en matière de régulation financière recommandent l’adoption de réformes structurelles profondes- notamment en France où les économistes du World Pensions Council (WPC) et du CJD [7] estiment, qu’au-delà de simples dispositions législatives et réglementaires nationales, il convient d’adopter une grande loi-cadre Européenne ou internationale inspirée du Glass-Steagall Act permettant de limiter les nombreux risques d'abus inhérents à tout oligopole faiblement régulé[8],[9].

Ce point de vue s'est développé à la faveur de la "Crise du Libor" au cours de l'été 2012, les éditorialistes du Financial Times au Royaume-Uni appelant désormais à l'adoption rapide d'un "Glass Steagall II" Pan-Européen [10]

C'est dans cette même perspective que l'ex-patron de Citigroup, Sandy Weill, s'est également prononcé en faveur d'une stricte séparation entre les banques d'investissement et les banques de dépôts aux États-Unis. Cette déclaration a été d'autant plus remarquée que Sandy Weill avait été, sous la présidence de Bill Clinton, un des éléments les plus actifs prônant l'abrogation des dernières barrières du Glass-Steagall Act[11].

En décembre 2012, UBS est condamnée à verser 1,5 milliard USD à titre de réparation pour manipulation du taux Libor. La Financial Services Authority a « relevé que les manipulations étaient débattues dans un forum de discussion interne et par [courriel], et étaient de ce fait amplement connues »[12].

En février 2013, RBS (Royal Bank of Scotland) est condamnée à verser 450 millions d'euros (condamné par FSA britannique, CFTC américaine et Département américain de la justice) [13].

En mars 2013, l'organisme de refinancement hypothécaire américain "Freddie Mac" porte plainte contre une dizaine de grands groupes bancaires et contre la BBA (British Bankers' Association). Premières amendes de 2,5 milliards de dollars pour 3 banques[14].

En octobre 2013, l'organisme de refinancement hypothécaire américain "Fannie Mae" porte plainte contre neuf grandes banques mondiales : Barclays, Royal Bank of Scotland, UBS, Credit Suisse, Deutsche Bank, Rabobank, Bank of America, Citigroup, JPMorgan Chase[15].

En novembre 2013, UBS conclue un "accord d'immunité" avec les autorités européennes de la concurrence lui permettant d'éviter les prochaines amendes (pour raisons de coopération avec les enquêteurs)[16]. Ce qui lui permet d'échapper, fin 2013, à une amende de 2,5 milliards d’euros[17] (dossier du Libor libellé en yen).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.whiteandwilliams.com/resources-alerts-ICE-Benchmark-Administration-Replaces-the-British-Bankers-Association-as-Administator-of-LIBOR.html
  2. [1]
  3. (en) Crisis probe puts Libor in spotlight, Financial Times
  4. a et b « La finance mondiale perd ses repères », Challenges, no 295, 5 avril 2012, p. 40-41.
  5. Associated Press et Agence France-Presse, « Le scandale des taux d’intérêt - Le patron démissionnaire fait son mea-culpa devant les députés », Le Devoir,‎ 5 juillet 2012 (lire en ligne)
  6. Agence France-Presse, « Le scandale du Libor se transporte devant le Congrès des États-Unis », Le Devoir,‎ 11 juillet 2012 (lire en ligne)
  7. « Objectif Oïkos: 12 Propositions pour 2012 », Propositions du CJD,‎ Novembre 2011/Juin 2012 (lire en ligne) p. 98.
  8. M Nicolas Firzli, « Orthodoxie financière et régulation bancaire: les leçons du Glass-Steagall Act », Revue Analyse Financière, no 34,‎ janvier 2010, p. 49–52 (lire en ligne)
  9. Marie Lepesant, « Le Modèle des Banques Françaises en Question », Le Parisien,‎ 11 juin 2012 (lire en ligne) quoting M. Nicolas Firzli.
  10. (en) Page Editorial, « Restoring trust after Diamond », Financial Times,‎ 3 juillet 2012 (lire en ligne) quoting FT Editorial Page.
  11. L'ex-patron de Citigroup veut casser les grandes banques, Pierre-Yves Dugua, Le Figaro.fr, 26 juillet 2012
  12. Julien Mivielle et Agence France-Presse, « Libor: UBS condamnée à 1,5 milliard US d'amende : La banque suisse UBS a annoncé mercredi qu'elle allait payer une amende de 1,5 milliard de dollars US dans le scandale du Libor après un accord avec les autorités américaines, britanniques et suisses. », La Presse,‎ 19 décembre 2012 (lire en ligne)
  13. Scandale du Libor : RBS va payer plus de 600 millions de dollars d'amendes, , Les Echos.fr, 06 février 2013
  14. CREDIT SUISSE Freddie Mac porte plainte contre les banques dans l'affaire du taux Libor, , Bourse Les Echos.fr, 20 mars 2013.
  15. Fannie Mae porte plainte contre neuf banques, , Les Echos.fr, 04 novembre 2013.
  16. UBS va obtenir l'immunité dans l'affaire des manipulations du Libor, , Bourse Les Echos.fr, 04 novembre 2013
  17. Euribor : des amendes minimisées selon leur ordre d’arrivée, , Les Echos.fr, 04 décembre 2013

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]