Transactions à haute fréquence

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Les transactions à haute fréquence, ou trading haute fréquence (THF ou HFT, de l'anglais high-frequency trading), sont l'exécution à grande vitesse de transactions financières faites par des algorithmes informatiques[1]. Il s'agit d'une catégorie à part du trading automatique. Ces opérateurs de marché virtuels peuvent ainsi exécuter des opérations sur les marchés financiers — les bourses — en un temps calculé en microsecondes[2]. Alors que la vitesse de transaction du THF était encore de 20 millisecondes à la fin de la décennie 2010, elle est passée à 113 microsecondes en 2011[3],[4]. Selon Kevin Slavin, 60 Hudson Street (en) (carrier hostel) serait le centre névralgique des transactions à haute fréquence[5].

Sommaire

Fonctionnement général [modifier]

Les teneurs de marchés, comme Euronext, vont confronter les ordres du carnet à un rythme donné. Le but des THF est donc de s'intercaler dans ce laps de temps pour appliquer une stratégie gagnante complexe d'ordres de vente et d'achat. Pour pouvoir s'exécuter très rapidement, les THF ont souvent besoin d'une infrastructure particulière dites à faible latence ou lag et d'une programmation en temps réel[6],[7]. La course à la vitesse se justifie lorsqu'une anomalie de marché est détectée par un grand nombres de traders haute fréquence. Dans ce cas, l'algorithme le plus rapide génère alors un profit. ,[8]

Un algorithme de THF se décompose souvent en trois tâches[9] :

La première a pour objectif d'analyser le carnet d'ordres existant pour alimenter en informations les deux autres tâches.

La seconde tâche a pour rôle de servir les ordres d'un faible volume de titres qui arrivent dans le carnet pour profiter de l'écart entre l'offre et la demande. Elle va servir les ordres d'achat au cours le plus haut possible et va servir les ordres de vente au cours le plus bas possible. Cette stratégie de très courte durée (quelques dizaines de secondes tout au plus), appelée scalping, profite des micro-anomalies de cours pour engranger une petite plus-value. Les THF ne donnent de résultat significatif que si elles sont pratiquées à grande échelle. Cette technique est aussi utilisée par les traders réels[10].

La troisième tâche a pour rôle la tenue d'une tendance haussière ou baissière en organisant le carnet d'ordre dans le sens voulu. Les volumes deviennent alors très importants, alors que le solde en nombre de titres accumulés par le THF est toujours assez faible. Ainsi, cette tâche, avec un carnet d'ordre plutôt baissier, va accentuer le phénomène en vendant avant les vendeurs réels et en se rachetant plus bas qu'eux. Pouvant même inverser la tendance durant un cours laps de temps, si la présence d'ordres stop est importante, afin de les faire sauter et, par la même occasion, de nettoyer les positions des petits intervenants. Tout ceci dans un laps de temps de l'ordre d'une dizaine de minutes. Cette stratégie est appelée le swing trading (en)[11].

Il existe de nombreuses variantes et de stratégies différentes, en particulier quand plusieurs professionnels se confrontent via des ordres Iceberg.

Pratiques relevant de la manipulation de marché [modifier]

Quote stuffing [modifier]

Il s'agit d'une technique consistant à bourrer la cotation, d'ordres complètement inutiles afin de forcer la concurrence à analyser ces milliers d'ordres et donc à les ralentir. Ces ordres seront ignorés par le système qui les émet, et de toute façon ne seront pas exécutés car en dehors des meilleurs couples achats / ventes. Cela peut donner un avantage, là ou chaque milliseconde compte[12].

Layering [modifier]

L'accès au carnet d'ordre et à son analyse dans un temps très court permet cette stratégie. Par exemple, si l'on veut vendre un paquet d'action le plus haut possible, on va placer une série d'ordres d'achat jusqu'à un palier et de créer ainsi des couches (layers) d'ordres. Une fois ce palier atteint, la stratégie consiste à vendre massivement et dans le même temps à annuler tous les ordres d'achats restant que l'on a placés. Elle repose sur l'espoir d'un remplissage du carnet d'ordre à l'achat par les autres intervenants venant combler l'écart, puis de les surprendre en inversant la tendance.

Spoofing [modifier]

Cette technique ressemble très fortement au layering, sauf qu'il n'y a pas d'exécution d'ordre. Le but est de charger le carnet dans un sens ou dans l'autre, puis de retirer ses ordres avant exécution. La stratégie est d'attirer le marché en gonflant le volume du carnet d'ordre, sans aucune réalité économique derrière.

Cancelling [modifier]

Moins de 10 acteurs mondiaux pratiquent les transactions à haute fréquence avec la possibilité d’annuler légalement leurs transactions moyennant une pénalité[Combien ?] : 30 à 40 suspensions de cours étaient ainsi constatées chaque jour depuis 2011. La pénalité d’annulation aurait été augmentée[Combien ?] par le parlement européen en octobre 2012[13].

Contrôles réglementaires [modifier]

Plusieurs affaires récentes ayant montré que certaines techniques de manipulation de marché pouvaient être obtenues, comme les techniques de « quote stuffing », « layering » ou « spoofing » [14].

Jean-Pierre Jouyet, président de l'AMF, a estimé le 5 octobre 2011 « qu’il était quasiment impossible de démontrer d’éventuelles manipulations de cours liées au High Frequency Trading (HFT) du fait de sa structure opaque et des manques de données durablement exploitables via le carnet d’ordres »[15]. Un amendement visant à taxer les transactions haute fréquence a été voté par le Sénat français le 18 novembre 2011[16], puis rejeté par Valérie Pécresse en tant que représentante du gouvernement français Fillon[réf. souhaitée].

Dans le monde [modifier]

À travers le monde, 85 % des principales bourses sont désormais des marchés à ordre limité entièrement électronique sans lieu d'échange physique (Jain, 2005) : le HFT représente 90% des ordres et 40% du volume des transactions (depuis 2009, ces chiffres ont été multipliés par trois en 3 ans sur l’Euronext). Les profits générés par le HFT étaient estimés à 21 milliards de dollars en 2009[17].

Europe [modifier]

En Europe, le trading haute fréquence représentait en novembre 2010 environ 35 % des échanges[18]. En novembre 2011, 90 % des ordres envoyés sur le marché actions et environ 30 % des transactions sont émis par des traders à haute fréquence[19].

Sur le marché des actions du CAC 40, les principaux spécialistes du trading à haute vitesse (Citadel LLC, Global Electronic Trading Company et Knight Capital Group) sont américains et passent la moitié des ordres.

Le THF fait naître deux nouveaux types de risques[réf. nécessaire] :

Amérique du Nord [modifier]

En juillet 2009, les transactions à haute fréquence généreraient 73 % du volume de négociation d'actions sur les marchés des États-Unis[21]. Des résultats similaires ont été obtenus dans les études empiriques sur le NASDAQ (Brogaard, 2010) et le Forex (Chaboud et al., 2011).

En juillet 2011, le temps moyen de détention d'une action américaine est estimé à 22 secondes[22]. À elle seule, la bourse de New York génère environ le tiers des transactions boursières mondiales[23].

En janvier 2012, IBM obtient un brevet américain pour l'estimation de la volatilité des transactions à haute fréquence[24].

Notes et références [modifier]

  1. (en) Kevin Slavin (2011) : 500000 microsecondes pour un clic de souris et 13,3 millisecondes entre New York et Chicago (voir aussi la visualisation des algorithmes de la vidéo à 6 min 20 s)
  2. (en) Irene Aldridge, High-Frequency Trading: A Practical Guide to Algorithmic Strategies and Trading Systems, Wiley, 2009 (ISBN 978-0-470-56376-2) 
  3. Chiffres cités lors de la 5th Annual Hedge Fund Research Conference
  4. Nicolas Vitale (AlphaNovae) cite le chiffre de 34 millisecondes entre NY et Londres en fibre optique
  5. Kevin Slavin: How algorithms shape our world
  6. Trading Haute Fréquence : une nécessaire régulation
  7. (en) Measuring arbitrage in milliseconds
  8. (en) Le High Frequency Trading expliqué par un insider
  9. (en) Flash Crash 2010
  10. Scalping
  11. Swing trading
  12. (en) Quote Stuffing
  13. 2012 : Les réformes européennes du secteur bancaire et financier
  14. « Trading haute fréquence vue par l'Amf, page 10/14 »
  15. « 5 Octobre 2011, COLLOQUE DE LA COMMISSION DES SANCTIONS DE L’AMF »
  16. Débat du Sénat français 18 novembre 2011
  17. How big is high-frequency trading?
  18. Agence France-Presse, « En plein essor, le « trading à haute fréquence » est sous le feu des critiques », France 24, 27 novembre 2010.
  19. « Novembre 2011,Trading à haute fréquence : quels enjeux pour la répression des fraudes »
  20. Audrey Tonnelier, « les déboires de Knight Capital spécialiste du trading haute fréquence », le Monde, 7 août 2012.
  21. (en) Rob Lati, « The Real Story of Trading Software Espionage », sur advancedtrading.com, United Business Media, 10 juillet 2009,.
  22. « Pour quelques microsecondes de moins », La Tribune, juillet 2011
  23. (en) Jeff Hecht, « Light is not fast enough for high-speed stock trading », sur www.newscientist.com, New Scientist, 1er octobre 2011.
  24. (en) IBM Obtains Patent for Estimating Volatility in High-Frequency Trading

Bibliographie [modifier]

  • (en) A. D. Wissner-Gross et C. E. Freer, « Relativistic statistical arbitrage », Physical Review E 82, 056104, 2010 [texte intégral, lien DOI] 
  • (en) Alejandro Bernales, How Fast Can You Trade? High Frequency Trading in Dynamic Limit Order Markets, January 7th, 2013.
  • (fr) Sniper, "6", éd. Zones-sensibles, janvier 2013 (ISBN 978-2930601069)

Voir aussi [modifier]

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]