Jérôme Kerviel

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Jérôme Kerviel

Naissance 11 janvier 1977 (37 ans)
Pont-l'Abbé
Drapeau de la France France
Nationalité Drapeau de la France Français
Diplôme
Profession
Formation

Jérôme Kerviel, né le 11 janvier 1977 à Pont-l'Abbé, dans le Finistère, est, de 2005 à 2008, un opérateur de marché français, salarié de la Société générale. Il a été jugé responsable, à hauteur de 4,82 milliards d'euros des pertes de la Société générale découvertes en janvier 2008, celles-ci résultant de ses prises de positions sur des contrats à terme sur indices d'actions s'élevant à cette époque à environ 50 milliards d'euros (plus que les fonds propres de la banque) et qu'il a dissimulées à ses chefs par des manipulations frauduleuses[1].

À l'issue de la liquidation de ses positions, on impute à Jérôme Kerviel la responsabilité de la totalité des pertes enregistrées par le groupe bancaire, ce qui en fait à ce jour les plus élevées qui aient été causées par la faute professionnelle d'un trader (courtier), employé salarié d'un établissement financier[2]. Les fraudes de Kerviel ont en outre coûté 1 milliard d'euros à l'État français.

Éléments personnels[modifier | modifier le code]

Jérôme Kerviel est né à Pont-l'Abbé, dans le Finistère en Bretagne[3] où sa mère tenait un salon de coiffure. Son père fut artisan forgeron, puis maître dans un centre d'apprentissage professionnel de chaudronnerie, avant de décéder en 2006. Il résidait à Neuilly-sur-Seine au moment de l'affaire de la Société générale[4]. Il poursuit ses études au collège-lycée Laënnec et obtient en 1995 son baccalauréat ES[5]. Après son baccalauréat, il suit un DEUG en sciences économiques au Pôle Pierre-Jakez Hélias de Quimper où il se passionne pour les chiffres. Il passe ensuite une maîtrise à l'IUP banque et finances de l'université de Nantes avant d'acquérir en 2000 et avec la mention « assez bien », un master management des opérations de marché à l'université Lyon 2 en alternance[4] ; pour cela il est étudiant quatre mois à l'université et apprenti huit mois en entreprise (dont six au sein de BNP Arbitrage[4]). Cette formation est destinée à former plutôt des contrôleurs des opérations de traders que des traders[4].

La Société générale le recrute dès août 2000 au sein de la division banque d'investissement et de financement (SG CIB) à La Défense à Puteaux. Il travaille d'abord au « middle office » avant de passer en 2005, au « front office ». Il est alors chargé de l'arbitrage[6] sur des contrats à terme portant sur des indices boursiers.

Découverte de la fraude[modifier | modifier le code]

Le 24 janvier 2008, à l'occasion de la publication des résultats de son exercice 2007, la direction de la Société générale organise une conférence de presse afin de dévoiler l'affaire dont elle se dit victime. D'après Daniel Bouton, PDG de la banque, un opérateur de marché, faisant partie de ses effectifs, aurait exposé la banque à un risque de marché alors que ce n'était pas dans ses attributions. Il aurait accumulé des positions acheteuses sur les contrats à terme portant sur indice et dissimulé ces opérations faites sur le marché en introduisant dans le système informatique de la Société générale des opérations inverses fictives les compensant[réf. souhaitée].

Après une position négative de près de 2,2 milliards d'euros en juin 2007, le trader aurait pris ensuite des positions plutôt heureuses pour terminer au 31 décembre 2007 avec un crédit de 1,4 milliard d'euros[7], réussissant à masquer l'importance et le risque des positions qu'il avait prises grâce à sa très bonne connaissance des procédures de contrôle interne, connaissances qu'il aurait acquises lors de ses quelques années passées au « middle office ». Il n'y aurait eu, selon les dirigeants de la banque, aucun enrichissement personnel[8]. Selon la banque, il aurait reconnu lors de l'enquête interne de la Société générale au moment de la découverte de ses malversations, avoir effectué les opérations litigieuses et les avoir masquées.

Lorsque les positions secrètes ont été découvertes le 18 janvier 2008, la perte latente enregistrée était assez faible au vu des montants engagés, mais la Société générale a estimé que cela l'exposait à des risques considérables. Le PDG de la banque, Daniel Bouton a ainsi déclaré que « Si une guerre avait éclaté lundi ou si les marchés avaient chuté de 30 %, la Société générale (GLE) risquait le pire avec une telle exposition ». La banque a donc préféré déboucler dans le secret les positions au plus vite en vendant pour 60 milliards d'euros d'options du lundi au mercredi suivant, mais jouant alors de malchance avec la chute des places financières en ce début de semaine, enregistre une moins-value nette record de 6,3 milliards d'euros[7] (sur un bénéfice annuel 2007 estimé préalablement à 7 milliards d'euros)[8]. C'est après soustraction des gains du trader de 1,4 milliard d'euros qu'est apparu le montant d'une perte de 4,9 milliards d'euros. Selon le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, les ventes colossales de titres de la banque n'ont pas contribué à la chute des cours[9]. La Société générale a procédé au débouclage de ses positions en respectant les seuils de volumes maximum recommandés par les autorités financières. Elle a par ailleurs acheté des titres permettant de couvrir l'effet de cette vente en masse.

Pour pouvoir atteindre une telle perte fictive, les montants engagés étaient de l'ordre de 50 milliards d'euros[10] concentrés sur des futures à fort effet de levier portant sur les indices Eurostoxx, DAX et Footsie.

La banque envisage le licenciement de son opérateur de marché et dit l'avoir mis à pied à titre conservatoire le dimanche 20 janvier 2008[11].

L'affaire dans les médias[modifier | modifier le code]

Au moment de la révélation de la fraude, la Société générale lors de sa conférence de presse, ne nomme pas expressément Jérôme Kerviel. Ce n'est qu'en fin d'après-midi que son nom est lâché au public, et rapidement confirmé par un cadre dirigeant de la banque. La direction des ressources humaines du groupe évoque alors « un être fragile », « sans génie particulier », traversant des « difficultés familiales »[12]. Le PDG Daniel Bouton lui a attribué lors d'une interview sur France Info le 24 janvier 2008, la responsabilité de la fraude, sans parvenir à le qualifier : « cet escroc, ce fraudeur, ce terroriste, je ne sais pas »[10].

Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, a accentué la pression le 24 janvier 2008 sur le jeune trader affirmant qu'« il s'est enfui mais il n'est pas près d'être réembauché par des banques, croyez-moi »[13] et ajoutant qu'il s'agit d'un « génie de la fraude »[14]. Il a également lancé le même jour une enquête au nom de la Banque de France sur l'affaire.

Le 25 janvier 2008 l'avocate choisie par Jérôme Kerviel lance une contre-attaque médiatique : ni lui, ni son avocate ne contestent les faits reprochés et indiquent simplement que Jérôme Kerviel n'était pas en fuite et qu'il attendait la convocation à un entretien préalable à un éventuel licenciement[15] et qu'il était à la disposition de la justice pour être entendu.

L'ampleur des pertes imputées par la Société générale surprend, certains s'étonnent qu'une telle exposition aux risques ait pu durer si longtemps sans être détectée, voire s'interrogent sur l'existence de complicités[16].

En mai 2010, Jérôme Kerviel publie un ouvrage, L'engrenage : mémoires d'un trader aux éditions Flammarion. Il reconnait ses erreurs mais les relativise et rejoint les critiques contre le pouvoir croissant de la finance et la responsabilité des banques dans les crises financières qui ont lieu de 2007 à 2011.

Popularité[modifier | modifier le code]

Les pertes de Jérôme Kerviel ont eu un retentissement si important, en raison de l'importance des fonds engagés qui s'élèvent à 50 milliards d'euros, soit 1,8 fois le montant des fonds propres de la banque, que son nom était, le 25 janvier 2008, l'un des termes les plus recherchés sur Internet[17].

Mais si Kerviel est souvent qualifié, selon l'expression popularisée par le film, de rogue trader (opérateur de marché voyou), il bénéficie paradoxalement d'une importante popularité sur internet[réf. nécessaire] : la médiatisation de « l'affaire Kerviel » lui permet de devenir l'objet d'un site de blagues[18] sur son implication prétendue dans diverses affaires tels que les Kerviel Facts[19].

Des blogs de discussion et de soutien, un fan club vendant des T-shirts à son nom, un autre proposant des goodies indispensables pour le « livestyle Jérôme » avec des portables, des montres Patek et des judogis à sa marque, plusieurs vidéos parodiques ont été créées[20]. Sur Facebook en particulier, les internautes ont été nombreux à manifester un soutien humoristique à Kerviel. Des T-shirts « petite amie de Jérôme Kerviel » sont également en vente[21].[réf. nécessaire]

Un sondage d'opinion fait le 31 janvier 2008 à la demande du journal Le Figaro montre que les Français estiment que Jérôme Kerviel n'est pas le premier à incriminer pour ces pertes, En effet, seuls 13 % des sondés considèrent qu'il est le premier à incriminer tandis que 50 % estiment que c'est la direction de la banque qui est responsable et 27 % que c'est l'Autorité des marchés financiers[22].

Le système des marchés financiers engendre tant de défiance en France que Kerviel apparaît comme un héros, notamment dans sa ville natale, pour y avoir provoqué une catastrophe, même si elle ne bénéficie à personne[23]. Cette analyse est fortement critiquée par le journaliste économique du Monde Pierre-Antoine Delhommais qui a écrit le livre Cinq milliards en fumée : Les dessous du scandale de la Société générale. Il souligne la responsabilité du trader qui a violé les contrôles internes et truqué ses engagements : « le système capitaliste incarné par la Société générale a été victime de Kerviel ».

De même, Jean Veil, avocat de la Société générale, de déclarer que la banque « a été victime de quelqu'un qui lui a menti, qui a triché, qui a présenté des faux pour mettre à mal son fonds de commerce dans un but qui est un but purement lucratif, puisque c'était pour obtenir des bonus »[24].

Une maison d'édition, Thomas Éditions, a sorti courant septembre 2008 un livre sur le sujet intitulé Le journal de Jérôme Kerviel, un ouvrage illustré par Nicolas Million reprenant des faits réels avec un regard satirique sur la vie du trader.

À l'automne 2009 au théâtre national de Nice, est représentée la pièce Le Roman d'un trader, de Jean-Louis Bauer, avec dans le rôle principal Lorànt Deutsch, pièce « librement inspirée » de l'affaire Kerviel[25],[26].

En 2014, il est soutenu par Mgr Jean-Michel Di Falco qui le considère comme « coupable idéal »[27]. La journaliste Olivia Dufour dénonce quant à elle les inexactitudes grossières et les erreurs diffusées dans les médias par les défenseurs de Kerviel, contribuant selon elle à alimenter l'image de martyr que Kerviel a lui-même cherché à se donner[28].

Le 19 février 2014, en marge d'une cérémonie publique à Rome, alors qu'il ne fait pas partie du carré réservé aux personnes présentées officiellement au pape en fin d’audience, il aborde quelques secondes le pape François sur la place Saint-Pierre[29], et rentre à pied, accompagné du père Patrice Gourrier, jusqu'à la frontière franco-italienne où il est arrêté le 19 mai 2014 pour être incarcéré[30].

Procédures judiciaires[modifier | modifier le code]

24 janvier 2008: plainte de la Société Générale et déroulé de l'instruction[modifier | modifier le code]

Kerviel était incarcéré à la Prison de la Santé (Paris).

La Société générale a déposé plainte le 24 janvier 2008 après-midi à l'encontre de son courtier Jérôme Kerviel pour « faux en écriture de banque, usage de faux et atteinte au système de traitement automatisé des données » auprès du Tribunal de Nanterre, le site de La Défense, où travaillait son trader, dépendant de cette juridiction[31]. Le Parquet de Paris, a été également saisi par un actionnaire individuel d'une plainte contre la Société générale pour « escroquerie, abus de confiance, faux et usage de faux, complicité et recel » et a ouvert une information préliminaire le même jour et l'a confiée à la brigade financière[31]. Par ailleurs, une association de petits porteurs, l'Appac, Association des petits porteurs d'actifs, a indiqué avoir également déposé une plainte auprès du parquet parisien pour « diffusion de fausses informations ou trompeuses ayant agi sur le cours de Bourse des titres»[31]. À la demande du parquet de Paris, le tribunal de Nanterre s'est dessaisi de la plainte afin qu'il n'y ait qu'une seule instruction[32].

Convoqué, Jérôme Kerviel s'est spontanément présenté et a été placé en garde à vue le 26 janvier 2008 à fins d'interrogatoire dans les locaux de la brigade financière et remis en liberté sous contrôle judiciaire le 28 janvier 2008[33]. À l'issue d'une garde à vue de 48 heures, il a été présenté devant le pôle financier du tribunal de Paris avec une demande de mise en examen par le Parquet de Paris de « tentative d'escroquerie » (art. 313-1)[34], « faux et usage de faux », « abus de confiance aggravée », et d'« atteinte à un système de données informatiques ». Sa détention provisoire a été demandée afin de « protéger le suspect des risques de pression » jusqu'au procès[35]. Les juges d'instruction chargés de l'affaire, Renaud Van Ruymbeke et Françoise Desset, n'ont pas suivi le parquet et ouvert l'instruction, en ce qui concerne Jérôme Kerviel, pour un simple « abus de confiance » (art. 314-1)[36], pour « faux et usage de faux » en écriture privées (art. 441-1)[37] et pour « introduction dans un système informatisé de traitement automatisé de données informatiques » (art. 323-1)[38],[39].

Le même jour, Jean-Claude Marin, procureur de la République, qui exige la mise en détention immédiate de Jérôme Kerviel jusqu'à la date du procès, a décidé de faire appel de celle de remise en liberté à l'issue de la garde à vue[40]. Le 29 janvier 2008, dans un entretien accordé à France Info, Rachida Dati, ministre de la justice, explique cette détermination à l'emprisonner sans attendre le jugement en déclarant que « il est nécessaire aussi pour des raisons d'ordre public de pouvoir maintenir sous la main de la justice Jérôme Kerviel » et « C'est une infraction d'une telle ampleur » (5 milliards d'euros) qui a « choqué » les Français. Par ailleurs, elle indique que la responsabilité de M. Daniel Bouton peut être engagée, sans évoquer d'information pénale contre lui[41].

Selon les dépositions faites au cours de l'enquête préliminaire et rapportées par M. Jean-Claude Marin, Jérôme Kerviel n'a soustrait aucune somme d'argent, mais a engagé des fonds de la banque au-delà du seuil auquel il était autorisé, en abusant certaines procédures de contrôle avec de fausses informations, mais sans sortir du cadre de ses fonctions. D'autre part, les profits ou les pertes générés par ces dépassements, qui ont commencé à intervenir dès 2005-2006, étaient faits pour le compte de la banque qui les encaissait. Cette dernière en a plusieurs fois tenu compte pour le calcul de ses rémunérations. C'est pour augmenter sa part de rémunération professionnelle, que M. Kerviel a pris plus de risques[35]. Le Monde publie le 30 janvier 2008 une partie du procès-verbal de l'audition faite par le parquet de Paris durant l'information préliminaire[42].

Pour Me Élisabeth Meyer, la première avocate de Kerviel[43], il n'est plus question des fraudes et de l'escroquerie reprochées par M. Bouton. La question qui reste à déterminer, est celle de savoir dans quelle mesure le caractère pénal des fautes reprochées à M. Kerviel s'applique à des procédures et à des documents internes à une entreprise dans le cadre des relations entre employés, et dans quelle mesure ces pratiques étaient courantes et ont été tolérées, ratifiées voire encouragées plusieurs fois par ses supérieurs hiérarchiques. Auquel cas il ne s'agirait pas de fautes pénales, mais de fautes professionnelles sanctionnables, en fonction de l'appréciation de leur gravité, par un licenciement[44].

Dès la mise en examen de son employé connue, la Société générale s'est portée partie civile le 30 janvier 2008. Convoqué pour demander des explications sur les motifs de cette requête, le juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke a entendu le secrétaire général de la banque, « M. Schricke (qui) a fourni au juge des explications sur l'organigramme de la Société générale en précisant notamment quel était le positionnement de M. Kerviel à la banque »[45].

Une seconde perquisition a été menée le 30 janvier 2008 au domicile de son frère à Paris où il habitait et où son ordinateur personnel a été saisi[46].

Le 8 février 2008, il est placé en détention provisoire à la prison de la Santé à Paris, les juges suivant les réquisitions du parquet général qui avait argué des « nécessités de l'instruction puisque les actes d'investigation se poursuivent ». Commis par les juges d’instruction Renaud Van Ruymbeke et Françoise Desset c’est Jean-Pierre Bouchard qui réalise l’expertise psychologique de Jérôme Kerviel pendant son incarcération. Emprisonné en « cellule VIP » (sans codétenus), ses demandes de mise en liberté échouent jusqu'au 18 mars 2008. C'est après 37 jours de détention que la cour d'appel de Paris ordonne la remise en liberté de Jérôme Kerviel. Il reste soumis à un « contrôle judiciaire extrêmement strict » d'après le parquet de Paris, opposé à la remise en liberté, mais qui n'a pas fait appel de cette décision.

Le 26 janvier 2009, les juges ont terminé leur instruction[47]. Fin août 2009, Jérôme Kerviel est renvoyé en correctionnelle[48].

31 août 2009 : ordonnance de renvoi[modifier | modifier le code]

Le 31 août 2009, les juges Renaud Van Ruymbeke et Françoise Desset établissent leur ordonnance de renvoi de 76 pages, appuyée sur les investigations de la Brigade Financière et cherchant à répondre aux sept questions suivantes (I) : quelle était l'activité dévolue à M. Kerviel par la banque ? (II) : comment Jérôme Kerviel a-t-il réussi à sortir de ce cadre ? (III) : pourquoi la banque n'a t-elle pas réagi au vu de ces signaux ? (IV) : pourquoi les contrôles internes de la banque n'ont-ils pas abouti ? (V) : dans quelles circonstances l'affaire s'est-elle dénouée ? (VI) : la question des qualifications pénales (VII) : la personnalité de M. Kerviel[49].

8 juin 2010 : procès en première instance[modifier | modifier le code]

Son procès commence le 8 juin 2010[50]. Jérôme Kerviel est poursuivi pour « faux, usage de faux, abus de confiance, introduction frauduleuse de données dans un système informatique » et encourt jusqu'à cinq ans de prison et 375 000 euros d'amende[51]. Le 24 juin, le procureur requiert contre lui une peine de cinq ans d’emprisonnement dont un an avec sursis[52]. Kerviel a alors changé d'avocat et de ligne de défense, et Me Olivier Metzner s'efforce maintenant de montrer que « la banque savait »[43]. Le 5 octobre 2010, il est reconnu coupable par la 11e chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris présidée par Dominique Pauthe de tous les chefs d'accusation et est condamné à cinq ans de prison dont deux ans avec sursis. Il doit en outre payer la somme de 4 915 610 154 euros de dommages et intérêts à la Société générale[53],[54]. Le jugement rendu dédouane intégralement la Société Générale de toute responsabilité. Cependant, des carences graves du système de contrôle interne ont été confirmées à Bercy par plusieurs hauts fonctionnaires de la direction du Trésor[55] et par la commission bancaire[56].

4 juin 2012 : procès en appel[modifier | modifier le code]

Un procès en appel a lieu du 4 au 28 juin 2012. Kerviel change une troisième fois d'avocat et de ligne de défense : Me David Koubbi accuse la banque d'avoir tout organisé et comploté contre Kerviel[57] : les opérations illégales de Kerviel auraient été couvertes par une cellule grise qui aurait tout récupéré secrètement, n'entraînant ainsi aucune perte pour la banque[43].

Par un arrêt du 24 octobre 2012, la Cour d'appel de Paris confirme en tous points le jugement de première instance.

2013-2014 : Prud'hommes[modifier | modifier le code]

Le 12 février 2013, Kerviel saisit les prud'hommes pour demander une expertise sur les pertes qui lui sont imputées par la Société générale, estimant que ces pertes n'existent pas et que la banque n'a jamais perdu 4,9 milliards, mais les a récupéré secrètement tout en complotant contre lui[57]. Il est débouté le 3 juillet 2013[58].

Il a également saisi les prud'hommes pour licenciement abusif. La procédure est en attente de jugement (le 24 mars 2014)[59].

19 mars 2014 : Cour de cassation[modifier | modifier le code]

Le 19 mars 2014, la Cour de cassation confirme la condamnation de Jérôme Kerviel à la prison mais annule les dommages et intérêts de 4,9 milliards d'euros[60].

28 juillet 2014 : Tribunal de Grande Instance d'Évry[modifier | modifier le code]

Le juge d'application des peines accède à la demande d'aménagement de sa peine en placement sous surveillance électronique, le parquet fait appel de ce jugement mais la décision est confirmée et Jérôme Kerviel bénéficie de cet aménagement à partir du 8 septembre 2014.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Livre de Jérôme Kerviel[modifier | modifier le code]

  • L'Engrenage : mémoires d'un trader, Flammarion, 2010

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jérôme Kerviel, Daniel Bouton et le sapeur Camember.
  2. (en) « Rogue traders », Financial Times,‎ 24 janvier 2008 (consulté le 28 janvier 2008)
  3. Jérôme Kerviel, génie informatique pour les uns, être fragile pour d'autres, Orange / AFP, 28 janvier 2008.
  4. a, b, c et d « Jérôme Kerviel ou l'itinéraire d'un trader presque ordinaire », Le Monde,‎ 28 janvier 2008 (lire en ligne)
  5. « Société générale. L'onde de choc », Le Télégramme,‎ 26 janvier 2008 (lire en ligne)
  6. Reuters, « Le trader de la Société générale, "un génie de la fraude" », LeMonde.fr,‎ 24 janvier 2008 (consulté le 29 janvier 2008)
  7. a et b « Comment Kerviel avait "plongé"... avant de se refaire », http://lci.tf1.fr,‎ 19 février 2008 (consulté le 26 octobre 2012)
  8. a et b Nicolas Cori, « L’homme qui «volait» 5 milliards », Libération.fr,‎ 25 janvier 2008 (lire en ligne)
  9. Reuters, « Mandat de dépôt requis contre le trader de la Société générale », LeMonde.fr,‎ 28 janvier 2008 (consulté le 29 janvier 2008)
  10. a et b Claire Gatinois, Anne Michel, « Société générale : six questions sur une fraude », LeMonde.fr,‎ 25 janvier 2008 (lire en ligne)
  11. PV de son audition
  12. « Société générale: Jérôme Kerviel, un vrai krach », lexpress.fr,‎ 24 janvier 2008 (lire en ligne)
  13. Perrine Créquy, Alexandre Panizzo, « Le trader reste introuvable », Le Figaro.fr,‎ 24 janvier 2008 (lire en ligne)
  14. Reuters, « Jérôme Kerviel, trader solitaire introuvable », LeMonde.fr,‎ 25 janvier 2008 (consulté le 29 janvier 2008)
  15. « Jérôme Kerviel ne serait "pas en cavale" », Alice.fr,‎ 25 janvier 2008 (consulté le 29 janvier 2008)
  16. « Doutes, interrogations et incrédulité chez les professionnels et les actionnaires », Le Monde.fr,‎ 25 janvier 2008 (consulté le 29 janvier 2008)
  17. L'homme le plus "recherché" du Web, Le Monde, 28 janvier 2008
  18. "Jérôme Kerviel", France Info, David Abiker - 29 juillet 2008
  19. « Kerviel Facts » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-04-08
  20. « Jérôme Kerviel sacré roi de l'internet », L'Express, 29 janvier 2008
  21. « JK, nouvelle star du web », Libération, 28 janvier 2008.
  22. Le Figaro 31 janvier 2008, voir aussi 7sur7 Les français exonèrent le trader Jérôme Kerviel
  23. "Jérôme Kerviel, ce héros..." sur courrierinternational.com
  24. "Dans l'intimité spartiate de Jérôme Kerviel" sur lefigaro.fr, le 30 janvier 2008
  25. "L'affaire Kerviel au théâtre avec Lorànt Deutsch en trader", AFP, 27 août 2009
  26. "Quand l'acteur Lorant Deutsch s'inspire de Kerviel au théâtre", Claire Gatinois, Le Monde daté du 29 août 2009
  27. http://www.lepoint.fr/invites-du-point/monseigneur-di-falco/video-monseigneur-di-falco-jerome-kerviel-coupable-ou-victime-16-03-2014-1801567_803.php
  28. voir Olivia Dufour, Kerviel, enquête sur un séisme financier
  29. Le pape François irrité par l’instrumentalisation de la rencontre furtive avec Jérôme Kerviel.
  30. http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/05/18/jerome-kerviel-goliath-mediatique_4420871_3224.html
  31. a, b et c « Société générale: une enquête sensible de très grande complexité », La Tribune.fr,‎ 25 janvier 2008 (consulté le 29 janvier 2008)
  32. « Société générale : le parquet de Paris traitera toutes les plaintes », Challenges.fr,‎ 25 janvier 2008 (consulté le 29 janvier 2008)
  33. Le Parisien no 19718 du 29 janvier 2008, p. 2
  34. « ... le fait par l'abus d'une qualité vraie, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d'un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque... »
  35. a et b « Société générale: selon Sarkozy, l'affaire "ne peut être sans conséquences" pour les responsables », Les Échos.fr,‎ 29 janvier 2008 (consulté le 29 janvier 2008)
  36. « ... le fait pour une personne de détourner, au préjudice d'autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque qui lui a été remis ou qu'elle a acceptés à charge de les rendre, de les représenter, ou d'en faire un usage déterminé ».
  37. « ... toute altération frauduleuse de la vérité, de nature à causer un préjudice à autrui ... qui a pour objet ou peut avoir pour effet d'établir la preuve d'un droit ou d'avoir des effets juridiques. »
  38. « Le fait d'accéder ou de se maintenir, frauduleusement, dans tout ou partie d'un système de traitement informatisé de données... »
  39. « Le trader Jérôme Kerviel est mis en examen mais reste libre », Boursorama.fr,‎ 28 janvier 2008 (consulté le 29 janvier 2008)
  40. Reuters, « Placement en détention de Kerviel réexaminé dans 15jours/1 mois », Le Monde.fr,‎ 29 janvier 2008 (consulté le 29 janvier 2008)
  41. « Société générale : la responsabilité de Daniel Bouton "peut être engagée", selon Rachida Dati », tempsreel.nouvelobs.com,‎ 29 janvier 2008 (consulté le 29 janvier 2008)
  42. "Extraits des procès-verbaux des auditions de Jérôme Kerviel", lemonde.fr, 30 janvier 2008.
  43. a, b et c Jérôme Kerviel: chronique d'une défense évolutive.
  44. info.france2.fr, 29 janvier 2008.
  45. "Le secrétaire général de la Société générale entendu comme partie civile", leparisien.fr, 1er février 2008.
  46. Jamila Aridj, Ségolène de Larquier, « Le domicile du frère de Jérôme Kerviel perquisitionné », Le Point.fr,‎ 30 janvier 2008 (lire en ligne)
  47. « Les juges ont mis fin à leur enquête sur "l'affaire Kerviel" », Le Monde, 27 janvier 2009.
  48. "Jérôme Kerviel est renvoyé en Tribunal correctionnel", France24, 31 août 2009
  49. L'ordonnance de renvoi des juges Renaud Van Ruymbeke et Françoise Desset, appuyée sur l' enquête de la Brigade financière, Scribd, 76 pages, 31 août 2009
  50. (en) Devorah Lauter, « French trader goes on trial over Societe Generale losses », Los Angeles Times,‎ 2010 (lire en ligne)
  51. « Prison requise contre Kerviel au nom de l'ordre public », Les Echos, 24 juin 2010.
  52. « Quatre ans ferme requis contre Jérôme Kerviel », 24 juin 2010.
  53. « Le jugement intégral du Tribunal correctionnel », Blog de Pascale Robert Diard,‎ 2010 (lire en ligne)
  54. François Krug, « Jérôme Kerviel condamné à payer pendant 177 536 années », Eco89,‎ 5 octobre 2010 (lire en ligne)
  55. L'express, Jérôme Kerviel et les carrences de la société générale, Thomas bronnec, 5 octobre 2010
  56. Quatre millions d'amende pour la Société générale L'Express, 4 juillet 2008.
  57. a et b La défense de Jérôme Kerviel abat ses cartes.
  58. / Libération, 4 juillet 2013
  59. Les grands procès de 2014 Libération, 2 janvier 2014
  60. http://www.huffingtonpost.fr/2014/03/19/proces-kerviel-cassation-prison-5-milliards_n_4992423.html?utm_hp_ref=france